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Introduction
La situation des droits de l’Homme au Togo est
un sujet qui suscite beaucoup de polémiques
depuis des années.
Alors
que les tenants du pouvoir et leurs partisans
tentent toujours de réfuter systématiquement
et sans succès toutes les allégations de
violations portées contre le régime, force est
de constater que le Togo n’est pas un exemple
à suivre en matière de respect des droits de
l’Homme et d’exercice des libertés
fondamentales.
Que
ce soit dans le domaine civil et politique, ou
économique et socio-culturel, tout observateur
sérieux et honnête relèvera un grave déni des
droits du citoyen, lequel est pris en otage
par le système quadragénaire qui plus est, ne
montre aucun signe d’ouverture vers plus
d’espace de libertés.
Le
présent rapport consacré à l’observation et au
vécu de la LTDH au cours de l’année 2003 et au
début de 2004, analyse l’essentiel des droits
humains dans presque tous leurs aspects, avant
de tirer les conclusions qui s’imposent à
partir des faits et d’indiquer quelques pistes
de recherche de solutions concertées et
durables.
Il
relève également quelques faits majeurs
antérieurs à cette période sans lesquels le
lecteur aurait du mal à comprendre le contexte
global.

I- Les
événements importants
En évoquant la crise socio-politique
au Togo, qui est indissociable de la situation
des droits de l’Homme dans le pays, l’on ne
saurait ignorer certains faits marquants qui
servent toujours de repères pour éclairer la
lanterne de tout observateur attentif au cas
de ce pays singulier.
a. Juillet
1999, devant le blocage du dialogue
politique, du fait de la crise née des
élections controversées de Juin 1998, le
chef de l’Etat, en présence de son homologue
français Jacques Chirac, s’engage à
ne plus se présenter aux élections
présidentielles de 2003, à la fin de son
mandat contesté et ce, conformément à
l’article 59 de la Constitution Togolaise.
b. Juillet
1999, Signature de l’Accord Cadre de
Lomé(ACL) entre tous les partis politiques
sous l’égide de l’Union Européenne et de
l’Organisation Internationale de la
Francophonie(OIF) .
c. 2002,
Dénonciation unilatérale et violation de
l’Accord Cadre de Lomé par le parti au
pouvoir, le RPT.
d. Octobre
2002, Organisation unilatérale des élections
législatives anticipées sous la supervision
du seul parti au pouvoir qui fait dissoudre
la Commission Electorale Nationale
Indépendante (CENI) issue de l’ACL et la
remplace par un organe composé de magistrats
nommés par le pouvoir.
L’Opposition boycotte les législatives
anticipées d’octobre 2002 qui donnent
naissance à l’Assemblée monocolore actuelle.
e.
Décembre 2002 - Février 2003, L’Assemblée
nationale procède au tripatouillage de la
Constitution de la IVème
République après avoir modifié
unilatéralement le Code Electorale issu de
l’ACL.
f.
NB
Il faut remarquer qu’à ce niveau aucune
composante de la société civile n’a été
associée ni de près, ni de loin à ce débat
sur la vie de la cité.
II- Les
Droits civils et politiques
—
L’année 2003, année électorale, a été
caractérisée, comme d’habitude, en pareille
circonstance, par de graves atteintes aux
droits de la personne. Il faut relever que la
Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH)
apprécie à sa juste valeur les rapports sur la
situation des droits de l’Homme publiés par
certains partis politiques, représentations
diplomatiques, ONG, chercheurs, etc.
La
LTDH observe que les quelques erreurs
mineures que contiennent ces documents
publiés, ne peuvent occulter leur
pertinence.
1)
Le droit
à la vie et à la sécurité du citoyen
—
Le Togo offre l’image
d’un pays paisible où la sécurité du citoyen
est garantie. Cependant au cours de l’année
2003, il y a eu des cas de pertes en vies
humaines, de disparitions, d’atteintes à
l’intégrité physique des citoyens et
d’arrestations arbitraires dans des
circonstances où la responsabilité de l’Etat
ou de ses représentants est engagée.
— Par
ailleurs des individus1 se réclamant de
l’entourage du Chef de l’Etat ou des barons du
parti au pouvoir se permettent tous les abus à
l’égard de paisibles citoyens à qui ils font
subir les pires traitements avec la
bénédiction et l’appui de certains éléments
des forces de l’ordre, des juges et des
préfets activistes.
—
Déjà en janvier 2000, la Commission Nationale
des Droits de l’Homme (CNDH), dans sa
recommandation relative aux mesures
préventives contre la torture et les mauvais
traitements, déclarait : ‘’La commission,
tout en se réjouissant de la prise de
conscience en faveur de cette convention
[Convention contre la torture que le Togo
venait de ratifier pourtant], constate
cependant la subsistance de cas de mauvais
traitements’’. Quatre ans après,
malheureusement, ces pratiques ont encore
cours dans le pays.
—
Dans son appel au renouveau au sein du RPT,
parti au pouvoir, adressé en Avril 2002 au
Président de la République, M. Dahuku PERE,
alors membre influent du parti et ancien
Président de l’Assemblée Nationale, décrit
bien ce climat d’arbitraire et de terreur qui
continue de régner jusqu’à ce jour dans le
pays : ‘’ Naguère,
c’était à nous, militants et responsables du
RPT que l’on refusait le droit de nous
exprimer, de circuler librement dans le pays
et de nous mobiliser. Aujourd’hui, nous
prenons notre revanche et, profitant
abusivement de notre position de force, nous
refusons à nos adversaires le droit de
s’exprimer, de circuler librement à travers le
pays et de mobiliser leurs militants. Naguère,
c’était les responsables et militants du RPT
qu’on traquait partout, qu’on molestait et
même tuait. Aujourd’hui, c’est nous qui,
profitant toujours de notre position de force,
traquons l’adversaire et même ceux des nôtres
qui osent être différents, molestons et tuons.’’
1
— Il
faut noter que certains cas de disparitions ou
d’exécutions extrajudiciaires relevés au cours
de la dernière décennie n’ont fait l’objet
d’aucune enquête portée à la connaissance du
public.
-
1993, Justin TOVIAVE dit Axolouvi, militaire
de la classe 68 et retraité
-
1994, la famille du syndicaliste Oroumonvi
ESSIBA composée de six (06) personnes (Mlle
Afongnilédé ESSIBA, M. Kowouvi KOBONON, Mme
Igbé ADONON, M. Agossou TONDJON, M. Assogba
ODAH et Emile, apprenti chauffeur) à bord
d’une voiture est portée disparue juste après
la fouille du véhicule au niveau du barrage de
contrôle des forces de l’ordre à Adétikopé
-
David BRUCE, conseiller auprès du Président du
Haut Conseil de la République (HCR), alors
parlement de la transition, est enlevé à
Agoènyivé.
- Le
Député du Comité d’Action pour le Renouveau
(CAR) Gaston EDE et ses compagnons Prosper
HILLAH et Martin AGBENOU ont été brûlés vifs
et abandonnés dans sa voiture dans un faubourg
de Lomé.
- Un
certain ATSOU, agent de SOGERCO a disparu sur
son chemin de retour se rendant à son domicile
à Agoènyivé après un dîner d’affaires au
restaurant le MALESAN.
-
Juin 2003, M. DICKO, marabout résident à Mango
a été emmené de chez lui par des militaires
qui se seraient présentés au nom du Colonel
Ernest Gnassingbé. DICKO n’est plus jamais
rentré chez lui. Il a laissé derrière lui une
femme et deux enfants en bas âge, sans
ressources.
-
Janvier 2004, M. Kouma TENGUE, président du
Comité Villageois de Développement (CVD) du
village de Dzolo, près de Kévé, a été
interpellé par la Police de la localité sur
ordre du chef de canton Togbui SADZO III.
Après trois jours de garde à vue, il est
retrouvé mort dans la cour du commissariat. Un
de ses testicules «écrasé et aplati en galette
était sorti de la bourse ».
L'officier de police
adjoint M. Koundjo NAGNANGO a déclaré que le
prévenu s’était suicidé en se jetant dans le
réservoir d’eau du commissariat. L’autopsie a
révélé que la mort n’était pas intervenue par
noyade mais à la suite d’ «un choc violent».
Les enquêtes piétinent2.
— Les
parents et les ayants droit de ces victimes
sont laissés pour compte. Pire, certains
d'entre eux font l’objet d’intimidations et de
menaces de représailles lorsqu’ils osent
demander des explications ou des réparations.
2
?
Détentions
Abusives
Les
sieurs Kokou ALOWOU, militaire retraité et
Lotsu Déla ATIDEPE ont été appréhendés suite à
un crime flagrant de sang commis dans
l’enceinte de l’Institut de Recherche Caféière
et Cacaoyère (IRCC) de Kpalimé dans la nuit du
24 au 25 avril 1993.
Les
faits tels qu’ils ressortent du Procès-Verbal
N°0044/93 d’enquête de gendarmerie de la
Brigade de Kpalimé indiquent que les
sus-nommés et leur chef de mission dénommé
MICKY se sont rendus du Ghana à Kpalimé en vue
de voler des véhicules à l’IRCC pour perpétrer
une attaque contre le Togo.
Les
prévenus ALOWOU et ATIDEPE avaient déclaré
être au service de Monsieur MASSEME, ancien
Ministre de l’Intérieur du Togo réfugié au
Ghana.
Les
prévenus devaient bénéficier de la Loi
d’Amnistie N°94-04 du 22 décembre 1994, car
les faits pour lesquels ils sont détenus ayant
une inspiration politique sont amnistiés par
les dispositions de l’article 2 de la Loi
susvisée.
Ils
sont cependant en détention jusqu’à ce jour,
car le parquet général leur refuse le bénéfice
de la loi portant amnistie. Ils n’ont
cependant pas été jugés non plus pour le crime
qui a été commis avant leur arrestation.
Leur
demande de mise en liberté provisoire est
restée sans suite à ce jour.
2)
Les libertés d’association, de réunions et de
manifestations publiques.
Dans
les textes, ces libertés sont consacrées. Mais
dans les faits, elles sont confisquées ou
restreintes de façon drastique au nom du
maintien de l’ordre public dont la notion doit
être redéfinie et clarifiée conformément au
droit positif, sinon cette notion telle
qu’elle est actuellement définie par le
pouvoir, continuera à ouvrir la porte à tous
les abus imaginables par les forces de l’ordre
au Togo.
?
Question de
discrimination et d’absence d’équité
Alors
que les associations et les partis proches du
parti au pouvoir sont libres d’organiser des
rassemblements de tout genre, des marches de
soutien au chef de l’Etat sur toute l’étendue
du territoire, les partis de l’opposition et
les associations étiquetées comme proches de
ces partis ne peuvent pas librement exercer ce
droit.
Ils
sont soumis à une autorisation du ministère de
l’Intérieur et de l’administration du
territoire qui, au cours de l’année écoulée, a
systématiquement interdit à ces partis et
associations3 d’exercer leur droit de
manifestations publiques.
3
Dans
certaines localités, des citoyens et
citoyennes qui n’appartiennent pas au parti au
pouvoir et à ses associations satellites, sont
contraints, par des préfets, des chefs de
canton, et des chefs de service, de prendre
part, à coups de menaces et de chantage, à des
manifestations de soutien au régime, au
détriment de leurs travaux champêtres ou de
leurs activités professionnelles.
Le
ministère refuse trop souvent de délivrer un
récépissé aux associations et syndicats
constitués qui en font la demande selon les
dispositions légales 4
Quoique la constitution et les instruments
internationaux protègent ces associations et
syndicats contre cet abus de pouvoir, le
gouvernement joue le jeu pernicieux qui
consiste à leur refuser en aval les
autorisations de réunions et de manifestations
publiques, sous le prétexte qu’ils n’ont pas
de récépissé.
Parfois, certains partenaires en développement
(Europe, USA, Canada…) demandent aux
associations togolaises avec lesquelles ils
veulent établir des relations, de produire
leur récépissé comme preuve de leur
crédibilité ou même de leur légalité.
Des
associations5 ont manqué des occasions en or
dans ce domaine à cause de ce déni de droit du
ministère de l’Intérieur.
?
Les franchises universitaires
A
l’Université de Lomé, les franchises
universitaires sont systématiquement bafouées.
Toutes les manifestations pacifiques des
étudiants pour réclamer leurs droits6 sont
réprimées par les forces de l’ordre avec une
violence inouïe. Les organisations
estudiantines se plaignent du fait d’être dans
l’impossibilité de tenir des assemblées
générales sans faire l’objet d’une brutale
répression. Le Syndicat de l’Enseignement
Supérieur du Togo (SEST) exige depuis de
nombreuses années, mais en vain, le respect
des franchises universitaires.
En
dehors des manifestations, les étudiants
dénoncent la présence permanente d’agents des
forces de sécurité en civil sur le campus. Les
personnes dont l’université de Lomé est le
lieu de travail, s’indignent de
l’envahissement régulier du campus par des
manifestants pour soutenir le Chef de l’Etat
dont la résidence est toute proche.
?
La Répression
au-delà des frontières du Togo
Il
faut noter que, dans ce domaine, la répression
exercée par le régime au pouvoir s’étend bien
au-delà des frontières du Togo.
Même
à Paris, la capitale de la «Patrie des droits
de l'Homme», M. Isidore LATZO, président du
Comité Togolais de Résistance (CTR), a été
pris à partie par un gang se réclamant du
parti au pouvoir à quelques heures d’une
manifestation programmée le jour même, alors
qu’il tentait d’obtenir la libération des
Togolais venus d’Allemagne pour l’occasion et
qui avaient été interpellés par la police
française. C’était en février 2003.
Du 19
au 23 mars 2003, la Concertation Nationale de
la Société Civile (CNSC) a organisé un
colloque à Dakar au Sénégal sur le thème «Contribution
de la société civile et de la diaspora pour
l’édification de la démocratie, la
réhabilitation et le développement du Togo ».
4
Le
gouvernement qui a été invité à ce forum, a
non seulement décliné l’invitation, mais aussi
a refusé de signer le document qui devait
permettre à l’UE de financer le projet et
ensuite, a, par police sénégalaise interposée,
tenté par des moyens musclés d’empêcher la
tenue de ces assises.
Le
coordinateur de la CNSC, organisateur du
Forum, Dany AYIDA a été interpellé à Dakar au
Sénégal et retenu 24 heures durant dans les
locaux des Renseignements généraux.
C’est
grâce à l’intervention des organisations de
défense des droits de l’Homme sénégalaises,
notamment la Rencontre Africaine Pour la
Défense des Droits de l'Homme (RADDHO), qu’il
a été relâché et que les travaux ont pu avoir
lieu dans des conditions difficiles, sans
couverture médiatique et en l’absence des
officiels du pays hôte.
Le 12
janvier 2004, des militaires togolais réfugiés
à Cotonou (BENIN), ont été interpellés par la
police béninoise alors qu’ils s’apprêtaient à
tenir leur réunion périodique. Ces réfugiés,
une quinzaine au total, sont à ce jour gardés
dans des conditions précaires à Cotonou et
risquent d’être extradés au Togo. La FIDH et
d’autres organisations de défense des droits
de l’Homme ont protesté mais pour le moment
sans grand succès. Les Togolais de l’extérieur
ont lancé un appel urgent pour une campagne en
direction des autorités béninoises en vue
d’obtenir la libération des prévenus à qui le
statut de réfugié donne droit au bénéfice de
la Convention de Genève ratifiée par le Bénin
et le Togo. (Voir Lettre de la LDDHB en annexe
II)
Le 3
avril 2004 à Hambourg en Allemagne, l’ancien
Premier ministre du Togo M. Agbéyomé KODJO, en
exil à Paris, a été violemment empêché, par un
groupe de personnes, d’animer une réunion
organisée par des Togolais sur la situation
des droits de l’Homme au Togo.
3)
La liberté de
presse et le droit à l’information
Cette
liberté est consacrée par la Constitution du
Togo. Cependant, dans la pratique, tout est
mis en œuvre par le gouvernement pour la
restreindre de façon drastique. La
multiplication des organes d’information et
des radios et télévisions privés n’est qu’un
signe trompeur et pernicieux pour soutenir le
subterfuge. La multiplicité des médias n’est
pas une garantie de liberté de presse tout
comme le multipartisme n’est pas une garantie
de démocratie.
?
Aide à la
presse et pluralisme médiatique
En ce
qui concerne l’aide de l’Etat à la presse, la
LTDH déplore le fait que le Chef de l’Etat se
soit délibérément substitué à l’Etat en
octroyant personnellement et complaisamment
des prébendes à certains médias privés
prétendument indépendants voire d’opposition
dont la ligne éditoriale se ressent
scandaleusement de cette magnanimité
présidentielle. Cette action personnelle du
Chef de l’Etat qui est préjudiciable au
pluralisme et à l’indépendance des médias
privés, loin de régler les problèmes
financiers des journalistes, les divise au
contraire en créant un climat de suspicion.
D’aucuns dans les milieux journalistiques
qualifient de corruption l’acceptation par
certains propriétaires de médias privés de ces
cadeaux présidentiels en lieu et place d’une
subvention légale.
L’Etat a le devoir de tenir ses engagements au
sujet de l’aide aux médias prévue à l’article
5 du Code de la Presse 7. En aucun cas, un
homme politique au pouvoir, quel que soit son
rang, ne doit se substituer à l’Etat. Il y va
de la sauvegarde du pluralisme médiatique au
Togo.
?
Un code de la presse liberticide.
Le
nouveau code de la presse est une régression
sociale par rapport au précédent déjà décrié
en ce que :
a- Il protège
tous ceux qui, au sommet de l’Etat, sont
appelés dans une démocratie à rendre compte
de leur gestion de la chose publique au
peuple.
b- Il
verrouille toutes les sources d’informations
par dissuasion eu égard aux sanctions
prévues à l’encontre de tous ceux qui
seraient soupçonnés d’avoir communiqué des
informations à la presse.
c- Il
consacre le délit de presse et prévoit de
lourdes peines et amendes à l’encontre des
journalistes condamnés à tort ou à raison.
d-
Il donne un pouvoir discrétionnaire au
Ministre de l’Intérieur qui est habilité à
prendre des arrêtés pour régler le cas des
journaux
contenant des articles
jugés subversifs ou diffamatoires par son
ministère.
e-
Il n’est
pas conforme aux dispositions de l’article
19 du Pacte International relatif à la
liberté d’expression.
—
Les médias audio-visuels
(TVT, TV2, Radio Lomé, Radio Kara) et les
organes de presse publics sont strictement
voués à la diffusion des informations en
provenance du gouvernement et servent
d’instruments de propagande au RPT, parti au
pouvoir, et à ses associations satellites.
Tout
au long de l’année 2003 et en ce début d’année
2004, hormis la période de la campagne
électorale, presque aucun dirigeant de
l’opposition ou de syndicat ou d’association
étiquetée comme proche de l’opposition, n’a eu
droit à la parole sur ces médias et dans ces
organes de presse publics. Même lorsqu’ils
sont interpellés publiquement ou mis en cause
dans des affaires rocambolesques directement
par des journalistes aux ordres ou par ces
groupements de personnes créés de toutes
pièces et qui se sont spécialisés dans la
lecture tapageuse de déclarations de
dénigrement et de dissidence à l’encontre des
opposants.
Le
pouvoir au Togo s’est spécialisé dans cette
pratique singulière qui consiste à cloner
systématiquement tout mouvement d’opposition
au gouvernement. Ces contestataires
professionnels à qui les spécialistes du
montage remettent des textes pré-conçus à
lire, disposent d’un temps d’antenne
démesurément long pour diffuser leurs messages
diffamatoires et incendiaires à l’encontre des
partis et associations authentiques qui
réclament plus d’espace de libertés. Ces
groupements sont ainsi des instruments de la
culture du mensonge et de la manipulation des
consciences au service du parti au pouvoir
pour créer la confusion au sein de la
population et de la communauté internationale.
Un grand espace leur est également réservé
dans les organes de presse publics.
— Le
harcèlement et les tracasseries en tout genre
dont font l’objet les animateurs des médias et
organes de presse privés et les correspondants
des médias internationaux résidents ou en
mission au Togo, sont légion8.
- Radio Tropik FM et
Radio Maria
-
AITV-TV5
- Les
hebdomadaires ‘’Motion d’Information’’ et ‘’Le
Regard’’.
8
Les
03 journalistes Kokou DZILAN, Colombo
KPAKPABIA et Philippe EVEGNON ont été torturés
et emprisonnés pour «tentative de diffusion de
fausses nouvelles» en Juin- juillet 2003.
— Une
autre forme d’atteinte au droit à
l’information du citoyen au Togo est la
censure des sites internet. Alors que
l’internaute même mineur, peut surfer
librement sur les sites pornographiques, il
lui est interdit d’avoir accès à des sites
comme letogolais.com, togoforum.com,
togodebout.com, diastode.org, ufc.com, acn-perspectives,
etc.
Fait
important, le soir du 1er juin 2003 et le
lendemain du jour des élections, l’accès à
l’Internet a été coupé sur toute l’étendue du
territoire.
Enfin,
la distribution des journaux dits de
l’opposition n’est pas assurée dans la région
septentrionale du pays plus précisément dans
la région de la Kara.
4)
La liberté
d’expression et d’opinion
— Au
Togo, un lourd climat de suspicion règne au
sein de la population de sorte que le citoyen
hésite avant d’exercer sa liberté d’expression
ou d’opinion.
Des
religieux ont été inquiétés ou
scandaleusement vilipendés pour avoir donné
leur opinion sur la vie de la cité au cours
de leurs prêches ou dans des documents de
synthèse sanctionnant leurs synodes et
conférences périodiques (voir les cas cités
en annexe I).
-
lettre ouverte aux dirigeants syndicaux à
laquelle le Ministre de l’Emploi de l’époque
M. Kokou TOZOUN, a réagi violemment auprès
de la CNTT, accusant l’auteur de sédition.
-
lettres pastorales de la conférence épiscopale
et des églises évangélique presbytérienne et
méthodiste du Togo.
-
Monsieur Géraldo (ASECNA).
-
Interdiction faite à la LTDH d’intervenir dans
les établissements scolaires publics sur les
droits de l’Homme.
— En
la matière, il faut noter que même dans les
partis d'opposition et dans les milieux
associatifs, le débat contradictoire au niveau
du mécanisme de prise de décision, souffre
d'un déficit démocratique. Des pratiques
autocratiques et le culte de la personnalité
ont été relevés ici et là, portant atteinte à
la liberté d'expression des adhérents à la
base.
Enfin,
certaines catégories de citoyens sont plus
brimées que d'autres du fait de leur
appartenance ethnique, de leur profession, de
leur confession religieuse ou de leur âge.
Dans ces catégories ont peut placer :
-
les ressortissants du nord, notamment les
Kabye
-
les militaires et les agents des forces de
l'ordre en général
-
les femmes musulmanes
-
les personnes âgées et les enfants.
5)
La liberté
syndicale, les négociations collectives et le
droit de grève
— Les
syndicats au Togo n’existent plus que de nom.
Ceux qui ont voix au chapitre, sont ceux qui
ont été créés de toutes pièces par le parti au
pouvoir et qui ne cachent pas leur soutien
indéfectible à ce parti et à son Président
fondateur malgré la dégradation des conditions
de vie et de travail de leurs adhérents,
privés de leurs droits les plus élémentaires.
Les autres sont réduits au silence du fait des
menaces de représailles qui pèsent sur leurs
dirigeants lorsque ceux-ci n’ont pas encore
été punis pour leur militantisme.
De ce
fait, les syndicats sont devenus des
associations spécialisées dans l’organisation
des séminaires de formation à longueur d’année,
dans la lutte contre le VIH/SIDA et la
création d’œuvres sociales pour soulager leurs
adhérents dont les salaires sont réduits à la
portion congrue et difficilement acquis.
— Les
syndicats ont tout perdu de leur rôle
revendicatif et de leur capacité de pression.
Depuis près de 15 ans au Togo, il n’y a pas eu
de négociations collectives sur la base d’un
cahier de doléances des travailleurs togolais
dans le cadre du tripartisme consacré par le
droit du travail et les normes internationales.
Or au cours de la même période, il y a eu une
augmentation en flèche des prix du pain, des
produits de première nécessité, du panier de
la ménagère en général, du transport, de l’eau,
de l’électricité…, et du taux d’inflation
galopante depuis la dévaluation du franc CFA
en 1994 qui, au Togo, n’a été suivie d’aucune
mesure d’accompagnement.
Au
Togo, aucun syndicat n’a plus le droit de
parler d’augmentation des salaires, des
pensions de retraite ou des allocations
familiales, et encore moins de la
régularisation des arriérés de salaires
variant de 3 à 9 mois selon les secteurs. Les
velléités d’exercice du droit de grève sont
découragées par la machine d’intimidation et
de représailles (arrestations, licenciements,
mutations arbitraires, etc…) de l’Etat et du
patronat qui profite de la couverture du
pouvoir.
—
L’Inspection du travail et des lois sociales
est devenue une caisse de résonance dépouillée
de tout pouvoir et de moyens d’action en
faveur des travailleurs. L’inspecteur ou
l’inspectrice du Travail n’a pas le droit
d’intervenir dans les entreprises9 implantées
dans la Zone Franche Industrielle pour y
contrôler les normes de travail. L’Etat a
confié ce rôle à des profanes qui travaillent
à la Société d’Administration de la Zone
Franche (SAZOF) qui n’ont reçu aucune
formation en matière de droit du travail et
d’hygiène et de sécurité sur les lieux de
travail. Les relations industrielles au sein
de la Zone Franche Industrielle sont régies
par l’Accord collectif du 1er juin 1996 conclu
sans la participation des organisations
syndicales. Cette formule est bien sûr
contraire aux textes et aux conventions
ratifiés par le Togo. La loi 89-14 du 14
septembre 89 portant création de la Zone
Franche Industrielle, surannée, n'a jamais
fait l'objet de révision.
— Des
sociétés qui ne fabriquent aucun produit
destiné à l’exportation, bénéficiant de la
clause de complémentarité, ont réussi à se
faire immatriculer dans la Zone Franche
Industrielle afin de bénéficier d’exonération
d’impôt, tout en s’adonnant à des abus contre
les travailleurs à qui les droits de se
syndiquer, de négocier collectivement et de
faire grève sont déniés.
C’est
le cas de la Société Togolaise de Handling (STH),
et de Transtel qui, opérant dans le secteur de
l’aviation civile, devrait répondre aux normes
de sûreté et de sécurité de l’Organisation de
l’Aviation Civile Internationale (OACI) et de
l’Organisation Internationale du Travail (OIT).
—
Outre la Zone Franche Industrielle, il y a des
entreprises qui s’illustrent particulièrement
dans les violations systématiques des droits
des travailleurs réduits au silence et parfois
même à l’état d’esclavage. Ce sont les
sociétés de gardiennage dont les propriétaires
sont, pour la plupart, des protégés ou des
proches du pouvoir en place. Ce sont aussi les
entreprises caporalisées par des directeurs,
officiers supérieurs de l’armée comme :
-
le Port autonome de Lomé
-
les Douanes togolaises
-
la Société Togolaise de Handling à
l’aéroport (STH)
-
la Direction de l’Aviation Civile (DAC)
-
l’IFG (ex-Office Togolais des Phosphates)
Au
cours des 10 dernières années, la quasi-totalité
des entreprises para-publiques et privées
n’ont pas organisé les élections des délégués
du personnel. Les comités d’hygiène et de
sécurité n’y ont jamais été mis en place.
9
Le 23
octobre 2003, la vétusté des installations
portuaires de l’IFG (ex-OTP) a causé la mort
atroce d’un ouvrier, Messangan HOMEKOU, à
quelques semaines de son départ à la retraite.
Son cadavre déchiqueté a été repêché dans la
mer. La réaction légitime des travailleurs qui
voulaient observer un arrêt de travail, a été
étouffée dans l’œuf par l’intervention des
ministres Faure Gnassingbé de l’Equipement et
des Mines, et Kossivi R. OSSEYI de la Fonction
publique qui ont promis des réformes que les
travailleurs attendent toujours. Mieux les
avantages acquis des travailleurs continuent
d’être réduits en peau de chagrin.
Les
salles de réunion des travailleurs dans
certaines de ces entreprises, selon nos
informations, sont truffées d’appareils
électroniques ou d'interphones qui permettent
aux directions, de suivre les débats depuis
leurs bureaux et d’identifier les intervenants
dont les idées sont jugées ‘’subversives’’.
Dans d’autres, ce sont des travailleurs qui
sont spécialement recrutés pour espionner
leurs collègues dans leurs faits et gestes et
surtout dans leurs propos10.
— Des
malversations financières graves ont cours
dans la plupart de ces entreprises11
compromettant les intérêts des travailleurs.
10
Dans d'autres secteurs, en quinze ans
d'activités, la compagnie Air France a opéré
sans organiser l'élection de délégués du
personnel conformément aux textes. Ont
toujours été choisis des délégués qui,
faisant de la figuration, n’ont jamais pu
négocier un accord d’établissement comme
c’est le cas dans les autres pays de la
sous-région. La dernière élection a eu lieu
en Avril 2004.
La
GETMA, une société de transit et de
consignation dans la zone portuaire, opère
au Togo depuis 1996 sans délégués du
personnel. L’inspection du travail alertée
n’a pu rien faire jusqu’à présent.
Corollaire, la directrice de cette société
se croit au Togo en territoire conquis.
?
Certaines
représentations diplomatiques et ambassades
aussi se livrent à la brimade
des
travailleurs au Togo .
Depuis l'année 2000, une dizaine d'employés
de l'ambassade de la JAMAHIRIA
Arabe-Lybienne ont été licenciés
collectivement sans autre forme de procès.
L'inspection du travail sollicitée par les
travailleurs, n'avait rien pu faire.
Certains parmi eux ont été repris seulement
sur la base d'un nouveau contrat avec
ancienneté zéro et travaillent depuis lors
dans des conditions précaires et sans
pouvoir revendiquer leurs droits.
— Les
entreprises ne demandent plus l’avis de
l’Inspection du Travail dans la procédure de
sanctions ou de mutations de travailleurs
protégés (délégués du personnel et
syndicalistes).
—
Très peu sont les chefs d’entreprises qui
répondent aux convocations de l’Inspection du
Travail pour instruire les plaintes des
travailleurs.
—
Plusieurs tentent souvent d’intimider ou de
corrompre les inspecteurs et les inspectrices.
? Le statut du personnel
de la communication date de 1952 et n’a jamais
été révisé.
Les syndicats du personnel
n’ont pas droit aux négociations collectives
dans le cadre des dispositions prévues par le
Code du travail, la constitution et les
conventions 87 et 98 de l’OIT ratifiées par le
Togo.
Pire, les contestations ont
toujours été réprimées et les travailleurs ou
syndicalistes contestataires font l’objet
d’affectations arbitraires soit à l’intérieur
du pays, loin de la capitale, soit dans des
services qui n’ont rien à voir avec leur
qualification.
Certains agents affiliés à
des centrales syndicales12, ailes marchantes
du RPT, parti au pouvoir, sont omniprésents
dans tous les services pour jouer le rôle
d’espions et de casseurs de grève.
Des militaires sont souvent
formés comme pigistes et sont toujours prêts à
remplacer les travailleurs en cas de débrayage.
S’agissant des pigistes,
d’une manière générale, ce sont de vrais
esclaves taillables et corvéables à merci.
Certains ont passé toute une carrière (plus de
20 ans) sous contrat à durée déterminée et ont
atteint l’âge de la retraite sans avoir été
déclarés à la Caisse Nationale de Sécurité
Sociale.
S’agissant de la poste, il a été relevé au
cours de l’année, des cas de violations de
correspondance destinée à des organisations
syndicales. (Voir annexe IV)
Les
colis spoliés et réemballés sont cachetés avec
la mention PARVENU DANS CET ETAT.
12
Ces
deux dernières années, les licenciements
économiques 13
sont légion. Les licenciements arbitraires,
quant à eux, prennent parfois, vis-à-vis de
certaines catégories de travailleurs, l’allure
de règlements de compte politique14.
L’Etat compte plusieurs
mois d’arriérés de salaires dus aux
fonctionnaires et autres agents au service de
l’administration.
—
Nonobstant les salaires
impayés, l’on observe une amélioration de la
situation depuis 2003 où les salaires sont
régulièrement payés à la fin du mois.
— Il
y a lieu de diligenter un audit social dans
les entreprises privées et dans
l’administration publique pour déterminer
l’ampleur du mal afin d’y trouver remède.
6)
Les partis
politiques et les élections
—
Militer dans un parti politique de
l’opposition au Togo est devenu un vrai
parcours du combattant. Les textes
d’application de la charte des partis n’ont
jamais été pris et le financement prévu pour
les soutenir par des fonds publics n’a jamais
été libéré à leur profit. Presque toutes leurs
libertés sont confisquées et le harcèlement
constant dont leurs responsables et militants
font l’objet, se transforme en répression
féroce en période pré et post électorale et au
cours des élections comme ce fut le cas en
Juin 2003.
— Le
2 Juin 2003 au lendemain de l’élection
présidentielle, la population d’Agou s’est
mobilisée pour réclamer la publication des
résultats tels que consignés dans les
procès-verbaux de dépouillement avant leur
transfert à la préfecture d’Agou. Les forces
de sécurité envoyées à l’occasion de
l’élection ont tenté de contenir la foule
lorsqu’aux environs de 7 heures une
camionnette bâchée débarqua les forces de
l’ordre qui ont commencé à bastonner la
population. Celle-ci a réagi en lançant des
pierres en direction des agents qui ont à leur
tour pointé leurs fusils et tiré dans la foule.
Plusieurs jeunes gens ont été blessés. Les
renforts de militaires qui sont arrivés ont
pourchassé les habitants jusque dans leurs
maisons.
— Les
responsables de l’UFC de la localité sont
recherchés et ont dû prendre le chemin de
l’exil, notamment Komlan AGBASSOU et Kodzo
KPONYE.
13
?
de leur droit de former
et d’informer leurs membres et leurs
sympathisants
·
En début d’année 2003, l’Etat s’est
fermement opposé à la mise en application
d’un programme de formation et de
renforcement des capacités élaboré par le
National Democratic Institute (NDI),
une ONG américaine, en faveur des partis
politiques toutes tendances confondues, pour
les préparer à mieux affronter les échéances
électorales.
L’Etat a notifié au NDI que son programme
est inapproprié et sa présence au Togo
durant cette période pré-électorale
indésirable. Le NDI a donc quitté le Togo au
grand dam des partis politiques et en
violation de l’Article 101 du Code
Electoral. Il faut noter que la réalisation
de ce programme interdit devrait se dérouler
sans aucun financement de l’Etat.
—
En temps normal, comme nous l’avons déjà
indiqué, les partis politiques de
l’opposition n’ont pas le droit d’intervenir
sur les médias d’Etat ou de publier des
communiqués dans les organes de presse
publics, même lorsqu’il s’agit d’user de
leur droit de réponse.
Au
cours des campagnes électorales, en mai
2003, leurs interventions sur les médias
d'Etat ont été dénaturées et quelquefois
même carrément censurées.
—
Comme si ces tracasseries ne suffisaient
pas, les dirigeants des partis d’opposition
font l’objet, à longueur d’année, d’une
vaste et intense campagne de dénigrement et
de diffamation orchestrée par des groupes
d’individus louches, avec l’aval du pouvoir.
Ils sont victimes d’un déni de justice et se
trouvent donc sans aucune voie de recours
lorsqu’ils sont ainsi attaqués ou traqués.
?
L’élection
présidentielle de Juin 2003
—
Elle a donné lieu au déploiement par l’Etat
et le parti au pouvoir d’une grande machine
de fraude massive et de répression féroce
des contestataires sur toute l’étendue du
territoire.
Certaines préfectures comme le zio, l’Amou…,
ont défrayé la chronique.
-
La fraude est partie de la confection des
listes électorales. Plusieurs citoyens se
sont vu refuser leur droit de s’inscrire sur
les listes électorales dans les bureaux
prévus à cet effet lors de la révision des
listes sans aucune voie de recours.
Un
grand nombre de citoyens, bien qu’inscrits,
n’ont pas retrouvé leurs noms sur les listes
définitives. La distribution des cartes
d’électeurs a été une grande pagaille
organisée pour empêcher un grand nombre
d’électeurs de retirer leurs cartes.
La
scène15 offerte par cette pagaille, le 28
Mai 2003, à la Mairie centrale de Lomé, est
révélatrice du manque de volonté du parti au
pouvoir d’organiser des élections propres où
le droit des citoyens à choisir librement
leur président de la République soit
respecté. Les électeurs qui ont pu retrouver
leurs noms sur les listes sans être en
possession de leur carte, n’ont pas été
autorisés à voter sur présentation de leurs
pièces d’identité.
— Au
cours des élections, il y a eu :
-
des bourrages d’urnes ;
-
des distributions de bulletins remplis à
l’avance à des électeurs sous pression et
contre rémunération ;
-
des obstacles ont été dressés pour
empêcher les délégués des partis
d’opposition de faire leur travail de
contrôle dans les bureaux de vote ;
-
des tracasseries de toutes sortes et des
chasses à l’homme perpétrées non seulement
par les forces de l’ordre , mais aussi par
des activistes du parti au pouvoir à
visage découvert.
15
Les
forces de l’ordre ont tiré à balles réelles
sur des citoyens qui ont tenté d’empêcher la
fraude. Il y a eu des morts et des blessés16.
Plusieurs cas
d’arrestations ont été enregistrés17
— Pour boucler la boucle,
les juges de la Cour Constitutionnelle ont
vite fait de débouter tous les partis
d’opposition qui ont présenté des recours.
Cette Cour n’a fait que confirmer, par sa
décision, son allégeance au Pouvoir Exécutif.
7)
La situation dans les
locaux de garde à vue et les prisons
a)
Les locaux de
garde à vue
— Les
locaux de garde à vue au Togo sont connus
comme de hauts lieux de torture et de
traitements dégradants et inhumains. Les
prévenus qui sont passés par-là, en ont gardé
de tristes souvenirs. Certains en sortent avec
des séquelles graves où y laissent la vie
comme ce fut le cas le 12 janvier 2004 de
Komi-Kouma TENGUE au commissariat de Kévé.
— Les
aveux sont souvent extorqués par la violence
aux prévenus qui ne bénéficient jamais de la
présomption d’innocence.
— Mme
Abra AMAH-POYODE, accusée de complicité dans
une affaire de détournement de denier public à
la douane togolaise par son mari, M. Agouzo
POYODE, après six (6) mois passés en garde à
vue, a disparu de la brigade territoriale de
la gendarmerie nationale depuis le 02 Janvier
2004.
— La
corruption et les rackets y sont pratiqués en
toute impunité.
—
Dans des saisines confidentielles adressées à
la LTDH ces dernières années, il ressort la
description que voici : « je
suis gardé dans un local d’environ 1, 98 sur
1,50m, à même le sol, sur un sol rocailleux,
caillouteux et humide avec un urinoir
défectueux, des murs portant des pustules d’un
certain liquide très désagréable à l’odorat,
le local lui-même contigu à un WC non
entretenu et lui servant des eaux usagées
nauséabondes sans tabouret, ni chaise, ni
tablette. Je suis souvent privé de visite et
n’avais pour compagnons que des asticots. Le
local n’est pas aéré. Si vous n’agissez pas le
plus vite possible, vous risquerez de ne
constater que ma mort, vu la chaleur qui règne
dans ladite cellule. Je pense que c’est à une
mort lente qu’on me soumet ». (sic)
— Les
avocats et les organisations des droits de
l’homme n’y ont pas souvent accès.
—
Kossi ABAGA, élève en classe de Première à
l’Institut Technique d’Enseignement Commercial
KOUVAHEY a été interpellé, le 26 Juillet 2003,
par la Gendarmerie Nationale. Il a été
interrogé sur les faits relatifs au plasticage
du Centre Culturel Français. Il est soupçonné
d’appartenir à un groupement de malfaiteurs et
accusé d’être membre de la Jeunesse de l’UFC.
Il a été constamment battu et torturé pendant
sa garde à vue qui a duré jusqu’en septembre
en violation flagrante des dispositions du
Code de Procédure Pénal. Une mission de la
LTDH qui devait lui rendre visite s’est
heurtée au refus du Capitaine AKPOVI. Suite à
la plainte de la LTDH au Procureur de la
République, il a été déféré à la prison civile
de Lomé avec trois autres personnes, puis
libéré plus tard.
16
?
Exécution sommaire et extra-judiciaire :
La
lenteur de l’instruction est scandaleuse et
entraîne la frustration des parents qui
attendent que justice leur soit rendue.
Rappelons les cas suivants :
Cas
de Kouma TENGUE
Janvier 2004, M. Kouma TENGUE, président du
Comité Villageois de Développement du Village
(CVD) de Dzolo, près de Kévé, a été interpellé
par la Police de la localité sur ordre du chef
de canton Togbui SADZO III. Après trois jours
de garde à vue, il est retrouvé mort dans la
cour du commissariat. (voir détails à la page
4 au chapitre II-1). Un de ses testicules
écrasé et aplati en galette était sorti de la
bourse.
Cas
de Kodjo Paulin EFU
Kodjo
Paulin EFU fut conduit à la gendarmerie
nationale le 15 novembre 1995 par dame
Georgette AWOUSSOU, l’épouse du Capitaine DEDO,
pour abus de confiance. Il fut enfermé dans la
cellule de garde à vue où il décéda le
lendemain 16 novembre 1995 aux environs de 23
heures. L’information n’a été portée à la
connaissance de ses parents que le samedi 18
novembre 1995. Le docteur Kadjika TOMTA requis
pour l’expertise médico-légale du corps a noté
un écoulement sanguinolent par les orifices
naturels de la face (nez et bouche) qui est
vraisemblablement le fait d’une hémorragie
interne ainsi qu’une cyanose au niveau des
ongles, signe d’une insuffisance d’oxygénation
du sang.
La
plainte introduite par les parents au premier
cabinet d’instruction n’a jamais abouti à ce
jour.
b)
Les prisons
— Les
bâtiments abritant les prisons du Togo datent
pour la plupart de la période coloniale et
sont dans un état de délabrement avancé.
— La
surpopulation dans les prisons du Togo n’est
plus un secret. La prison de Lomé qui, selon
les affirmations de l’administration
pénitentiaire, a été construite pour abriter
400 à 600 personnes, héberge aujourd'hui, plus
de 1400 pensionnaires vivant dans une
promiscuité qui les expose aux maux de tous
ordres y compris à des attouchements et à des
pratiques homosexuelles .
-
Conditions d’hygiène exécrables.
-
Alimentation insuffisante et de mauvaise
qualité. Les prisonniers ont donné le nom
de «sauce miroir » au liquide qui
accompagne la pâte de maïs «bokaya»de
mauvais goût et indigeste qui leur est
servie une fois par jour, selon le
|