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Jusqu'ici, la polémique sur la levée de l'immunité de l'honorable Kpatcha
Gnassingbé nourrit les commentaires des uns et des autres. Au point que
beaucoup y voient une entorse aux lois et règlements du Togo. "Ça se
passe avec un député du parti au pouvoir, imaginez si c'est avec un élu de
l'opposition", fait observer un ancien locataire du palais des
congrès, siège du parlement. Mais le bureau de l'Assemblée nationale vient
de donner son avis, mettant fin aux espoirs de voir la procédure de levée
se déclencher.
Dans sa déclaration rendue publique ce 16 avril 2009 et signée du
président Abass Bonfoh, le bureau de l'Assemblée après avoir pris
connaissance de la lettre du Procureur de la République "se réfère aux
dispositions de l'article 129 de son règlement intérieur". Relatif à
la notification, ce texte dispose que "le dépôt d'une proposition de
résolution tendant à la création d'une commission d'enquête et de contrôle
est notifié par le président de l'Assemblée nationale au garde des Sceaux,
ministre de
la Justice".
Et d'ajouter dans ses derniers alinéas : "Si le garde des Sceaux fait
connaître que des poursuites judiciaires sont en cours sur les faits ayant
motivé le dépôt de la proposition, celle-ci ne peut être mise en
discussion. Si la discussion a déjà commencé, elle est immédiatement
interrompue. Lorsqu'une information judiciaire est ouverte après la
création de la commission, le président de l'Assemblée nationale, saisi
par le garde des Sceaux, en informe le président de la commission.
Celle-ci met immédiatement fin à ses travaux".
Ce
qui sonne comme une réponse au désir de l'Union des forces de changement (UFC)
qui exige une commission d'enquête parlementaire sur le cas Kpatcha.
Relevant que ce dernier, qui a été arrêté mercredi matin, est député et
jouit après tout de l'immunité parlementaire qu'il faut lever au
préalable. "Il ne saurait donc faire l'objet d'aucune procédure
d'interrogation par la gendarmerie nationale tant que l'Assemblée
nationale n'a pas procédé par un vote à la levée de cette immunité",
précisait le parti d'opposition.
Dans la combinaison des articles 129 et 79 du règlement intérieur du
parlement, on peut voir clairement que la procédure ne peut jouer. Car, en
l'espèce, le premier épisode du processus ne peut plus se jouer. Puisqu'il
va falloir créer une commission spéciale en entrée. L'article 79 retrace
les sept points de la procédure de levée de l'immunité parlementaire.
Premièrement, la demande de levée de l'immunité parlementaire est adressée
par l'autorité judiciaire au président de l'Assemblée nationale.
Deuxièmement, toute demande de levée de l'immunité est instruite par une
commission spéciale composée d'un membre du bureau de l'Assemblée
(président), du président ou à défaut d'un rapporteur de la commission des
Droits de l'Homme (rapporteur), du président ou à défaut du rapporteur de
la commission des lois constitutionnelles et de la législation de
l'administration générale et d'un représentant de chaque groupe
parlementaire. Troisièmement, la commission spéciale entend le député dont
la levée de l'immunité parlementaire est demandée ou l'un de ses collègues
qu'il aura désigné pour le représenter. Quatrièmement, le rapport de la
commission spéciale est transmis à la conférence des présidents en vue de
l'inscription du dossier à l'ordre du jour de la plus prochaine séance de
l'Assemblée, suivant la procédure de traitement des questions urgentes.
Cinquièmement, la décision relative à la levée de l'immunité parlementaire
est prise par l'Assemblée, en séance plénière au cours de laquelle il
n'est donné lecture que des conclusions du rapport de la commission
spéciale. Sixièmement, la décision d'accorder la levée de l'immunité
parlementaire est adoptée au scrutin secret, sous la forme d'une
résolution, par la majorité absolue des députés composant l'Assemblée.
Cette décision ne s'applique qu'aux seules infractions pour lesquelles la
levée de l'immunité parlementaire a été demandée. Enfin, en cas de rejet,
aucune autre demande relative aux mêmes faits et à la même personne n'est
recevable au cours de la même session.
En
amont, la justice se fonde sur le cas de flagrant délit pour arrêter le
député. En application de l'article 53 alinéa 3 de la loi fondamentale. "Sauf
le cas de flagrant délit, les députés et sénateurs ne peuvent être
arrêtés, ni poursuivis pour crime et délits qu'après la levée par leur
Assemblée respective de leur immunité parlementaire". Autrement, on
peut poursuivre en procédure de flagrance sans être obligé de lever
l'immunité.
Sylvestre D.
La
Justice brandit la règle des exceptions
"Il
n'y a aucune règle sans exception. En droit, quand tu connais les règles
sans connaître les exceptions, tu n'as rien de plus que les autres. Ce
sont les exceptions qui fondent la règle. En matière d'attentat contre la
sécurité de l'Etat, il y a une exception : on peut débarquer à tout
moment. Comme en matière de proxénétisme et de trafiquant de drogue. On ne
peut pas attendre". C'est la précision faite par une source judiciaire
proche du dossier Kpatcha interrogée hier par une équipe de L'Union.
L'inquiétude était légitime de savoir ce qui a poussé à descendre chez un
paisible citoyen, fut-il un député de la Nation, aux environs de 22
heures.
La
même source s'est interdite de révéler les profondeurs de l'affaire et
renvoie chacun à rechercher les textes qui font référence aux cinq chefs
d'inculpation de Kpatcha Gnassingbé. "A cause du secret de
l'instruction, on ne révèle pas tout. S'il y a instruction dans une
affaire, cela veut dire une affaire complexe avec des zones d'ombre qui
méritent d'être recherchées. C'est vraiment trop tôt pour faire quelque
déclaration".
Dans les milieux judiciaires, on accepte de donner les pistes de ce
qui s'est passé dans la nuit du 12 au 13 avril 2009 au domicile du député
à Kégué: "on
n'est pas allé attaquer son domicile. C'était pour entendre des gens de
son entourage ; ce n'était même pas lui-même. Il ne faut pas faire la
confusion. Il n'était pas visé. C'est la résistance qui a tout déclenché…
Il y a des éléments de preuve consignés dans un procès-verbal de
perquisition".
Et de lancer cette anecdote : "Si on a constaté qu'il y a un voleur
parmi mes enfants et qu'on vient les écouter, mon immunité ne couvre pas
mes enfants. On doit pouvoir le faire comme pour tout citoyen".
Dans les coulisses, on annonce que les officiers interpellés et passés aux
aveux devront être militairement sanctionnés. "Au niveau de l'armée,
lorsque vous commettez une infraction ou un délit, ils ont leur règlement
qui s'applique avant la procédure judiciaire. Et ils le savent avant de
rentrer dans l'armée", dit-on. La seule chose, c'est que les fautifs
devront, après les sanctions, être aussitôt libérés pour comparaître
devant les juridictions civiles.
Perte de l'immunité du député Kpatcha Gnassingbé :
L'Assemblée constate et prend acte
Les choses vont vite. Echange de tirs entre sa garde rapprochée et la FIR
dans la nuit du dimanche, arrestation mercredi matin, audition de
plusieurs heures dans la même journée, l'honorable Kpatcha Gnassingbé met
ses collègues du parlement dans l'embarras de défendre son immunité.
Saisi
mercredi par les soins du procureur de la République, Robert Bakaï, le
bureau des élus du peuple a été mis devant de la " flagrance " des actes
d'un des membres du parlement accusé de cerveau d'un coup de force en
préparation. Dans une déclaration, hier, après s'être imprégné des
informations contenues dans la note du parquet, le bureau de l'Assemblée
nationale a "déploré cette situation". Et "pris acte de la situation de
flagrant délit" dans laquelle s'est retrouvé un membre du parlement. Il ne
peut en être autrement, devant une situation synonyme de poursuites
judiciaires immédiates, sans autres formes de procédure.
L'Assemblée nationale aurait bien voulu jouer pleinement son rôle, celui
d'appliquer les textes et les règles qui conduisent à la levée
réglementaire de l'immunité d'un député. Il ne lui reste qu'à "accompagner
les autorités judiciaires" - c'est son souhait - pour rétablir la vérité
dans un dossier aussi complexe que l'atteinte à la sûreté de l'Etat.
Groupement de malfaiteurs
Au terme
des investigations menées par la gendarmerie au sein des forces armées, le
député Kpatcha Gnassingbé est désigné sans ambages par le procureur de la
République comme "organisateur" d'un complot visant l'Etat. Comme
associés, il y avait des officiers des forces armées, ainsi que ses
proches. Dépêchée par le parquet pour interroger son entourage -
militaires comme civils -, la gendarmerie a essuyé des tirs dans la nuit
du dimanche au lundi, d'après la version officielle. La gendarmerie est
revenue à la charge mardi soir, pour louper le chef des lieux, parti à la
recherche d'un refuge, se sentant menacé. Mais sa course va
malheureusement se terminer dans un cul de sac, à l'ambassade des
Etats-Unis au petit matin de mercredi.
Convoyé
par le colonel Damhane Yark à son fief de la gendarmerie, auditionné, les
accusations sont clairement établies : tentative d'attentat contre la
sûreté de l'Etat, groupement de malfaiteurs, rébellion, violences
volontaires avec usage d'armes à feu et complicité de violences
volontaires. "La peine maximale en matière d'attentat contre la sûreté de
l'Etat, c'est la peine de mort", a rappelé hier le procureur de la
République. Mais le Togo ayant ratifié des instruments internationaux
contre cette peine, ajoute-t-il, elle n'est plus appliquée par les
magistrats.
L’affaire
Kpatcha s’éclaircit
Vraisemblablement, tout va vite dans ce qui est désormais appelé «Affaire
Kpatcha contre l’Etat togolais». Moins d’une semaine après le
déclenchement de la perquisition du domicile de l’honorable, la justice a
mis la main sur une partie de l’arsenal de guerre dont devraient se servir
les auteurs de l’attentat contre la Sûreté de l’Etat.
De plus,
on voit clair dans son immunité parlementaire émoussée par le flagrant
délit. A y voir de près, l’instruction n’est qu’à son début et les
interpellations se poursuivent pour démanteler un réseau qui s’est révélé
vaste. D’ores et déjà, c’est la panique chez les proches fidèles de
Kpatcha Gnassingbé. On ne doit donc être surpris que d’autres armes de
guerre soient saisies dans les prochains jours suivant les explications de
l’autorité judiciaire proche du dossier.
Pour l’heure, l’Exécutif ne veut pas que l’affaire soit dramatisée afin de
créer une psychose nationale. De quoi en appeler à la sérénité des esprits
malins qui propagent la panique et y voient une source de tension dans
quelque partie du territoire togolais.
Le butin à mi-parcours
Pour joindre le geste à la parole dans l'affaire Kpatcha Gnassingbé, la
gendarmerie nationale a offert, hier après-midi dans ses murs, aux
journalistes d'apprécier la gamme de matériel qui devait servir au coup de
force présumé. Aux variétés de fusils (à lunettes, AK47…), de pistolets (Scorpio,
Beretta), de téléphones satellitaires (Thuray), de treillis, sont venus
s'ajouter une automitrailleuse et un véhicule de transmission. En outre,
le procureur de la République parle de plusieurs militaires - dont 5
officiers - et civils arrêtés. Et l'enquête se poursuit.
"Au moment
où je vous parle, peut-être que les choses ont évolué", a précisé le
procureur Robert Bakaï. Les interpellations se poursuivent, ainsi que les
saisies. Le compte, promet Robert Bakaï, sera fait lorsque l'enquête est
bouclée. Suivie du procès. Mais ce n'est pas pour demain. Un tel que
l'attentat contre la sûreté de l'Etat nécessite forcément un réseau bien
tissé qu'il faut mettre du temps à maîtriser..
Modernisation de l'agriculture : La Libye appuie la motorisation au Togo
Pour
appuyer le gouvernement dans ses efforts de mécaniser l'agriculture, et
l'aider à augmenter la superficie cultivable, la Libye vient de lui
octroyer dix tracteurs. Ces engins viennent s'ajouter aux cent soixante
déjà acquis par le Togo, rappelle le quotidien du gouvernement
Togo-Presse. L'acquisition des tracteurs va sans doute permettre aux
agriculteurs d'augmenter leurs productions. En rappel, près de la moitié
des 3,6 millions d'hectares cultivables restent encore inexploités.
L'aide de
la Libye au Togo entre dans le cadre du programme vert initié par le guide
libyen, le colonel Mouammar Kadhafi. Par ailleurs, le Togo, tout comme la
Libye, fait partie de la Cen-Sad.
Concert : Rénya Kétoglo confirme son identité artistique
Rénya était en concert ce lundi de pâques au Palais des Congrès de Lomé
pour lancer son nouvel album : "
Mia fe
katutu
" (notre
délivrance), le 3ème après " Blema Mawu " (Dieu de toute éternité)
et "Gake ".
Pendant
plus de trois heures d'horloge et devant un public à volonté apprivoisée
ou chauffé à blanc, elle confirme qu'elle a la trempe d'une grande artiste
qui se fait son identité. Pour elle, c'est une joie de rencontrer le
public, de jouer, pas pressée de finir. Et de la musique raffinée
attestant que du travail de recherche se fait.
Lentement
mais sûrement Rénya se positionne donc comme une artiste du gospel dont le
parcours professionnel se peaufine au gré de sa formation. Elle entre en
France d'abord au Conservatoire de musique de Valenciennes ; mais
actuellement, elle se spécialise en jazz à Tourcoing avec de fréquentes "
descentes " sur le terrain dans des concerts multipliés. En somme,
la théorie à l'épreuve constante de la pratique !
Sa voix
est suavement présente, montant crescendo, pour électriser et survolter le
public. Dans un style propre à elle, Rénya fait un mélange de gospel, de
jazz/soul et de rad avec un fort accent sur le soul/jazz. De ce point de
vue, elle est unique, tout comme son parcours : débuts sur les bancs de
l'école (Chorale protestante du secondaire à Dabou en Côte d'Ivoire) ;
continuité dans le groupe musical de la Chapelle Internationale de la
FATAD/ESTAO (Faculté de Théologie de l'Eglise des Assemblées de Dieu de
Lomé) et depuis plus de deux ans, étudiante dans des conservatoires de
musique. Le rêve de faire carrière dans la musique avec des armes bien
fourbies ! De même, elle n'a de cesse de faire le tour des scènes,
notamment en Europe et en Afrique de l'Ouest. Elle est l'une des rares
artistes de la chanson étrangère à passer sur la très fermée GTV (Ghana
Broadcasting Television), la seule artiste Togolaise de la musique
religieuse à avoir un tel parcours. Sa jeunesse est un atout et déjà elle
côtoie de grands noms comme Manu Dubango. Rénya trouve à ses côtés la
chaleur et l'encouragement de ses parents, fait rare dans nos pays où au
moment du choix artistique on se bat seul, tel don Quichotte contre les
moulins à vent.
Nécrologie
Mort de
Maurice Druon, vieux réac, jeune résistant
C'est la mort d'un vieux réac au fond très respectable. Ecrivain doué mais
académique, gaulliste tendance archaïsme, ministre de la Culture
calamiteux et essentiellement passéiste, Maurice Druon, pendant
l'essentiel de sa vie publique, a symbolisé un certain ordre pompidolien,
un peu ganache, un peu censeur. Il s'était, si l'on peut dire, rattrapé
avant.
Provoquant. Prix Goncourt en 1948 pour les Grandes Familles, il est sous
la IVe et la Ve Républiques, écrivain engagé sur la droite du gaullisme.
Auteur populaire, père de la saga historique des Rois Maudits, transformée
en série télévisuelle à l'immense succès, il est nommé ministre de la
Culture par Georges Pompidou, successeur scrogneugneu et pâlichon d'André
Malraux ou de Jacques Duhamel. Sarkozyen avant l'heure, il cultive le
style provocant qui plaît à la droite profonde tout en faisant enrager la
gauche culturelle. Dans la France de l'après-68, le monde de la création
est d'humeur révolutionnaire. Le ministre s'en offusque et fustige: "Ceux
qui viennent à la porte du ministère avec une sébile dans une main et un
cocktail Molotov dans l'autre devront choisir." La menace de censure
contenue dans la formule, qui s'exercera finalement assez peu, suscite
l'ire de Roger Planchon, de Jean-Louis Barrault ou d'Ariane Mnouchkine. Le
monde la culture manifeste contre lui. Maurice Clavel l'avait déjà
assassiné en écrivant que la présence de Druon rue de Valois devrait
logiquement se prolonger par celles de Guy Lux à l'Elysée et de Léon
Zitrone à Matignon.
Elu
par la suite député, de 1978 à 1981, il se reconvertit dans l'immortalité
(qu'on avait crue jusqu'à hier advenue) en devenant secrétaire perpétuel
de l'Académie française, où il siégeait depuis 1966. Il se distingue
encore par son sens de la tradition, notamment en luttant avec énergie
contre la féminisation des mots et pour la reconstruction du palais des
Tuileries.
Pourtant, Maurice Druon restera dans la mémoire pour autre chose. Il a
sans doute épuisé précocement son capital de lucidité et de panache. Il
avait beaucoup mieux commencé. Neveu de Joseph Kessel, rejeton d'une
famille glorieuse et anticonformiste, il commence sa vie sous ces auspices
qu'il démentira plus tard. Jeune officier de cavalerie, il participe à
l'héroïque combat des cadets de Saumur contre la Wehrmacht, en juin 1940.
Hymne. Il s'engage ensuite dans la Résistance et passe à Londres avec son
oncle Kessel. Il devient aide de camp du général de La Vigerie et
participe aux programmes radiophoniques de la France Libre, "Honneur et
Patrie". C'est alors qu'il écrit, avec Kessel, le Chant des Partisans, qui
devient vite l'hymne des combattants clandestins. Pour la génération qui
l'a connu homme politique, il symbolisait une certaine forme de réaction
culturelle. Il a résisté avec acharnement à la modernité et au changement
social. Mais il avait auparavant résisté avec panache à la pire barbarie.
Certains font des erreurs de jeunesse. Il a surtout fait des erreurs de
vieillesse. Voilà qui mérite l'indulgence…
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