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3 Août 2007

Secrétaire National du PSR : « La démocratie ne se décrète pas. Elle se construit dans la douleur. Parfois dans le sang. Et souvent dans des repentirs succes­sifs »

Me ABI TCHESSA

Matinée Internationale : Le PSR participera-t-il aux prochaines consultations seul ou en alliance ?
Me ABI TCHESSA :
Je dois en préliminaire dire que nous avons une opportunité cette année sur le plan politique de voir l'échiquier politique togolais se clarifier. Pour la première fois, il y aura une élection pluraliste ; et de cette élection, les différentes forces politiques qui vont pouvoir porter un projet de société pour notre pays vont se faire connaître et se positionner. S'agissant de ces élections, le PRS y prendra part, c'est une évidence.

Nous irons concourir comme les autres partis politiques, parce qu'il est difficile dans un mode de scrutin proportionnel de faire une alliance. La question d'alliances avant les élections est prématurée. En revanche, après les législatives, il est tout à fait normal qu’un certain nombre de partis siégeant à l'Assemblée Nationale se regroupent pour former une coalition gouver­nementale plus solide afin d'engager les reformes dont notre pays a besoin.

Matinée Internationale : Vous avez dit que l’échiquier politique s’éclaircira. Est-ce à dire que vous croyez à la transparence des prochaines législatives ?
Me ABI TCHESSA :
Les prochaines élections doive être forcement transparentes ! Les dispositions sont prises à cet effet. Le code électoral, comme vous le savez, a été réaménagé. Avec le concours de des partis politiques et de la société civile ; les dispositions pratiques sont prises pour permettre un recensement électoral. La garantie est donnée, le jour du vote, par la présence effective et de tous les partis politiques en lice et des observateurs, dans les bureaux de vote.

Toutes ces dispositions sont de nature à rassurer l'opinion et à assurer la transparence de ce scrutin. Le reste relève du comportement des humains, mais nous estimons qu'après avoir connu des ratés par le passé, aujourd'hui l'ensemble des acteurs politiques a pris con­science que ce scrutin doit être nécessairement équitable et transparent et qu'il faudrait en toute responsabilité accepter le jeu démocratique.

Matinée Internationale : Le mode de scrutin proportionnel à la plus forte moyenne vous inspire-t-il confiance ?
Me ABI TCHESSA : Nous avions estimé que le choix de ce mode de scrutin qui est dicté par le souci de voir un plus grand nombre de partis repré­sentés à l'Assemblée Nationale, était prématuré dans le contexte politique eu égard à la situation de tension que nous vivons. Par le passé, nous avons connu le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours qui avait été prévu initialement par la Constitution de la lVème République. Il eût fallu s'en tenir à ce mode de scrutin.

Toutefois, quels que soient les griefs que l'on ait formulés ici et là sur le mode de scrutin, il faut accepter de concourir, parce que l'essentiel n'est pas le mode de scrutin, c'est plutôt la transparence des élections. Et c'est cette trans­parence qu'il faut rechercher. Pour ce qui concerne le mode de scrutin proportionnel â la plus forte moyenne, nous devons nous efforcer d'expliquer aux populations ses exigences et contraintes, leur apprendre comment il faut voter. Mais parce que dans les préfectures, il n'y a pas homogénéité de populations.

Il y a différentes ethnies, différents groupes qui ont parfois leurs valeurs particulières. Il est donc important de leur expliquer qu’ elles vont exprimer 1e même choix. Et une fois que le député aura été élu, il représente toutes les composantes, toutes les collectivités de la circonscription électorale. Nous devons donc faire de la pédagogie dans ce sens. Nous mêmes  devons être rassurés d'avance qu'il n'y a aucun mode de scrutin qui soit le plus juste possible et que tous les modes de scrutin s'équivalent.

Matinée Internationale : Vous-vous réclamez d’un parti de l’opposition ; la preuve votre parti a fait parti de la coalition des six partis de l’opposition ayant affronté le candidat du RPT à la présidentielle de 2005. Êtes-vous aujourd’hui toujours sur cette lancée ? Où se situe au  juste le PSR aujourd’hui ? Au centre ou dans l’opposition ?
Me ABI TCHESSA : Lorsque l'on visite l'histoire du processus démocratique togolais, je pense qu'il a eu des bouleversements. Rien n'est figé. La politique n'est pas un fleuve tranquille. Nous avons chaque fois essayé d'apporter notre concours pour que les forces de changement, les forces de progrès émergent réellement et prennent à bras le corps les différents problèmes auxquels sont confrontés nos populations. Dans cette perspective, nous avons -été à l'origine de la création en 2002 de la Coalition des Forces Démocratiques (CFD). En 2005, nous nous sommes également inscrits dans 1a même démarche, et nous sommes parvenus à une candidature unique. Après l'élection présidentielle, la gestion des difficultés nées du scrutin ne nous a pas plu et nous avons marqué notre désaccord.

En effet, nous tenons â conserver notre identité ! Nous sommes un parti socialiste. Un parti socialiste est une force de propositions, une force de progrès. Et c'est par rapport à ce cliché que nous aimerions nous situer. Aujour­d'hui, il est incontestable que le processus poursuit son cours et le Pacte Socialiste pour 1e Renouveau (PSR) a toujours été une force de propositions et une farce d'opposition par rapport au RPT. Pour le reste, nous ne nous occupons pas de savoir ce que les gens pensent de tel ou tel choix ; l’essentiel pour nous est de faire évoluer les mentalités et de faire progresser le débat politique dans notre pays.

Matinée Internationale : Le PSR affirme comment faire la politique autrement. Comment cela est-il possible ?
Me ABI TCHESSA : Oui, nous l'avons affirmé, parce que nous sommes une force socialiste. Le socialisme est un héritage, une idéologie internationale. La démarcation dans notre pays, en particulier dans les pays africains, entre le libéralisme et la Gauche Sociale, n'est pas très nette. Nous voulons engager les mentalités dans cette voie. Nous voulons que la politique soit un repère, une idéologie, une conception de la société dans laquelle l'on souhaite vivre. C'est pour cela que le PSR veut faire la politique par le fond et non par 1a forme. C'est ce que nous signifions par " faire la politique autrement ". Cela veut dire que sur les différents problèmes de 1a société : que ce soit le problème de l'éducation, de la santé, de l'environnement, de la ville, de l'orientation économique, et du choix du mode de société dans lequel nous voulons vivre, le PSR se nourrit de l'idéologie de Gauche. Et nous souhaitons que par rapport à cette idéologie, qu'il y ait entre les partis qui se sont positionnés, pour savoir ce qui nous divise au fond. Il ne faut pas que nous fassions la politique par rapport à certains faits du passé, mais par rapport aux problèmes présents et à ce que nous estimons être la destinée commune de ce peuple. Nous devons impérativement engager un débat de fond {et la presse doit aider la classe politique) sur le devenir de notre société. C'est là que le PSR attend les autres partis.

Matinée Internationale : C’est depuis 2005 que le PSR est rentré au gouvernement d’Union, lequel s’est élargie en 2006. Avez-vous pu tirer des leçons entre faire l’opposition en dehors de l’appareil de l’Etat et faire l’opposition tout en étant au gouvernement ?
Me ABI TCHESSA : Je pense qu'il est parfois difficile de concilier les deux ; parce que nous avons nos choix, nous avons notre vision des choses et je dois vous avouer que pour que l'on puisse mettre en oeuvre une idéologie, une action politique, il faut nécessairement en avoir les moyens. Lorsqu'on est associé au pouvoir, on n'est pas là pour imposer son idéologie ou imposer ses choix, mais on est !à pour contribuer à un processus. C'est dans cette logique que le PSR se situe en entrant au gouvernement depuis 2005.

Mais vous n'êtes pas sans savoir que le parti lui-même, par l'intermédiaire de son Porte parole, a tenu à faire la démar­cation entre sa participation à l'exercice de l'action publique et sa position naturelle , son identité, son idéologie, sa liberté de porter un jugement sur I'action du gouvernement. C'est pour cela qu'à plusieurs occasions, le parti a pu se montrer critique sur les actions engagées par le gouver­nement.

Matinée Internationale : Avez-vous le sentiment d’avoir eu raison d’être allé au gouvernement depuis 2005 alors que tous les autres partis de l’opposition  s’ y  étaient opposés ?
Me ABI TCHESSA : Vous avez pu vous rendre compte que toutes les forces politiques participent aujourd'hui au gouvernement d'union nationale, à 'l'exception de l'UFC. Il est important de noter que chacun fait le choix qu’il estime nécessaire et pour le pays et pour son parti politique. Nous, nous l'avons fait à une époque où cela paraissait prématuré, mais l'avenir nous a donné raison.

Matinée Internationale : Un message à l’endroit de vos militants et des Togolais ?
Me ABI TCHESSA : "Que ce soit dans la douleur ou dans les difficultés, nous devons impérativement nous entendre sur ce qui nous unit ».

Je voudrais dire à toute la population togolaise que la démocratie ne se  décrète pas. Elle se construit dans la douleur, parfois dans le sang et souvent dans les repentirs successifs.  Les Togolais qui ont l’âge ont connu cette période qui est une période sombre de notre histoire. Mais aujourd’hui nous avons  collectivement le devoir de changer le cours de notre histoire. Une élection, comme les prochaines législatives, permet de le faire. Lorsqu’on émet un vote, on exprime le souhait devoir s’instaurer chez soi le type de société politique où l’on veut vivre. Je voudrais que les Togolais soient rassurés que l’avenir leurs appartient.

Que ce soit dans la douleur ou dans les difficultés, nous devons impérativement nous entendre sur ce qui nous unit, sur ce qui doit fonder notre vie en commun. Si nous sommes d’accord sur l’essentiel,  sur ce que nous devons faire pour que chacun puisse trouver sa place dans la société, la politique doit nous nourrire et nous construire.

En revanche, si nous sommes sensibles à la division, aux clichés et aux sentiments, nous allons déshabillé Paul pour habiller Pierre, ou nous allons tout simplement suivre Paul parce que c’est Paul, et ceci toujours dans les mêmes difficultés. Il faut aujourd’hui que la nouvelle génération des Togolais s’empare réellement du problème national, en fasse son affaire et engage le Togo dans le développement, dans la liberté et dans le progrès.

A l’endroit des militants du PSR, j’aimerais leur dire que le parti émerge et s’impose de plus en plus comme un parti crédible. L’essentiel pour nous, n’est pas l’exercice du pouvoir politique. C’est de contribuer à façonner jour après jour la démocratie, la société de liberté au Togo. Mais par notre manière de participer au débat politique, il faut qu’on fasse émerger la conscience d’une citoyenneté nationale dans laquelle tous les Togolais, mêmes ceux qui ne sont de notre parti, pourront se retrouver. C’est de cette manière que notre parti aura été utile.

Propos recueillis par Atsa N’LASSINDI

 

 
 
 
 
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