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La
situation socio politique et économique, le vécu quotidien du Togolais, la
relation entre le Togo et les partenaires en développement et autre match
de la deuxième journée des éliminatoires CAN/Mondial 2010, sont entre
autres sujets qui préoccupent actuellement le commun des Togolais.
Et pour
permettre à nos lecteurs d’avoir une idée réelle sur l’évolution du Togo en
terme de développement ou de projet de développement, la rédaction de notre
journal « Le Triangle des Enjeux » a eu un entretien avec le Ministre de la
Coopération, Monsieur Gilbert Bawara. Nous s vous proposons donc le
contenu de l’interview.
Le Triangle des Enjeux : Où en sommes nous aujourd’hui en terme de
relations avec les partenaires en développement. ?
Gilbert Bawara : Je voudrais profiter de l’occasion que vous
m’offrez pour insister et encourager les hommes de médias et la population
togolaise toute entière à cesser de faire de la question de la reprise de
la coopération un problème spécifique. La question se posait en des termes
particuliers au moment où nous étions en rupture de coopération, ou quand
nous étions en train d’œuvrer pour cette reprise. Cela fait plus d’une
année que cette coopération a repris. Aujourd’hui la question qui se pose
c’est le décalage évident qu’il y a entre cette reprise formelle de la
coopération et l’impact visible et concret que les populations en
escomptaient. D’un point de vue formel je vous dirais que le Togo est
pleinement de retour dans le concert des nations. Nous nous sommes
actuellement réengagés avec l’ensemble de nos partenaires bilatéraux et
multilatéraux. L’Union Européenne, sur la base d’une évaluation de la mise
en œuvre des 22 engagements, a estimé que des progrès importants avaient
été accomplis et qu’elle était décidée à reprendre sa coopération avec le
Togo au lendemain des élections législatives d’octobre 2007.
Par
ailleurs, les institutions financières internationales, la Banque Mondiale,
le FMI, et la BAD et d’autres partenaires bilatéraux qui, dans le sillage de la
suspension de la coopération avec l’UE, s’étaient en également désengagés,
sont pleinement de retour avec le Togo. C’est un point de vue formel.
Maintenant, concrètement nous savons que le nombre d’années qui se sont
accumulées avec la crise sociopolitique, avec la grève générale et
illimitée, avec la rupture de la coopération et avec les difficultés qui se
sont accumulées, ont entraîné d’autres difficultés et des problèmes d’une
ampleur telle qu’il n’est pas aisé de les résorber entièrement en l’espace
d’une année. C’est d’ailleurs pourquoi il y a ce sentiment de décalage réel
entre la reprise formelle de la coopération et les effets palpables et
concrets sur le vécu quotidien des populations. Mais je dois également dire
que pendant les années de suspension de la coopération et les années de
crise sociopolitique, les capacités de l’administration togolaise se sont
considérablement affaiblies et donc notre capacité aujourd’hui à formuler
les projets à assurer leur exécution diligente mais également correspondre
aux procédures et règles des partenaires en développement qui se sont
quelque peu effritées.
En
dernier lieu, nous cherchons à concilier d’un côté, le souci de répondre
rapidement aux attentes et aux besoins des populations togolaises et les
exigences de transparence et de rigueur qui nous conduisent à veiller au
respect scrupuleux des règles de bonne gestion.
Monsieur le Ministre, en vous écoutant cela suppose que vous confirmez
que la coopération totale et entière entre le Togo et les partenaires en
développement est réelle.
Je
dis que le problème ne se pose plus, nous ne devons plus donner à notre
pays, l’image d’un pays qui se singularise en matière de coopération. En
revanche, il faut être conscient de ce que l’ampleur des problèmes que nous
avions accumulés il y a longtemps sont tels qu’il est difficile de les
résorber en l’espace d’une année. Par ailleurs, le Président de la
République par sa sagesse a voulu que nous puissions régler les problèmes
avec méthodes. D’abord commence a atténuer les récriminations, les
ressentiments qui existaient dans la société togolaise, l’apaiser, récréer
un sentiment de sérénité et de confiance, rendre possible un dialogue
politique qui d’ailleurs a lieu et qui a permis l’instauration de
gouvernement d’union nationale, la tenue d’élections législatives apaisées
tranquilles et sécurisées, la reprise de la coopération. Maintenant, il
faut que sur la base de ces acquis importants que nous devons d’ailleurs
préserver nous puissions nous mobiliser pour répondre aux aspirations et
aux attentes des populations togolaises en matière de services
socio-éducatifs, de santé, d’assainissement et puis la modernisation et la
réhabilitation des infrastructures routières, l’énergie, la création
d’emploi, tous ces besoins auxquels notre pays et les populations sont
confrontés.
Vous avez déjà évoqué les difficultés de l’administration togolaise à
élaborer des projets d’envergure pour absorber les fonds disponibles. Qu’ y
a-t-il y a lieu de faire ?
Comme je le disais, il faut avoir le courage de reconnaître que les
capacités de l’administration se sont considérablement affaiblies. Les
pouvoirs publics togolais n’ont pas eu la possibilité de continuer à
recruter des agents de la fonction publique et de les former afin de nous
adapter au fur et à mesure que les règles qui régissent la coopération avec
nos partenaires sont en train d’évoluer. Entre 1991 et aujourd’hui, on est
passé des conventions de Lomé aux accords de Cotonou avec des innovations
importantes et qu’il y a exigence de nos partenaires en matière de bonne
gouvernance. Ce sont des qualités qui obligent notre administration à être
à la hauteur. Et pour y aller, il fallait que nous puissions nous définir
un canevas de nos politiques, de nos stratégies et de nos priorités de
développement. Ce canevas nous permettra de canaliser la mobilisation des
ressources pour répondre aux aspirations des populations togolaises.
La plupart des fonds annoncés sont destinés à apurer la dette
extérieure de l’Etat. Où en êtes vous avec le cycle de payement de la
dette ?
La
priorité d’un pays c’est aussi de faire face au service de sa dette. Dans
la sagesse qui détermine l’action du gouvernement, nous avons estimé qu’il
n’aurait pas été très avisé de continuer à compromettre l’avenir des
générations qui viennent ou de ceux qui auront la charge demain de diriger
le pays en continuant à accumuler les dettes et les arriérés de la dette.
C’est pourquoi, nous avons consacré la plupart des ressources que nous
avions reçues auprès de nos partenaires à l’apurement des arriérés et au
service de la dette. Naturellement, il y a une bonne partie de ces
ressources qui n’a pas servi à l’apurement des arriérés mais qui peut être
utilisée pour la réalisation d’un certain nombre de projets. C’est à propos
de ces ressources et de ces projets que je dis qu’il faut améliorer nos
capacités d’exécution, d’absorption des ressources de l’aide extérieure.
La bonne gouvernance est l’un des principes recommandés par les
partenaires en développement mais il se fait que depuis quelques jours,
la Banque Mondiale
a ordonné la cessation des travaux de pavages de certaines rues de Lomé
pour attributions illégales de marchés. Quelles garanties de bonne gestion
le Togo donne aujourd’hui à ces partenaires en développement ?
Je ne peux pas
vous dire qu’il ne puisse pas avoir de dérapage ici et là. Justement c’est
peut être la non maîtrise des procédures de passation de marché de la
Banque Mondiale qui a pu conduire les structures chargées de la gestion de
ce projet à se tromper. J’ose croire qu’il ne s’agit pas de manquement
fautif mais plutôt d’un manque de maîtrise des règles et des procédures qui
auraient dû être appliquées. Je ne connais pas bien la question dont vous
parlez. Je vais m’informer. Mais nous essayerons de faire en sorte que les
structures qui gèrent les ressources des partenaires en développement
essayent tant bien que mal de maîtriser les règles et les procédures
surtout celles relatives aux passations de marchés qui doivent offrir
toutes les garanties d’une compétition saine et loyale entre les
entreprises qui soumissionnent.
Depuis quelques semaines, le pouvoir est secoué par une présumée
tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat impliquant l’honorable Kpatcha
Gnassingbé, le frère du Chef de l’Etat. Quelle idée faites-vous de ces
événements ?
Je
n’ai pas d’appréciation à exprimer sur une affaire qui aujourd’hui est
totalement entre les mains de la justice. Permettez que je m’abstienne de
commenter un processus judiciaire dans la mesure où il s’agit des faits
présumés et ensuite les personnes présumées coupables bénéficient de la
présomption d’innocence. Il faut se garder de tout commentaire et de toute
spéculation dans un sens ou dans un autre.
Nous sommes à moins d’un an de la présidentielle de 2010 et les
réformes institutionnelles tardent à se matérialiser. Que répondez-vous à
ceux qui disent que le RPT bloquent volontairement les choses pour
organiser de nouveau un passage en force ?
C’est de la
comédie. Vous savez, je ne connais pas de reformes constitutionnelles et
institutionnelles qui détermineraient l’issue ou les conditions
d’organisation de la prochaine échéance présidentielle. Je pense
aujourd’hui qu’il y a un cadre électoral qui existe, qu’il y a une
constitution qui existe et un code électoral qui existe. Naturellement que
ces textes dont le texte fondamental peuvent receler un certain nombre de
faiblesses, d’insuffisances, qu’on aurait envie d’améliorer et de
perfectionner. Mais s’il faut le faire, il faut le faire dans la sérénité.
C’est pourquoi le Président de
la République a pris l’initiative de la mise en place du Cadre
permanant de dialogue et de concertation. Il convient donc à ce que chacun
fasse preuve d’engagement et de bonne foi et surtout que nous ne
substituons pas à ces mécanismes aux institutions républicaines et
démocratiques de l’Etat de droit qui existe.
Voilà où se
trouve le problème. Autre hypothèse, je dirai que le cadre qui existe
aujourd’hui peut permettre d’organiser des élections dans de bonnes
conditions. Il s’agit de ce que chacun apporte sa contribution. Ce qui
signifie que les partis politiques, la société civile, les médias, les
citoyens togolais doivent faire preuve du même comportement civique et
citoyen que nous avons démontré de manière éloquente lors des législatives
d’octobre 2007 où les partis politiques ont contribué à la sensibilisation
et à l’éducation civique des populations en les appelant à la non violence,
au renforcement d’une culture démocratique et de respect mutuel.
Du coté du
pouvoir public, il y a deux impératifs. Le premier est de s’assurer que le
processus électoral est conforme au standard international relatif à des
compétitions électorales crédibles transparentes et libres. De l’autre
côté, c’est de mettre en place toutes les conditions de sécurisation de ce
processus en tirant les enseignements par rapport aux difficultés que nous
avons eu par le passé. Vous savez que nous avions commencé depuis 2005. Le
gouvernement a entamé le renforcement des effectifs et moyens d’action de
la police et de la gendarmerie et en dissociant la mission des forces de
maintien de l’ordre de celles des forces de défense. C’est alors des
innovations extrêmement importantes qu’il s’agit de consolider et
préserver. Alors je voudrais tout simplement réitérer l’engagement et la
ferme détermination du chef de l’Etat tel qu’il l’a exprimé lors des
échanges de vœux avec les populations sur le terrain, de veiller à ce que
le processus réponde aux normes internationales surtout qu’il y a lieu dans
un environnement apaisé et autant que faire se peut dans un contexte
consensuel.
Vous confirmez donc la détermination du gouvernement à organiser en
2010 une présidentielle transparente, libre, démocratique et sans
violence ?
Je n’ai pas à
le confirmer. Je vous dis que le gouvernement et le Président de
la République en ont pris le ferme engagement et nous oeuvrons
pour qu’il en soit ainsi. Le gouvernement a commencé à poser des actes
concrets pour faire en sorte que le processus se déroule dans de bonnes
conditions.
Malgré tout ce que vous avez dit, on a comme l’impression que les
reformes ne sont plus une priorité pour le pouvoir ?
Vous savez,
aujourd’hui si vous me demandez mon point de vue, je vous dirai également
la même chose. Je vous dirai qu’il faut continuer à préparer ce processus
électoral qui est une échéance majeure pour notre pays et qui est également
un tournant. Mais je vous dirai également, est important l’engagement du
gouvernement à résorber les problèmes de chômage, le déficit en matière
d’éducation, de santé, l’amélioration des infrastructures, la création
d’infrastructure socio collectives pour les jeunes et la relance de la
production agricole. Autant donc de sujets à régler. Vous savez, un pays
qui sort d’une situation de crise comme le notre, qui a énormément de
besoins et dont les moyens sont limités, il faut laisser se faire un
certain arbitrage, veillez à ce que les ressources soient consacrées à ce
qui est prioritaire. Autant préparer il faut bien préparer le processus
électoral, au tant, il ne faut pas négliger les services sociaux, les
conditions de vie des populations et d’assainissement. Nous sommes en
période de pluie, il faut veiller à ce que le Togo ne soit plus le théâtre
des inondations avec son lot de personnes sinistrées. Tout cela constitue
des priorités. Il ne faut pas mettre un accent sur les questions politiques
et oublier le reste. Il faut donc travailler de manière équitable, répartir
les fonds sur l’ensemble des secteurs de la vie nationale.
Quelle est la position de votre partie le RPT par rapport à la
présidentielle de 2010 ?
Vous savez que
le Président de la République est issue de nos rangs, nous avons un
gouvernement qui est l’émanation d’une majorité venant du RPT. La vocation
aujourd’hui de se situe à trois niveaux. En premier lieu, continuer à
soutenir et à accompagner le Président de
la République pour qu’il remplisse et efficacement sa mission à
la tête du pays. En deuxième lieu, soutenir l’action du gouvernement qui
est l’émanation de notre majorité parlementaire et en troisième lieu
participer au débat démocratique y compris la préparation pour les enjeux
électoraux. Vous voyez que dans tout cela, on n’a pas de préférence. Nous
ne sommes pas obsédés par l’échéance présidentielle. J’ai constaté dans un
rapport d’une mission d’observation électorale de 2007, en l’occurrence, la
mission d’observation de l’UE qui constatait dans le paysage politique
togolais. Que le RPT a une forte implantation sur l’ensemble du territoire
national, regorgé de cadres et il s’agit de s’appuyer sur ces atouts
potentiels et, naturellement, dans un élan d’humilité et de modestie, nous
allons vers les citoyens togolais dans un dialogue démocratique et
républicain leur dire que nous avons investi depuis 2005, que nous avons
assaini le climat politique et social, nous avons amélioré le cadre de
sécurité et assaini les finances publiques et renoué avec nos partenaires
en développement. Aujourd’hui, il s’agit tout en continuant à consolider
l’apaisement et la réconciliation nationale, de nous mobiliser davantage
pour la réconciliation et la modernisation de notre pays. Voilà les
langages du RPT. Nous ne sommes pas dans l’incantation ni dans les marchés
d’illusion.
Nous parlons
de choses concrètes. Nous sommes partis d’une situation où il y avait une
résignation et que chaque citoyen s’interrogeait sur le lendemain de notre
pays. Aujourd’hui, le Président Faure a démontré qu’un lendemain meilleur
pour notre pays est possible.
Je ne dis pas
que tout ce qui a été fait est parfait. Il faut tirer des leçons de ce qui
a été défaillant. Toujours est-il que tous les Togolais constatent qu’il y
a un léger mieux. Faut-il remettre en cause ce léger mieux pour des
incertitudes ou faut- il partir de là pour faire mieux encore ? C’est le
choix que les Togolais auront à opérer dans les mois qui viendront.
Le Togo joue contre le Gabon le 6 juin prochain dans le cadre de la 2ème journée
des éliminatoires CAN/Mondial 2010. Monsieur le ministre, vous êtes
forcément un sportif. Que ressentez-vous et que direz-vous aux Eperviers si
vous êtes à la place de Jean Thissen l’entraîneur national ?
Je n’ai pas de
conseil à donner, mais je crois qu’il y a un grand investissement
patriotique de la part de nos joueurs. Nous tous Togolais, nous devons nous
unir en un seul homme pour les soutenir et les accompagner pour une
victoire sur le Gabon. Même s’il advenait qu’il n’y ait pas de victoire, ce
n’est pas une fin en soi et nous devons nous mobiliser pour les encourager.
Je suis un fan de foot. C’est l’une de mes distractions préférées, je suis
scotché pratiquement devant mon poste téléviseur, ou je suis souvent sur
le terrain dans mon quartier à Agoè pour voir les jeunes jouer. Il m’arrive
parfois de jouer avec eux. Donc nous allons prier pour que la prochaine
bataille des Eperviers soit couronnée de succès. Qu’ils sachent que nous
les soutenons et que nous sommes derrière eux.
Propos recueillis par Jérôme SOSSOU |