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Le
17 janvier 1961 au Congo et le 13 janvier 1963 au Togo, deux illustres
Africains, Patrice Lumumba et Sylvanus Olympio ont été sauvagement
assassinés pour leur combat de dignité africaine. En ce jour de funèbre
anniversaire, le Mouvement patriotique du 5 octobre (MO5) tient à rendre
hommage à leur mémoire, et vous invite à un débat sur le thème «
L’Afrique et ses hommes politiques : Hier, aujourd’hui et demain. »
Introduction au débat par Eloi Koussawo,
Coordinateur Général du MO5.
Avec le témoignage des proches et membres de la
famille de Patrice Lumumba.
DATE : Samedi 17 janvier 2009.
HEURE : A partir de 16 heures.
LIEU : Local G.I.T, Rue de la Déportation 37 à
1480 Tubize (Belgique).
«Ceux qui pieusement sont morts pour la
patrie
Ont droit qu’à leur cercueil la foule
vienne et prie
Entre les plus beaux noms leur nom est le
plus beau
Toute gloire près d’eux passe et tombe
éphémère;
Et, comme ferait une mère,
La voix d’un peuple entier les berce en
leur tombeau ». V. H.
Le tombeau de Patrice Lumumba est la terre
entière!
Extrait de l’allocution de Patrice Lumumba
aux cérémonies de l’Indépendance du Congo, le 30 juin 1960:
«Congolais et Congolaises, combattants de
l’Indépendance aujourd’hui victorieux, je vous salue au nom du
gouvernement congolais. (...)
Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans
l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à
égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant
que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les
jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous
n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni
notre sang. Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en
sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte
noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant
esclavage qui nous était imposé par la force. (...)
Nous avons connu le travail harassant, exigé en échange de salaires qui
ne permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous
loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers.
Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions
subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. (...)
Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes
prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus
fort.
Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il
s’agissait d’un blanc ou d’un noir: accommodante pour les uns, cruelle
et inhumaine pour les autres (...)».
LA FIN TRAGIQUE DE LUMUMBA SELON JEAN
KESTERGAT
Mi-septembre 1960: Mobutu est entré en scène;
il exerce le pouvoir avec un collège de Commissaires généraux. Réfugié dans
sa résidence sous la protection des Nations unies, Lumumba demeure une
menace pour le régime de Léopoldville. D’autant plus que ses partisans, sous
la houlette d’Antoine Gisenga, encouragé par Nkrumah (président du Ghana) et
par Sékou Touré (qui dirige la Guinée), conseillé par Félix Moumié (le
révolutionnaire camerounais), s’organisent dans l’opposition. Les
Commissaires généraux font expulser Moumié, ils veulent chasser aussi
l’ambassadeur du Ghana, mais les casques bleus protègent son ambassade, et
une fusillade éclate lorsque des militaires congolais veulent y pénétrer
pour exécuter l’ordre d’expulsion. Un officier tunisien et un officier
congolais sont tués, il y a quelques blessés. Il est clair désormais que
l’ONU a pris parti contre Lumumba et ses amis. En réalité l’organisation
internationale veut pratiquer une politique de neutralité. Elle protège
Lumumba contre une arrestation que les Commissaires généraux ont décrétée,
mais elle entend bien empêcher ses partisans de compromettre ses efforts
dans la recherche de conciliation. N’ayant plus aucune chance de succès à
Léopoldville, les dirigeants lumumbistes se replient sur Stanleyville, où
leurs partisans sont nombreux, et peuvent compter sur les unités de l’armée
nationale dirigée là-haut par le général Lundula, partisan du Premier
ministre.
Pour Lumumba, il n’y a plus qu’une issue
possible: prendre la fuite et gagner Stanleyville. C’est ce qu’il fait dans
la nuit du 27 au 28 novembre 1960. Dissimulé dans le coffre d’une voiture,
il traverse inaperçu le cordon des casques bleus, puis celui de l’armée de
Mobutu. Avec quelques complices entassés dans trois voitures, il prend la
fuite vers le haut Congo. Il commet une erreur fatale. Au lieu de foncer
aussi vite que possible en direction de Stanleyville, il traîne en chemin
pour haranguer les populations amies dont il traverse les villages. La
sûreté congolaise s’est lancée à sa poursuite. Le 2 décembre, il est arrêté
et ramené à Léopoldville. De là, on l’envoie au camp de Thysville où il est
placé sous la garde de l’armée. Les Commissaires généraux ne sont pas
rassurés pour autant. Ils craignent une intervention de l’ONU pour libérer
le prisonnier.
Ils appréhendent aussi l’habileté de cet homme,
capable de retourner n’importe qui. Il parle avec les soldats du camp, où
éclate une brève mutinerie. Elle n’est pas organisée par lui, mais il paraît
évident qu’en de telles conditions, il lui serait facile de prendre la
fuite. On décide donc de lui trouver une geôle plus sûre. Où? À Bakwanga,
capitale du Sud-Kasaï où règne le sanguinaire «empereur» Kalonji, son ennemi
le plus féroce? Ce serait signer son arrêt de mort. Tant mieux disent
d’aucuns, mais d’autres, plus conscients de la réprobation internationale
qui suivrait un tel assassinat, recommandent qu’il soit envoyé à
Elisabethville où les passions sont peut-être mieux contrôlées. Mais il faut
l’accord de Moïse Tshombé qui refuse ce «cadeau empoisonné». C’est là
pourtant qu’on va l’envoyer à la suite de circonstances confuses qu’il
serait trop long de narrer ici. Il est trop tôt d’ailleurs pour évoquer de
manière sûre toutes les responsabilités en cause.
Toujours est-il que le 17 janvier commence le
martyre de Lumumba. Il est transporté par avion vers Katanga avec deux de
ses compagnons, Mpolo et Okito. La garde, composée de Baluba fortement
marqués par les massacres du Sud-Kasaï, brutalise les trois prisonniers tout
le long du trajet. Lorsque l’avion approche d’Elisabethville, la première
réaction des Katangais est de refuser «les trois colis précieux» qui
viennent d’être annoncés. Mais le DC4 est presque à bout d’essence, et
l’autorisation d’atterrir est donnée. L’avion roule jusqu’aux hangars de la
gendarmerie katangaise, loin des yeux des casques bleus. Les trois hommes
sont aussitôt conduits dans une petite villa dans la brousse proche. Ils
vont mourir bientôt, dans des circonstances qui ont été décrites de façons
diverses, mais dont aucune ne correspond parfaitement à la vérité. Là
encore, on finira sans doute par savoir tout l’essentiel, mais ici encore il
faudrait trop de pages, même pour un simple résumé de toutes hypothèses.
L’essentiel est de savoir que Lumumba et ses compagnons sont assassinés le
jour même. La nouvelle n’en sera donnée que le 10 février suivant par le
ministre de l’Intérieur, Godefroid Munongo, qui attribue la responsabilité
de la mort des détenus à des villageois en colère les ayant surpris alors
qu’ils étaient en fuite. C’est un mensonge si évident que Munongo lui-même
renoncera à soutenir cette version. Mais la vérité, il ne la dira pas non
plus.
La disparition tragique de Lumumba ne va rien
arranger. Pour ses partisans, il sera le martyr dont se réclameront, trois
ans plus tard, les redoutables rebelles mulelistes. Et dans l’immédiat, tous
les efforts d’apaisement voulus par l’ONU échoueront.
DERNIÈRE LETTRE DE LUMUMBA À SA FEMME PAULINE
Eloi Koussawo avec Pauline, la veuve de Lumumba (à Tubize, Belgique)
Lettre écrite en prison en décembre 1960 à
sa femme Pauline.
Ma compagne chérie,
Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te
parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu
les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je
n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à
laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce
que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une
dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le
colonialisme belge et ses alliés occidentaux - qui ont trouvé des
soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi
certains hauts fonctionnaires des Nations-unies, cet organisme en qui
nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à
son assistance - ne l’ont jamais voulu. Ils ont corrompu certains de nos
compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre
indépendance.
Que pourrai-je dire d’autre?
Que mort, vivant, libre ou en prison sur
ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le
Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en
une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion
bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable.
Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se
débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se
lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et
honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.
Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie
et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se
trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui
n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de
colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je
laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que
l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de
chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de
notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a
pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans
indépendance il n’y a pas d’hommes libres.
Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne
m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête
haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de
mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes
sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire
qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies,
mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et
de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au
nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me
pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant,
saura défendre son indépendance et sa liberté. Vive le Congo! Vive
l’Afrique!
Patrice Lumumba.
Il est important de rappeler que la Belgique
a le mérite d’avoir organisé une commission d’enquête pour établir les
responsabilités dans l’assassinat de Patrice Lumumba. A la suite des travaux
de ladite commission, l’Etat belge a publiquement présenté ses excuses à
l’Etat et au peuple congolais.
Qu’en est-il de la France sur l’assassinat de
Sylvanus Olympio, Père de l’Indépendance et de la Nation togolaise?
Bruxelles, le 09 janvier 2009.
Pour le MO5, le Coordinateur Général
Eloi Koussawo
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