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CDPA-BT : La presse indépendante et la
reprise de la coopération UE-Togo
Prof. E. GU-KONU
On le savait bien. Toutes les fois que le
régime se trouve en face d'un enjeu décisif
pour lui, il fait défiler dans le pays des
individus et/ou des organisations de tout
acabit pour manipuler les consciences à
l'intérieur et tenter d'abuser l'opinion
étrangère. Ainsi, à la veille des élections
présidentielles d'août 1993, Charles Pasqua,
alors ministre de l'intérieur de Jacques
Chirac était venu se faire recevoir à Kara
pour dire aux Togolais qu'ils n'ont pas de
candidat meilleur qu'Eyadema. D'autres invités
alimentaires sont passés depuis, chacun avec
son petit discours mystificateur.
Le passage de la délégation du Comité des
Ambassadeurs des ACP participe aux manœuvres
habituelles du régime pour abuser. Il ne
surprend guère et n'a en fin de compte aucune
importance pour les Togolais.
Ce qui est par contre plus préoccupant, c'est
l'unanimité avec laquelle les groupes qui ont
défilé devant la délégation ont clamé la
nécessité et l'urgence de la reprise de la
coopération, les propos qu'ils ont tenus pour
justifier leurs positions et l'acharnement
avec laquelle ils s'en sont pris aux partis
politique qui ont refusé de se prêter au jeu
du lobbying.
Les propos de la presse privée dite
indépendante par exemple méritent d'être
soulignés. Tous les journalistes auraient
affirmé unanimement devant la délégation que
"la liberté de la presse est une réalité au
Togo sur tous les plans". Et ils se seraient
accordés pour dire qu'il "incombe aux
journalistes... de conforter cette liberté en
faisant preuve de rigueur professionnelle..."
Le ministre de la communication, Pitan Tchalla
n'aurait pas dit mieux.
Et ils traitent les partis politiques ayant
refusé de se prêter au jeu de "nostalgiques
d'un passé révolu" Ils ne comprennent pas,
disent-ils, que "des hommes politiques sérieux...
des patriotes passent leur existence à
s'accrocher à la rupture de la coopération
avec leur pays".
Venant d'une presse sensé éclairer l'opinion,
ces propos sont extrêmement graves. Et ils le
sont d'autant plus que le code de la presse
rendu encore plus répressif par Pitan Tchalla
est toujours en vigueur, que la HAAC est un
instrument du pouvoir comme la Cour
constitutionnelle, qu'un journaliste jeté en
prison aujourd'hui pour "diffamation" n'a
aucune sorte de recours…
Quant à la question de la reprise de la
coopération avec l'UE, personne ne s'oppose à
l'existence de relations de coopération entre
le Togo et l'UE. Mais les Togolais doivent
savoir au moins deux choses :
1- Les sources du malheur de la masse de
la population ne se trouvent pas dans la
suspension de la coopération UE-Togo. Elles se
trouvent dans la nature totalitaire du régime
et dans le mépris que les hommes du pouvoir
affichent pour la population.
2- La reprise de la coopération
financière avec l'UE dans les conditions
actuelles de la vie politique n'apportera
aucune amélioration dans les conditions de vie
de la masse de la population.
Lomé, 28 Mars 2004
Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
Prof. E. GU-KONU
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