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 Cela
fait trois semaines que des tirs nourris à l’arme
lourde ont délogé le député Kpatcha Gnassingbé de
son fief de Kégué. Son arrestation n'était que le
début de la mésaventure pour le demi frère du
Président Faure, qui est finalement inculpé de
tentative de coup d’État et d’atteinte à la sûreté
de l’État. Trois semaines après donc, les
supputations vont bon train, les interrogations se
multiplient, le doute s’installe et la situation est
globalement calme. Du côté des autorités, aucune
autre information, sinon des interpellations tous
azimuts avec en avant-garde, certains officiers des
Forces armées togolaises. Chez le Président
lui-même, c’est la désolation et la stupeur. Comment
reconnaître le bon grain de l’ivraie parmi ses
collaborateurs ? Difficile question qui laisse
entrevoir le vrai visage du complot contre Faure
Gnassingbé, dont Kpatcha Gnassingbé serait le
cerveau, lui-même se présentant comme la victime.
Voici l’histoire d’un complot à deux vitesses.

« Attentat contre la sûreté de l'État, groupement de
malfaiteurs, rébellion, violences volontaires avec
usage d'armes à feu, et complicité de violences
volontaires »,
telles sont les charges, assez lourdes, retenues
contre Kpatcha Gnassingbé, par le Procureur de
la République, Robert Bakaï, qui a apporté comme preuve de ses
accusations l’artillerie devant servir à
déstabiliser le pouvoir de Faure, donc le pouvoir de
l’État, qui a été exposée à la gendarmerie de Lomé
pour les journalistes. Deux vieilles jeeps de
commandement, quelques armes à feu, des téléphones
portables et leurs kits de connexion, des tenues
militaires, des gilets pare-balles, des bottes de
militaires, etc.
Plus tard, c’est le Chef de l’État qui est monté au
créneau pour officialiser, en sa qualité de premier
magistrat, la nouvelle : « Comme vous le
savez, ils ont fomenté une tentative de coup d’état
qui devait se dérouler durant le cours de la mission
que je devais effectuer en Chine. Ils projetaient de
prendre le pouvoir par la force et d’éliminer les
autorités légitimes élues… », a martelé
Faure Gnassingbé, l’air complètement hagard. Pour
lui, « il s’agissait de remplacer la force de
la loi par la loi de la force. »
Le Chef de l’État est allé plus loin dans son
adresse à la Nation en qualifiant assez
audacieusement l’évènement : « la tentative de
coup d’État est non seulement un crime contre
la Constitution
et les lois de
la République
mais aussi un outrage fait au peuple togolais qui
entend jouir dans le calme des libertés publiques et
du développement économique » ,
une phrase qui a fait sourire les observateurs de la
situation politique du Togo qui pensent que le Chef
de l’État togolais, et toute la famille Gnassingbé,
sont très mal placés pour condamner avec la dernière
fermeté une tentative de coup d’État.
L’histoire des dernières décennies corrobore cette
impression générale.
Pendant près de quarante ans, Gnassingbé Eyadéma,
père de Faure et de Kpatcha, a dirigé le Togo après
avoir assassiné le premier Président de
la République, père de l'indépendance nationale, Sylvanus Olympio.
C’était en 1963. Quatre ans plus tard, le même
putschiste est revenu à la charge pour faire tomber
le régime de son successeur, Nicolas Grunitzky, et a
pris les commandes lui-même, dans la pagaille
généralisée. Il a laissé une nation pitoyable,
affectée du syndrome du non développement et
infectée par le virus de la division, de la haine et
de la méfiance politique.
Le règne du Général Eyadéma a battu tous les records
de violation systématique de
la Constitution. Toutes
les élections qui ont eu lieu et ont toujours
renouvelé son mandat sont dignes des combats du Far
West quand on passait du tripatouillage des textes à
la manipulation des résultats sans aucun scrupule.
Le Président Eyadéma, au cours de son règne sans
partage, avait mis le service public de
l'information à son service personnel. Il avait
réussi à domestiquer une partie de la presse privée
pour en faire une courroie de transmission de son
discours de haine. Il avait fait de l’institution
parlementaire un club de simples « applaudisseurs »,
et les gouvernements successifs étaient transformés
en comités de soutien. A l'ère de la démocratie, le
Togo était sous le joug d'une dictature avec un
chef unique, appuyé par un parti unique et un
système de pensée unique. La nouvelle société voulue
par les Togolais, basée sur la liberté, le
pluralisme politique et le respect des droits de
l'Homme, relevait du domaine du discours et du rêve.
C’est le RPT, parti que dirige aujourd’hui Faure
Gnassingbé, qui a incarné cette situation, aussi
piteuse pour le Togo, pendant près d’un demi siècle
et qui continue graduellement d’amener le Togo dans
cette phase de mauvaise gestion. A aucun moment,
l’on n’a évoqué le principe de crime imprescriptible
qui devait permettre de juger et de condamner
Gnassingbé Eyadéma qui a d'ailleurs été canonisé
père de la Nation à sa mort.
L’histoire récente du Togo ridiculise encore plus la
tentative de Faure de criminaliser la tentative de
coup d’État dans l’invocation de
la Constitution.
A la mort du Général Père le 5 Février 2005, on s’en
souvient, l’actuel Président était alors Ministre de
l’Equipement. Mais à travers une cascade de
manipulations aussi maladroites que honteuses, le
simple ministre est devenu député à l’Assemblée,
avant d'être parachuté au perchoir du Parlement pour
s’emparer du pouvoir dans un chambardement
généralisé, avec l’allégeance et la bénédiction
d’une armée prétorienne qui a réprimé dans le sang
toutes les contestations populaires. Il s’agissait
donc d’un Coup d’État, d’un vrai,
c'est-à-dire de la prise du pouvoir de façon
anticonstitutionnelle et par la force. Les chefs
d’orchestre n’étaient autres que Faure Gnassingbé et
son demi-frère Kpatcha, des officiers et des barons
du régime qui ne trouvaient pas d'autre successeur
valable à Gnassingbé Eyadéma que son fils.
A tous ceux-ci devrait donc s'appliquer l’article
150 de la Constitution : « Tout renversement
du régime constitutionnel est considéré comme un
crime imprescriptible contre
la Nation et sanctionné conformément aux lois de
la République. »
Pourtant, ils ont réussi à remporter les élections
présidentielles sur fond d’urnes trouées ou
emportées par des militaires pour des destinations
inconnues.
Ce petit rappel, juste pour démontrer la véracité de
l’adage populaire qui dit que « rira bien qui
rira le dernier ». Il n'est pas question de
faire l’apologie du coup d’État, en aucun cas,
puisqu'il s'agit d'un crime contre l’État, mais de
signifier que l’histoire vous rattrape toujours si
l'on prend du plaisir à la tutoyer sans vergogne.
Tentative de Coup d’État. Le mot est lâché et
continue de susciter inquiétude, scepticisme, doute
et interrogations. Comment en est-on arrivé là ?
Seraient-ce les dissensions d’une fratrie qui
affectent toute une nation ? Revenir sur les causes
de l’antagonisme profond entre les frères
Gnassingbé, le jeu en vaut la chandelle.
LES FRÈRES GNASSINGBÉ ET
LA GUERRE DU
« SANG »
Kpatcha Gnassingbé et Faure Gnassingbé, (la
quarantaine), sont deux enfants influents du Général
Gnassingbé Eyadéma. Le premier est marié. Il a été
Ministre de la Défense du second, quant à lui, Président de
la République, et célibataire.
Le premier est attaché à la famille, à la tradition,
à la mémoire de leur père, au respect de ce qu’il
suppose être le testament moral du Général Eyadéma.
Le second est plutôt moderne, cultivé, ouvert, avec
un grand penchant pour la vie, les femmes, la
démocratie, etc.
Les deux ont grandi un peu loin de leur père, chez
un officier supérieur de l’armée togolaise du Sud.
Ils ont été à l’école à Lomé et à Kara, notamment au
Collège catholique Chaminade pour Faure et au
collège militaire Tchitchao pour Kpatcha.
L’entourage des deux hommes reflète les vieilles
amitiés de l’école. Faure s’entoure de ceux qu’on
appelle les « Chaminadois», et les officiers
interpellés dans ce dossier de tentative de coup
d’État ont été des amis et camarades de l’école
militaire qu’a fréquentée Kpatcha.
Aucun des deux n’étaient particulièrement
brillant, estiment leurs détracteurs, mais tous
deux ont eu le Bac et ont fait des études
supérieures passables en Europe et aux États-Unis,
et sont donc relativement acceptables sur le plan
intellectuel.
Les deux hommes sont influents dans la cour de leur
Père, l’ex-dictateur Gnassingbé Eyadéma. Les deux
ont servi dans la cour de leur papa, pendant que
celui-ci dirigeait encore d’une main de fer, et sans
partage du pouvoir, le Togo. Ils avaient tous deux,
chacun à son niveau, des rôles qui leurs étaient
confiés par leur Père.
L’actuel chef de l’État, Faure Gnassingbé, était
plutôt au coeur de l’économie familiale et par la
suite, naturellement, au coeur de l'économie
nationale ; puisque le Général ne faisait aucune
différence entre ce qui appartenait au Togo et ce
qui revenait à sa famille biologique ou politique.
C’était la confusion la plus totale. Dans ses
principaux voyages à travers le monde, on retrouvait
dans la délégation de Gnassingbé Eyadéma, celui qui
lui succédera en 2005 dans des conditions plus que
suspectes. Faure était le Monsieur Finances des
voyages de son père, il a été témoin des principaux
accords économiques signés entre son père et des
sociétés occidentales, notamment de l’Hexagone. Il
discutait avec les interlocuteurs de "Papa" de tout
ce qui concernait l’économie. Il était aussi un peu
impliqué dans les brouilles politiques de son père.
Même si son père n’a officiellement jamais proposé
ce fils comme successeur potentiel, il le préparait
tout de même à la gestion de l’État. Selon des
principes parfois incompatibles. Il ne faut pas
oublier le fait que chez Eyadéma, corruption et
crimes financiers allaient de pair avec ECONOMIE.
Faure était donc au coeur de toutes ces tractations
parce qu’il a fait des études en économie entre la
France et les États-Unis.
Kpatcha, qui aurait aussi fait des études
supérieures de business et de management, notamment
un MBA, a-t-on dit, à Londres, servait autrement le
pouvoir de son père.
Kpatcha Gnassingbé est comme le fils terrible du
Général, non pas forcément en mal, mais en tout. Il
a une conception monarchique du pouvoir. Il a des
partis pris sur toutes les questions d’État, confond
comme son père l’État Togolais et la famille
Gnassingbé. Il est proche de l’armée, et servait
même de lien entre les Généraux et son père. Il
soutenait aussi des groupes paramilitaires par
divers moyens, surtout quand il s’agissait de
soutenir le pouvoir de son père. Le Général aimait
bien ses deux enfants et personne ne pourrait dire
qui des deux était le plus aimé. Il faut dire qu’en
privé, l’ex-dictateur Eyadéma était plutôt un homme
juste, qui n’aimait pas opposer ses enfants. Il
savait d’ailleurs que son pouvoir n'avait pas
vraiment de base légale et devrait compter sur la
détermination et la fidélité de sa progéniture.
Kpatcha était aussi proche du milieu des affaires.
L’argent sale qui alimentait les caisses virtuelles
du palais de son père passait en partie par lui. Il
a longtemps fait le lien entre les Libanais aux
contrats troubles et le palais présidentiel. Il
connaissait bien les réseaux économiques et s’est
d’ailleurs constitué une fortune imposante qui lui
permet de faire l’aumône, souvent à la saoudienne.
Il donne pour renforcer sa popularité dans le bas
peuple et au sein des forces de l’ordre. Il faut
noter que l’armée togolaise est dominée par des
ethnies du Nord et que le fait que le père et la
mère de Kpatcha sont originaires du septentrion lui
ouvre beaucoup de portes.
CE QUE KPATCHA ET FAURE SE REPROCHENT
Depuis que Kpatcha Gnassingbé a été évincé du
ministère de la Défense, il est tombé aux
oubliettes, malgré ses incessantes tentatives pour
se faire entendre. Le roi avait perdu sa couronne
mais ne voulait en aucun cas que son pouvoir en soit
diminué.
Pire, son isolement de la société de la Zone
Franche, de la SOTOCO et le verrouillage systématique de toutes ses relations
ont complètement neutralisé Kpatcha qui ne pensait
pas être ainsi récompensé de son rôle déterminant
dans la prise du pouvoir par son demi-frère, avec le
risque de menaces des tribunaux internationaux.
Dans un voyage en France, l’ex-Ministre de la
Défense, qui pensait imposer tout son poids de
Ministre africain, de fils d’ancien Chef d’État et
de frère d’actuel Président de la République, à des
Européens, n’a pu bénéficier de ce privilège. Non
seulement il est passé inaperçu, mais aussi et
surtout, il a parcouru à pied une longue distance à
l’aéroport sans aucune considération officielle.
Pire, il a été obligé de revenir précipitamment
parce que ses services de renseignements l’ont
informé de la mobilisation de certaines
organisations des Droits de l’Homme qui lui en
voulaient pour avoir dirigé et financé des groupes
de milices lors de l’élection présidentielle de 2005
au profit, bien entendu, de Faure.
Cette situation, il l’a vécue comme un affront, un
camouflet qu’il impute à Faure. Depuis la prise du
pouvoir par Faure, Kpatcha a pu constater que son
frère ne fait pas les choses comme au temps du
Vieux.
Trop d’ouverture, trop de tendances démocratiques,
suspension des réseaux maffieux, des privilèges
accordés à des amis, femmes et partisans. Bref,
Faure serait en train de brader le patrimoine
familial. Le comble pour Kpatcha, c’est sa
destitution du ministère de la défense et la
neutralisation progressive de tous ses réseaux :
économique, financier, militaire...
C’est pourquoi d’ailleurs, il ne cesse de faire
circuler dans la région septentrionale du pays la
rumeur selon laquelle Faure veut confier le pouvoir
aux hommes du sud, à ses oncles donc, et dans le cas
échéant, ce sera la chasse aux populations du nord.
Un argument, quoique fallacieux, souvent tenu par
certains au sein du RPT, mais qui attire toute
l’attention des ethnies du nord qui ne peuvent
accepter qu’on en arrive là.
Mais Kpatcha bat une véritable campagne dans le
nord, circulant de village en village pour
sensibiliser chefs, notables et autres personnes
influentes. Ceux-ci mordent souvent à l’hameçon,
d'autant qu'espèces sonnantes et trébuchantes
entrent en jeu.
Cette guerre ouverte entre deux frères de sang a été
relayée intensément par la presse nationale et
internationale, mais les deux protagonistes ont
toujours réussi à faire croire à l’opinion qu’il
s’agissait de rumeurs non fondées. Il a fallu que la
situation arrive à son paroxysme pour qu’on soit mis
devant le fait accompli.
Le dernier épisode du feuilleton a été l’annonce de
la création d’une radio FM à Kara, don du député
Kpatcha. Résistance acharnée dans le camp de Faure
et à ce jour le dossier de la fameuse radio Ewaou
est classé… sans suite.
Les discussions intimes avec Kpatcha laissent
transpirer la Haine et un désir de vengeance. Il
évoque souvent son ex-compagne, Ingrid Awadé,
aujourd’hui Directrice Générale des Impôts, et
désormais «femme de main» de Faure. Dame Ingrid est
la pomme de discorde ; elle serait non seulement au
centre de leur conflit familial, mais aussi derrière
la chute de Kpatcha, avec la bénédiction de son
demi-frère Président. C'est à cause de la dame de
fer des impôts qui s'est attaquée à des opérateurs
économiques, qui versaient les droits de taxes et de
fiscalité en pourboire à Kpatcha plutôt qu’au trésor
national, que les affaires de ce dernier ont
périclité. Il s’agit par exemple des importateurs
libanais et des commerçants indo-pakistanais qui ont
été purement et simplement interdits pour cause de
non payement d’impôt.
Kpatcha pense que Faure n’a pas respecté le contrat
originel qui faisait de lui l’héritier militaire et
de Faure l’héritier politique de Gnassingbé Eyadéma.
Il ne voit aucune poigne dans la gestion de l’État,
mais un peu trop de sérieux.
Quant à Faure, il est conscient d’une chose : il est
fils d’un Gnassingbé Eyadéma qui a laissé les
traces nauséeuses de son passage dans le temps et
dans l’espace. Faure est conscient qu’il a été mal
élu et qu'il a besoin de se rattraper. Il veut
sauver un pays laissé en décrépitude par son père,
en se préoccupant de sauver le patronyme GNASSINGBÉ,
décrié à travers le monde. C’est pourquoi Faure
s’engage, bon gré mal gré, dans les reformes. Même
si elles s’exécutent dans une approximation dénoncée
par l’opposition et les populations, il réussi des
ouvertures qui n'auraient jamais été possibles avec
Eyadéma.
Pour ce faire donc, Faure doit combattre toute
tentative de jeter l’anathème et l’opprobre sur ses
actions. C’est pourquoi, l’obsession de Kpatcha de
revenir à la case départ pour faire du pouvoir
d’État un patrimoine clanique et familial est perçue
par Faure de la même manière que la grippe porcine
par l’OMS.
Si Kpatcha reproche à Faure de dilapider l’héritage
de Papa au profit de belles femmes, Faure lui
reproche de s'occuper trop d'affaires troubles qui
sentent la drogue, et de trafics douteux. Cette
mésentente observée et encouragée par des groupes
d’influences de divers horizons a fini par aboutir à
la séparation finale qui s'est concrétisée par
l’inculpation de Kpatcha Gnassingbé dans un complot
de coup d’État.
POLÉMIQUE AUTOUR DU COMPLOT
Les diverses réactions politiques, diplomatiques,
civiles et populaires qui ont fait suite à la
tentative de coup d’État présumée renforcent le
doute. La plupart des observateurs pensent que la
guerre ouverte par Kpatcha contre Faure est une
menace réelle pour l’élection de celui-ci en 2010.
Selon cette thèse, Kpatcha Gnassingbé constitue un
adversaire politique de taille pour son frère
surtout qu’il entretient un certain populisme dans
la partie septentrionale du pays. Son élimination
politique faciliterait donc les choses et ouvrirait
la voie au Président pour l’élection présidentielle
de 2010. C’est pourquoi, la position de Kpatcha,
depuis le jour de l’attaque de son domicile qui lui
permet de se présenter comme une victime face à un
frère Président qui a « tenté de le tuer » selon ses
propres termes, est partagée par une partie de
l’opinion. Il s'agit du premier visage du complot
qui, dans ce cas précis, serait en réalité dirigé
contre Kpatcha Gnassingbé.
Cette version ne reflète en rien la position
officielle selon laquelle il y a bel et bien complot
de coup d’État. Et selon laquelle les preuves ont
été apportées, même si certains continuent de
nourrir le doute sur ce qui a été présenté comme
éléments de preuve.
Les aveux des personnes interpellées, militaires et
civils, ont aussi permis au pouvoir judiciaire
d'accepter la thèse d’un complot de coup d’État,
sérieusement préparé par Kpatcha Gnassingbé.
LES PLANS D’ATTAQUE EN QUESTION.
L’opération, d’après les informations en notre
possession, devait être menée contre le Président,
le jour même de son voyage pour la Chine. Le coup
d’État devait donc avoir lieu le 13 avril 2009. Les
putschistes auraient planifié de liquider
physiquement le Président, au moment où il
s’apprêtait à monter dans l’avion. Ce premier plan
devait ainsi leur ouvrir les portes de la
présidence.
Au cas où ce plan ne fonctionnait pas, un autre
était prévu : organiser le putsch quand le Président
était à l'étranger, prendre le pouvoir et empêcher
son retour au pays. Ce plan avait pour mode
opératoire l’organisation, en l'absence du Chef de
l’État, de troubles sociaux dans le pays, ce qui
aurait obligé les forces armées à prendre le
pouvoir, sous la houlette de Kpatcha Gnassingbé.
Cette stratégie avait déjà été pressentie au moment
de l’interdiction d’une marche contre la vie chère,
quand associations et certains partis politiques
s’étaient mobilisés. Mais à la dernière minute, ces
organisations avaient reculé, craignant l’intrusion
d'éléments étrangers qui auraient donné une autre
orientation à la marche. A l’époque on avait
soupçonné Kpatcha Gnassingbé et certains hommes
politiques de préparer le coup.
Un troisième plan non moins terrible aurait consisté
à opposer les militaires dans les garnisons de la
capitale. Cela aurait constitué une sérieuse attaque
et il aurait fallu qu'un homme surgisse alors pour
sauver la Nation en péril. Et c’est le député
Kpatcha qui devait être l'homme de la situation.
Dans tous les cas, les étapes étaient minutieusement
planifiées : déclarations radio-télévisées, prise
des antennes nationales des radio et des
télévisions, publication d’un gouvernement de
transition, libération de certains prisonniers et
engagement à poursuivre le processus de
démocratisation du Togo.
En fin de semaine dernière, le Procureur de la
République est encore sorti de son silence pour
faire le point, en apportant des précisions sur les
personnes interpellées, celles qui ont été libérées
et celles qui ont été envoyées en prison. Selon lui,
à l’heure actuelle, 10 civils ont été déférés à la
justice, inculpés et mis sous les verrous.
« Que ce soit au niveau des civils comme des
militaires, des aveux circonstanciés ont été faits
par les principaux inculpés. », a-t-il
déclaré.
Le Procureur dit détenir d’autres éléments sérieux
qui renforcent la thèse d'une tentative de coup
d’État : « Les discours qui devaient être
prononcés après le renversement des institutions de
la République
ont été saisis et mis sous scellés».
D’après des informations recueillies auprès de
différentes sources, il s’agit d’une clé USB que le
présumé chef du gang de Kpatcha aurait remise à un
de ses frères. La plupart des fichiers de ladite clé
sont verrouillés par un code, sauf celui comportant
la liste des membres du gouvernement issus du coup
d’État et les discours des putschistes.
Avec tous ces éléments entre les mains de la justice
togolaise, Kpatcha n’a plus de porte de sortie,
puisqu'ils vont tous dans le sens de la thèse d'une
tentative de coup d’État.
Le Député, principal inculpé dans cette affaire, a
refusé l’assistance d’un avocat et est entré dans un
silence de cimetière au tribunal. Les réactions à
travers le pays et dans le monde sont les mêmes ;
les observateurs de la scène politique semblent
prendre avec des pincettes cette thèse de tentative
de coup d’État. La plupart des partis politiques, du
CAR à la CDPA, de l’UFC à l’OBUTS, et tous les
micro-partis qui gesticulent sur la scène politique,
tous se réfugient derrière la formule bateau qui
consiste à exiger que la lumière soit faite sur
l’affaire et que les personnes interpellées
bénéficient d’un procès juste et équitable.
Même son de cloche chez les organisations
internationales et les représentations diplomatiques
qui ont l’obligation de se ranger aux positions
officielles. Dans l’opinion, on continue de nourrir
un certain scepticisme et d’attendre le coup de
théâtre qui va peut-être renverser toutes les
théories du moment.
FAURE DANS L’EMBARRAS LE PLUS TOTAL
Depuis l’inculpation de son frère, suivie de son
discours à la Nation, Faure Gnassingbé est acculé à
des contradictions insurmontables. Il est
aujourd’hui en face de deux voies possibles. Quelle
formule faut-il adopter pour resserrer le lien et la
cohésion familiale, affectés par cette opération
commando menée par lui contre son propre frère ? La
relaxe de Kpatcha Gnassingbé ouvrirait une porte de
sortie honorable au député inculpé. Mais cette voie
est bloquée par les engagements pris dans son
discours, les exigences des partis politiques et des
représentations diplomatiques, les pressions
extérieures qui exigent la lumière sur toute cette
affaire et surtout les menaces de la famille
Gnassingbé et des proches de Kpatcha qui digèrent
mal la mésaventure de Kpatcha. Faure, dans le
traitement de ce dossier doit également faire face à
un courant d’opinion qui pense que cette histoire de
tentative de coup d’État n’est qu’un montage pour
faire gonfler sa popularité face à l’échéance de
2010.
Le second problème de Faure aujourd’hui est celui de
la conservation du pouvoir après ces événements
catastrophiques qui le mettent sur le pied de
guerre.
Le Président voit des ennemis partout, et
visiblement à raison. Le système de sécurité est à
son maximum. Faure voit venir le mal de partout.
Pour assister au défilé de la fête de
l’Indépendance, il s’est enfermé dans un bunker
blindé pour être à l’abri de toute maladresse d'un
mécontent ou d’un révolté. Pour allumer la flamme de
l’Indépendance, on a dû multiplier le nombre de
forces spéciales de sécurité qui se sont déguisées
en groupes de sympathisants qui saluaient à coup
d’applaudissements nourris, le passage, en vitesse,
du Président.
Au palais des congrès vendredi dernier, lors de la
célébration du 1er mai, fête du travail,
le Président est sorti par une petite porte, dans
une discrétion qui a surpris les travailleurs.
Au même moment les officiers, sous-officiers et
militaires des différents camps d’armées sont
divisés sur la question.
A ce jour, l’immunité parlementaire du député n’est
pas encore levée, et le RPT, qui a condamné l’acte
de Kpatcha et renouvelé sa confiance au Président
Faure, commence à baisser d'un ton. Le meeting
organisé à Agoenyivé à Lomé qui a vu les discours
« réparateurs » du Secrétaire Général et des autres
ténors du parti, justifie à suffisance que le parti
de Faure Gnassingbé traverse une période difficile
remplie de confusion et de contradictions.
Au sein de l’armée, Faure marche aujourd’hui sur des
oeufs. Des officiers interpellés ont été libérés et
d’autres, nous fait croire le Procureur sont à la
disposition de leurs corps d'armée avant d’être
envoyé à l’autorité judiciaire : « 18
militaires dont 5 officiers, 10 sous-officiers et 3
hommes de rang ainsi qu’un officier adjoint de
police sont sous sanction disciplinaire de leurs
corps respectifs avant leur remise aux autorités
judiciaires. » Une phrase qui ne dit pas
comment ni pourquoi ces officiers bénéficient de ce
statut spécial de sanction disciplinaire, et quelle
est la nature de cette sanction.
Ou bien le dossier est confié à un tribunal
militaire qui va jusqu’au bout, ou bien le juge
d’instruction s’en occupe sur toute la ligne.
Cette note de réserve est donc caractéristique de la
confusion et du cafouillage total qui entourent ce
dossier qui a besoin de plus de lumière et de plus
de responsabilité de la part de l’autorité
judiciaire et du premier magistrat de la Nation, qui n’est autre que le Chef de l’État.
Faure Gnassingbé, qui sort complètement affaibli de
cette situation, a en face de lui trois familles
minées par des divisions internes. La famille
Gnassingbé, divisée quoiqu’on dise sur la question,
la famille politique RPT, dont il est le président,
et la famille des FAT, icône de l’appui des deux
précédentes qui ne se porte pas aussi bien depuis le
début de cette affaire.
LES FAUX FIDÈLES ET LES RÉVOLTÉS.
L’histoire de l’incapacité de Faure à gouverner le
Togo est largement partagée et même décriée par
ceux-là même qui se disent les plus proches du
Président.
Ce sont ces collaborateurs que nous qualifions ici
de faux fidèles et qui pensent, et qui le disent par
plusieurs canaux, que face à des situations devant
lesquelles le Président reste incapable, ils
auraient pu faire du génie. Ce sont des ministres,
des officiers, des directeurs généraux et des amis,
qui affirment qu’ils feraient mieux dans la gestion
du pays s’ils étaient à la place de leur chef. Et
lorsque dans un État, un chef ne peut pas faire
confiance ou inspirer confiance à ses collaborateurs
directs, si ces collaborateurs préfèrent profiter
des erreurs de leur patron pour se faire valoir
dans des actes et des comportements infidèles et
hypocrites, si, enfin, ces collaborateurs ne peuvent
pas mettre leur compétence au service de la réussite
du patron et qu’il nourrissent des ambitions contre
lui, il se pose alors un véritable problème.
D’après nos investigations, et face aux derniers
évènements, le gouvernement actuel est plombé par
ces faux fidèles qui plantent suffisamment de
poignards dans le dos du Chef de l'État et qui
continuent pourtant de briller autour de lui comme
des collaborateurs sûrs.
Il y en a qui pensent, comme la plupart des
togolais, que le Togo n’appartient pas au clan
Gnassingbé et qu’il est important de faciliter le
départ de cette famille de la scène politique, mais
ils veulent prendre la suite pour faire preuve de
leur propre expérience du pouvoir.
Ces collaborateurs du Président Faure travaillent
donc à le fragiliser. La plupart entretient
d’ailleurs des relations d’affaires avec le député
Kpatcha qui vient d’être inculpé et font maintenant
preuve d'une extrême prudence.
C’est d’ailleurs pourquoi il se dit dans les
couloirs politiques et diplomatiques, qu'il est
nécessaire de remanier en profondeur le gouvernement
et d'effectuer des changements à la tête de
certaines institutions et certaines sociétés d’État.
Une restructuration qui permettrait ainsi d’éloigner
la race de ces amis infidèles pour permettre la
poursuite des reformes, avec une véritable volonté
politique et une réelle sincérité.
Parmi les révoltés, se citent d’abord les éléments
des forces armées togolaises qui ont bénéficié des
largesses de Kpatcha et qui sont aujourd’hui privés
de ces privilèges. Il y en a qui ont entraîné leurs
familles et des communautés entières dans cette
révolte qui nuit aujourd’hui à l’image de Faure et
renforce la division au sein du RPT et de l’armée.
Voilà où vont être mises à l'épreuve la vigilance et
la dextérité d’un chef d’État qui a désormais à dos,
ses propres amis et frères, à côté d’une opposition
qui reste dans la contestation de la gestion du
pouvoir de l’État, et d’une communauté
internationale qui attend le respect des engagements
démocratiques pris.
Lorsqu’on prend le pouvoir dans la contestation, il
faut être capable de l’assumer et de répondre aux
attentes du peuple. Et lorsqu’on n'arrive pas à
prendre ses responsabilités, on fini par se
retrouver dans une situation de paranoïa généralisée
qui fait voir à tous les niveaux des ennemis, des
complots susceptibles de déclencher, la vengeance
chez les uns, la révolte chez les autres. Et dans ce
cas, le pouvoir se perd de façon inexorable et la
légitimité populaire fini par l’emporter.
Alfredo Philomena.
Chronique :
L’opinion publique pour la démocratie en Afrique
L'Afrique est toujours victime de son impréparation
à la démocratie, de son passé lointain et récent qui
s'accorde difficilement avec les principes
démocratiques.
Historiquement, il est reconnu que la culture de la
loi écrite et de son respect n'a pas été une
tradition africaine. La dévolution du pouvoir selon
des normes écrites a du mal à se pérenniser en
Afrique.
Les principales difficultés de la démocratie
africaine tirent leur source dans cette absence de
la tradition des textes légaux. C'est ainsi qu'on
assiste à l'adoption des textes taillés sur mesure
et de la loi fondamentale modifiable sans cesse ou
remise en cause à tout moment. Dans ces conditions,
la démocratie a encore du plomb dans l'aile.
L'Afrique, quant à elle, a encore un long chemin sur
le terrain de l'apprentissage.
Pour avancer, l'Afrique a besoin d'une révolution
dans le comportement de ses fils. Aujourd'hui dans
chaque pays africain, il n'existe que des opinions
nationales alors qu'il devrait plutôt exister une
opinion publique nationale. Le besoin d'une opinion
publique représentative se fait sentir pour tirer la
jeune démocratie africaine vers l'avant. Là où les
hommes politiques ont échoué, la société civile bien
organisée peut réussir à travers des actions
responsables.
Il faut que naisse dans chaque pays une opinion
publique forte pour peser sur les pouvoirs publics
dans la prise des décisions engageant la vie
nationale.
Les citoyens d'un même pays sont unis par un destin
commun et doivent forcément s'unir autour de cet
idéal dans une action commune chaque fois que le
besoin s'en fait sentir. L'opinion publique doit
manifester son approbation ou sa désapprobation à
l'égard de tout acte de gérance des citoyens. La
volonté populaire doit se faire sentir, être plus
lisible et plus contraignante à l'égard des
dirigeants africains. Tout cela doit se faire à
partir d'une société civile plus organisée, plus
représentative et incarnant la volonté populaire.
La société civile, à l'image de la presse africaine,
doit devenir un pouvoir de fait ou de droit pour
jouer un rôle de contre-poids à l'exécutif qui a
tendance à écraser les autres pouvoirs
constitutionnels. La force mobilisatrice des
organisations de la société civile ne se fait pas
sentir en Afrique. Dès lors, on comprend aisément le
manque d'intérêt des citoyens vis-à-vis de ces
organisations.
La constitution d'une opinion publique harmonieuse,
digne de ce nom, mettra la pression sur les
gouvernants pour les contraindre à servir le peuple
avant de se servir.
L'opinion publique doit, dans ces conditions, se
donner les moyens de s'opposer à tout acte contraire
aux intérêts du peuple et de ses acquis
démocratiques. Cela constituera une sorte de
baromètre pour mesurer les actes des dirigeants.
L'opinion doit pouvoir faire peur à la classe
dirigeante au point de l'obliger à ne pas ignorer
les aspirations du peuple qui lui a donné le mandat
de représenter ses intérêts. En Afrique, une société
civile jouant pleinement son rôle sera une
alternative aux dérives antidémocratiques visibles
çà et là depuis l'enclenchement du processus
démocratique.
L'élite africaine a le devoir, donc, de contribuer à
l'émergence d'une vraie opinion, au-dessus des
considérations partisanes.
La jeune démocratie africaine en a besoin pour
grandir.
Nasser O.Y.
Éditorial : Faure et Kpatcha ou la fantastique
histoire de Caïn et Abel !
« Nous sommes dans une grande villa nantie de tous
les conforts du monde. Tous les objets qui s’y
trouvent sont estampillés de marques rares,
originales. Certains comme des cuillères ou d’autres
couverts ressemblent ou sont en or. L’atmosphère
est loin d’être tropicale, elle glaciale au sens
propre et au sens figuré, comparable à un climat
méditerranéen. C’est dont l’intensité du climatiseur
géant qui alimente toutes les chambres de la villa.
Au salon, un poste téléviseur à écran plat XXL est
à distance raisonnable des meubles en cuir fin. Dans
la pièce donc, faufile un occupant qui avec une
allure de jeunesse, est modestement habillé. Il fait
le va-et-vient entre le salon où il se console en
zappant à la seconde, les chaînes de télévision
étrangères avant de revenir prendre un tel ou un tel
autre journal. Quelques paragraphes parcourus, le
lecteur jette l’éponge. Une démission qui coïncide
avec quelques coups de fil qui l’agacent et qui
l’intéressent en même temps. Il est obligé de
décrocher puisqu’on ne sait jamais celui qui peut
annoncer la bonne ou la mauvaise nouvelle. Les temps
qui courent sont extrêmement dangereux.
L’insécurité est grandissante malgré toutes les
mesures spéciales renforcées en l’espace de deux
semaines. Il se dirige vers la table à manger pour
prendre un verre d’eau qui ne le satisfait pas. Un
peu de Whisky panaché à un arôme genre Safari
pourrait faire partir quelques soucis ; mais
impossible. Il se gratte la tête et se retourne au
miroir pour constater un dépaysement qui se lit sur
ses cheveux qui ont pris plus d’âge. Dieu sait
consoler. L’occupant de la fantastique villa tire le
Chapelet de sa poche, il balbutie un « Je confesse
à Dieu », marmonne un Pater puis trois ave Maria,
mais se rend compte qu’il n’arrive pas à se
concentrer dans ce recours ultime. Il reprend le
téléphone pour composer un numéro, sans doute d’une
maîtresse, qui le rassure et le console avec des
mots romantiques. Un petit rendez-vous et bientôt il
donnera un petit congé à ses soucis, le temps de
renverser le temps. Il finira par s’endormir et
jusque là, le sort le poursuit. Il semble vivre un
rêve cauchemardesque qui en fait n’en est pas un.
C’est un songe, un voix intérieure, très lourde,
très amplifiée le tutoie comme pour exciter un
remord qu’il cache intérieurement. Un bouffée
d’adrénaline remplit son estomac après qui eut
entendu la phrase « Faure, qu’as-tu fais de ton
frère Kpatcha » Cette voix, il l’entend partout ; à
travers des coups de fil, à travers de émissions
radio, à travers des discussions privées, à travers
les journaux, à travers des réflexions personnelles
ou même à travers des prières. » Il sursaute et
revient recommencer tout le processus qui l’a
conduit au lit. Tout ce scénario se passe sous l’œil
vigilant de certains hommes en treillis, qui
excellent pour certains dans le zèle en posant des
questions et en donnant des instructions, mieux des
recommandations fermes à leur chef. « On ne peut pas
aller en ville comme vous le souhaiter excellence,
c’est dangereux… là, ce n’est pas sécurisant… là
encore des mesures de sécurité ne sont pas
suffisante…bref, l’homme est pris en otage.
L’histoire allégorique précédente jonchée de
métaphores et de mythologies retrace le quotidien
d’un chef d’Etat. Faure Gnassingbé. Depuis le 12
avril qu’il s’est rendu compte qu’il pouvait subir
les pires formes de danger qui peuvent coûter la
vie, Faure a cessé d’être un homme libre, il est
pris en otage par tout le monde, son service de
sécurité, son entourage immédiat, ceux qui font
semblant de partager sa cause et sa douleur et ceux
qui pensent que sa vie se trouve désormais entre
leurs mains.
Faure Gnassingbé, le Chef de l’Etat togolais a
arrêté Kpatcha Gnassingbé, l’a jeté « en prison »
pour des raison d’Etat » puisque celui-ci a tenté de
faire un coup d’Etat. Depuis lors, Faure est rentré
dans une prison psychologique qui lui provoque des
hallucinations comme celles vécues par un personnage
de l’histoire de la bible.
Un rapprochement tout simple pour caricaturer la
situation.
Dans le premier livre de la Pentateuque, Caïn et
Abel étaient les fils d’Adam et Eve. Selon la bible,
Abel faisait paître les moutons, Cäin cultivait le
sol. A la fin de la saison, Caïn apporta au
seigneur, une offrande des fruits de la terre ; Abel
apporta lui aussi des prémisses de ses bêtes et leur
graisse. Le seigneur tourna son regard vers Abel et
son offrande mais il détourna son regard de Caïn et
de son offrande. Caïn en fut très irrité et son
visage fut abattu. Le seigneur dit à Caïn «
pourquoi t’irrites-tu ? et pourquoi ton visage
est-il abattu. Si tu agis bien, ne le relèveras-tu
pas ? Si tu n’agis pas bien, le péché tapis à ta
porte, te désire. Mais toi, domine le. »
Caïn parla à son frère Abel et lorsqu’ils furent au
champ, Caïn attaqua son frère Abel et le tua. Dieu
dit à Caïn tu est maintenant maudis du sol qui a
ouvert la bouche pour recueillir de ta main le sang
de ton frère. Quand tu cultiveras le sol, il ne te
donnera plus sa force. Tu seras errant et vagabond
sur la terre. » Ainsi maudit le créateur.
Dans ce rapprochement, il est difficile de savoir
entre Faure et Kpatcha celui qui est Caïn et celui
qui est Abel. Mais ce qui est sûr c’est qu’il y a
une convoitise quelque part, le Pouvoir et ses
délices ; les deux frères pensent pour chacun être
la victime. Kpacha dit que c’est son frère Faure qui
a voulu le tuer et Faure de proclamer que c’est
Kpatcha qui a voulu l’éliminer. Equation difficile
pour notre éditorial surtout que fort heureusement
nul n’a réussi à tuer l’autre mais ce le supplante
c’est que l’un Faure a réussi en arrêter son frère
pour le jeter en prison. Des chefs d’Etat, des amis
personnels à Faure et la famille Gnassingbé a
toujours plaidé pour que les deux entendent, comme
Dieu a prévenu Caïn. Ils n’ont pas écouté et sont
tombés dans le péché aujourd’hui, le péché qui
s’apparenter à l’emprise de l’un sur l’autre au nom
des intérêt. C’est donc l’histoire de Caïn et d’Abel
et les deux frères ont intérêt à s’entendre sinon la
malédiction de Dieu sera la même. Ou bien l’un ou
l’autre, ou bien tous les deux vont subir la
malédiction infligée à Caïn, celle qui consistera
donc à les renvoyer en exil, dans l’errance, la
désolation et la privation.
Dieu a doté tout homme d’une conscience, il est
impossible pour tout homme de poser des actes
répréhensibles et d’en avoir le cœur net. Le regard
de Caïn qui a inspiré notre éditorial suivra et
touchera le remord de tout un chacun.
C’était la merveilleuse histoire de Caïn et d’Abel,
adapté à la guerre du Sang chez les frères
Gnassingbé.
Voila donc pourquoi Faure dans tous ses
retranchements ne sera jamais libre, et Kpatcha dans
toutes ses privations ne sera non plus libre. Entre
nous, c’est la loi de la Nature. Que celui qui a de
l’intelligence, comprenne.
Alfredo PHILOMENA |