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Me ABI TCHESSA |
Matinée Internationale : Le PSR
participera-t-il aux prochaines consultations seul
ou en alliance ?
Me ABI TCHESSA : Je dois en préliminaire dire
que nous avons une opportunité cette année sur le
plan politique de voir l'échiquier politique
togolais se clarifier. Pour la première fois, il y
aura une élection pluraliste ; et de cette
élection, les différentes forces politiques qui
vont pouvoir porter un projet de société pour
notre pays vont se faire connaître et se
positionner. S'agissant de ces élections, le PRS y
prendra part, c'est une évidence.
Nous irons concourir comme les autres partis
politiques, parce qu'il est difficile dans un mode
de scrutin proportionnel de faire une alliance. La
question d'alliances avant les élections est
prématurée. En revanche, après les législatives,
il est tout à fait normal qu’un certain nombre de
partis siégeant à l'Assemblée Nationale se
regroupent pour former une coalition
gouvernementale plus solide afin d'engager les
reformes dont notre pays a besoin.
Matinée Internationale : Vous avez dit
que l’échiquier politique s’éclaircira. Est-ce à
dire que vous croyez à la transparence des
prochaines législatives ?
Me ABI TCHESSA : Les prochaines élections
doive être forcement transparentes ! Les
dispositions sont prises à cet effet. Le code
électoral, comme vous le savez, a été réaménagé.
Avec le concours de des partis politiques et de la
société civile ; les dispositions pratiques sont
prises pour permettre un recensement électoral. La
garantie est donnée, le jour du vote, par la
présence effective et de tous les partis
politiques en lice et des observateurs, dans les
bureaux de vote.
Toutes ces dispositions sont de nature à rassurer
l'opinion et à assurer la transparence de ce
scrutin. Le reste relève du comportement des
humains, mais nous estimons qu'après avoir connu
des ratés par le passé, aujourd'hui l'ensemble des
acteurs politiques a pris conscience que ce
scrutin doit être nécessairement équitable et
transparent et qu'il faudrait en toute
responsabilité accepter le jeu démocratique.
Matinée Internationale : Le mode de
scrutin proportionnel à la plus forte moyenne vous
inspire-t-il confiance ?
Me ABI TCHESSA : Nous avions estimé que le
choix de ce mode de scrutin qui est dicté par le
souci de voir un plus grand nombre de partis
représentés à l'Assemblée Nationale, était
prématuré dans le contexte politique eu égard à la
situation de tension que nous vivons. Par le
passé, nous avons connu le mode de scrutin
uninominal majoritaire à deux tours qui avait été
prévu initialement par la Constitution de la lVème
République. Il eût fallu s'en tenir à ce mode de
scrutin.
Toutefois, quels que soient les griefs que l'on
ait formulés ici et là sur le mode de scrutin, il
faut accepter de concourir, parce que l'essentiel
n'est pas le mode de scrutin, c'est plutôt la
transparence des élections. Et c'est cette
transparence qu'il faut rechercher. Pour ce qui
concerne le mode de scrutin proportionnel â la
plus forte moyenne, nous devons nous efforcer
d'expliquer aux populations ses exigences et
contraintes, leur apprendre comment il faut voter.
Mais parce que dans les préfectures, il n'y a pas
homogénéité de populations.
Il y a différentes ethnies, différents groupes qui
ont parfois leurs valeurs particulières. Il est
donc important de leur expliquer qu’ elles vont
exprimer 1e même choix. Et une fois que le député
aura été élu, il représente toutes les
composantes, toutes les collectivités de la
circonscription électorale. Nous devons donc faire
de la pédagogie dans ce sens. Nous mêmes devons
être rassurés d'avance qu'il n'y a aucun mode de
scrutin qui soit le plus juste possible et que
tous les modes de scrutin s'équivalent.
Matinée Internationale : Vous-vous
réclamez d’un parti de l’opposition ; la preuve
votre parti a fait parti de la coalition des six
partis de l’opposition ayant affronté le candidat
du RPT à la présidentielle de 2005. Êtes-vous
aujourd’hui toujours sur cette lancée ? Où se
situe au juste le PSR aujourd’hui ? Au centre ou
dans l’opposition ?
Me ABI TCHESSA : Lorsque l'on visite
l'histoire du processus démocratique togolais, je
pense qu'il a eu des bouleversements. Rien n'est
figé. La politique n'est pas un fleuve tranquille.
Nous avons chaque fois essayé d'apporter notre
concours pour que les forces de changement, les
forces de progrès émergent réellement et prennent
à bras le corps les différents problèmes auxquels
sont confrontés nos populations. Dans cette
perspective, nous avons -été à l'origine de la
création en 2002 de la Coalition des Forces
Démocratiques (CFD). En 2005, nous nous sommes
également inscrits dans 1a même démarche, et nous
sommes parvenus à une candidature unique. Après
l'élection présidentielle, la gestion des
difficultés nées du scrutin ne nous a pas plu et
nous avons marqué notre désaccord.
En effet, nous tenons â conserver notre identité !
Nous sommes un parti socialiste. Un parti
socialiste est une force de propositions, une
force de progrès. Et c'est par rapport à ce cliché
que nous aimerions nous situer. Aujourd'hui, il
est incontestable que le processus poursuit son
cours et le Pacte Socialiste pour 1e Renouveau (PSR)
a toujours été une force de propositions et une
farce d'opposition par rapport au RPT. Pour le
reste, nous ne nous occupons pas de savoir ce que
les gens pensent de tel ou tel choix ; l’essentiel
pour nous est de faire évoluer les mentalités et
de faire progresser le débat politique dans notre
pays.
Matinée Internationale : Le PSR affirme
comment faire la politique autrement. Comment cela
est-il possible ?
Me ABI TCHESSA : Oui, nous l'avons affirmé,
parce que nous sommes une force socialiste. Le
socialisme est un héritage, une idéologie
internationale. La démarcation dans notre pays, en
particulier dans les pays africains, entre le
libéralisme et la Gauche Sociale, n'est pas très
nette. Nous voulons engager les mentalités dans
cette voie. Nous voulons que la politique soit un
repère, une idéologie, une conception de la
société dans laquelle l'on souhaite vivre. C'est
pour cela que le PSR veut faire la politique par
le fond et non par 1a forme. C'est ce que nous
signifions par " faire la politique autrement ".
Cela veut dire que sur les différents problèmes de
1a société : que ce soit le problème de
l'éducation, de la santé, de l'environnement, de
la ville, de l'orientation économique, et du choix
du mode de société dans lequel nous voulons vivre,
le PSR se nourrit de l'idéologie de Gauche. Et
nous souhaitons que par rapport à cette idéologie,
qu'il y ait entre les partis qui se sont
positionnés, pour savoir ce qui nous divise au
fond. Il ne faut pas que nous fassions la
politique par rapport à certains faits du passé,
mais par rapport aux problèmes présents et à ce
que nous estimons être la destinée commune de ce
peuple. Nous devons impérativement engager un
débat de fond {et la presse doit aider la classe
politique) sur le devenir de notre société. C'est
là que le PSR attend les autres partis.
Matinée Internationale : C’est depuis
2005 que le PSR est rentré au gouvernement
d’Union, lequel s’est élargie en 2006. Avez-vous
pu tirer des leçons entre faire l’opposition en
dehors de l’appareil de l’Etat et faire
l’opposition tout en étant au gouvernement ?
Me ABI TCHESSA : Je pense qu'il est parfois
difficile de concilier les deux ; parce que nous
avons nos choix, nous avons notre vision des
choses et je dois vous avouer que pour que l'on
puisse mettre en oeuvre une idéologie, une action
politique, il faut nécessairement en avoir les
moyens. Lorsqu'on est associé au pouvoir, on n'est
pas là pour imposer son idéologie ou imposer ses
choix, mais on est !à pour contribuer à un
processus. C'est dans cette logique que le PSR se
situe en entrant au gouvernement depuis 2005.
Mais
vous n'êtes pas sans savoir que le parti lui-même,
par l'intermédiaire de son Porte parole, a tenu à
faire la démarcation entre sa participation à
l'exercice de l'action publique et sa position
naturelle , son identité, son idéologie, sa
liberté de porter un jugement sur I'action du
gouvernement. C'est pour cela qu'à plusieurs
occasions, le parti a pu se montrer critique sur
les actions engagées par le gouvernement.
Matinée Internationale : Avez-vous le
sentiment d’avoir eu raison d’être allé au
gouvernement depuis 2005 alors que tous les autres
partis de l’opposition s’ y étaient opposés ?
Me ABI TCHESSA : Vous avez pu vous rendre
compte que toutes les forces politiques
participent aujourd'hui au gouvernement d'union
nationale, à 'l'exception de l'UFC. Il est
important de noter que chacun fait le choix qu’il
estime nécessaire et pour le pays et pour son
parti politique. Nous, nous l'avons fait à une
époque où cela paraissait prématuré, mais l'avenir
nous a donné raison.
Matinée Internationale : Un message à
l’endroit de vos militants et des Togolais ?
Me ABI TCHESSA : "Que ce soit dans la
douleur ou dans les difficultés, nous devons
impérativement nous entendre sur ce qui nous
unit ».
Je voudrais dire à toute la population togolaise
que la démocratie ne se décrète pas. Elle se
construit dans la douleur, parfois dans le sang et
souvent dans les repentirs successifs. Les
Togolais qui ont l’âge ont connu cette période qui
est une période sombre de notre histoire. Mais
aujourd’hui nous avons collectivement le devoir
de changer le cours de notre histoire. Une
élection, comme les prochaines législatives,
permet de le faire. Lorsqu’on émet un vote, on
exprime le souhait devoir s’instaurer chez soi le
type de société politique où l’on veut vivre. Je
voudrais que les Togolais soient rassurés que
l’avenir leurs appartient.
Que ce soit dans la douleur ou dans les
difficultés, nous devons impérativement nous
entendre sur ce qui nous unit, sur ce qui doit
fonder notre vie en commun. Si nous sommes
d’accord sur l’essentiel, sur ce que nous devons
faire pour que chacun puisse trouver sa place dans
la société, la politique doit nous nourrire et
nous construire.
En revanche, si nous sommes sensibles à la
division, aux clichés et aux sentiments, nous
allons déshabillé Paul pour habiller Pierre, ou
nous allons tout simplement suivre Paul parce que
c’est Paul, et ceci toujours dans les mêmes
difficultés. Il faut aujourd’hui que la nouvelle
génération des Togolais s’empare réellement du
problème national, en fasse son affaire et engage
le Togo dans le développement, dans la liberté et
dans le progrès.
A l’endroit des militants du PSR, j’aimerais leur
dire que le parti émerge et s’impose de plus en
plus comme un parti crédible. L’essentiel pour
nous, n’est pas l’exercice du pouvoir politique.
C’est de contribuer à façonner jour après jour la
démocratie, la société de liberté au Togo. Mais
par notre manière de participer au débat
politique, il faut qu’on fasse émerger la
conscience d’une citoyenneté nationale dans
laquelle tous les Togolais, mêmes ceux qui ne sont
de notre parti, pourront se retrouver. C’est de
cette manière que notre parti aura été utile. |