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EN FINIR AVEC LES ANACHRONISMES DE LA CHARTE DES
PARTIS
Par Maxmibube Ayite Sitti
A quels motifs profonds ont obéi les « pères » de
la charte des partis ? Le motif avoué,
dira-t-on, est de combattre le tribalisme et le
régionalisme. Singulier argument de la part de
ceux qui n’ont de cesse d’encourager depuis 40 ans
par l’injustice, les discriminations éhontées, la
misère morale et matérielle ,la prostitution
entretenue , les maux qu’ils prétendent
combattre. Au surplus, elle constitue une menace
pour l’avenir de la démocratie. Tel est
l’anachronisme fondamental de cette charte que les
négociateurs démocrates ou prétendus tels ont cru
devoir négocier avec le parti unique au lendemain
du soulèvement populaire d’Octobre 1990. Comme si
un parti unique, le RPT, de surcroît, pouvait
penser la démocratie. Si le pluralisme des idées
est un des fondements de la démocratie, cette
dernière n’en reste pas moins une construction
permanente sans cesse renouvelée avec pour but
ultime, l’édification de la nation et la
préservation de l’unité nationale.
L’actualité récente et les psychodrames au sein de
plusieurs partis, dont le plus populaire d’entre
eux, l’UFC , donne de l’eau au moulin de ceux qui
ont toujours dénoncé
cette charte comme prenant en otage la démocratie.
Et de citer
à
l’appui de leurs griefs deux illustrations
majeures. La première tient
à
la disposition qui fait obligation aux fondateurs
d’un parti politique d’être ressortissants d’au
moins deux tiers des préfectures du pays. Qui peut
se targuer dans ce pays, d’avoir des associés
potentiels dans, ne serait-ce que cinq préfectures
à
la fois ? A la vérité, cette disposition est
contraire à l’esprit d’association. Celle-ci
suppose au départ, la rencontre de gens ayant un
but commun ou un même idéal qu’ils se proposent
de défendre, des affinités politiques,
idéologiques ou autres qu’ils veulent mettre au
service d’une vision partagée du but à atteindre.
Pour tous ceux qui savent comment se crée une
« affaire » commerciale ou une association à but
non lucratif ou qui ont eu a l’expérimenter, cette
disposition de la charte n’est qu’un anachronisme
monstrueux. Elle ne peut qu’entraver l’esprit
d’association qui procède d’une liberté totale de
choix des fondateurs. Elle encourage le
racolage politique, synonyme de transhumance.
Elle affaiblit le débat démocratique qui y perd
en clarté. Elle sacrifie l’esprit de rigueur
dans les choix. A la limite, il n’y a plus de
place pour le choix des engagements des uns et des
autres. Au mieux, elle
l’étouffe. Au pire, elle l’empêche d’éclore et
donc de former les esprits a la gestion du bien
commun.C’est l’assurance de la prostitution
politique des citoyens. Et la mise au rencart des
idées dont le rayonnement fonde, explique et
entraîne l’adhésion du plus grand nombre. Elle
fait le lit des opportunistes de tous bords plus
soucieux d’assouvir des ambitions personnelles que
de servir et d’accomplir une mission d’intérêt
général. Enfin, elle fait la promotion non de
partis politiques mais de regroupements de
circonstances qui ne sont alors que des
conglomérats de complaisance et sans consistance.
Il n’appartient pas a l’Etat de se substituer aux
individus dans le choix de leurs associes et
partenaires quels qu’ils soient. Au total, cette
charte institutionnalise de façon pernicieuse le
tribalisme entretenu par ce régime archaïque,
intellectuellement paresseux et d’une inculture
politique et historique déconcertante.
« REVENIR À LA LOI DE 1901 »
De fait, les turbulences que connaît en ce moment
l’UFC et d’autres partis avant elle ont leur
source directe dans cette conception anachronique
de la vie politique dont témoigne cette autre
disposition non moins anachronique qui soumet tout
fondateur ou inspirateur de parti politique a une
obligation de résidence d’un an. Aucun togolais
n’ignore en effet que le président d’honneur de l’UFC
en est l’inspirateur si ce n’est l’âme. Et s’il
n’est pas déclare membre fondateur, c’est
précisément à cause de cette disposition stupide
qui est un vrai coup de poignard contre la
démocratie. Comment le deuxième vice-président,
peut-il ignorer cet état de choses et vouloir
invoquer des statuts de complaisance contre celui
qui incarne a tort ou a raison l’espérance
populaire ?
Cette disposition arbitraire et politiquement
injustifiable semblait édictée a l’origine contre
un individu redoute par le pouvoir. A l’analyse et
avec le temps, l’on se rend de plus en plus
compte qu’elle écarte et marginalise a la fois
les Togolais de l’Extérieur dont elle fait des
citoyens de seconde catégorie. On a peine à
croire que des « démocrates » se soient prêtées à
d’aussi basses manœuvres d’exclusion. Cet
anachronisme cache mal la volonté d’une bande de
complices de s’approprier la conquête du peuple
en continuant de le garder sous son joug égoïste.
Tout est donc mis en œuvre pour briser l’élan des
masses vers la démocratie, synonyme
d’émancipation. La vie politique nationale ne
saurait être a la merci d’un Etat qui n’a de
principes que pour les autres et jamais pour
lui-même. Il y a donc lieu de restaurer d’urgence
l’esprit d’association dans le respect des options
des uns et des autres.
Il s’agit de savoir si nous voulons vivre dans un
Etat qui continuerait de nous dicter nos choix ou
dans un Etat qui nous en laisserait libres. Dans
le premier cas, ce serait un retour au système de
parti unique rejete par notre peuple. Dans le
second cas, nous poursuivrions notre marche en
avant vers une démocratie sans cesse épanouie.
L’une des conditions nécessaires est le retour à
la loi de 1901 sur les associations. C’est la
référence en la matière. Elle nous offre une riche
tradition de démocratie par les textes et par la
pratique. Aussi, le retour à ce texte séculaire
qui a fait ses preuves est-il le seul moyen d’en
finir avec les anachronismes d’une charte
inadaptée aux exigences de la vie démocratique et
de l’unité nationale. /.
Maxmibube Ayite Sitti
Ancien président du Groupement des
Avocats d’Afrique Noire en France. (GAANF) |