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Dans un article intitulé « Mon meilleur ami
s’appelle Amouzou », le journal « Focus Infos » (n° 014 du 25
février au 25 mars 2009) accuse le régime d’être « tribaliste » et
ethniciste, en se basant sur des statistiques ethniques concernant les
« collaborateurs du Président de la République » (Ministre d’Etat et
Conseillers spéciaux, Cabinet civil, Secrétariat général de la Présidence de
la République, Etat-major particulier, etc.), les responsables des
Administrations publiques et sociétés d’Etat (ou, où l’Etat a une forte
participation). Alors, fidèles à leurs habitudes où, à chaque fois qu’on les
accuse de pratiques peu recommandables, les partisans du régime des
Gnassingbé, au lieu de montrer en quoi leurs pratiques sont démocratiques et
républicaines, crient plus fort, en retournant l’accusation contre leurs
accusateurs. C’est ainsi que, dans les articles intitulés « Montée du
tribalisme : Attention danger! Le malheur d’être Kabyè au Togo » (« La
Dépêche » n° 460
du 18 mars 2009) et « Montée du Tribalisme au Togo : Le mauvais jeu de la
presse privée Togolaise » (« La Dépêche » n° 461 du 26 mars
2009), à partir de la composition ethnique du gouvernement Olympio d’il y a
… près de 50 ans, de la direction actuelle de l’UFC et même du comité de
rédaction de « Focus Infos », ils accusent ces derniers de
« tribalisme ». En faisant cela, ils essaient de brouiller le débat afin que
personne n’y comprenne plus rien. Pour y parvenir, ils n’hésitent pas à
réviser l’histoire.
C’est ainsi
qu’ils écrivent : « Dans le temps (c'est-à-dire, sous Olympio – note de G. HOME),
pour travailler dans une banque ou dans une administration juteuse, il
fallait s'appeler Wilson, Lawson, de Souza, da Silvera, Raudelphau… »
(« La Dépêche » n° 461 du 26 mars 2009). Or, ceux qui suivent les
informations et témoignages sur l’histoire de notre pays, se rappelleront
que, dans une critique d’un livre de Godwin Tété Adjalogo, un compatriote
avait montré combien les Lawson et quelques familles qui leur étaient
alliées avaient souffert sous le régime du CUT. Et voilà qu’on les enrôle
parmi des prétendus « bénéficiaires » de ce régime. C’est dire qu’on ne peut
pas aborder les événements de cette période en utilisant le prisme de
l’ethnie.
Par ailleurs « La Dépêche » (n° 461) avance
comme preuve du « tribalisme d’Olympio » et comme justificatif de son
assassinat le fait qu’il ait refusé d’intégrer dans l’armée nationale
embryonnaire les soldats démobilisés de l’armée coloniale française. Pour
que cet argument soit recevable au point qu’on puisse écrire que cela
« en dit long sur l'antipathie que ce président avait pour les Kabyè »,
il eut fallu au moins que tous les soldats démobilisés fussent tous
originaires du nord, et particulièrement kabyès, ou que le régime eût
intégré ceux du sud et refusé d’intégrer ceux du nord (Eh, oui !
contrairement à l’impression que les falsificateurs de l’Histoire veulent
donner, les fils du Togo enrôlés dans l’armée coloniale française n’étaient
pas tous originaires du nord et, a fortiori, ils n’étaient pas tous kabyès).
Au demeurant, en refusant d’intégrer dans l’armée nationale ces démobilisés,
toutes ethnies confondues, nous ne saurions dire si, pour l’époque, c’était
une décision judicieuse, mais ce qui est certain c’est qu’Olympio a été
logique avec lui-même. Lui, nationaliste, qui a combattu le colonialisme
français, en payant de sa personne, comment pouvait-il intégrer ces éléments
qui sont partis combattre les nationalistes vietnamiens et algériens, qui
sont en admiration devant les représentants de l’Etat colonialiste
français ? (N’est-ce pas cette admiration qui explique le « prénom »
« Faure », provenant probablement de « Edgar Faure » ?).
Toujours dans
le cadre de la falsification, « Le Combat du Peuple » (n° 645 du 23
mars 2009) écrit : « A titre d’exemple, le premier gouvernement de
Sylvanus Olympio était composé
de 5 Ministres Ewé, tous originaires de la Région Maritime, 1 de la Région
des Plateaux, 0 de la Région Centrale, 0 de la Région de la Kara et 0 de la
Région des Savanes. Le deuxième gouvernement de Sylvanus Olympio comptait en
son sein 5 Ministres originaires de la Région Maritime, 1 de la Région des
Plateaux, 0 de la Région Centrale, 0 de la Région de la Kara et 2 de la
Région des Savanes ». Nous montrons, quelques lignes plus loin, qu’un
décompte de ce type n’indique nullement qu’un régime est « tribaliste ».
Mais pourquoi nous parle-t-on ici de la région de Kara. A notre
connaissance, du temps d’Olympio, et même longtemps après, il n’y avait que
4 régions administratives au Togo : la région maritime, la région des
plateaux, la région centrale et la région des savanes. La région de Kara n’a
été créée que beaucoup plus tard par le régime des Gnassingbé,
« nationalisme du village natal » oblige. Alors pourquoi la placer dans un
contexte historique où elle n’existait pas, sinon pour faire plaisir aux
tenants actuels du pouvoir en mettant en exergue la prétendue antipathie d’Olympio
pour les Kabyès ?
La question
des pratiques discriminatoires de type ethnique est extrêmement importante
pour l’avenir de ce pays. Alors, dissipons l’écran de fumée généré par les
partisans du régime des Gnassingbé et essayons de clarifier cette question !
Il faut dire
que ce sont les auteurs de l’article de « Focus Infos » qui ont vicié
le débat en partant de statistiques ethniques pour établir l’accusation de
« tribalisme » ou d’ethnicisme. En effet, si des pratiques « tribalistes »
ou ethnicistes ont nécessairement pour conséquence une représentation dans
l’appareil et les sociétés d’Etat de certaines ethnies (ou d’une ethnie) non
conforme à leur poids dans la population, un constat de ce dernier fait, à
un moment donné, ne veut pas forcément dire que le régime est « tribaliste »
ou ethniciste. Les démocrates doivent se départir de toute approche de type
« quota », que ce soit racial, ethnique ou religieux. Si les ethnies
existent en Afrique, elles ne sont pas des personnes morales, des entités
organisées avec un chef derrière lequel se rangent tous les membres. Ceux
qui prétendent être là pour défendre telle ou telle ethnie sont tous des
chefs autoproclamés qui veulent utiliser cet argument, soit pour converser
le pouvoir, soit pour y accéder. La République ne reconnaît que des
citoyens, tous égaux devant la loi, que celle-ci punisse ou qu’elle défende.
L’Etat basé sur des communautés raciales, ethniques ou religieuses, c’est le
chaos à l’infini. L’impérialisme français l’a installé au Liban. On connaît
le résultat.
Le régime
des Gbassingbé est-il « tribaliste » ou ethniciste ? Assurément. Ce sont ses
pratiques discriminatoires lors des concours dans la fonction publique, le
recrutement dans les sociétés d’Etat, dans l’armée, l’attribution de bourses
d’études, etc., qui l’attestent. Nous avons déjà eu l’occasion de démontrer
ce fait dans deux contributions. Pour ne pas y revenir ici, nous nous
contentons simplement d’en fournir des extraits en annexe.
Qu’en est-il
des accusations des partisans du régime des Gbassingbé contre leurs
opposants ? Nous ne voulons pas donner plus d’importance qu’ils ne méritent
aux arguments ridicules sur la composition de la direction actuelle de l’UFC
ou du comité de rédaction de « Focus Infos ». Signalons, néanmoins,
que les partis politiques sont des associations privées dont les membres,
sans contrevenir aux lois de la République, fixent les règles de
fonctionnement et désignent leurs dirigeants ! L’argument selon lequel Amah
Gbassingbé, un kabyè, alors membre de la direction de l’UFC, aurait été
victime de discrimination parce qu’on ne lui a attribué « qu’un poste de 3è
vice-président » se dégonfle de lui-même, puisque l’intéressé se retrouve
maintenant conseiller spécial de Faure Gnassingbé.
Mais le
régime d’Olympio était-il « tribaliste » ou ethniciste ? La difficulté pour
répondre à cette question réside dans le fait que ce régime a eu une durée
de vie très brève et son époque commence à être loin dans le temps. Après la
victoire électorale du 27 avril 1958, Olympio a été Premier ministre, sous
l’administration coloniale, de 1958 à 1960 et n’a eu les pleins pouvoir qu’à
partir de la proclamation de l’indépendance le 27 avril 1960. Il a été
assassiné le 13 janvier 1960. Donc, en étant large, on peut dire que son
régime a duré au maximum 5 ans. Est-ce suffisant pour installer un régime
« tribaliste » ou ethniciste ? Probablement. Mais c’est à ses accusateurs de
prouver que pendant ce court laps de temps il y a eu des pratiques
discriminatoires de type ethnique. Par contre il est certain que l’absence
d’assise sociale et d’une légitimité qui amène souvent les tenants d’un
pouvoir à ces pratiques, n’est pas la caractéristique du pouvoir du CUT, le
parti d’Olympio. Ce dernier jouissait d’une large assise sociale dans la
population du nord au sud (et dont l’UFC bénéficie en partie encore
aujourd’hui) et d’une grande légitimité. Olympio ne semblait pas non plus
aborder les problèmes à travers le prisme ethnique. Voici une anecdote que
nous a racontée un ancien responsable du Service de la Main d’œuvre du Togo,
mais que nous n’avons pas eu l’occasion de vérifier nous-mêmes ! Il semble
qu’après la mise en place de l’ENA (Ecole nationale d’administration), lors
de son premier concours d’entrée, quelqu’un serait venu demander à Olympio
de ménager une entrée spéciale aux citoyens originaires du nord du pays,
étant donné le « déséquilibre » de l’époque entre le « nord » et le « sud ».
Il s’agissait donc de la fameuse « discrimination positive » avant la lettre
et de la politique des quotas (à dénoncer dans tous les pays et à toutes les
époques). Olympio aurait refusé d’entrer dans ce jeu néfaste. Les
concurrents ont donc tous concouru à égalité, quelle que soit l’ethnie ou la
région d’origine. Et, pour ce premier concours, les deux premiers reçus
seraient originaires du nord. Ils auraient remercié Olympio pour sa
décision. En effet si Olympio ne s’était pas opposé à cette « discrimination
positive » qu’on voulait introduire, on n’aurait jamais reconnu la qualité
et la compétence des deux majors de ce concours.
En tout état
de cause, laissons en paix le régime défunt du CUT ! Avec l’assassinat de
Sylvanus Olympio, il a disparu depuis près de 50 ans. Même s’il avait été
« tribaliste » ou ethniciste, ce ne serait là qu’un fait d’Histoire. Nous ne
pouvons plus le combattre puisqu’il n’existe plus. Par contre, nous avons
devant nous le régime « tribaliste » des Gnassingbé. Et la référence au
prétendu « tribalisme » du régime d’Olympio n’est utilisée ici que pour
justifier l’injustifiable. Les démocrates, tous ceux qui sont attachés à
l’avenir démocratique de ce pays, tous ceux qui oeuvrent pour que tous les
citoyens de ce pays vivent en paix et dans l’unité, quelle que soit leur
région ou ethnie d’origine, ne doivent pas se laisser avoir par de tels
arguments.
Pour
l’avènement d’un Etat démocratique, où tous les citoyens ont les mêmes
droits et les mêmes devoirs, les pratiques discriminatoires du régime des
Gnassingbé doivent être dénoncées et combattues. Ce combat est d’autant plus
urgent que nous observons un dangereux glissement dans la propagande des
tenants du régime. A ses débuts, ses justifications étaient :
« Equilibrage entre nord et sud », « Défense du nord » (même si nous
savons que dès le début, Eyadéma tenait des réunions particulières avec les
ressortissants de l’ethnie Kabyè, son ethnie). Maintenant, plus de 40 ans
après, il y a un glissement dans la propagande vers l’ethnie Kabyè. Ainsi,
dans « La Dépêche » (n° 460 du 18 mars 2009), pour répondre à ceux
qui dénoncent les résultats fantaisistes aux différents concours et examens
publiés par le régime, les auteurs de l’article cité plus haut écrivent au
sujet des résultats du baccalauréat : « qu'on
corrige ces épreuves à Kara ou à Lomé, l'avantage des réussites revient à la
préfecture de la Kozah ». A moins de fournir les éléments matériels qui expliquent
de tels résultats (par exemple : nombres d’écoles et d’enseignants par tête
d’habitant, etc. ; et dans ce cas, il faudrait fournir au plus vite les
mêmes moyens aux autres préfectures), en clair cela veut dire : « si à
différents concours et examens, ce sont essentiellement des Kabyès qui sont
proclamés reçus, c’est parce qu’ils sont les meilleurs », génétiquement
s’entend. La tendance des tenants du pouvoir à se recroqueviller sur
l’ethnie kabyè a des bases matérielles que nous n’avons pas le temps de
détailler ici. Mais brièvement, nous pouvons dire que c’est l’augmentation
du nombre de prétendants au festin prévaricateur des ressources du pays et
la raréfaction de celles-ci qui expliquent cette tendance. Ce glissement est
extrêmement dangereux pour tout le peuple togolais, mais plus
particulièrement encore pour l’ethnie kabyè, dont la majorité des membres
sont aussi victimes de ce régime que les autres citoyens de ce pays. Le plus
tôt nous mettrons fin à ces pratiques discriminatoires, le mieux ce sera.
G. HOME
Le 14/04/09
Annexe 1
(contribution écrite le 27/04/03)
Extraits de
LA DICTATURE
TOGOLAISE EST UNE DICTATURE MILITAIRE, REGIONALISTE ET ETHNICISTE, MAIS
AUCUNE REGION, AUCUNE ETHNIE N'EST RESPONSABLE
(Réponse à Sey-Sandah Lantam-Ninsao
- première partie)
(Remarque : l’extrait ci-dessous ne traite que du
caractère régionaliste et ethniciste du régime)
(…)
LA DICTATURE
TOGOLAISE EST REGIONALISTE ET ETHNICISTE
S-S L-N prétend que ce régime ne peut être tenu pour
régionaliste ou ethniciste car à sa connaissance « il n'existe pas une
idéologie politique élaborée et appliquée délibérément » dans ce sens.
Nous sommes surpris de cette assertion de la part de quelqu'un qui a pris la
peine d'écrire deux longues contributions pour dénoncer « ces courants de
pensée (qui) revêtent un caractère "occulte", en ce sens
qu'ils ne sont pas professés ouvertement comme base idéologique d'une
politique officielle de telle ou telle formation politique ou association de
la société civile ».
Donc ce n'est pas parce qu'une idéologie n'est pas professée ouvertement
qu'elle n'existe pas et qu'elle n'a pas de conséquences sur la vie de la
société. Au demeurant, si le régime n'a pas professé officiellement une
telle idéologie, certains « intellectuels » l'ont fait.
Par ailleurs, pour S-S L-N, « les clivages
ethniques et régionaux, en particulier le clivage Nord -Sud
faisaient donc déjà partie du débat politique national depuis l'époque
coloniale et s'est poursuivi et amplifié pendant les périodes sombres des
débuts de l'indépendance nationale ». Donc ce qui a été pris pour une
politique régionaliste et ethniciste de part de la dictature d'Eyadéma ne
serait rien d'autre qu'une politique de correction du « déséquilibre
établi en faveur du Sud par des années d'exploitation coloniale
discriminatoire ». Le déséquilibre de « développement »
entre l'extrême sud et le reste du pays à la fin de la colonisation est
incontestable. Il est tout aussi incontestable que les populations qui sont
en « avance », en termes de développement, sur les autres ont tendance à se
moquer de leurs concitoyens moins favorisés. Ce n'est pas une
caractéristique du Togo. On peut constater, entre autres, le même phénomène,
encore aujourd'hui, entre l'Italie du nord (développée) et celle du sud (qui
l'est beaucoup moins). Mais cela ne porte pas beaucoup à conséquence et,
avec une politique appropriée, cela se résorbe avec le temps, tant qu'on ne
prend pas prétexte de ce déséquilibre pour instaurer un système inique de
gouvernement. Mais il est faux de dire qu'il y avait des « clivages
ethniques et régionaux, en particulier le clivage Nord -Sud » depuis
l'époque coloniale. Cette assertion a tendance à faire croire que nos
ethnies (ou nos régions) sont nécessairement amenées à s'opposer.
Origine des
paramètres « région » et « ethnie » dans la vie politique togolaise
Or historiquement, ce qui est appelé « clivage
Nord-Sud » a été créé de toutes pièces. Au cours des années cinquante,
la lutte politique se faisait essentiellement entre deux partis, le PTP
(Parti Togolais du Progrès) pro-colonialiste et le CUT (Comité de l'Unité
Togolaise) indépendantiste. Tous les citoyens togolais, engagés dans la
lutte politique, s'organisaient, quelle que soit leur région ou leur ethnie
d'origine, dans l'un ou l'autre parti, en fonction de leur conviction. C'est
pour essayer d'enrayer l'avancée des indépendantistes du CUT que
l'administration coloniale a suscité la création de l'UCPN (Union des Chefs
et Populations du Nord) en cassant de fait le PTP en deux (le nouveau PTP
qui ne regroupait désormais que les pro-colonialistes du « sud » et l'UCPN
qui regroupait ceux du « nord »). C'est ainsi que le colonialisme français,
appliquant le vieux précepte du « diviser pour mieux régner », a
introduit, pour la première fois, les paramètres « ethnie » et « région »
dans la vie politique togolaise.
Pendant près de quatre décennies, la dictature
togolaise va utiliser ces paramètres pour instaurer un régime des plus
assassins du continent africain. Il a été jusqu'à dire que c'est contre les
« divisions ethniques et régionalistes » qu'il a pris le pouvoir. Pourtant
aujourd'hui, « l'état l'arriération totale dans lequel le régime a laissé
l'ensemble des régions de l'intérieur en général et du Nord plus
particulièrement »
est un démenti à sa prétention de se présenter en « justicier », du « nord »
contre le « sud ». La région natale du dictateur et son ethnie d'origine ne
font pas exception à la règle. En ce sens, il est totalement absurde, voire
dangereux, de parler de région ou « d'ethnie présidentielle ».
Si le « nord » en tant que région, ni l'ethnie kabyè en tant qu'ethnie, n'en
a pas bénéficié la raison réside dans le fait que « les principales
motivations des barons du RPT, (à commencer par le premier d'entre eux,
le dictateur lui-même - note de G. HOME), sont strictement personnelles :
le pouvoir personnel et l'enrichissement ».
Nous pouvons ajouter qu'ils parviennent au pouvoir, généralement pauvres,
et, qu'ils en sortent ou qu'ils n'en sortent pas, ils deviennent riches. Ce
sont des individus, originaires de toutes les régions et de toutes les
ethnies, qui ont vu leurs ressources prospérer à l'ombre de la dictature,
généralement par la captation frauduleuse de richesses nationales qu'ils
transforment en patrimoines privés.
Mais alors d'où vient ce sentiment profond,
largement répandu dans toute la population, que cette dictature est
régionaliste et ethniciste ? On ne peut comprendre cela qu'en étudiant les
origines et les manifestations du régionalisme et de l'ethnicisme.
Le régionalisme et l'ethnicisme,
partout où ils se sont manifestés, plongent leurs racines dans
l'illégitimité du pouvoir qui les met en oeuvre. C'est l'absence d'une base
sociale majoritaire dans le pays qui lui soit favorable, qui amène le
nouveau pouvoir à rechercher des soutiens ailleurs, notamment en jouant sur
les fibres du régionalisme et de l'ethnicisme. En dehors du Togo, nous
allons prendre un seul exemple, celui du Cameroun.
Dans ce pays, la lutte pour l'indépendance était menée par l'UPC (Union des
Populations du Cameroun) dirigée par Ruben Um Nyobé. Le colonialisme
français va assassiner R. Um Nyobé et plusieurs de ses compagnons. En 1960,
pressé par les événements, pour « changer pour que tout reste comme
avant », il va octroyer « l'indépendance » à Amadou Ahidjo, son poulain,
qu'il place à la tête du pays. Ce dernier, quasi-inconnu, sans aucune assise
dans le pays, va instaurer pendant plusieurs décennies, une des dictatures
les féroces du continent, avec tous les relents régionalistes et ethnicistes.
N'est-ce pas là la copie conforme de l'histoire tragique du Togo, à la
différence près que R. U. Nyobé n'était pas encore arrivé au pouvoir quand
il a été assassiné et que la dictature d'Ahidjo n'était pas militaire ?
Dans le cas du Togo, dès l'origine, le pouvoir
actuel va essayer de rallier à sa cause l'élite originaire du « nord », plus
particulièrement kabyè. Des réunions ont été organisées, y compris avec des
enfants à peine sortis de l'adolescence (encore au collège ou au lycée),
pour expliquer : « Si nous avons pris le pouvoir c'est pour défendre le
nord » ou « les kabyès » (selon les participants à la réunion).
« Nous sommes là pour vous », etc. On peut imaginer les dégâts que
cela a pu causer dans la tête de certains enfants.
Les
manifestations du régionalisme et de l'ethnicisme
Une fois qu'il a été établi que les tenants du
pouvoir ne sont pas là pour une région ou une ethnie particulière, on peut
résumer les manifestations du régionalisme et de l'ethnicisme de la manière
suivante : toute la vie de la société est ordonnée en tenant compte de la
région et de l'ethnie d'origine des citoyens. Ces derniers ne sont plus
égaux devant la loi. Ils ont d'abord une coloration régionale ou ethnique.
C'est selon ces principes que la dictature togolaise
va distribuer les fonctions en tenant soigneusement compte non pas de la
compétence de chacun mais de la région et de l'ethnie d'origine du
bénéficiaire. Il s'agit pour lui de construire des « baronnies »,
dans chaque région, dans chaque ethnie, charge à chaque « baron » de
convaincre la population de sa région et de son ethnie d'origine que la
fonction qu'on vient de lui confier personnellement, est en fait un bienfait
pour toute cette population. Dans ce but, le pays est morcelé en un nombre
incalculable de préfectures, fournissant autant de postes de Préfet à
distribuer. La composition des différents gouvernements tient soigneusement
compte des régions et des ethnies. Dans les services, administrations et
sociétés d'Etat, si un directeur est du « sud », son adjoint doit
être du « nord » et inversement. La compétence de l'un comme de
l'autre au poste qu'on lui confie n'entre pas forcément en ligne de compte,
pourvu que « l'équilibre soit respecté ».
La région et l'ethnie d'origine sont des facteurs
déterminants à l'embauche dans les sociétés d'Etat. Bien sûr, il n'y a pas
que les originaires d'une seule région ou ou d'une seule ethnie qui
bénéficient de passe-droits, puisque chaque « baron » arrive à « caser » des
gens de sa région. Pour en bénéficier encore faudrait-il avoir accès à un
« baron ». Ce n'est pas donné à tout le monde. La conséquence c'est une
profonde injustice qui a cours dans le pays. Une des populations qui a le
plus souffert de cette injustice est, sans contestation possible, la
population de la région de Hahotoé. Non seulement les habitants de cette
région n'ont plus de terres à cultiver, puisqu'elles ont été confisquées
pour l'exploitation des phosphates de leur sous-sol, mais en plus ils
n'arrivent que très difficilement à se faire embaucher à l'OTP. Le simple
fait de constater que les gens de telle région ne sont que difficilement
embauchés n'est-ce pas la preuve que le régionalisme et l'ethnicisme sont
bien vivaces ? En effet, si les embauches avaient été réalisées selon la
justice, en tenant compte uniquement des compétences des uns et des autres,
il y aurait une telle distribution quasi-égale d'employés venant de toutes
les régions (avec peut-être un avantage pour ceux de la région où la société
est implantée, car généralement on préfère vivre chez soi) que la question
de savoir de quelle région vient tel ou tel employé ne se poserait même
plus.
Les résultats des concours d'entrée dans la Fonction
publique ou aux examens sont modifiés pour tenir compte des paramètres
« région » et « ethnie ». Les présidents de jurys qui ont vécu
ces ignominies sont encore vivants. Ils peuvent en témoigner. Aucun résultat
n'est proclamé tant qu'on ne l'a pas soumis aux tenants du pouvoir qui
exigent « un panachage », qui consiste à déclarer « admis »
des gens qui ne l'étaient pas, parce qu'il faut un certains nombre
« d'admis » de telle région ou de telle ethnie.
Au lieu de critères objectifs, les bourses d'études
sont attribuées en fonction des paramètres « région » et
« ethnie ». Là encore, il faut relativiser : chaque « baron »
pouvait intervenir en faveur de telle ou telle personne. Ce ne sont donc pas
les originaires d'une seule région et d'une seule ethnie qui ont bénéficié
de passe-droits. Mais ceux qui n'avaient aucun « baron » pour
protecteur subissaient la loi implacable de la « région » et de
« l'ethnie ». Un élève ou étudiant, dont les conditions de ressources
(de ses parents) et les résultats scolaires l'élisent au bénéfice d'une
bourse d'étude peut en être exclu parce que le pouvoir a estimé que la
bourse doit être attribuée à quelqu'un d'une autre région et d'une autre
ethnie que la sienne. On peut imaginer facilement le sentiment d'injustice
que va nourrir un tel citoyen.
Une vraie
politique de développement équilibré, sans injustice, est possible
Les deux points précédents (résultats aux concours
et examens et attribution de bourses d'étude) sont parfois présentés, même
par des compatriotes bien intentionnés, comme l'expression du
« rééquilibrage nécessaire entre le nord et le sud ». Certains vont
jusqu'à proposer l'instauration de quotas (de reçus aux concours, de
bénéficiaires de bourses) par région ou par ethnie. Nous voudrions insister
ici qu'il ne s'agit nullement là d'une politique de développement équilibré
de toutes les régions. La preuve : après plusieurs décennies de cette
politique, la région que l'on a prétendu défendre est laissée dans un état
d'« arriération » qui n'est pas moindre. Au mieux il s'agit d'une
politique clientéliste ayant pour but de s'attacher le soutien indéfectible
des bénéficiaires.
Les dégâts qu'une telle politique engendre sont
considérables. Nous voudrions donner ici l'exemple du Cameroun d'Ahidjo
(aujourd'hui nous ne savons pas si les choses ont changé). Sous prétexte
d'un « rééquilibrage de développement », le recrutement à l'Ecole Nationale
d'Administration (du Cameroun) se faisait selon des critères différents
selon qu'on est originaire du « nord » ou du « sud ». Si l'on est originaire
du « nord » on pouvait entrer à l'ENA après un BEPC. Par contre si l'on est
originaire du « sud », il faut présenter un baccalauréat. On imagine
aisément l'injustice dont étaient victimes les originaires du « sud »mais
aussi la dévalorisation des énarques du « nord ».
Aucun citoyen démocrate ne peut s'opposer au
développement équilibré de toutes les régions. Pour y arriver, le moyen le
plus simple est d'établir des indicateurs par région ou par préfecture.
Exemples : nombre d'écoles par tête d'habitant, nombre d'hôpitaux, de
kilomètres de route, nombre d'instituteurs, de professeurs, de médecins
exerçant
dans la région ou la préfecture, etc., toujours par tête d'habitant. Si une
région ou une préfecture connaît un déficit (donc un retard) eu égard à ces
indicateurs, dans les budgets des années suivantes, selon l'ampleur du
problème, on dégage les fonds nécessaires à la correction progressive de cet
état de faits. Par contre, tous les citoyens, eux, doivent être traités à
égalité sans tenir compte de leur région ou ethnie d'origine. Les tenants de
la politique du « panachage » ou du « taux de réussite ou de
bénéficiaires de bourse » par région ou ethnie, croient-ils que si on
appliquait simplement la règle de l'égalité de tous devant la loi, il n'y
aurait de reçus aux concours et examens qu'en provenance d'une région ou
ethnie ? Ce serait, là, la plus grande insulte proférée à l'endroit des
autres régions et ethnies. Nous, nous sommes persuadés que si l'on mettait
des moyens égaux pour l'instruction dans toutes les régions, les reçus aux
concours et examens proviendraient, de façon à peu près égale, de toutes les
régions et ethnies. Alors, plus besoin de ce fameux « panachage » qui
a fait tant de dégâts dans la tête de nos compatriotes.
Le cas
particulier de l'armée et de la « justice »
Cette politique qui consiste à traiter les citoyens
de manière différente selon leur région ou ethnie d'origine va prendre une
tournure particulièrement ethno-centrée quand il s'agit des institutions qui
peuvent servir à la répression : la « justice » et l'armée. La dictature a
besoin de pouvoir compter sur ces institutions en toute circonstance. Elle a
donc fait le nécessaire. C'est ainsi que la justice togolaise offre ce
visage particulier où la quasi-totalité des magistrats sont originaires du
« nord », et plus précisément kabyès et la plupart des avocats originaires
du « sud ». Cela permet de tout verrouiller.
Lorsqu'un citoyen porte plainte contre le gouvernement ou un des
« dignitaires » du régime, la caution qui lui est demandée est très élevée.
Quand c'est l'inverse, celle-ci est insignifiante. Ainsi, lors de la cabale
organisée par Kodjo Agbéyomé et le régime contre Me Agboyibor, la caution
qui lui a été demandée était de 20 000 FCFA. Mais lorsque des syndicalistes
ont porté plainte contre la TVT pour diffamation, la caution qui leur a été
réclamée était de 20 000 000 FCFA. De ce fait, les plaintes
contre le gouvernement n'aboutissent jamais. Cela permet aussi de prononcer
des verdicts contre les opposants y compris dans des cas où même le plus
ignare en droit déclarerait le prévenu innocent.
Quant à l'armée, « elle est à plus de 80% kabyè »
lit-on souvent. « Mais un fait historique tout aussi indéniable est que
la "Kabyèisation" de l'armée togolaise avait commencé déjà à l'époque
coloniale et s'est poursuivie sous les régimes successifs du Togo
indépendant. » écrit S-S L-N. Seuls des chiffres concernant les
effectifs de la période coloniale permettraient de confirmer ou d'infirmer
cette assertion. En effet, s'il y a des raisons historiques
qui expliquent pourquoi les populations du « sud » s'engageaient moins dans
l'armée coloniale, il n'y a pas de raisons que les kabyès s'engagent plus
dans l'armée que les autres ethnies du « nord ». La « kabyèisation » n'est
pas une fatalité. C'est une oeuvre qui a été planifiée et exécutée. En effet
dans les années soixante et soixante-dix (aujourd'hui nous ne savons pas
comment ça se passe), lorsqu'une séance de recrutement est annoncée dans une
ville, nombreux étaient les jeunes du coin qui se présentaient sur le lieu
du recrutement. Mais rares étaient ceux qui étaient pris parmi eux. Les
recrutés étaient, presque toujours, des gens inconnus du coin, probablement
amenés par camions la veille ou le matin même dans cette ville. Voilà
comment la « kabyèisation » de l'armée a été effectuée, en application d'un
traitement inégal des citoyens. Ce faisant, le régime n'offre pas d'autres
perspectives à la jeunesse kabyè. « Mais posez-vous la question suivante:
Ces "pauvres militaires" sont-ils au service du Togo ou d'un seul homme?
Sont-il au service des Kabyè ou d'Eyadema? Croyez-vous vraiment que ce qui
arrange le peuple Kabyè c'est d'avoir des bataillons de militaires qui ne
maîtrisent que la manipulation d'une arme? Des militaires qui n'ont aucune
autre formation? Qui ne peuvent pas voir plus loin que le bout du nez à
cause de l'abrutissement dont ils sont l'objet? Pensez-vous que ces
militaires servent leur ethnie lorsqu'ils ne peuvent pas concevoir ce qui
est bon pour leurs enfants dans le futur? ».
Le traitement
inégal des opposants selon leur origine régionale et ethnique
Depuis le 5 octobre 1990, toute la population,
toutes régions et toutes ethnies confondues, y compris l'ethnie kabyè,
ethnie d'origine d'Eyadéma, a montré qu'elle en a plus qu'assez. Même dans
cette situation les citoyens ne sont pas traités de la même manière. Un
militant démocrate du « nord », surtout kabyè, court beaucoup plus de
risques qu'un militant démocrate du « sud ». Il est souvent arrivé que des
tracts, diffusés dans le « nord », entraînent l'arrestation des auteurs de
la distribution alors que la même activité a lieu dans le « sud » sans
aucune inquiétude pour les auteurs.
Des représentants du pouvoir ont même eu à signifier à des responsables
politiques de l'opposition qu'ils acceptent les activités des partis
d'opposition dans le « sud » mais pas dans le « nord ». A propos de ce
traitement inégal des citoyens, nous voudrions relater ici une anecdote que
connaît bien S-S L-N puisqu'il était l'un des protagonistes. En 1972,
lorsque le gouvernement introduisit « l'écolage », amorçant de fait la
privatisation de l'enseignement, une grève a été organisée au Lycée de
Tokoin. Cette grève était conduite par un comité de grève composé d'élèves
de Premières et de Terminales. Amené au camp de la Gendarmerie (de l'ancien
Zongo) à Lomé, alors qu'initialement il devait rencontrer le Ministre de
l'Education nationale, le comité de grève a subi les réprimandes les chefs
militaires (tous du « nord » si je ne me trompe). Mais ces réprimandes et
humiliations étaient exclusivement dirigées contre les membres du comité
originaires du « nord ». Chacun d'eux était apostrophé (en substance) :
« C'est toi qui fais une chose pareille ! Où serais-tu si nous n'étions pas
là ? N'est-ce pas moi qui t'ai ... ». C'est à ces petits « détails »
qu'on voit que la dictature togolaise est régionaliste et ethniciste.
AUCUNE REGION,
AUCUNE ETHNIE N'EST RESPONSABLE
Quiconque cherche les preuves du régionalisme et de
l'ethnicisme de la dictature togolaise dans le fait qu'une région ou qu'une
ethnie aurait dominé les autres fera chou blanc. En effet les tenants du
pouvoir n'y ont pas accédé pour défendre une région ou une ethnie contre les
autres. Ils y ont été pour leur propre compte. Et pour un démocrate, il n'y
a pas de responsabilité collective d'un peuple ou d'une ethnie. Seuls les
citoyens sont responsables de leurs actes. Certes les affaires du pays ont
été conduites sur une base régionaliste et ethniciste. Mais les
bénéficiaires du pouvoir se recrutent dans toutes les régions et dans toutes
les ethnies. Aucune région particulière, aucune ethnie particulière, ne peut
être tenue pour responsable.
Ce constat ne doit pas pour autant nous amener à
jeter un voile pudique sur les actes régionalistes et ethnicistes posés par
le régime. Il faut les établir clairement et les dénoncer
afin que cela ne se reproduise plus. C'est en faisant cela que nous
éviterons d'autres injustices,
que nous barrerons la route aux misérables aigrefins de tous bords qui, sous
prétexte de « représailles », tenteront de spolier d'honnêtes citoyens de
leurs biens, en les chassant de régions qui sont aussi celles de leurs
victimes qui, dans la plupart des cas, n'en connaissent pas d'autres.
D'après les témoignages, de telles injustices ont eu lieu en 1990-91 dans
différentes régions. Nous ne voulons pas les revivre. Ce que les ivoiriens
sont en train de vivre, où il ne fait pas bon de s'appeler Koulibaly à
Abidjan ou Kouassi à Bouaké, doit servir à nous tous de leçon.
Aucune démocratie ne peut se construire sur la base
de l'injustice et de l'impunité. Si rien n'est fait, tant contre les actes
régionalistes ou ethnicistes que contre les crimes de ce régime, cela veut
dire que nous laissons la possibilité que cela recommence demain, soit avec
les mêmes, soit avec une nouvelle équipe de gangsters, toutes ethnies
confondues.
Le 27 avril 2003,
G. HOME
Annexe 2 :
(contribution écrite le
26-09-04)
Extraits de :
MAITRE AGBOYIBO
EST SUR UNE PENTE DANGEREUSE
(…)
Est-ce à dire que ce régime n'est pas régionaliste
et ethniciste ? Nullement. En réponse aux constructions hasardeuses de
Sey-Sandah Lantam-Ninsao,
qui voulait nous convaincre que ce régime n'est pas régionaliste, j'ai eu
l'occasion de montrer que ce régime nie les droits des citoyens en tant
qu'individus.
Tout est fait en tenant compte des origines régionales et ethniques de ces
derniers, dans les plus petites choses comme dans les grandes, dans
l'attribution de bourse aux étudiants, comme dans la nomination d'un Premier
Ministre. En ce qui concerne ce dernier poste, notons que depuis sa
création, aucun Kabyè, ni même un originaire du nord, n'a été nommé pour
l'occuper. Tous les Premiers Ministres nommés par Eyadéma sont du sud (il
n'est pas facile de déterminer la limite entre le nord et le sud, mais dans
certains cas l'origine régionale ne souffre d'aucun doute). Pouquoi un Moba,
un Bassar, un Kabyè, un Tchokossi, etc., ne peut pas devenir Premier
Ministre, sous le prétexte qu'Eyadéma, un originaire du nord, est déjà
Président de la République ? Pourquoi, au lieu d'appliquer des critères
d'attribution de bourse d'étude indépendants de l'origine régionale et
ethnique, un étudiant originaire du sud du pays doit-il être écarté du
bénéfice de cette aide, sous prétexte d'un « rattrapage du sud par le nord »
(en fait on fait payer à ce jeune le fait que les colons, venus par la mer,
se sont d'abord installés dans le sud, bien que ce jeune, né plusieurs
dizaines d'années plus tard, n'y soit pour rien) ? C'est en ce sens que ce
régime est régionaliste et ethniciste, non pas parce qu'il est là, au
bénéfice d'une région ou d'une ethnie, mais parce qu'il nie, en pratique,
les droits individuels des citoyens de la République, tous égaux devant la
loi, pour les remplacer par des « droits » de régions, d'ethnies, etc.,
toutes entités qui n'ont rien demandé et dont la plupart n'existent pas
comme structures organisées.
(…)
La question qui est aujourd'hui posée au Togo n'est
pas la composition ethnique du pouvoir, mais quel gouvernement, en rendant
les richesses de la nation à la nation, va permettre au peuple togolais de
vivre décemment, de se soigner en cas de maladie, d'instruire ses enfants,
etc. Alors, qu'un gouvernement qui prend des mesures allant dans ce sens,
soit à 100% de telle ou telle ethnie, ou un mélange de différentes ethnies,
n'a aucune importance. S'il défend ainsi le peuple, ce dernier, toutes
ethnies confondues, le reconnaîtra comme le sien.
Le 26-09-04,
G. HOME.
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