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Le M05, la jeunesse, les partis politiques et
le combat libérateur
Joseph Takeli
Mon Cher Eloi, bonjour!
Je viens de lire ton appel à l’endroit des
étudiants et je t’en remercie
(texte rediffusé).
Mais je suis resté sur ma soif car le texte ne
donne vraiment pas d’orientation dans le sens
d’une remobilisation de la jeunesse. J’ai bien
peur que ce ne soit un autre discours de
plus. Je suis resté d’autant plus confus que
ton texte intervient à un moment où des jeunes
sur le terrain essaient de leur mieux de nous
dire que rien ne va plus mais ton texte
n’en dit rien. Alors, quelle est ta position
par rapport à ces jeunes, que moi je considère
comme porteurs d’un certain espoir après tant
de cafouillages et d’échecs. Bien sûr, je ne
me leure plus, mon cher Eloi. Le pouvoir va
tenter de récuper ceux qu’il peut récupérer
etc… La méthode ne date pas d’aujourd’hui.
C’est nous qui ne mûrissons pas malgré nos
chansons.
Les années passent si vite! Rappelle-toi que
notre génération tend banalement vers les 40
ou 45 ans d’âge, sinon plus. Les Koffigoh, les
Gnininvi, les Olympio, les Frétas, étaient
dans les 40, 45 et 55 d’âge en 1991. Qui nous
aurait convaincu en 1991 que cette lutte
pourrait durer 20 ans à cause surtout de nos
inconsitances et de nos calculs? Surtout, qui
nous aurait convaincu en 1991 que lorsque le
moment viendra pour nous de devoir critiquer
ceux que nous supportions alors avec toute
notre force de jeunes, que nous ne nous
revèlerions pas plus alertes que les Akadé,
les Bodjona, les Lawson Togla du HACAME
d’alors? Qui aurait pu nous convaincre que
nous n’étions pas aussi éclairés que nous le
prétendions? Je sais que tu me respondras: Personne!
Alors, tu viens d’encourager les étudiants
dans les termes suivants: «Vous pouvez compter
sur le MO5». Je veux bien te croire, mais
comme je te l’ai toujours dit, j’estime que le
MO5 ne travaille pas comme il le devait, dans
le dessein de maintenir l’ardeur qu’il faut au
sein de la jeunesse en vue d’une lutte
libératrice contre une dictature solide.
J’estime que le mouvement qui aurait pu
rassembler la jeunesse ne l’a pas fait, se
contentant de déclarations sporadiques et pire,
se comportant comme une aile marchante de la
CDPA. Beaucoup m’en voudront peut-être pour
cette affirmation. Mais c’est ma conviction et
mon constat. D’autres l’exploiteront
politiquement contre toi, Eloi, mais fais-moi
la faveur de la situer dans l’esprit qui
m’anime et que je suppose que tu connais assez
bien.
Rappelle-toi, Eloi, il y a déjà 3 ans que j’ai
adressé un message au Professeur Gnininvi lui
demandant de "libérer" en quelque sorte le
mouvement que tu as la lourde charge de
diriger (le M05), afin que ce mouvement puisse
rassembler toute la jeunesse togolaise, de
tous les partis politiques, pour un vrai
combat libérateur. Je n’avais aucune idée de
comment il s’y prendrait, mais je comptais sur
sa force de caractère et sa capacité de
comprendre ce que nous tous ressentons au
Togo, sans pouvoir trouver les mots justes
pour le décrire: Qu’il y a, d’Eyadema aux
leaders de l’opposition, comme une emprise sur
les jeunes qui conditionne l’épanouissement de
l’esprit critique et la reflexion chez ceux-ci,
ralentissant par conséquent l'élevation du niveau général
de conscience politique dans le pays, 14 ans
après le déclenchement du mouvement
démocratique. Le message à l’endroit du
Professeur était passé inaperçu et relève de
l’histoire mais dans ma tête, cher Eloi, je
considère que le M05 a échoué et a manqué à
son devoir de rassembleur de la jeunesse et
n’a pas su honorer la mémoire de Tavio Amorin
qui en donné le nom.
Vois-tu, j’adhère à l’appel de Tchèkpo: «Démocratie
d’abord, multipartisme ensuite». Je n’ai pas
besoin de sortir de la Sorbonne pour
comprendre son esprit. Des Togolais de renom
comme Eliott Ohin ou le Professeur Emmanuel
Gu-Konu pensent que le slogan n’est pas si
genial que cela, car disent-ils, le seul
acquis au Togo aujourd’hui démeure le
multipartisme. Je veux bien le croire, mais si
ce multipartisme devient un frein à la lutte
de libération avec ses divisions au sein de la
jeunesse combattante et dans la population, je
doute fort que ce soit vraiment un acquis.
Certains me prêteront la malheureuse idée de
préconiser le monopartisme. Telle n’est pas
mon idée. C’est que par essence, un parti
politique a pour but la conquête du pouvoir et
cela implique des combines impossibles. C’est
ce qui explique que les fanatiques militants
des partis politiques donnent l’impression
d’avoir perdu la tête, car pour eux rien
d’autre que la victoire de leur
parti politique ne compte. Or ce dont nous avons besoin
le plus dans ce petit rectangle de terre,
c’est bien d'un peu de liberté, d'un peu de pain,
d'un peu de dignité pour tous, sans distinction
d’appartenance à tel ou tel parti politique.
Ça c’est au-dessus de tout calcul politicien
ou combines. Tout un ensemble de règles de jeu
obligatoires et observables par tous, présents
et futurs acteurs politiques et citoyens.
Penses-tu qu’en l’état actuel des choses, les
partis politiques existants ne vont pas
disparaître comme la dictature actuelle
elle-même, pour avoir échoué à la rigoureuse
tâche de faire en sorte que ces règles
minimales soient une réalité? Alors, si tu le
penses, est-ce normal que la jeunesse
togolaise ne fasse rien d’indépendant et
qu’elle s’accroche aux desideratas d’une
génération qui a fait son temps et qui a
surtout échoué, même si l’échec est
involontaire?
Mais alors aussi, qu’a fait le Professeur
Gnininvi pour que son slogan soit une réalité
et pour que la jeunesse togolaise se débarasse
de son esprit partisan en vue d’un vrai
combat? Je pense que les partis politiques
togolais (pouvoir et opposition) ont volé sa liberté au peuple
togolais qui se passerait volontiers
d’appartenir à tel ou tel parti politique, et
qui ne demande qu’à devenir maître de son
destin en se debarrassant de la plus vieille
dictature au monde.
En clair, l’esprit partisan a tué la lutte
pour la démocratie au Togo et j’affirme que le
5 Octobre 1990 n’aurait pas eu lieu si les
partis politiques existaient et s’ils
fonctionnaient comme aujourd’hui. A ce jour,
seule la Nouvelle Dynamique Populaire sur le
terrain comprend des jeunes de toutes les
tendances politiques. Depuis 1991, chaque clan politique a toujours voulu tirer
la toile à soi. Mais comment soutenons-nous le
courage des jeunes d’aujourd’hui? Combien de
temps ce mouvement d’espoir, fût-il minuscule
va-t-il durer? Je parie que le mouvement n’en
a pas pour longtemps, vu les pressions et
rejets ici et là.
Si j’étais le Professeur Gnininvi ou Monsieur
Gilchrist Olympio et si vraiment moi même je
menais le bon combat, celui d’un peuple
meurtri et humilié et non celui personnel,
j’admirerais des jeunes qui me critiquent avec
virulence car ils sont l’espoir et tiennent
leur droit de m’avoir fait confiance pendant
longtemps. Leur candeur et leur innocence le
leur permettent et je ne devrais pas le
leur refuser ou alors, je ne serais pas
différent du système que je crois combattre
depuis si longtemps. Je leur donnerais les
moyens dont moi je n’ai pas pu bénéfier parce
que n’ayant pas eu de devanciers. Je serais
très heureux de savoir que le combat que je
mène depuis si longtemps ne va pas mourrir
avec moi qui vieillis. Je les admirerais et
leur donnerais des conseils pour qu’ils
puissant maintenir le rève, l’idéal que je
n’ai pas su ou pu concrétiser. Je ne les
combattrais pas. J’en ferais mes alliés
idéologiques.
Car après tout, nous ne sommes
pas si indispensables que notre égo nous amène
souvent à le penser. S’éclipser aussi, en
encourageant d’autres à réussir là où l’on n’a
pas soi-même réussi est une vertu. C’est
élégant!!!
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