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Tribune Libre

30 mai 2006

Mondial 2006 : Quel soutien  du  peuple togolais pour les Eperviers en Allemagne ?
 
 
 

Plus que quelques jours encore, et le Togo représenté par sa sélection nationale, se retrouvera sous les feux de la rampe, à travers la prestation des éperviers à la coupe du monde 2006.

Or, ce qui était attendu dès les premières heures post qualification par le public sportif togolais et une population euphorique dans son ensemble, comme un événement historique, apparaît bien  aujourd’hui, aux yeux de beaucoup, comme un non événement ! Force est de constater qu’à l’enthousiasme populaire, a succédé plutôt, un climat d’indifférence, d’attentisme et de scepticisme généralisé. C’est le wait and see qui est de rigueur.

Comment a t-on pu en arriver là ? Tant le rêve fait pour tous en 2005 par la bande à Stephen Keshi, semblait si beau ; trop beau peut-être, pour profiler une véritable lueur d’espoir dans un Togo au ciel depuis longtemps assombri par une crise socio politique, plutôt en constante fermentation. 

C’est dire si les éternels briseurs de rêve ne sont pas passés par là... Entre-temps, il y a bien sûr eu une participation chaotique à la CAN 2006 en Egypte, avec une préparation des plus calamiteuses, jamais exhibée à ce stade de la compétition.  Puis, fidèles à eux mêmes, les responsables de la fédération togolaise de football (FTF), par leur inorganisation, leur propension à prendre le contre pied de l’opinion, leur inaction, et une gestion à la hussarde des affaires, ont tôt fait de rompre la belle dynamique populaire qui a commencé à se dessiner autour de la sélection.

Qu’il semble déjà loin le temps où, des appels à la mobilisation autours des éperviers fusaient ça et là, de Lomé à Cinkassé et au sein de la diaspora. Aujourd’hui beaucoup sont ceux-là qui hésitent, voire, ont littéralement renoncer à faire le déplacement des tribunes des stades de Dortmund, Francfort, Cologne, pour participer à la fête du foot, derrière leur équipe. Mais, les conditions draconiennes récemment énumérées par la représentation allemande au Togo pour les supporters souhaitant accompagner leur sélection au Mondial, ne peuvent que représenter un luxe  pour bien d’amoureux du ballon rond  dans notre pays. En même temps, on imagine mal les autorités de fait, débarquer en Allemagne, une  horde de pseudo supporters composée d’animateurs du parti-Etat, accompagnant la délégation officielle.  Du coup, c’est toute la diaspora togolaise en Europe et en Allemagne, en particulier (supposée plus proche de l’événement) qui doit se sentir, malgré tout, interpellée au premier chef.

Un devoir patriotique avant tout... 
Certes, on peut toujours se montrer réticents et se laisser tenter par un boycott pur et simple (comme l’ont suggéré récemment certaines organisations) en guise de protestation contre les méthodes et les agissements du clan qui a pris en otage les affaires dans notre pays et qui par la force des choses, pilotent (à vue) notre sport roi. Mais il faut bien voir, qu’une  participation à  une coupe du monde représente toujours un événement majeur dans la vie d’une nation, et  davantage, pour les joueurs qui auront l’honneur de défendre ses couleurs. Le sort a voulu que cette qualification arrive seulement aujourd’hui, dans un contexte socio politique qui laisse à désirer.  D ’ailleurs, la plupart des Eperviers qui fouleront en juin les pelouses allemandes, sont eux même purs produits de cette génération sacrifiée, « génération débrouille », celle à qui on n’a laissé d’autre alternative que celle du "Zémidjan". Aussi, ces joueurs sont-ils bien au fait, du sort de la jeunesse du pays dont ils se feront les ambassadeurs en juin. Aux yeux de bien de leurs anciens camarades et petits copains de jeu, des terrains vagues de leur début, dans les quartiers populaires de Lomé, les Abalo, Adebayor, Coubadjea kader, Agassah , Akoto et autres Olufadé, ne sont que de sacrés veinards ; qui par leur courage et leur persévérance ont pu s’extraire de situation d’arbitraire, de désespoir  et du mal vivre ambiant, pour espérer une reconnaissance à la mesure de leur talents, sous d’autre cieux plus accueillants. C’est pourquoi, les encourager, c’est d’abord témoigner de cette reconnaissance d’avoir port é déjà à ce stade d’un rendez-vous mondial, par ce qui est le fruit de leur travail (et non « l’équation personnelle » de qui que ce soit), le flambeau de leur pays. On peut en effet imaginer l’immense joie, l’émotion incompressible, la consécration que constitue la participation à une coupe du monde pour l’accomplissement de la carrière d’un footballeur. Mais, le fait  pour ces jeunes d’accomplir ainsi leur rêve, ne saurait constituer l’arbre qui cache la forêt. Aussi, tous les togolais qui le peuvent, se doivent donc de ne pas faire l’économie de l’encouragement et du soutien à apporter à cette équipe : un soutien ferme et le plus enthousiaste possible, pour faire de cette fête, un rendez-vous patriotique.

Et comment pourrait-il en être autrement, lorsqu’on sait que le pays hôte de l’événement, regorge aujourd’hui d’une forte communauté togolaise ? Ce qui devrait constituer un atout moral pour les éperviers qui en tout état de cause, devront se sentir presque chez  eux.

Qu’on se le tienne pour dit ; vues les conditions de préparation qui ont été les leurs, vu les errements des autorités sportives  et le climat délétère d’avant compétition secrété  jusqu’au sein même des organes dirigeants, il ne viendrait à l’idée de personne, de demander aux éperviers de ramener la coupe du monde sur la terre de nos aïeux ; encore moins, d’aligner des victoires sur victoires !

En revanche, ce qui leur est demandé c’est de faire une participation digne, c’est dire la moins déshonorante possible ; c’est de produire un jeu à même d’effacer des mémoires, le traumatisme de l’affligeante prestation à la dernière Coupe d’Afrique des Nations au Caire. Bref, de mouiller le maillot ! Ils le doivent bien à leur public. Ce public sportif et la jeunesse de ce  pays qui, au prix de moult sacrifices, ne leur ont jamais négocié leur soutien tout au long de leur parcours.  Notamment, face aux turpitudes des responsables de la fédération, lors de la crise des primes, à la veille  de la CAN 2006, par exemple. Mieux, ils ne  peuvent oublier que c’est au ssi  par leurs manquements dans l’organisation que des dizaines de nos compatriotes amateurs du ballon rond, sont tombés écrasés dans une bousculade le 10 décembre 2004 à l’issue du match Togo - Mali, après une meurtrière coupure d’électricité. De même, ces ambassadeurs doivent toujours garder à l’esprit que pendant qu’ils fouleront les pelouse vertes des stades allemands, des milliers de leurs compatriotes suivront leurs  " exploits"  , en direct, depuis leurs abris de fortunes, dans des camps de réfugiés aux frontières de leur pays

Mais, l’ « union sacrée »...avec les bourreaux ?
S’il est vrai que la population a semblé retrouver en les exploits des éperviers un exutoire,  toute la question de la frontière entre le sport et la politique se trouve posée. N’a t-on d’ailleurs pas déjà eu à assister aux lendemains de la  double qualification des éperviers pour la Can et le mondial 2006, à  des discours, à des faits et gestes, de la part des gouvernants qui s’analysent en de manoeuvre de récupération des événements à des fins politiques ?

La FIFA,  par la voix de son président Sepp Blatter, a récemment indiqué que « la sélection reste le seul endroit où le football peut jouer un rôle social et culturel et contribuer à l’identification à un pays... ». Il va sans dire que dans le cas du Togo, cette identification ne peut se faire en dehors d’un contexte sociétal marqué par de dures réalités. C’est pourquoi, il ne saurait être question d’apporter par  le soutien massif souhaité pour les éperviers, une quelconque caution au système politique liberticide. Pour ce faire, il n’y a qu’à imaginer un tant soit peu  l’ "aréopage" de personnages, susceptible de débarquer dans quelques jours sur le sol allemand, au dos du contribuable togolais, et ès qualité de représentants du ghota sportif national , pour s’en convaincre.

 En effet il n’est un secret pour personne que depuis plusieurs années, le champ sportif en général et celui du football en particulier est « savamment » investi, par des hommes de main du système faisant office de dirigeants sportifs. Certains ayant même su habilement s’insérer dans les plus hautes instances régionales et internationales. Ce n’est donc pas le fait d’un hasard si, outre le Commandant Rock GNASSINGBE actuel président de la FTF, (fils du feu dictateur Gal Eyadema et frère du Faure Gnassingbé ), on retrouve entre autres, les Généraux, Poutoyi NABEDE (Président de la fédération togolaise d’athlétisme et membre de la Commission « Eperviers 2006 », mise en place par le  premier ministre en Janvier, au lendemain de l a crise des primes), Zoumaro GNOFAME (ex président de la FTF et actuel président du comité national olympique togolais, CNOT ); séyi MEMENE :(ex président de la FTF, vice président de la commission éperviers 2006, 1er vice président de la Confédération africaine de Football, CAF et membre de commission spécialisée de la FIFA), comme membres à part entière de ce gotha.

C’est  ce « beau monde » qui  pourraient se voir dérouler le tapis rouge en Allemagne, et prétendre « légitimement » à tous les privilèges, au titre de VIP du sport roi au Togo. Aussi, comment ne pas partager l’inquiétude de certaines voix qui se sont récemment élevées au sein de la diaspora, pour appeler  à « un discernement  et de la mesure » dans la mobilisation autour des éperviers ? Car, il faut bien voir que parmi tous ces « officiels » qui graviteront autour des Eperviers en Allemagne, certains sont « nominés » plusieurs fois, aux oscars des tripatouillages électoraux qui ont marqué la vie politique de notre pays et figureraient en bon rang, parmi les principaux acteurs du putsch de février 2005, avec pour conséquence, le massacre de centaines de nos compatriotes, et poussant des milliers d’autres, sur les routes de l‘exil.

De plus, en plein débat sur la culture de l’impunité qui sévit chez nous, comment ne pas se rappeler au bons souvenir de ceux-là même, qui hier encore, traitaient les autorités allemandes de «nazis », et n’ont pas hésité à envoyer leurs milices armées, incendier nuitamment, ce haut lieu de la culture pour la jeunesse togolaise, qu’est l’Institut Goethe (centre culturel allemand) à Lomé. Dans le contexte du  rendez-vous sportif qu’est le Mondial, l’heure saurait-elle être pour autant à l’amnésie ?

 La diaspora aux avants – postes...  sur la ligne de front
 Rien n’est moins sûr ! Et il appartient surtout aux milliers de nos compatriotes de la Diaspora, de se mobiliser afin que l’exutoire qu’offre l’événement, ne se transforme en opium pour le peuple. Nos valeureux compatriotes en exil sur les bords du Rhin, qui se sont déjà illustrés un 20 octobre 2000 à  La Foire Expo de Hanovre, pour réserver un accueil « chaleureux » et retentissant au feu Général Président, devraient pouvoir faire preuve d’imagination à l’occasion de cette fête du foot, pour éveiller les consciences.

Incontestablement, de tous les rendez-vous du premier tour, c’est celui de Cologne, où les éperviers auront à faire face le 23 juin, aux Bleus de Zidane, qui retient l’attention. Mieux, quelle que soit la prestation de nos ambassadeurs sur la pelouse, il va sans dire que dans cette arène et à ses alentours, dans ses tribunes aux places de supporters, l’ambiance devrait être à la mesure de l’engagement de  la diaspora !  Aux cris et chants patriotiques  scandés pour pousser les ailes dans le dos de nos éperviers, on ne devrait pas manquer d’y associer un répertoire allant de notre hymne national « terre de nos aïeux » au désormais incontournable « fofo si nusé lé », en passant par le galvanisant « Eperviers-ogbragada ». On n’oubliera pas surtout, de sortir pour la circonstance, le fameux « frère Jacques », véritable hymne des manifs parisiens de la diaspora, au printemps dernier. Histoire de faire un clin d’oeil « amical » au grand « sponsor » de la dictature  chez nous, le Président français Jacques Chirac, pour l’ensemble de son oeuvre au Togo. Par le pouvoir du direct, la force des images qui font le tour du monde, le public allemand et les téléspectateurs devraient pouvoir  chercher à découvrir ce « Bruder Jacob » , et essayer de comprendre, pourquoi les togolais l’interpellent tant !

Qu’on le veuille ou non, la coupe du monde offre une tribune planétaire  avec la présence de tous les média du monde qui sûrement, pour certains, chercheront à mieux connaître le petit poucet, Togo, au-delà de la façade circonstancielle que seront les Eperviers. Aussi, de par son histoire personnelle, sa culture activiste, le supporter de la diaspora ne peut se permettre de rester passif face à l’événement. Il s’agira une fois encore, d’une manière ou d’une autre, de saisir cette tribune pour alerter l’opinion, et mettre un peu de lumière sur les multiples zones d’ombres du pays des éperviers.

« Nous allons à la Coupe du monde  pour réaliser quelque chose pour notre peuple » a lâché tout récemment dans une interview accordée à fifaworldcup.com, le joueur vedette des Eperviers, Emmanuel ADEBAYOR. Et bien, ils ne pensaient pas si bien dire. A la diaspora en Allemagne de le prendre au mot, et faire de concert avec nos ambassadeurs, de cet événement, un véritable rendez-vous patriotique, à même de requinquer le moral des millions de togolais devant leurs petits postes. Et comme aime si bien le rappeler l’ancien Ministre Franco-togolais, président du mouvement  "Sursaut Togo"  Koffi YAMGNANE, « il est temps, il est grand temps, que la peur change de camp dans notre pays » !

KLIA Yém
kyem@caramail.com
Bè-Ahligo (Lomé), le 30 mai 2006

 

 

 

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