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C’était l’an
dernier. En 2005. Pourtant il n’y a que trois mois.
Trois mois et 13 jours exactement. Le peuple togolais
tout entier louangeait les Eperviers. Ils étaient
chouchoutés. Installés dans l’empyrée des élus du foot.
Ils étaient des dieux. Nos dieux. L’iconolâtrie s’était
emparée soudainement des Togolais qui l’instant d’une
euphorie, avaient oublié dictature, misère, retard de
salaires, prison, les innombrables plaies de la
république qui retardent le progrès intellectuel et
moral des citoyens. Tous les ressentiments passés,
rejetés aux calendes grecques. L’iconolâtrie, disais-je,
avait envahi nos rues. Gigantesques posters des joueurs,`
immenses affiches sur les murs. Les sociétés, (Togocel,
la société de téléphonie mobile), les imprimeurs se sont
saisis des images des Eperviers pour des publicités et
pour des calendriers. Images qui s’arrachaient à tour de
bras tels de petits pains, un lendemain de famine. Les
musiciens, eux aussi, à la minable voix, la chanson, se
sont jetés dans cette campagne d’encensement de leurs
icônes, dans l’ensemencement de l’espoir. L’espoir d’une
fierté nationale retrouvée à travers le foot. Les
Eperviers, en effet, avec leur double qualification CAN
/ coupe du monde, apportaient les soleils de la
réconciliation entre Togolais.
Dialogue
inter togolais, réconciliation nationale, les leaders
des partis politiques avaient eu chacun sa tirade, son
dithyrambe sur cette qualification ; les implications
citoyennes, patriotiques, démocratiques et historiques
de la qualification des Eperviers, de la qualification
du Togo, de la victoire du Togo. Car au soir du 8
octobre 2005, journée encore plus mémorable que le
funeste 13 janvier, encore plus mobilisatrice que le 24
avril 2005 (date des élections et des morts),
c’était bien la victoire du Togo qui a jeté tous les
Togolais dans une liesse débordante, une jubilation
exubérante.
Dans l’élan
de cette double qualification, Faure saisit l’occasion
pour faire contre mauvaise élection, bonne impression.
Il accueille les nouveaux dieux à l’aéroport, les
reçoit magnanimement au palais des congrès à Kara. Il
les amène s’incliner sur le caveau du «père
de la nation» qui fut jadis, le
premier footballeur (sic). Il pousse le jeu jusqu’à la
caricature en décorant joueurs et dirigeants.
L’entraîneur Stéphane Keshi y compris.
Ah, le
bougre ! Le maître de cérémonie ! Le magicien qui peut
faire d’un singe un dandy ou d’un bossu, Apollon. Celui
qui, de sa formule magique a policé le foot togolais, a
hissé les Eperviers à la 56ème place mondiale
alors qu’ils végétaient dans une minable 94ème
place mondiale.
Le 8 octobre 2 005, nous avions vidé Le Petit Robert de
ses qualificatifs bienheureux, jouant sur les claviers
des attributs et des épithètes pour lui tisser un habit
princier aux mille diaprures. Avec lui, Adébayor.
L’euphorie
aveuglait tout le monde. A la préparation, à la question
des primes, personne n’y songeait. Le tirage fait, le
Togo s’est retrouvé dans le groupe B avec le Cameroun,
l’Angola, l’autre mondialiste et la RD Congo. On
entendit alors tout le peuple togolais se frotter les
mains. C’est jouable. On a supputé. 3 points avec la RD
Congo, un match nul à la limite avec le Cameroun et 3
points avec l’Angola. C’était jouable ! C’était
jouable !
Commence
alors les impréparations. La Bérézina de Novembre en
Iran, une défaite face au Silly de la Guinée, un
rachitique but contre le Ghana le 11 janvier. Et la
question des primes. 20 millions réclament les joueurs.
Les dirigeants proposent 4 millions. Il faut attendre
« une intervention personnelle de Faure » comme du temps
de son père pour arracher de haute lutte, 10 millions de
primes, 3 millions pour chaque match gagné, 1 million
pour les matches nuls et 500 000 pour les matches
perdus. La poire divisée en deux, l’enthousiasme des
joueurs l’était-il aussi ? Difficile à dire. Départ pour
le Caire, mercredi 18 janvier alors que le voyage était
prévu pour le 16. Donc grosse fatigue à l’arrivée.
21 janvier,
alors qu’à Pya c’étaient les funérailles de Koromsa,
patatra, les pronostiques des Togolais s’effondrent.
Le Togo a perdu contre la RD Congo, 2 – 0. Adébayor
n’était pas au départ du jeu. Car il s’agit bien de lui.
Il a joué les dernières 25 minutes. Et il grognonne.
Dans l’ensemble, jeu médiocre des Togolais. Beaucoup de
pertes de balles au milieu de terrain, nonchalance des
joueurs, trop de précipitation à l’approche des buts
congolais, une défense mollassonne, une attaque
maladroite presque inexistante qui ne parvient pas à
maîtriser les longues balles dégagées à l’emporte pièce
par les défenseurs dans une panique totale. Tout
l’espoir togolais s’est effondré avec ces deux grosses
pattes mortelles des Simbas. Un désespoir inversement
proportionnel à l’espoir suscité par la qualification
des Eperviers.
Effondrement
d’un espoir dans un bruit d’insultes et d’images
déchirées et de pierres jetées. D’iconolâtres, les
Togolais sont devenus iconoclastes.
Adébayor
s’est piqué au vif et traité son entraîneur sur les
ondes de RFI de « malade. Il m’a manqué de respect… pour
moi la CAN c’est fini… » Grosse tête et langue bien
trop pendue. On comprend pourquoi il a eu des
embrouilles à Monaco avec Didier Deschamps et le nouvel
entraîneur venu d’Italie. Quel tempérament ? Réaction à
Lomé. Emmanuel Adebayor, hier
adulé est taxé de traître par certains Togolais.
« On n’a pas besoin de lui. Il peut s’en aller », a
lancé le capitaine de l’équipe Dosseh Abalo un
peu choqué par l'arrogance de Adébayor.
« Mais, pourquoi Keshi n’a pas aligné
d’entrée Shéyi ? » telle est bien la question
que plusieurs togolaise se pose sans trouver de réponse.
Entre l’entraîneur et son joueur, le
malaise est profond. La rupture est-elle consommée ? On
l’a pourtant vu Samedi à
l’entraînement avec ses coéquipiers qui le boudent.
Charmante ambiance pour les matches à venir.
Mais que s'est-il passé?
« Mais, pourquoi Keshi n’a pas aligné d’entrée Shéyi ? »
On peut repondre qu'il a l'habitude de l'aligner en 2eme
mi-temps. Mais il semble que Stéphane Keshi a poussé
trop loin sa colère contre la Star togolaise. Quelqu'un
a dit «Vous ne savez pas. Stephane Keshi a ses
calculs à lui et n'a pas digéré que le petit soit allé
négocier son contrat à Arsenal sans l'associer à fond»
Dans ce cas il aura mal servi le Togo.
Pour
plusieurs Togolais, alea jacta est ! Les dés sont
jetés. Les Eperviers ne franchiront pas le premier tour.
Comme aux cinq précédentes participations. On regrette
même qu’ils se fussent qualifiés. Les deux prochains
matches sont perdus d’avance, connaissant la virtuosité
des Camerounais et l’impétuosité des Angolais, les paris
ne vont pas pour les Togolais. On a tourné la page
humiliante de la CAN 2006. On se prépare à avaler
l’avanie de la coupe du monde. Parce que là-bas, c’est
un autre registre, une autre valse.
Déjà pour bon nombre de Togolais,
they have already thrown the
Eperviers with their
bathing water.
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