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Les plages de Lomé : Quand la folle Ambiance et l'insalubrité se cotoient

 

AgoraPress - Par John Altman
Ambiance chaude sur les plages
Insalubrité de la plage de Lomé

Lomé, le 1er mars 2008

Ambiance chaude sur les plages les week-end : Les Loméens  adorent....
Lomé la capitale du Togo est une ville côtière. Frontière sud du pays, Lomé est bordée par 50 km de sable fin que viennent lécher les vagues incessantes de l’atlantique

Wobedigna John Atama
alias John Altman
Décécé le 15 juin à l'âge de 37 ans

 

Tout commence le matin vers 5 heures quand des groupes de coureurs organisés en bandes de 100, voire 200 personnes, convergent vers les plages. Munis de bidons vides en plastique où en métal qu’ils battent en cadence pour rythmer leur course et s’accompagnant de chansons du terroir, ces hommes et femmes de tous âges, des deux sexes et de toutes les conditions sociales, viennent parfois de très loin, de tous les quartiers de la capitale pour se rejoindre sur la plage où ils vont se livrer à plusieurs exercices. C’est une véritable institution. Leur passage sur les rues et les boulevards de la capitale qu’ils empruntent pour rejoindre leur destination, provoque l’arrêt de la circulation parfois pendant plusieurs minutes, mais pas un conducteur, pas un passant ne montrera le moindre signe d’impatience. Les agents de police postés dans les carrefours pour régler la circulation sont surpris de la soudaine docilité des conducteurs souvent prompts à brûler les feux de signalisation. Il est vrai que le nombre des coureurs à lui seul est assez dissuasif.

Pour rien au monde, Christine, une jeune femme au foyer ne manquerait son footing du dimanche. « C’est pour moi une bonne séance de dégraissage, après une semaine passée à accumuler les graisses et les calories. Je me sens légère et très détendue après cela. Quand je rate mon footing du dimanche, toute la semaine suivante, j’ai l’impression en marchant de traîner un corps d’éléphanteau. »

Ruben, homme d’affaires trouve pour sa part que c’est un véritable moment de détente. « C’est le seul moment où je me rends vraiment compte que le monde n’est pas fait que de chiffres et de calculatrices. Je me sens proche de tous ces gars qui n’ont pour objectif que de se défouler et de se libérer de leur trop plein d’énergie.» 

C’est suant et transpirant à grosses gouttes que les inconditionnels du footing arrivent enfin sur la plage. Beaucoup montrent des signes de fatigue. Et pour cause ! Ils ont dû pour certains, effectuer plus de dix kilomètres pour arriver ici. Mais quelques minutes seulement suffiront pour récupérer.

D’autres activités sont au programme. En effet, ce n’est pas seulement pour admirer les vagues de l’océan atlantique qu’ils sont arrivés d’aussi loin.

Sur la plage, c’est un gigantesque mouvement d’ensemble que l’on observe. Chaque groupe se met en plusieurs rangées  assez espacées pour permettre une grande amplitude de mouvements. En face, un moniteur exécute des figures de gymnastique qui sont reprises par ses poulains. On assiste alors à un festival de bras levés, de flexion, d’extension, de grand écart et beaucoup d’autres mouvements destinés à affermir ou à assouplir les muscles. Tout se fait dans une ambiance parfaitement synchronisée.

Richard, moniteur de gymnastique explique le choix de la plage pour cette activité : « c’est un endroit aéré et très espacé où il y a assez de place pour faire tout ce qu’on veut. Le vent  de la mer donne une sensation agréable de fraîcheur qui réduit la fatigue, tandis que le sable amortis les chocs dus aux chutes

Pendant que les uns s’occupent de relaxation ou de musculation, des parties de football et de beach volley se déroulent non loin de là. On dit que beaucoup de nos virtuoses du ballon rond ont commencé ici. D’ailleurs, certains formateurs des écoles de foot de la capitale amènent régulièrement leurs poulains s’entraîner sur la plage tout le long de la semaine.

Les revendeuses ayant flairé la bonne affaire sont aussi présentes sur les lieux où elles offrent une variété de produits alimentaires. Cela varie des boissons rafraîchissantes (eau glacée, jus de fruits, lait de coco) aux plats de la cuisine locale (riz, boules d’acassan, galettes d’haricot, gâteaux etc.) en passant par les crèmes, les yaourts et les sandwiches avec leurs diverses garnitures. Les affaires marchent plutôt bien pour elles, vu le nombre de personnes présentes à ce endroit.

Aux alentours de 9 heures, alors que le soleil commence à darder ses rayons sur la plage, les coureurs reprennent le chemin du retour avec le même enthousiasme, malgré la fatigue. Cette fois cependant, beaucoup par épuisement vont choisir de rentrer en taxi. Et brusquement, la plage noire de monde il y a quelques minutes, se vide aussi vite qu’elle s’était remplie. Ils ne quittent la plage que pour mieux y revenir. Après un bon repos et un repas copieux à midi, ils se préparent à reprendre le même chemin, mais cette fois, tirés à quatre épingles.

Déjà vers 14 heures, individuellement, par couple, par petits groupes de personnes de même famille ou d’amis, les Loméens arrivent à la plage. Ce soir, c’est le romantisme qui sert de dénominateur commun à tous ceux qui se retrouvent ici. Les Togolais qui sont des désargentés dans leur majorité évitent les plaisirs coûteux. A la plage, on s’amuse pour pas grand-chose.

A 15 heures 30 minutes, l’affluence sur la plage et ses abords est telle que ceux qui arrivent à ce moment avec leur moto ou leur voiture doivent aller garer très loin, faute de place. Le festival de couleurs qui s’offre aux yeux est de toute beauté. La foule est en majorité composée de jeunes. Bras dessus bras dessus, les couples d’amoureux évoluent, tout à leur bonheur d’extérioriser publiquement leur complicité. Un couple de quinquagénaires échange un baiser sous l’œil surpris mais admiratif des jeunes. Non loin de là, un autre couple un peu plus âgé, main dans la main, les pieds nus debout au bord de l’eau, le regard tourné vers l’immense étendue d’eau semble défier la mer comme pour lui dire : « tu n’as pas assez de place pour contenir l’amour que nous éprouvons l’un pour l’autre. » Pas de doute, la magie du premier jour continue encore.

Les jeux s’organisent. Une tombola improvisée offre aux endimanchés l’occasion de rentrer avec des souvenirs : bouquet de fleurs, nounours, bouteilles de boisson et autres objets de petite valeur. Mais peu importe la valeur et la faible probabilité de gagner. L’important c’est de s’amuser. Et puis, la mise varie seulement entre 25 et 100 FCFA. De jeunes cavaliers sont arrivés avec leurs montures qu’ils louent à ceux qui veulent s’offrir une petite cavalcade. Une touriste Occidentale, probablement une artiste, provoque un attroupement. Elle est en train de se fabriquer un cabriolet de sable. Son ouvrage achevé, elle le décore de coquillages et se met au volent. Le public qui s’attendait à ce que l’ouvrage s’effondre sous le poids de la jeune femme, est surpris de constater que, non seulement il tient, mais qu’il peut transporter deux passagers, comme une authentique voiture du model dont il s’inspire.

Une discothèque à ciel ouvert, entourée seulement de claies laisse entendre une musique sur le rythme entraînant du ‘’couper-décaler’’. L’intérieur de l’enclos est bondé. C’est serrés les uns contre les autres que les danseurs évoluent sur la piste de sable. Ici aussi, personne ne semble remarquer l’inconfort de la situation. Tandis que les chansons se succèdent, les danseurs se trémoussent sans arrêt, heureux comme des fous.

De grandes marques de boisson telles que Flag, Guinness ont érigé des bars de fortune pour faire la promotion de leurs produits. Ceux qui le désirent peuvent, sur un podium spécialement monté pour cette occasion, participer à un concours de danse pour gagner des gadgets proposés par la société. Les concurrents que l’on voit évoluer n’ont aucune prétention au titre de meilleur danseur qui fait l’objet de la compétition. S’amuser et amuser la foule, voilà ce qui les intéresse. Aussi, leur contorsion et leur gesticulation ressemblent-elles plutôt à des grimaces de singe qu’à des pas de danse, pour le plus grand plaisir de la foule qui meurt de rire. Qu’on ne s’y trompe pas. Les Loméens sont d’excellents danseurs.

Pendant ce temps, certains se sont jetés à la mer. La violence des vagues n’effraie pas les petits virtuoses qui les esquivent avec maestria.

Tous auraient voulu prolonger la soirée sur la plage, mais la nuit tombe et il faut rentrer se préparer pour une longue semaine de travail. Il faudra aux motocyclistes de longues minutes pour extirper leurs engins de la masse compacte garés le long du boulevard du Mono. Quant aux piétons qui attendent un taxi, ils devront patienter plusieurs minutes ou rentrer à la marche. C’est l’heure où les chauffeurs de taxi tirent partie de la situation. Il leur faudra plusieurs rotations pour vider la masse qui attend de rentrer. Beaucoup de couples ne se résoudront pas à regagner leur maison qu’après un détour au cinéma. Les salles désertes les autres jours de la semaine vont manquer d’espace aujourd’hui pour accueillir les cinéphiles.

Dimanche prochain, qu’il pleuve où qu’il vente, ils seront encore au rendez-vous. Tout compte fait, on peut être pauvre et aimer la vie. Comme on dit ici, être en bonne santé, c’est l’essentiel. La vie est une grâce divine, il faut la célébrer.      

Insalubrité de la plage de Lomé : Quand un lieu de loisirs très fréquenté devient un lieu d’aisance
Si cette plage attire beaucoup de monde à la recherche du calme et de la fraîcheur, c’est un endroit plutôt insalubre, à cause des badauds qui viennent se soulager au bord de l’eau et même souvent non loin des promeneurs qui prennent le frais, sous les cocotiers plantés en bordure du boulevard du Mono jouxtant cet endroit. Il y a, cependant, des sites plus ou moins aménagés comme ceux qui font face à l’Hôtel Ibis Lomé Centre et l’Hôtel de la Paix qui attirent des foules les week-end. L’affluence est à son comble les dimanches.
Il est 14 heures. Je me trouve dans un célèbre studio photo du quartier commercial pour des prises des photos d’identité. Il y a déjà un petit monde qui patiente dans la salle d’attente. J’attends patiemment mon tour. Il arrive au bout d’une heure. Le gérant de la place m’explique que le retrait c’est pour 16 heures. Je n’ai pas envie de rentrer et de revenir. Je décide donc d’aller ‘’respirer’ ’l’air frais de la plage, à quelques mètres seulement de l’endroit où se trouve le studio photo.  Il n’y a que le boulevard du Mono à traverser.

Cinq minutes plus tard, je suis sous les cocotiers plantés tout le long de la plage. A cause de la chaleur torride qu’il fait en cet après-midi, plusieurs personnes sont couchées à l’ombre des arbres, sur des cartons, des pagnes ou carrément à même le sable. Certains lisent, d’autres bavardent. De petites revendeuses circulent avec des victuailles et des boissons fraîches. On entend le rugissement des vagues qui viennent mourir sur la plage. C’est comme un appel pour moi. Je marche en direction de la mer.

A peine ai-je fait quelques pas dans cette direction que je remarque un homme accroupi. Tout en m’approchant, je me demande ce qu’il peut bien faire dans cette posture. Je ne tarde pas à comprendre. Le pantalon baissé et les genoux sous le menton les bijoux de famille pendants, l’individu est tout simplement en train de satisfaire un besoin naturel que vous pouvez aisément deviner. Il me regarde droit dans les yeux, sans la moindre gène. En fait, devant l’impudeur de l’homme, c’est moi qui détourne le regard, plus gêné que dégoûté par le spectacle. Je décris une large courbe pour ne pas sentir les effluves pestilentiels qui ne doivent pas manquer de se dégager de ce que notre ami offre gracieusement à la plage.

Ce n’est certainement  pas mon jour de chance. Juste devant moi, dans la même posture, mais couverte d’un pagne, une femme cette fois se livre à la même activité licencieuse, avec autant de détachement que l’homme que je viens d’éviter. Je fais de nouveau un large détour pour déboucher une nouvelle fois sur un jeune homme dans la même situation. Excédé, je tance l’inconnu : « vous n’avez pas honte ? Est-ce le meilleur endroit pour faire ce que vous faites ? » L’audace des Loméens me surprendra toujours. Je m’attendais à tout sauf à ce que j’ai entendu comme réponse : « c’est quoi ton problème, mon cher ami ? Suis-je ici dans ta maison ? La plage appartient à tout le monde. Des gens sont passés sans rien me dire. Qui es-tu pour me faire des reproches. Passe ton chemin ou tu auras affaire à moi. » A ce moment, un passant s’approche je le prends à témoin. Il me regarde avec l’air de quelqu’un qui ne comprend pas. Sa réaction me laisse totalement sans voix : « il faut toujours que des gens fassent les plus intelligents. Depuis quand chier est-il devenu un péché ? »

Par un curieux renversement de  situation, j’étais celui qui se trouvait dans la position de coupable. Encouragé par les paroles du passant, l’autre homme, un malabar, se lève, se rajuste et s’approche, l’air menaçant. A ce moment, je maudis sincèrement ma grande gueule. Si ces deux là se mettaient à me cogner dessus, je ne pourrais pas leur opposer une très grande résistance. Un moment, je songe à détaler, mais je comprends à temps que ce serait leur donner une idée qu’ils n’avaient pas forcément. Par prudence, je décide de ne plus piper mot. Celui qui vient de se soulager me fixe un instant avant de lâcher sur un ton qui perçait le plus grand mépris : « en ce moment même, il y a plusieurs personnes qui font comme moi. Pourquoi ne fais-tu pas le tour pour les gronder tous ? Tu trouveras certainement parmi eux quelqu’un pour t’arranger le portrait. Je n’ai pas apprécié ton intrusion mais je ne suis pas un méchant. Heureusement pour toi. » Puis en compagnie de son défenseur qui, j’aurais dû m’en douter avait aussi vidé son estomac sur la plage, ils se dirigent vers la cocoteraie.

Je laisse échapper un soupir de soulagement. Je suis déçu par le manque d’éducation de ces deux adultes qui sont partis avec la conviction inébranlable de n’avoir commis aucune action répréhensible. Je jette un coup d’œil autour de moi pour me rendre compte que je me trouve dans un endroit vraiment merdique. Je suis environné d’excréments que je n’avais pas remarqué auparavant. Pour oublier cet incident absurde, j’avance vers la mer pour me mouiller les pieds. Préparé d’avance par l’explication tumultueuse que je viens d’avoir, je contemple sans dire le moindre mot les hommes et les femmes croupis au bord de l’eau. Les vagues viennent emporter leurs excréments qui roulent un moment sur le sable mouillé avant d’être happés par la mer. De spectacle plus dégoûtant, je n’en ai jamais contemplé.

Dépité, je tourne les talons pour aller chercher un endroit plus respirable. Tout en m’éloignant, je sens monter en moi une rage que j’ai du mal à contrôler. Sommes nous dans la capitale d’un pays ou dans un vulgaire bled de rase campagne ? Ailleurs, disposer d’une façade sur la mer est considéré comme une bénédiction de Dieu. L’exploitation judicieuse des plages apporte des ressources financières appréciables à l’Etat. Chez-nous, les quelque touristes qui  risquent à s’approcher de la mer rentrent à leur hôtel l’estomac tordu par la nausée. La ville de Lomé dispose de très peu d’espaces aménagés et d’aires de repos. On aurait pu au moins consacrer quelque soin au seul endroit gracieusement offert par la nature. Nos gouvernants s’agitent dans tous les sens, mais ils passent à côté de l’essentiel. A cause de la négligence des services publics, la plage de Lomé est devenue le plus grand dépotoir de la ville. Aujourd’hui au moins on n’y jette plus les ordures. Mais ce qui s’y passe n’est pas moins insalubre.

Ce n’est pas seulement la faute aux autorités. Le manque de civisme des certains compatriotes est indéniable. Quand allons-nous apprendre à adopter des comportements responsables ? Dans un pays voisin, le simple fait de laisser traîner l’emballage d’un yaourt dans la rue est considéré comme une infraction. Chez-nous, c’est un geste mécanique. La municipalité a fait installer des poubelles au bord de certaines rues de la capitale, en nombre très insuffisant certes. Mais celles qui sont-là restent désespérément vides tandis que les emballages de toutes sortes jonchent les rues et bouchent les caniveaux. Le Ministre en charge de la formation civique a du pain sur la planche.

Combien cela coûterait-il de recruter des agents pour veiller à la propreté de notre petite plage ? L’Etat se complait dans des célébrations fastueuses qui ne laissent rien d’autre le lendemain qu’un tas de matières fécales dans les lieux d’aisance. Ces pécunes seraient mieux utilisées si on les consacrait à l’aménagement de notre plage.

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A la plage de Lomé
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Petits baigneurs

Ambiance dans les bars de fortune à la plage

Touriste à la plage au volant de sa voiture de sable

Footing sur le boulevard du Mono longeant la mer un dimanche matin

Sport à la plage

L'ambiance à la plage les dimanches soirs

Motos garées à la plage

 

 

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