TOGOFORUM - TRIBUNE LIBRE

LA DIVISION DE L'OPPOSITION CONTRE LES DIVISIONS D'EYADEMA

Une analyse suite à la lettre de M. Zarifou Ayéva

Par Jack Lomevi                                                                                          Le 09 Oct. 2001


A la lecture de la réaction de Zarifou Ayéva du PDR,  l’on est en droit de se demander si avec l’enfantillage de l’opposition et le cafouillage qui prévalent actuellement dans notre pays nous connaitront la démocratie avant la fin de cette decennie.  Ce qui est sûr c’est que le divorce CAR-PDR semble consommé. L’opposition, prise en otage par les ambitions personnelles, ne trouve même pas la nécessité de montrer un semblant d’unité ni au peuple ni au collège des facilitateurs. Je ne serais pas étonné de voir ceux-ci, frustrés par la division du camp oppositionnel, abandonner les négociations. Comme l’armée américaine en Iraq en 1991, ils se demandent sûrement si cette opposition divisée sera en mesure d’être une alternative sérieuse à la dictature de Eyadéma. Pendant qu’ils se chamaillent, le pouvoir exécute minutieusement son plan machiavélique. Justement, il ne cesse d’utilser cette division comme une arme qu’il juge à terme redoutable. “Eyadéma ou le chaos”.

Chaque flèche lancé par Lomé II à l’endroit des opposants est pointé vers leur soi-disant aventurisme. Dans le discours du Premier Ministre appelant à la révision de la constitution, il a défendu sa position en clamant que "Ceci n'est que conforme au souhait exprimé par les différentes couches socio-professionnelles de la Nation qui préfèrent s'en remettre à la sagesse et à l'expérience du président Eyadéma, au lieu de choisir les chemins de l'aventure". En clair: “une dictature aujourd’hui vaut mieux que deux incertitudes demain”. Democratie ou guerre civile. Mr Agbéyomé pense que dans le désert que son camp a créé, le peuple est prêt à boire de la boue à défaut d’eau..

Face à cette campagne de discréditation, les membres de l’opposition devraient se montrer inséparables. On devrait les voir au cinéma, dans les bars, à la mosquée, à l’église, chez les charlatans ensemble. Ils doivent montrer à ce pays qu’ils sont unis dans la peine et qu’ils comprennent la peine du peuple togolais. Ils doivent proclamer haut et fort que demain, dans la démocratie, ils mèneront des combats d’idées et non des combats de personnes. En somme, ils doivent montrer que la démocratie est un processus poli.

L’opposition doit savoir que pendant qu’elle se paralyse dans la division, Eyadéma comptent les prouesses de ses divisions. La Division Natchaba a bien compris que la bataille qui s’est ouverte au lendemain des élections de Juin 1998 ne sera gagnée que par la ruse.  Elle a donc convaincu le Général qu’elle est plus efficace que la Division Memène (ceci ne veut pas dire que la répression est passée au second plan).

A mon humble avis, les équations ont été posées dès le lendemain du passage de Chirac à Lomé. Aujourd’hui il ne reste qu’à les réduire et les rendre solubles. Le pouvoir savait qu’étant organisateur des élections législatives, il pouvait s’assurer un boycott de l’opposition (ce qui n’est pas une tâche difficile puisque l’opposition a déja boycotté entièrement ou partiellement la plupart des échéances organisées depuis 1993). Pour beaucoup, ce boycott était important pour Eyadéma parce qu’il pouvait s’assurer le positionnement d’un de ses enfants comme dauphin constitutionnel et adoucir sa propre sortie (le livre de chevet du Général n’est pas La Constitution de la République du Togo mais bien le livre célèbre de Machiavel). Cette thèse s’est rendue plus plausible quand le fils dont il est question s’est fait parachuter comme député à Blitta. Mais plus tard, pour des raisons qu’on ignore, le Fils Gnassingbé n’a pas été fait Président de l’Assemblée Nationale. Certains estiment qu’il y a eu résistance de la part de la branche anti-monarchiste du RPT.

D’autres, qui ne croient pas à l’existence du RPT, ne voient que la main du fils aîné qui est en stage de dictature à Kara et qui, en tant que Vice Roi et Comte de Septentrion, attend son heure de gloire . Le Beau Fils prendra le perchoir. Mais ni la population, ni l’opposition n’avait compris pourquoi le RPT avait besoin de 85% de l’assemblée (Souvenez-vous que le RPT n’a réservé que deux places à ses amis dits indépendants). La Division Natchaba savait que pour gagner sa bataille, elle aura besoin d’une troupe unie et loyale. Les indépendants sont trop imprévisibles pour la mission divine confiée au RPT, celle de débarasser le Togo des “aventuriers”.

Comme pour nous saouler dans notre frustration et notre impuissance, nous ne manquons pas de nous moquer de l’intelligence de Eyadéma et de son entourage. Ce que nous oublions c’est que les gouvernements de Eyadéma ont mal géré le pays non parce qu’ils sont incapables mais plutôt parce qu’ils sont vils et égoistes. Aussi, ce n’est pas parce qu’ils sont contre l’Etat de Droit qu’ils ne connaissent pas le droit. Pendant que le monde entier célébrait la décision de Mr Gnassingbé, Fambaré Ouattara Natchaba, juriste de son état, épluchait tranquillement la Constitution mise en oeuvre dans l’ambiance folklorique de la salle Fazao par ses ennemis. Ecrite par une Conférence Nationale dominée par la profession d’avocat on se serait attendu à une constitution resistante à toute vélléité dictatoriale. Hélas. Natchaba n’aura pas besoin de lunettes pour découvrir l’aubaine. Pour modifier la Constitution, il suffirait d’une majorité de 80% à l’Assemblée Nationale. Référendum? Connaît pas. La Division Natchaba prendra 85% de l’hémiscicle, 5% de plus que necessaire. Ceci au cas òu certains décideraient de faire les malins. La question dès lors n’était pas de savoir si l’article 59 sera éradié mais plutôt quand. Pour la n-ième fois, le camp Eyadéma va utiliser l’arme de l’opposition contre elle. Hier, il a abusé de sa prérogative de Chef d’Etat pour monter E. Kodjo contre Agboyibor.

La gourmandise et la fierté du premier aura raison du second. On se souvient de la pagaille qui s’en est suivie au sein de l’opposition, augmentant de 7 ans la durée de vie du régime.

Nous devons prédire le prochain coup de Eyadéma et le contrecarrer avant même qu’il sévisse. On ne doit pas crier au voleur “after the fact”. La bataille des nerfs a commencé et il faut montrer au peuple Togolais que le RPT n’est pas le seul maître en la matière. Il faudrait rester vigilant dans la chasse aux cleptomanes milliardaires dont tout le monde parle tant. Je suis peut-être paranoiaque mais je trouve qu’une commission de lutte contre la corruption et le sabotage économique est dépaysée dans une admnistration dirigée par l’ancien PDG du Port Autonome de Lomé. Je ne serai pas surpris d’apprendre que cette commission n’est qu’une machine politique qui a pour but ultime d’éliminer les opposants. La Division Agbéyomé est en marche. Ou bien on s’unit pour lui faire face, ou bien elle nous écrase.

Morganfreeman

jack_lomevi@hotmail.com