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15 fev. 2004

Le M05, la jeunesse, les partis politiques et le combat libérateur
Joseph Takeli

Mon Cher Eloi, bonjour!

Je viens de lire ton appel à l’endroit des étudiants et je t’en remercie (texte rediffusé). Mais je suis resté sur ma soif car le texte ne donne vraiment pas d’orientation dans le sens d’une remobilisation de la jeunesse. J’ai bien peur que ce ne soit un autre discours de plus. Je suis resté d’autant plus confus que ton texte intervient à un moment où des jeunes sur le terrain essaient de leur mieux de nous dire que rien ne va plus mais ton texte n’en dit rien. Alors, quelle est ta position par rapport à ces jeunes, que moi je considère comme porteurs d’un certain espoir après tant de cafouillages et d’échecs. Bien sûr, je ne me leure plus, mon cher Eloi. Le pouvoir va tenter de récuper ceux qu’il peut récupérer etc… La méthode ne date pas d’aujourd’hui. C’est nous qui ne mûrissons pas malgré nos chansons.

Les années passent si vite! Rappelle-toi que notre génération tend banalement vers les 40 ou 45 ans d’âge, sinon plus. Les Koffigoh, les Gnininvi, les Olympio, les Frétas, étaient dans les 40, 45 et 55 d’âge en 1991. Qui nous aurait convaincu en 1991 que cette lutte pourrait durer 20 ans à cause surtout de nos inconsitances et de nos calculs? Surtout, qui nous aurait convaincu en 1991 que lorsque le moment viendra pour nous de devoir critiquer ceux que nous supportions alors avec toute notre force de jeunes, que nous ne nous revèlerions pas plus alertes que les Akadé, les Bodjona, les Lawson Togla du HACAME d’alors? Qui aurait pu nous convaincre que nous n’étions pas aussi éclairés que nous le prétendions? Je sais que tu me respondras: Personne!

Alors, tu viens d’encourager les étudiants dans les termes suivants: «Vous pouvez compter sur le MO5». Je veux bien te croire, mais comme je te l’ai toujours dit, j’estime que le MO5 ne travaille pas comme il le devait, dans le dessein de maintenir l’ardeur qu’il faut au sein de la jeunesse en vue d’une lutte libératrice contre une dictature solide. J’estime que le mouvement qui aurait pu rassembler la jeunesse ne l’a pas fait, se contentant de déclarations sporadiques et pire, se comportant comme une aile marchante de la CDPA. Beaucoup m’en voudront peut-être pour cette affirmation. Mais c’est ma conviction et mon constat. D’autres l’exploiteront politiquement contre toi, Eloi, mais fais-moi la faveur de la situer dans l’esprit qui m’anime et que je suppose que tu connais assez bien.

Rappelle-toi, Eloi, il y a déjà 3 ans que j’ai adressé un message au Professeur Gnininvi lui demandant de "libérer" en quelque sorte le mouvement que tu as la lourde charge de diriger (le M05), afin que ce mouvement puisse rassembler toute la jeunesse togolaise, de tous les partis politiques, pour un vrai combat libérateur. Je n’avais aucune idée de comment il s’y prendrait, mais je comptais sur sa force de caractère et sa capacité de comprendre ce que nous tous ressentons au Togo, sans pouvoir trouver les mots justes pour le décrire: Qu’il y a, d’Eyadema aux leaders de l’opposition, comme une emprise sur les jeunes qui conditionne l’épanouissement de l’esprit critique et la reflexion chez ceux-ci, ralentissant par conséquent l'élevation du niveau général de conscience politique dans le pays, 14 ans après le déclenchement du mouvement démocratique. Le message à l’endroit du Professeur était passé inaperçu et relève de l’histoire mais dans ma tête, cher Eloi, je considère que le M05 a échoué et a manqué à son devoir de rassembleur de la jeunesse et n’a pas su honorer la mémoire de Tavio Amorin qui en donné le nom.

Vois-tu, j’adhère à l’appel de Tchèkpo: «Démocratie d’abord, multipartisme ensuite». Je n’ai pas besoin de sortir de la Sorbonne pour comprendre son esprit. Des Togolais de renom comme Eliott Ohin ou le Professeur Emmanuel Gu-Konu pensent que le slogan n’est pas si genial que cela, car disent-ils, le seul acquis au Togo aujourd’hui démeure le multipartisme. Je veux bien le croire, mais si ce multipartisme devient un frein à la lutte de libération avec ses divisions au sein de la jeunesse combattante et dans la population, je doute fort que ce soit vraiment un acquis. Certains me prêteront la malheureuse idée de préconiser le monopartisme. Telle n’est pas mon idée. C’est que par essence, un parti politique a pour but la conquête du pouvoir et cela implique des combines impossibles. C’est ce qui explique que les fanatiques militants des partis politiques donnent l’impression d’avoir perdu la tête, car pour eux rien d’autre que la victoire de leur parti politique ne compte. Or ce dont nous avons besoin le plus dans ce petit rectangle de terre, c’est bien d'un peu de liberté, d'un peu de pain, d'un peu de dignité pour tous, sans distinction d’appartenance à tel ou tel parti politique. Ça c’est au-dessus de tout calcul politicien ou combines. Tout un ensemble de règles de jeu obligatoires et observables par tous, présents et futurs acteurs politiques et citoyens. Penses-tu qu’en l’état actuel des choses, les partis politiques existants ne vont pas disparaître comme la dictature actuelle elle-même, pour avoir échoué à la rigoureuse tâche de faire en sorte que ces règles minimales soient une réalité? Alors, si tu le penses, est-ce normal que la jeunesse togolaise ne fasse rien d’indépendant et qu’elle s’accroche aux desideratas d’une génération qui a fait son temps et qui a surtout échoué, même si l’échec est involontaire?

Mais alors aussi, qu’a fait le Professeur Gnininvi pour que son slogan soit une réalité et pour que la jeunesse togolaise se débarasse de son esprit partisan en vue d’un vrai combat? Je pense que les partis politiques togolais (pouvoir et opposition) ont volé sa liberté au peuple togolais qui se passerait volontiers d’appartenir à tel ou tel parti politique, et qui ne demande qu’à devenir maître de son destin en se debarrassant de la plus vieille dictature au monde.

En clair, l’esprit partisan a tué la lutte pour la démocratie au Togo et j’affirme que le 5 Octobre 1990 n’aurait pas eu lieu si les partis politiques existaient et s’ils fonctionnaient comme aujourd’hui. A ce jour, seule la Nouvelle Dynamique Populaire sur le terrain comprend des jeunes de toutes les tendances politiques. Depuis 1991, chaque clan politique a toujours voulu tirer la toile à soi. Mais comment soutenons-nous le courage des jeunes d’aujourd’hui? Combien de temps ce mouvement d’espoir, fût-il minuscule va-t-il durer? Je parie que le mouvement n’en a pas pour longtemps, vu les pressions et rejets ici et là.

Si j’étais le Professeur Gnininvi ou Monsieur Gilchrist Olympio et si vraiment moi même je menais le bon combat, celui d’un peuple meurtri et humilié et non celui personnel, j’admirerais des jeunes qui me critiquent avec virulence car ils sont l’espoir et tiennent leur droit de m’avoir fait confiance pendant longtemps. Leur candeur et leur innocence le leur permettent et je ne devrais pas le leur refuser ou alors, je ne serais pas différent du système que je crois combattre depuis si longtemps. Je leur donnerais les moyens dont moi je n’ai pas pu bénéfier parce que n’ayant pas eu de devanciers. Je serais très heureux de savoir que le combat que je mène depuis si longtemps ne va pas mourrir avec moi qui vieillis. Je les admirerais et leur donnerais des conseils pour qu’ils puissant maintenir le rève, l’idéal que je n’ai pas su ou pu concrétiser. Je ne les combattrais pas. J’en ferais mes alliés idéologiques.

Car après tout, nous ne sommes pas si indispensables que notre égo nous amène souvent à le penser. S’éclipser aussi, en encourageant d’autres à réussir là où l’on n’a pas soi-même réussi est une vertu. C’est élégant!!!

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