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COMMENT VA MA CITÉ? |
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Prostitution au Togo: Les
Causes de l’engouement pour un phénomène décrié
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AgoraPress - Par John
Altman |
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Photo Source: nickhereandnow.blogspot.com |
Lomé, 12 janvier 2008 - On dit que c’est le plus
vieux métier du monde. Il est aussi le moins valorisant dans toutes les sociétés
du monde ; même en occident, peu de filles avouent volontiers être des
prostituées. Tous les Etats du monde lui ont déclaré la guerre, mais elle survit,
et se pratique à ciel ouvert. Il y a encore quelques années, pour s’acheter les
services d’une spécialiste, il fallait se rendre dans un quartier sombre la nuit
en rasant les murs. Aujourd’hui, en fonction de vos préférences, vous savez où
vous rendre pour satisfaire vos fantasmes les plus fous. Tous les coins chauds
de Lomé sont envahis par les prostituées ou encore les travailleuses de sexe la
nuit tombée. Elles négocient avec leurs clients le prix de la passe sous les
réverbères des boulevards, devant les regards indifférents des passants qui ne
semblent pas s’offusquer le moins du monde. Malgré les divers risques auxquelles
elle expose ses adeptes, surtout le VIH, la prostitution ne cesse de prendre de
l’ampleur. La volonté affichée du gouvernement togolais d’en finir avec ce que
toutes les sociétés traditionnelles considèrent comme une plaie sociale, n’a
pour l’instant produit que peu de résultats.
Pire, autrefois réservée aux adultes, elle attire de plus en plus de jeunes et
même des enfants.
Pourquoi un métier aussi farouchement combattu par les pouvoirs publics et tant
décrié par la société connaît-il un tel engouement, malgré les risques de
maladies, de violence, d’exploitation etc.…, auxquels sont exposées les
personnes qui le pratiquent ? Qui, mieux que les principales intéressées pouvait
mieux répondre à cette questions ?
Pour essayer de comprendre, nous avons approché certaines de ces filles. Pour
commencer, nous leur avons expliqué que nous n’étions pas partisans de cette
attitude qui consiste à condamner sans procès, sans même leur avoir donné la
chance de se justifier. Pour beaucoup en effet, il n’y a aucun besoin de
demander à une pute d’expliquer l’inexplicable.
Y a t-il vraiment quoi que ce soit d’inexplicable en ce bas monde ? Même les
plus grands criminels du monde disposent du droit à la défense. Malgré la
cruauté et la barbarie de certains actes, les coupables sont quand même
autorisés à se défendre, non pas pour se justifier, mais pour s’expliquer au
moins. Il est souvent arrivé que des criminels soulèvent dans l’opinion un élan
de sympathie après qu’on ait compris les mobiles de leurs actes. Certains sont
même été érigés en héros. Il n’y a à nos yeux aucune raison pour que les
prostituées ne bénéficient pas de la même complaisance. Les avis définitifs et
péremptoires sur le phénomène et sur celles qui le pratiquent nous laissent
dubitatifs. Lorsqu’on écoute ces filles, on se rend compte que beaucoup d’entre
elles n’avaient pas le choix.
Kafui 24 ans, est mère célibataire d’un enfant. De jour, rien ne laisse deviner
que cette beauté est une fille de joie. Pourtant, elle vit de ce métier depuis
deux ans déjà, quand le père de son petit garçon, un homme marié, lui a coupé
toute forme d’assistance, ayant usé et abusé de ses charmes au point de ne plus
les trouver à son goût. Elle s’était retrouvée brusquement face à des charges
qu’elle devait désormais assumer toute seule, pas question de retourner chez son
père qui vivait, depuis le décès de sa mère avec une autre femme qui ne voulait
pas la sentir.
Après plusieurs mois passés à essayer tous les petits commerces qui ne lui
procuraient même pas de quoi nourrir son enfant, elle s’était décidée. Elle qui
n’avait fait que la classe de quatrième et n’avait appris aucun métier ne
trouvait pas d’autre moyen pour faire face à des besoins d’argent qui se
posaient au quotidien. Aujourd’***, face aux critiques de son entourage, elle
répond avec amertume et lassitude : « Où étaient-ils alors quand mon enfant
et moi souffrions ? Est- ce pour leur faire plaisir mon enfant et moi nous
aurions dû nous laisser mourir de faim ? Je préfère être une traînée qui s’occupe
convenablement de son enfant qu’une femme vertueuse incapable de s’en occuper.
Tout le monde n’est pas obligé de faire comme moi .chacun pour soi. »
Laurentia, 19 ans, fréquente un lycée de la capitale. Elle est issue d’une
famille polygame, elle est la dix-septième dans l’ordre de naissance sur les
dix-neuf enfants que compte la famille ; son père, employé dans une société de
la zone franche gagne à peine de quoi payer son loyer. Chacune de ses quatre
femmes s’occupe comme elle peut de sa progéniture. Le petit commerce de vente de
tomates fraîches que tient la mère de Laurentia ne marche pas très fort. Aussi
propose-t-elle à sa fille de quitter les bancs pour l’aider, puisque de toute
façon, elle ne peut plus assurer sa scolarité. Mais, Laurentia n’est pas prête à
interrompre ses études. Elle décide de trouver elle-même les ressources
nécessaires pour terminer ses études secondaires. C’est ainsi qu’un samedi elle
décide d’aller faire le trottoir. Et apparemment, les affaires marchent : elle
s’habille comme une grande dame, son porte-monnaie est toujours garni de
liquidité, elle exhibe fièrement un portable Nokia qui n’arrête pas de sonner.
« Je ne peut travailler que les week-end et les jours fériés. Je me déplace
sur rendez-vous pour au moins 10.000 FCFA et à condition de rentrer avant 20
heures. J’aide beaucoup maman. Elle doit bien se douter de l’origine de l’argent
que je lui donne, mais elle ne m’a jamais rien demandé. Mon rêve c’est de
décrocher le probatoire cette année et pourquoi pas le baccalauréat l’année
prochaine. Après cela, j’arrête.»
Florence est âgée de 30 ans. Elle est secrétaire dans une petite entreprise de
la capitale. Elle gagne tout juste 20.000FCFA par mois. Sa maman ainsi que ses
frères et sœurs sont au village et vivent dans la misère la plus totale. Seule
Florence leur vient en aide de temps en temps. Mais avec une solde de 20.000FCFA
par mois, elle n’arrive pas à faire grand chose. Elle est très peinée de la
situation de sa vieille mère et de ses frères. Sa décision est prise. Un soir,
elle se rend dans le quartier commercial de la capitale, dans une boîte de nuit
célèbre où grouillent les filles de joie. Ce soir, elle est rentrée avec plus
d’argent qu’elle n’en gagne en un mois. « Ma double vie est parfois difficile
à supporter. Il arrive que je m’assoupisse devant l’écran de mon ordinateur. Je
vais finir par me faire virer, mais, cela m’est parfaitement égal. Jusque-là,
j’aurais mis suffisamment d’argent de côté pour ouvrir un petit commerce et
abandonner enfin ma vie secrète. »
Gloria et Anani vivent ensemble depuis maintenant trois ans. Anani qui n’est que
coiffeur, s’est beaucoup saigné pour que sa compagne ait une formation de
coiffeuse. Seulement voilà, ses affaires ne marchent plus, trop de coiffeurs ont
ouvert leur atelier dans le quartier. C’est à peine que ses recettes lui
permettent d’assurer les charges du ménage. Gloria aurait bien voulu aider son
compagnon, mais pour cela, il faut qu’elle travaille. Mais comment travailler
sans le matériel ? Le couple n’a pas les moyens de se l’acheter et personne
n’est disposé à le leur prêter. De qui est venue l’idée vendre les charmes de
Gloria pour obtenir ce que le couple désirait ? Gloria ne nous le dira pas se
bornant à expliquer que le couple s’était mis d’accord. Il arrive même que Anani
suive discrètement sa compagne sur les lieux où elle exerce. Elle nous le
montre, assis sur le bord du trottoir comme les nombreux badauds qui animent le
coin. « Si les choses se passent comme nous le souhaitons, dans deux mois,
vous ne me verrez plus ici. Je suis peinée d’en être arrivée là. Beaucoup de
filles que vous voyez ici ont un conjoint où du moins un petit ami et
n’exercent que pour trouver les moyens d’atteindre un objectif. »
Aucune des filles que nous avons rencontrée ne nous a confié qu’elle aimait ce
qu’elle faisait où qu’elle voulait l’exercer de façon permanente. Toutes rêvent
d’une autre vie. Dans un pays aussi pauvre que le nôtre, il y a peu de
solutions. Que propose-t-on comme alternative ? Portefaix où bonne à tout
faire pour une misère ? À voir la façon dont sont traitées les filles qui
exercent ces deux métiers, elles ne doivent pas se sentir plus honorables que
les prostituées. En tout cas, pour beaucoup de filles, être portefaix ou bonne à
tout faire n’est pas une solution acceptable.
Beaucoup de filles comme Laurentia citée plus haut revendiquent le droit à
disposer de leur corps et d’en faire ce qu’elles veulent. Elle dit ne pas
comprendre ceux qui prétendent qu’elle se vend. Elle dit ne vendre aucun bout de
son corps, sinon dit –elle, elle ne serait plus qu’un trou ! Elle vend ses
services sexuels, comme tout autre travailleur qui vend ses compétences ou sa
force productive. Elle tient pour inéquitable qu’on exige des femmes une vertu
que personne ne songe à exiger des hommes. Y aurait-il prostitution s’il n’y
avait pas de clients ? Et puis pourquoi tant stigmatiser un métier auquel même
les pouvoirs publics font parfois recours pour divertir leurs hôtes de
marques ? Il faut donc reconnaître qu’elles rendent quand- même service à la
société.
Ce qui à nos yeux est réellement préoccupant, c’est le fait que ces filles, plus
que d’autres, sont exposées aux maladies, à la violence et à l’exploitation. Il
y a surtout la prostitution des enfants. Ils ne vont pas à ce métier de leur
propre gré. Il faut poursuivre et réprimer avec la plus grande sévérité ceux qui
exploitent l’innocence des jeunes filles pour s’enrichir. A part cela, nous
pensons que, les autres arguments développés à la charge du phénomène ne lui
sont pas spécifiques. Il n’y a pas que la prostitution qui soit immorale. Que
dit- on du narco-trafic, de la corruption, de l’escroquerie dont certains hauts
placés ont fait leur profession et pratiquent à ciel ouvert, jusqu’à confondre
la terre à l’enfer ? Lutter contre la prostitution dans notre pays, c’est lutter
contre ces pratiques érigées en profession. La tromperie, l’humiliation,
l’asservissement du peuple par les gouvernants ne sont pas plus excusables que
la prostitution. Qu’elle ne soit pas un sujet idéal pour que des politiciens
véreux s’affichent dans le camp des vertueux.
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