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1er Nov. 2003

Au Nom de L’Holocauste rwandais  je prends acte de la mort de Jean Hélène
Ali Camus
 
"Le pire n'est pas la méchanceté des hommes mauvais, mais le silence des hommes bons." Norbert Zongo
Jean Hélène

Etonnant! Même Dimas est tombé sous le charme d'un grand ennemi de la Démocratie en Afrique. Quand des régimes monarco-despotiques éhontés atteints  d'une carence sans égale comme celui de l'ogre togolais en viennent à compatir, mieux à pleurer la mort d'un journaliste, il va sans dire qu'il y a anguille sous roche.

D'abord sur la personne du journaliste et ensuite sur les relations qui peuvent le lier aux tyrans africains. Le grand Norbert Zongo n'avait pas eu cette faveur, rappelons-nous! Dans un premier temps Eyadéma embastille et tue tous ceux qui luttent pour la survie du 4ième pouvoir au Togo, en un deuxième temps son site de propagande dit qu'il est consterné par la mort d'un journaliste.

Tout un symbole. Les Africains avisés apprécieront!

Qui est Jean Hélène?

Alsacien d'origine, Jean Hélène a fait ses premiers pas au journal le Monde. Journal qu a fait justement douter de sa déontologie en octobre 1961 quand il a omis de rapporter la mort de 200 algériens tués par la police à Paris. Emboîtant les dérives de ce journal où il était journaliste, Jean Hélène est le seul homme, alors qu'il couvrait l'holocauste rwandais pour le compte du Monde, à ne pas avoir vu de génocide mais plutôt une simple querelle entre Rwandais.

Dans un cynisme digne d'un Français, on a pu lire sous sa plume alors que le génocide avec en amont l'état major français, l'Elysée et Matignon, en aval l'akazu, branche milicienne de la veuve de Habyarimana et le Hutu Power, écrasaient de concert la minorité tutsi, ses quelques lignes: dans son journal du 13 avril 1994, relisons comment Jean Hélène tente de minimiser la mort de 100000 hommes, chiffre que venait de lui remettre un responsable de Médecins sans frontières: "quelque huit morts et "deux" la veille dans les fossés, plusieurs villas dévastées, une petite entreprise dévalisée". Et comme le cynisme en Afrique est français, pour couronner la tâche qui lui était demandée, Jean Hélène est le seul journaliste à avoir vu le jour le plus long dans l'histoire du Rwanda où 150000 hommes, femmes enfants tombèrent dans l'horreur de la folie humaine sous le coup des fusils, machettes et gourdins le jour le plus calme du génocide.

Comme pour nier la mort de ses vies pour le compte de l'entreprise, c'est-à-dire l'État français pour lequel il travaillait par le truchement du journal le Monde, relisons Jean Hélène ce 15 avril 1994: «La fièvre des massacres et des pillages semble être cependant retombée. Il s'agit maintenant de traquer l'ennemi: les combattants tutsi du front patriotique rwandais».

Que dire des éloges que Jean Hélène a fait a l'abbé milicien Wenceslas Munyeshyaka dans le Monde du 16 mai 1994? Non content d'avoir effacé d'une plume la vie de 1 million de Hutus et de Tutsi, il va même étendre son cynisme au Burundi voisin. En Janvier 1996, il va être arrêté par les autorités de Bujumbura. Pour connivence avec les extrémistes hutu burundais, alors même qu'il avait dans son sac de vrais faux passeports, l'un sous son vrai nom alsacien, l'autre sous son pseudonyme formé des prénoms de son père et de sa mère. Libéré, il va regagner en catimini la France.

De retour en France, Jean-Marie Colombani son directeur de journal, va montrer à Jean Hélène des tas de milliers de lettres des lecteurs mécontents de sa manière partiale avec laquelle il a couvert le génocide Rwandais. Viré après que le Monde ait porté plainte contre Jean-Paul Gouteux pour avoir écrit un petit livre au titre évocateur: "Le Monde, un contre pouvoir? Désinformation et Manipulation sur le génocide Rwandais". Jean Hélène y est le personnage clé. Quelques jours d'errance, et le voilà désormais correspondant à la radio RFI. 

Une sagesse en pays Bassar d'où je viens dit qu'il y a aussi des morts positives. Dès lors, je prends acte de la mort de Jean Hélène tout en priant pour le repos de son âme! D'ailleurs, François Soudan de l'Intelligent Jeune-à-fric devrait commencer par y méditer.

Allemagne, 31 octobre 2003
Camus Ali

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