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Plus
que quelques jours encore, et le Togo
représenté par sa sélection nationale, se
retrouvera sous les feux de la rampe, à
travers la prestation des éperviers à la
coupe du monde 2006.
Or, ce qui était
attendu dès les premières heures post qualification
par le public sportif togolais et une population
euphorique dans son ensemble, comme un événement
historique, apparaît bien aujourd’hui, aux yeux de
beaucoup, comme un non événement ! Force est de
constater qu’à l’enthousiasme populaire, a succédé
plutôt, un climat d’indifférence, d’attentisme et de
scepticisme généralisé. C’est le wait and see
qui est de rigueur.
Comment a t-on
pu en arriver là ? Tant le rêve fait pour tous en
2005 par la bande à Stephen Keshi, semblait si
beau ; trop beau peut-être, pour profiler une
véritable lueur d’espoir dans un Togo au ciel depuis
longtemps assombri par une crise socio politique,
plutôt en constante fermentation.
C’est dire si
les éternels briseurs de rêve ne sont pas passés par
là... Entre-temps, il y a bien sûr eu une
participation chaotique à la CAN 2006 en Egypte,
avec une préparation des plus calamiteuses, jamais
exhibée à ce stade de la compétition. Puis, fidèles
à eux mêmes, les responsables de la fédération
togolaise de football (FTF), par leur
inorganisation, leur propension à prendre le contre
pied de l’opinion, leur inaction, et une gestion à
la hussarde des affaires, ont tôt fait de rompre la
belle dynamique populaire qui a commencé à se
dessiner autour de la sélection.
Qu’il semble
déjà loin le temps où, des appels à la mobilisation
autours des éperviers fusaient ça et là, de Lomé à
Cinkassé et au sein de la diaspora. Aujourd’hui
beaucoup sont ceux-là qui hésitent, voire, ont
littéralement renoncer à faire le déplacement des
tribunes des stades de Dortmund, Francfort, Cologne,
pour participer à la fête du foot, derrière leur
équipe. Mais, les conditions draconiennes récemment
énumérées par la représentation allemande au Togo
pour les supporters souhaitant accompagner leur
sélection au Mondial, ne peuvent que représenter un
luxe pour bien d’amoureux du ballon rond dans
notre pays. En même temps, on imagine mal les
autorités de fait, débarquer en Allemagne, une
horde de pseudo supporters composée d’animateurs du
parti-Etat, accompagnant la délégation officielle.
Du coup, c’est toute la diaspora togolaise en Europe
et en Allemagne, en particulier (supposée plus
proche de l’événement) qui doit se sentir, malgré
tout, interpellée au premier chef.
Un devoir
patriotique avant tout...
Certes, on peut toujours se montrer réticents et se
laisser tenter par un boycott pur et simple (comme
l’ont suggéré récemment certaines organisations) en
guise de protestation contre les méthodes et les
agissements du clan qui a pris en otage les affaires
dans notre pays et qui par la force des choses,
pilotent (à vue) notre sport roi. Mais il faut bien
voir, qu’une participation à une coupe du monde
représente toujours un événement majeur dans la vie
d’une nation, et davantage, pour les joueurs qui
auront l’honneur de défendre ses couleurs. Le sort a
voulu que cette qualification arrive seulement
aujourd’hui, dans un contexte socio politique qui
laisse à désirer. D ’ailleurs, la plupart des
Eperviers qui fouleront en juin les pelouses
allemandes, sont eux même purs produits de cette
génération sacrifiée, « génération débrouille »,
celle à qui on n’a laissé d’autre alternative que
celle du "Zémidjan". Aussi, ces joueurs sont-ils
bien au fait, du sort de la jeunesse du pays dont
ils se feront les ambassadeurs en juin. Aux yeux de
bien de leurs anciens camarades et petits copains de
jeu, des terrains vagues de leur début, dans les
quartiers populaires de Lomé, les Abalo, Adebayor,
Coubadjea kader, Agassah , Akoto et autres Olufadé,
ne sont que de sacrés veinards ; qui par leur
courage et leur persévérance ont pu s’extraire de
situation d’arbitraire, de désespoir et du mal
vivre ambiant, pour espérer une reconnaissance à la
mesure de leur talents, sous d’autre cieux plus
accueillants. C’est pourquoi, les encourager, c’est
d’abord témoigner de cette reconnaissance d’avoir
port é déjà à ce stade d’un rendez-vous mondial, par
ce qui est le fruit de leur travail (et non
« l’équation personnelle » de qui que ce soit), le
flambeau de leur pays. On peut en effet imaginer
l’immense joie, l’émotion incompressible, la
consécration que constitue la participation à une
coupe du monde pour l’accomplissement de la carrière
d’un footballeur. Mais, le fait pour ces jeunes
d’accomplir ainsi leur rêve, ne saurait constituer
l’arbre qui cache la forêt. Aussi, tous les togolais
qui le peuvent, se doivent donc de ne pas faire
l’économie de l’encouragement et du soutien à
apporter à cette équipe : un soutien ferme et le
plus enthousiaste possible, pour faire de cette
fête, un rendez-vous patriotique.
Et comment
pourrait-il en être autrement, lorsqu’on sait que le
pays hôte de l’événement, regorge aujourd’hui d’une
forte communauté togolaise ? Ce qui devrait
constituer un atout moral pour les éperviers qui en
tout état de cause, devront se sentir presque chez
eux.
Qu’on se le
tienne pour dit ; vues les conditions de préparation
qui ont été les leurs, vu les errements des
autorités sportives et le climat délétère d’avant
compétition secrété jusqu’au sein même des organes
dirigeants, il ne viendrait à l’idée de personne, de
demander aux éperviers de ramener la coupe du monde
sur la terre de nos aïeux ; encore moins, d’aligner
des victoires sur victoires !
En revanche, ce qui leur est demandé c’est de faire
une participation digne, c’est dire la moins
déshonorante possible ; c’est de produire un jeu à
même d’effacer des mémoires, le traumatisme de
l’affligeante prestation à la dernière Coupe
d’Afrique des Nations au Caire. Bref, de mouiller le
maillot ! Ils le doivent bien à leur public. Ce
public sportif et la jeunesse de ce pays qui, au
prix de moult sacrifices, ne leur ont jamais négocié
leur soutien tout au long de leur parcours.
Notamment, face aux turpitudes des responsables de
la fédération, lors de la crise des primes, à la
veille de la CAN 2006, par exemple. Mieux, ils ne
peuvent oublier que c’est au ssi par leurs
manquements dans l’organisation que des dizaines de
nos compatriotes amateurs du ballon rond, sont
tombés écrasés dans une bousculade le 10 décembre
2004 à l’issue du match Togo - Mali, après une
meurtrière coupure d’électricité. De même, ces
ambassadeurs doivent toujours garder à l’esprit que
pendant qu’ils fouleront les pelouse vertes des
stades allemands, des milliers de leurs compatriotes
suivront leurs " exploits" , en direct, depuis
leurs abris de fortunes, dans des camps de réfugiés
aux frontières de leur pays
Mais, l’ « union sacrée »...avec les
bourreaux ?
S’il est vrai que la population a semblé
retrouver en les exploits des éperviers un
exutoire, toute la question de la frontière entre
le sport et la politique se trouve posée. N’a t-on
d’ailleurs pas déjà eu à assister aux lendemains de
la double qualification des éperviers pour la Can
et le mondial 2006, à des discours, à des faits et
gestes, de la part des gouvernants qui s’analysent
en de manoeuvre de récupération des événements à des
fins politiques ?
La FIFA, par la
voix de son président Sepp Blatter, a récemment
indiqué que « la sélection reste le seul endroit
où le football peut jouer un rôle social et culturel
et contribuer à l’identification à un pays... ».
Il va sans dire que dans le cas du Togo, cette
identification ne peut se faire en dehors d’un
contexte sociétal marqué par de dures réalités.
C’est pourquoi, il ne saurait être question
d’apporter par le soutien massif souhaité pour les
éperviers, une quelconque caution au système
politique liberticide. Pour ce faire, il n’y a qu’à
imaginer un tant soit peu l’ "aréopage" de
personnages, susceptible de débarquer dans quelques
jours sur le sol allemand, au dos du contribuable
togolais, et ès qualité de représentants du ghota
sportif national , pour s’en convaincre.
En effet il
n’est un secret pour personne que depuis plusieurs
années, le champ sportif en général et celui du
football en particulier est « savamment » investi,
par des hommes de main du système faisant office de
dirigeants sportifs. Certains ayant même su
habilement s’insérer dans les plus hautes instances
régionales et internationales. Ce n’est donc pas le
fait d’un hasard si, outre le Commandant Rock
GNASSINGBE actuel président de la FTF, (fils du feu
dictateur Gal Eyadema et frère du Faure Gnassingbé
), on retrouve entre autres, les Généraux, Poutoyi
NABEDE (Président de la fédération togolaise
d’athlétisme et membre de la Commission « Eperviers
2006 », mise en place par le premier ministre en
Janvier, au lendemain de l a crise des primes),
Zoumaro GNOFAME (ex président de la FTF et actuel
président du comité national olympique togolais,
CNOT ); séyi MEMENE :(ex président de la FTF, vice
président de la commission éperviers 2006, 1er
vice président de la Confédération africaine de
Football, CAF et membre de commission spécialisée de
la FIFA), comme membres à part entière de ce gotha.
C’est ce « beau
monde » qui pourraient se voir dérouler le tapis
rouge en Allemagne, et prétendre « légitimement » à
tous les privilèges, au titre de VIP du sport roi au
Togo. Aussi, comment ne pas partager l’inquiétude de
certaines voix qui se sont récemment élevées au sein
de la diaspora, pour appeler à « un
discernement et de la mesure » dans la
mobilisation autour des éperviers ? Car, il faut
bien voir que parmi tous ces « officiels » qui
graviteront autour des Eperviers en Allemagne,
certains sont « nominés » plusieurs fois, aux oscars
des tripatouillages électoraux qui ont marqué la vie
politique de notre pays et figureraient en bon rang,
parmi les principaux acteurs du putsch de février
2005, avec pour conséquence, le massacre de
centaines de nos compatriotes, et poussant des
milliers d’autres, sur les routes de l‘exil.
De plus, en plein débat sur la culture de l’impunité
qui sévit chez nous, comment ne pas se rappeler au
bons souvenir de ceux-là même, qui hier encore,
traitaient les autorités allemandes de «nazis »,
et n’ont pas hésité à envoyer leurs milices armées,
incendier nuitamment, ce haut lieu de la culture
pour la jeunesse togolaise, qu’est l’Institut Goethe
(centre culturel allemand) à Lomé. Dans le contexte
du rendez-vous sportif qu’est le Mondial, l’heure
saurait-elle être pour autant à l’amnésie ?
La
diaspora aux avants – postes... sur la ligne de
front
Rien n’est moins sûr ! Et il appartient surtout aux
milliers de nos compatriotes de la Diaspora, de se
mobiliser afin que l’exutoire qu’offre l’événement,
ne se transforme en opium pour le peuple. Nos
valeureux compatriotes en exil sur les bords du
Rhin, qui se sont déjà illustrés un 20 octobre 2000
à La Foire Expo de Hanovre, pour réserver un
accueil « chaleureux » et retentissant au feu
Général Président, devraient pouvoir faire preuve
d’imagination à l’occasion de cette fête du foot,
pour éveiller les consciences.
Incontestablement, de tous les rendez-vous du
premier tour, c’est celui de Cologne, où les
éperviers auront à faire face le 23 juin, aux Bleus
de Zidane, qui retient l’attention. Mieux, quelle
que soit la prestation de nos ambassadeurs sur la
pelouse, il va sans dire que dans cette arène et à
ses alentours, dans ses tribunes aux places de
supporters, l’ambiance devrait être à la mesure de
l’engagement de la diaspora ! Aux cris et chants
patriotiques scandés pour pousser les ailes dans le
dos de nos éperviers, on ne devrait pas manquer d’y
associer un répertoire allant de notre hymne
national « terre de nos aïeux » au désormais
incontournable « fofo si nusé lé », en
passant par le galvanisant « Eperviers-ogbragada ».
On n’oubliera pas surtout, de sortir pour la
circonstance, le fameux « frère Jacques »,
véritable hymne des manifs parisiens de la diaspora,
au printemps dernier. Histoire de faire un clin
d’oeil « amical » au grand « sponsor » de la
dictature chez nous, le Président français Jacques
Chirac, pour l’ensemble de son oeuvre au Togo. Par
le pouvoir du direct, la force des images qui font
le tour du monde, le public allemand et les
téléspectateurs devraient pouvoir chercher à
découvrir ce « Bruder Jacob » , et essayer de
comprendre, pourquoi les togolais l’interpellent
tant !
Qu’on le veuille
ou non, la coupe du monde offre une tribune
planétaire avec la présence de tous les média du
monde qui sûrement, pour certains, chercheront à
mieux connaître le petit poucet, Togo, au-delà de la
façade circonstancielle que seront les Eperviers.
Aussi, de par son histoire personnelle, sa
culture activiste, le supporter de la diaspora ne
peut se permettre de rester passif face à
l’événement. Il s’agira une fois encore, d’une
manière ou d’une autre, de saisir cette tribune pour
alerter l’opinion, et mettre un peu de lumière sur
les multiples zones d’ombres du pays des éperviers.
« Nous
allons à la Coupe du monde pour réaliser quelque
chose pour notre peuple » a lâché tout récemment
dans une interview accordée à fifaworldcup.com, le
joueur vedette des Eperviers, Emmanuel ADEBAYOR. Et
bien, ils ne pensaient pas si bien dire. A la
diaspora en Allemagne de le prendre au mot, et faire
de concert avec nos ambassadeurs, de cet événement,
un véritable rendez-vous patriotique, à même de
requinquer le moral des millions de togolais devant
leurs petits postes. Et comme aime si bien le
rappeler l’ancien Ministre Franco-togolais,
président du mouvement "Sursaut Togo" Koffi
YAMGNANE, « il est temps, il est grand temps, que
la peur change de camp dans notre pays » !
KLIA Yém
kyem@caramail.com
Bè-Ahligo (Lomé), le 30 mai 2006 |