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2009

   
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Dossier Kpatcha

L'Indépendant Express 78 du mardi 12 mai 2009
Intox ou intox ? Face-à-face Faure-Kpatcha ou échappatoire pour libérer un prisonnier encombrant

Cela fait exactement un mois que les autorités togolaises ont déjoué une tentative de coup d’Etat dont le chef de gang se prénommait Kpatcha Gnassingbé. Une rocambolesque affaire qui a affecté la nation, les partis politiques, la communauté internationale, l’opinion publique et bien entendu, la presse. Un mois donc après plusieurs rebondissements, on assiste à un silence qui se brise par une fameuse histoire d’aveu de Kpatcha Gnassingbé qui souhaiterait avoir un face-à-face avec son frère pour dire on ne sait quoi. Au même moment, le président de la République reste obséquieux sur la situation, tiraillé entre les promesses de condamner son frère et les interpellations tous azimuts de le libérer. Un dilemme qui rend Faure Gnassingbé malade surtout que son frère lui-même maintient le silence dans la foulée d’un sondage défavorable au RPT, les hostilités de partisans de Kpatcha dans la Kozah et les enjeux de l’élection présidentielle de 2010. Analyse.  

Les événements du 12 avril dernier consécutifs  à l’atteinte à la sûreté de l’Etat  ne peuvent en aucun cas resté en marge de la situation politique  togolaise. Cela a affecté d’abord la famille Gnassingbé, le régime RPT, les institutions de la République, et la politique dans son ensemble. La police et la gendarmerie, l’armée et la justice, la presse et les organisations des droits de l’homme ont trouvé matière à s’exprimer. Les uns ont su tirer leur partition, les autres restent complètement dans l’attente d’une suite.

La gestion de bout en bout de cet évènement est, pour caricaturer le fait, est catastrophique et interpelle différents acteurs sur le rôle et la responsabilité de chacun. Des tirs nourris à l’arme lourde, on en est arrivé  à l’exposition du corps de délit, s’en est suivi l’inculpation des présumés auteurs, de la libération des uns, de la mise à disposition des d’autres sous sanction disciplinaire, en vint un silence Radio puis rebondissement, Kpatcha souhaite rencontrer Faure.

Pendant tout ce temps, le principal prévenu ne s’est pas exprimé, du moins de façon concrète, ni par lui-même, ni par l’intermédiaire d’un avocat.

Les lieux et les conditions de détentions sont restés discrets et l’immunité parlementaire reste maintenue pour celui qui est accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Tout ceci constitue donc des éléments qui continuent de nourrir le doute sur la véracité des faits lorsque dans l’Etat major du RPT et des autorités on développe des stratégies pour sortir d’affaire. 

Kpatcha Gnassingbé, un prévenu encombrant.

L’attaque et l’interpellation de Kpatcha Gnassingbé ont été un bon coup de courage de son demi frère Faure au pouvoir. Depuis lors, malgré la détermination du Président à aller jusqu’au bout pour punir le chef putschiste, l’affaire n’évolue pas.

Dans la foulée, quelques jours après l’interpellation, les pressions se sont multipliées. Les unes venant des chefs d’Etat Africains qui demandent pour la plupart de libérer le frère Gnassingbé,  et de la Communauté Internationale qui veut avoir la véracité des faits.

Vite une mission  a été envoyée en Europe pour expliquer aux partenaires ce qui s’est passé et les convaincre de la véracité des faits. Sur place chez ceux-ci, c’est la méfiance et la sérénité. Les membres de ladite mission reviennent souvent avec la phrase suivante : «  le chef de l’Etat a promis que la justice va faire son travail, nous attendons que la lumière soit faite sur cette affaire de la façon la plus transparente et équitable ».

Cette phrase simple semble agacer nos autorités qui ne savent plus quoi faire de Kpatcha qui est devenu dès lors un prisonnier encombrant. Le libérer, serait donner raison à ceux qui pensent qu’il s’agit tout simplement d’un montage organisé par Faure et son entourage pour neutraliser un potentiel adversaire politique. Au même moment Faure avait du mal a faire poursuivre l’affaire par le procureur de la République à cause des pressions internes émanant de la famille Gnassingbé et du RPT.

          Pire, les hostilités qui se dégagent dans la préfecture de la Kozah, fief du présumé auteur de tentative de coup d’Etat laissent le Président perplexe face la situation. En effet, lors des tournées d’explication aux militants du RPT sur l’interpellation de Kpatcha, la délégation qui devrait rencontrer les populations de la Préfecture de la Kozah a été heurtée au refus catégorique de celles-ci qui ne veulent plus rien comprendre alors qu’elles sont mises devant le fait accompli. Une « révolution » qui n’arrange pas nécessairement Faure et ses collaborateurs, encore moins le RPT.

Finalement, le Président et son parti penchent plus à la libération de Kpatcha, mais dans quelles conditions, ce qui ouvre dont les portes à toutes les stratégies, même les plus amatrices.  

Les organisations des Droits de l’Homme

Elles ont été celles qui ont été prioritairement sollicitées pour signaler  que les personnes prévenues bénéficient de très bons traitements et sont déténues dans de bonnes conditions. Ces organisations n’ont pas été capables de dire à la presse dans quelles conditions les interrogatoires ont permis de recueillir des aveux, ni les lieux dans lesquelles certaines sont détenues. Elles ont tout simplement cafouillés puisqu’elles n’étaient pas non plus capables de présenter une liste des personnes interpellées dans le dossier du Coup d’Etat. Cela, la presse est revenue la dessus pour affirmer que les organisations cooptées des Droits de l’Homme en question ont menti, ce qui ne donne pas une crédibilité à ces organisations. Certains ont conclu qu’il s’agissait d’un jeu de pouvoir organisé sous la houlette du Ministre Hamadou des Droits de l’Homme. 

La mise à contribution de la Presse

La presse n’est pas restée en marge dans la gestion de cette affaire. Depuis l’ouverture du dossier de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat, la presse serait divisée sur la question en fonction des intérêts chez l’une ou l’autre partie. 

Pour défendre Kpatcha, certains journaux auraient perçu des primes en guise d’honoraire d’accompagnement.  De l’autre, c’est Pascal Bodjona, le ministre de l’administration territoriale qui serait au centre des intrigues. D’après les informations qui circulent dans le milieu des médias, le ministre aurait financé des journaux pour  travailler dans le sens à confirmer qu’il y avait vraiment une tentative de coup d’Etat. Même si certains responsables de journaux cités ont été surpris par cette nouvelle, d’autres par contre ont reconnu avoir perçu une certaine somme auprès du Ministre. A ce jour, aucune preuve ne confirme, ni n’infirme cette manipulation des journaux sur fonds de clientélisme, même si des publications antérieures ont déjà évoqué le sujet. Le ministre même tombe des nues en apprenant cela.

Mais la lecture des titres démontre assez aisément qu’il existe deux courants de pensées diamétralement opposés dans le traitement d’information lié à cette affaire. 

Les aveux de Kpatcha Gnassingbé en question

La première et unique intervention de Kpatcha Gnassingbé remonte au 13 avril 2009, au lendemain de l’attaque de sa résidence. Ce jour, devant la presse, le député a exprimé son grief qu’il avait contre son frère président et ce pourquoi ils n’étaient pas en bons termes. Il a confié que celui-ci communique peu et brade les intérêts de la famille au profit des personnes étrangères.

Après cette intervention relayée par les médias, l’on a plus entendu, nulle part le député s’exprimer surtout que l’affaire était en instruction et que celui-ci n’avait pas solliciter la défense d’un avocat.

Une personne détenue pour laquelle un dossier est en instruction ne peut se fier qu’au juge. Si l’audience est publique, eh bien, toutes les personnes présentes peuvent entendre la version du prévenu.

Dans le cas actuel de Kpatcha, à ce jour, il garde le silence jusqu’au week-end dernier où on lui prête l’intention de rencontrer Faure Gnassingbé face à face.

Les dessous d’un ballon d’essai

L’information selon laquelle le chef des Gangs, Kpatcha Gnassingbé souhaiterait rencontrer personnellement le président de la république s’est révélée fausse d’après toutes nos sources.

De la présidence, à la famille proche de Kpatcha jusqu’à la justice, on s’étonne, de la provenance de cette information.

Par contre, d’autres sources non moins sérieuses nous ont confié que cette rencontre aura lieu, non pas sur demande de Kpatcha, mais du président Faure qui serait dépassé par les pressions.

Le schéma de libération de Kpatcha Gnassingbé est déjà tracé, mais la formule pour l’exécuter est assez difficile pour des raisons évoquées plus haut.   

Donc, la seule façon de parvenir à cette libération serait tout simplement de faire croire à l’opinion nationale et internationale que c’est le prévenu qui souhaite rencontrer le président et trouver une solution à la « familiable ».  Et c’est la presse qui est encore sollicitée pour saupoudrer par complicité ou par naïveté cette information qui permettra donc au président Faure de sauver la tête.

Or, beaucoup d’éléments militent contre cette stratégie. D’abord, l’appréhension avec toute l’autorité de l’Etat que Faure a faite de cette affaire ; en prononçant un discours à la nation et  en refusant de participer à la réunion de famille pour trouver une solution.

Dans son discours, et celui servi au monde entier par son entourage, il est donc question que la justice fasse son travail, mais alors, la justice n’est pas encore à la limite de ses compétences pour qu’on annonce un face-à-face Faure Kpatcha. « C’est de la pure intoxication et ce serait une démarche suicidaire pour le président » a confié un coopérant européen. D’ailleurs, au Togo il existe des milliers de prisonniers qui attendent que lumière soit faite sur leur inculpation.

Il est vrai que Kpatcha Gnassingbé est le demi-frère de Faure, député à l’assemblée, donc une personne influente de l’Etat. Mais lorsqu’il est trempé dans un « crime imprescriptible » comme une atteinte à la sûreté de l’Etat, il devient un citoyen ordinaire qui tombe sous le coup de la loi.

C’est pourquoi cette tendance à instrumentaliser l’opinion et faire croire que le prévenu sollicite un face-à-face ave le président  n’est qu’un ballon d’essai et un subterfuge pour le pouvoir de Faure Gnassingbé destinés à sauver la face après être allé très loin dans la gestion de cette crise étatico-famililale.

Aujourd’hui donc, le vin est tiré et il faut le boire. Le peuple togolais et la communauté internationale ont les yeux rivés sur le  Président Faure qui devra faire avancer l’affaire Kpatcha à la justice en vue de faire la lumière  sur la véracité des faits.

Ou bien Kpatcha est coupable et il est condamné à la peine à perpétuité, ou bien il est innocent et il est blanchi dans les normes de la loi.

Toute autre alternative ne sera que des méthodes puériles qui auront servi à discréditer davantage Faure Gnassingbé et tout son entourage.

 

Alfredo PHILOMENA


Gestion des dons des inondations : Difficile pour  TITIKPINA et MEIMOUNATOU de faire les comptes

La session de l’assemblée nationale devant permettre d’écouter les ministres en charge de la gestion des dons faits lors des dernières inondations au Togo a été reportée sine die. Méimounatou Ibrahima et Atcha TITIKPINA  respectivement Ministres des affaires sociales et de la sécurité ont répondu absents au palis des congrès, et pour cause. Ils n’auraient pas des éléments convaincants devant justifier la gestion des fonds. Alors que la communauté internationale et la population togolaise attendent des comptes. Une situation qui interpelle les autorités togolaises sur la question  de la bonne gouvernance au Togo.

Ça y est la saison pluvieuse s’annonce à grands pas. Comme s’il fallait s’y attendre, les pauvres Loméens s’inquiètent pour leur vie qui sera un calvaire. On a souvenance des dégâts qu’ont causés des inondations l’année passée. Toute la population des zones « dites » « interdites » ont vécu une situation désastreuse parce que leurs maisons ont été englouties dans l’eau. Des ponts se sont effondrés coupant en deux le pays.

Comme la solidarité internationale a joué pleinement dans la gestion de cette catastrophe, tous les organismes non gouvernementaux, des ambassades accréditées sur notre territoire ne sont pas restés indifférence à cette situation. Par exemple : le Programme Alimentaire Mondial le PAM a mobilisé 400 tonnes de vivres pour la nation alimentaire de 20.000 victimes soit 1 millions cent huit mille six cent soixante trois (1.108 663) ; le HCR a fourni 100 bâches, la FAO quant à elle, 601 586 des fonds CERF l’Unicef, le PNUD n’étaient pas du reste.

Dans un pays sérieux, un bilan devrait être établi par les autorités compétentes. Malheureusement fidèles mauvaises habitudes du Togo, les Ministres TITIKPINA de la sécurité et son collègue des affaires sociales, Ibrahima MEIMOUNATOU, responsables de la gestion de ces dons n’ont pas pu présenter un bilan clair aux populations et aux Bailleurs de fonds.

En effets, le 09 octobre 2008, le colonel TITIKPINA Atcha, ministre de la sécurité et de la protection civile, coordinateur du Plan d’organisation et de secours dénommé (ORSEC) a officiellement mis fin à ce plan déclenché le 1er Août 2008 suite aux inondations de juillet-août 2008. Aucun bilan détaillant la gestion de ces dons n’a été présenté aux principaux acteurs et partenaires.

Aujourd’hui, comment ces partenaires peuvent-ils aider encore nos populations. S’ils sont convaincus que ces aides n’atteindront pas sa destination. Il nous souvient que certains observateurs l’année passée avaient dénoncé le détournement de ces aides aux sinistrés. Certains même ont accusé les ministres TITIKPINA et MEIMOUNATOU d’avoir utilisé ces dons à des fins personnelles. Même au niveau des victimes, les témoignages ont été révélateurs de la mauvaise gestion des dons : des repas maigres, des nattes et vieux habits jetés à titre symbolique, et enfin l’évacuation dans des conditions cavalières des sinistrés alors que les eaux ne s’étaient pas encore retirées.

Au même moment, les deux ministres se regardent en chiens de faïence. Méimounatou accusant son frère Titikpina de s’accaparer les dons, Titikpina ayant opté pour du chantage systématique pour clouer la bouche à Méimounatou, bref, tout sent de la magouille alors que la météo promet de nouvelles inondations cette année.

En tenant compte de l’opacité de la gestion de ces aides, certains donateurs ont peur de mettre à la disposition des autorités souvent véreuses des dons en cas de ces catastrophes naturelles.

Cela prouve encore une fois la mauvaise gouvernance qui est érigée en système de gouvernance dans ce pays. On a l’impression que les autorités de ce pays ne se soucient guère du bien être du peuple. Si elles arrivent à détourner les biens des sinistrés, elles ne sont pas loin de continuer à affamer ce peuple.

Ce qui est triste, c’est que nous sommes encore en période de la saison pluvieuse. Certains habitants commencent déjà payer les frais de ces catastrophes. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, dit-on souvent. Ils commencent à ressentir les effets terribles des premières pluies. Et les autorités, obnubilées par l’affaire Kpatcha, n’ont pas pensé à prévenir ces catastrophes. « Les deux gestionnaires de ces crises, TITIKPINA et MEIMOUNATOU  attendent encore cette opportunité pour renflouer leur poche»  a lancé une victime qui dit n’avoir rien bénéficié de ces dons. Celui qui a prédit que le malheur des uns fait le bonheur des autres, n’a pas vraiment tort. Les rapport du système des Nations Unies a fait état des différents dons faits en cette période d’inondation. Il est donc important que les deux ministres répondent devant l’assemblée de gestion faite de ce qui a été offert au Togo en cette période d’inondation.

Ange ADJANOR


Constats et perspectives amères : Le Togo encore loin d’un développement équilibré et durable

            Le gouvernement se réjouit de la nouvelle politique nationale d'aménagement du territoire dévoilée la semaine dernière, à l'issue d'un atelier de validation. Les participants, réunis mardi et mercredi au CASEF, ont adopté un texte qui promeut un aménagement du territoire plus équilibré et durable. Visiblement, les travaux de validation se sont limités à la salle de conférence, la réalité sur le terrain est tout autre.

            L'atelier était organisé par le ministère en charge de la Coopération, du Développement, et de l'Aménagement du territoire, et financé par le PNUD, le programme des Nations unies pour le développement. Il fait suite à la Déclaration de la politique nationale d'aménagement du territoire d'août 2006 qui proposait d'améliorer le cadre et les conditions de vie de la population dans une perspective de développement socio-économique équilibré et durable.

            "L'aménagement du territoire, c'est l'organisation et la gestion de l'espace sur le long terme, explique M. Bandifoh Ouro-Akondo, Secrétaire d'Etat chargé de l'Aménagement du Territoire. Il s'agit de la vision du gouvernement dans 5, 10 ou 20 ans". Une vision à long terme, donc.

 Mais comment expliquer alors que le Togo ne semble pas s'être développé dans le sens d'un aménagement du territoire équilibré et durable jusqu'à présent, mais plutôt, qu'à l'inverse, il semble avoir régressé en terme de développement socio-économique, en raison d'un déficit d'aménagement du territoire ?

            Pour M. Bandifoh Ouro-Akondo, il s'agit d'un problème de données ; "depuis 1984, les données n'ont pas été actualisées. Toutes les données, démographiques, géologiques, et autres, sont fausses. Mais pour l'aménagement du territoire, on a besoin de données fiables". A la décharge du gouvernement également, selon le Secrétaire d'Etat à l'Aménagement du territoire, la rupture de la coopération avec la communauté internationale a entraîné une diminution des ressources pour mener des enquêtes et exécuter des projets d'aménagement du territoire. "C'est maintenant que nous reprenons", indique M. Bandifoh Ouro-Akondo qui veut être optimiste ; s'il ne pense pas que le Togo peut atteindre un aménagement du territoire parfaitement équilibré en 10 ans, il pense cependant que d'ici là, des améliorations seront faites et que l'aménagement du territoire sera plus équilibré qu'aujourd'hui.

            Car aujourd'hui, l'aménagement du territoire togolais est profondément déséquilibré. La capitale, et les pôles urbains des autres régions, ont vu venir les habitants des campagnes s'installer en masse. Cet exode rural a provoqué une explosion démographique dans les villes du pays, et notamment dans la capitale. Mais les travaux qui sont entrepris, à Lomé par exemple, ne vont pas toujours dans le sens d'une meilleure gestion et d'une meilleure organisation de l'espace pour reprendre les termes du Secrétaire d'Etat à l'Aménagement du territoire.

            Si les égouts relevaient effectivement d'une politique moderne d'aménagement du territoire, qui était bénéfique, à la fois sur le plan de l'amélioration de la circulation, en permettant l'écoulement des eaux de pluie et des eaux usées, et sur le plan de l'hygiène et de la santé publique, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Le réseau des égouts n'est plus entretenu et est désormais bouché car la population, qui n'a pas été sensibilisée au problème du traitement des ordures et qui ne dispose pas, dans la plupart des rues de la capitale et des environs, de poubelles publiques pour jeter les déchets, a rapidement transformé les égouts en dépotoir public.

            On peut alors se poser la question de l'utilité de pareils travaux qui pourraient cependant, s'ils étaient suivis dans la durée, "améliorer le cadre et les conditions de vie de la population". Mais les travaux de nettoyage des égouts, s'ils ont lieu un jour, et qui devront s'accompagner de l'installation de poubelles sur les voies publiques pour éviter que le problème ne se renouvelle, auront sans doute un coût au moins aussi élevé que celui de leur mise en place. Le Togo ne peut pourtant pas se permettre de jeter ainsi l'argent par les fenêtres alors qu'il y a tellement à faire pour aménager le territoire.

            Avec l'approche des élections présidentielles, l'année prochaine, le Président Faure Gnassingbé cherche à présenter un bilan positif de son mandat à la tête du Togo. Les célébrations fastueuses du cinquantenaire de l'Indépendance sur une place rénovée, agrémentée de bassins et de jets d'eau, et illuminée par une série de lampadaires, devraient marquer les esprits, deux mois à peine avant le scrutin.

            Mais les électeurs devront se demander si les investissements privilégiés par le fils de l'ancien dictateur ont réellement été bénéfiques aux Togolais. Car l'achat d'un nouveau véhicule de l'Etat, la rénovation du monument de l'Indépendance, et le dragage de la lagune, n'apportent pas grand-chose à la population. Le dragage de la lagune constitue une opération de salubrité publique et améliorera considérablement le paysage visuel et olfactif des riverains.

Cependant, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets, et comme dans le cas des égouts mort-nés de la capitale, la lagune risque de retourner rapidement à l'état de dépotoir si les pouvoirs publics ne font pas installer des poubelles, en nombre conséquent, sur toutes les voies publiques.

            En ce qui concerne les deux autres choix de dépenses publiques, s'il est vrai qu'ils amélioreront grandement le paysage des Togolais pendant quelques années, c'est à dire jusqu'à ce que le véhicule d'Etat soit terni par l'usage, et la place de l'Indépendance, recouverte de détritus comme le reste de la ville, ils n'améliorent pas vraiment la vie quotidienne des Togolais.

            Il est vrai que l'inexistence d'un budget alloué au ministère en charge de l'Aménagement du territoire n'aide pas beaucoup à rationaliser les dépenses. Après plusieurs tentatives pour obtenir une réponse claire, nous n'avons réussi qu'à arracher au Secrétaire d'Etat que cette déclaration : "Vous ne comprenez pas ! L'aménagement du territoire, c'est la volonté du gouvernement. Ce sont les autres ministères qui mettent ensuite les choses en place". Si l'on doit construire une école, c'est au ministère de l'éducation de s'en charger. Si l'on doit construire une route, c'est au ministère des transports et des travaux publics. Peut-être les enquêtes du ministère de l'aménagement du territoire sont-elles également financées par les divers ministères concernés... On peut cependant s'interroger sur le poids et l'efficacité d'un ministère qui n'a même pas de budget de fonctionnement.

            Espérons en tout cas, comme M. Bandifoh Ouro-Akondo, que la nouvelle politique d'aménagement du territoire sera effectivement plus équilibrée et durable et qu'elle permettra de privilégier l'allocation de ressources pour le goudronnage des routes du pays et le développement des réseaux d'eau et d'électricité sur l'ensemble du territoire, plutôt que sur une unique place de la capitale.

Mariam Kanté


Sécurité sociale dans l’éducation : Les enseignants du privé laissés pour compte

Au Togo, s’il existe des travailleurs qui sont laissés aux oubliettes, et bien il s’agit à n’en pas douter des enseignants, en l’occurrence ceux du secteur privé.Encore quelques semaines et leur calvaire recommence. Le calvaire ce sont les trois ou quatre mois où la plupart de ceux-ci restent sans salaires. Maîtrisards, licenciés ou encore bacheliers travaillent dans les établissements privés sans aucune couverture sociale. Pire, le gouvernement ne prend pas de mesures pour obliger les propriétaires ou plutôt les fondateurs de ces établissements à protéger leurs employés.

« Salaires dérisoires, manque d’estime, absence de contrats de travail, refus de déclaration à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, licenciement arbitraire et abusif… » Voilà le décor de la situation que vivent les millions de Togolais qui s’adonnent à ce métier d’enseignant. Certain y sont bon gré mal gré ou plutôt par la force des choses. Pour les uns, c’est une reconversion : après avoir obtenu leurs diplômes dans d’autres domaines et comme ne pouvant pas à faire dans leur domaine de spécialisation parce que le marché de l’emploi étant saturé s’y adonne comme gagne-pain. Pour d’autres, c’est la vocation mais comme le secteur public absorbe peu les chômeurs, et comme ils ne pouvaient attendre indéfiniment leur recrutement dans la fonction publique, perdent leur temps dans ces établissements privés.

Ces travailleurs vivotent avec des salaires misérables ou plutôt des miettes qui ne garantissent rien ni dans le présent ni dans le futur. Leur avenir est don hypothéqué. Nombreux sont-ils à vivre dans la précarité et même dans la « mendicité ».

A qui la faute ?

Ces diplômés à cause du chômage sont contraints à l’exploitation des « fondateurs d’établissements. Ainsi on assiste dans certaines écoles primaires des agents de maîtrise ou de licence qui servent en tant qu’enseignants. En langage économique, cette situation est qualifiée de « sous-emploi » car ces agents ne mettent pas pleinement à profit toutes les connaissances dont ils sont détenteurs.

Les rudes conditions dans lesquelles travaillent les enseignants du privé sont dues à la mauvaise volonté des fondateurs qui se confondent en de puissants capitalistes. Ces derniers ne visent que le bénéfice. Véritables chefs d’entreprise, ils ne sont que des manipulateurs de calculatrices.

L’important pour eux, c’est de calculer sans cesse les entrées des frais de scolarité et de contrôler strictement les sorties de fonds.

Améliorer les conditions de vie et de travail de leurs employés est le cadet de leur souci. D’ailleurs ces employés sont assimilés à de bêtes de somme en raison du traitement salariale dont ils font l’objet. Ces « perdiems » ne servent qu’à peine à renouveler l’énergie nécessaire à déployer par ces enseignants pour leur bavardage. Les enseignants ne peuvent pas satisfaire à leurs besoins naturels et nécessaires comme « se nourrir, se loger, se vêtir et s’occuper de leurs familles» à cause de la précarité. Cette précarité, émane de la volonté manifeste des fondateurs véreux qui s’obstinent à utiliser comme des esclaves les enseignants.

On les reconnaît par leur refus de signer le moindre contrat de travail avec leurs employés. Ils craignent ainsi d’être poursuivis en cas de manquement par leurs employeurs. C’est pour avoir les coudées franches pour agir et exploiter comme bon leur semble les employés les fondateurs agissent ainsi. Et s’ils sont réticents à signer un contrat de travail, ils sont donc très loin de déclarer leurs agents à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale qui pourra leur garantir quelques sous pour leur vieillesse.

Ces enseignants qui ne cessent de crier leur ras-le-bol ne savent à quel saint se vouer. On en connaît qui ont servi dix ans, vingt ans et même plus dans certains établissements et qu’à leur départ ont été verbalement remercié par le fondateur de l’établissement. C’est une situation déplorable. Un cas très frappant s’est produit, il y a trois mois dans un établissement privé de la capitale : il s’est agit d’un professeur d’anglais, marié et père de deux enfants qui a succombé à l’issue d’une petite crise paludique.

Le fondateur de l’établissement s’est contenté de ne verser à la famille du défunt que le salaire du mois en cours, pas un seul centime de plus. Aucun droit n’est à revendiquer.

Les situations similaires sont légion. Cela interpelle la conscience humaine. Pire les enseignants du privé ne peuvent pas s’organiser en syndicats pour revendiquer leurs droits.

Les enseignants du privé qui, à côté de leurs collègues du public qui après leur titularisation, cotisent pour assurer vaille que vaille leur retraite, n’ont rien à revendiquer que ce soit à l’issue d’une révocation ou que ce soit par départ volontaire.

Le gouvernement interpellé

Le gouvernement doit agir, et au plus vite. On le sait le gouvernement avait exprimé son souci d’œuvrer pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des tous les togolais sans distinction. Cette volonté s’est concrétisée par le protocole d’accords issue du dialogue social tripartite « gouvernement – patronat – syndicat » et signé le 11 mai 2006. Hier le protocole célébrait ses quatre ans de signature mais les clauses sont loin d’être une réalité. Les 127 engagements pris en grande partie restent insatisfaits.

Le gouvernement doit prendre à bras le corps la situation des enseignants du privé car ceux-ci sont aussi des travailleurs à part entière que tel, ils doivent bénéficier des mêmes conditions de travail et de vie que les autres travailleurs. Le gouvernement doit ainsi faire pression sur les fondateurs d’établissements afin que les employés soient traités de façon plus humaine et dans le respect des normes de travail exigées par l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

Jean-Baptiste ATTISSO


 Chronique : 28 ans après sa mort, Bob Marley reste vivant !

Le monde entier a célébré ce lundi 11 mai  2009 le 28ème anniversaire de Bob Marley, le père fondateur du Reggae. Au-delà d’un évènement culturel, c’est un combat pour la liberté, l’égalité et la justice qui est célébrée le 11 mai de chaque année. L’homme est resté immortel grâce à ses œuvres musicales.

Le message véhiculé par les chansons de l’illustre disparu, fils de la Jamaïque est porteur d’une force galvanisatrice qui a inspiré les adeptes de la liberté et la justice sur toute la planète. Son combat par le message, à travers un rythme musical engagé, rejoint une autre méthode de combat, le discours de la non-violence prôné par d’autres éminentes figures regrettées aujourd’hui tels que Mahâtmâ Gandhi, Martin Lutter KING et autres.

L’originalité de ce rythme est due au fait qu’il associe la mélodie, le message et le style de vie qui contribuent à combattre les maux qui sapent la paix et le développement de l’humanité.

La « progéniture musicale » à l’image de Alpha BLONDY, Lucky DUBE, TIKEN JAH etc, a combattu et continue aujourd’hui à dénoncer les inégalités raciales et sociales, le recours et l’usage aveugle de la violence pour régler les problèmes politiques et de gestion du pouvoir dans le monde. Certains grands dirigeants du monde n’ont jamais caché leur administration pour le fondateur du Reggae.

Aujourd’hui nul n’ignore le rôle joué par les « Reggae boys » dans la lutte contre l’Apartheid et l’injustice dont ont  été victimes les noirs sur la planète.

Eu égard à la noblesse de ce type de musique, il convient de considérer sa valeur au-delà d’une simple mélodie. La journée du 11 mai devrait être considérée comme une journée de la justice et de l’égalité dans le monde ; cette journée n’étant d’ailleurs pas loin du 3 mai journée de la liberté de presse qui est surtout un aspect très important de la liberté.

Même si le monde a beaucoup évolué sur le plan de l’égalité des races, certaines parties de la planète sont encore tributaires d’une injustice sur le plan politique, économique et social.

Sur le plan économique par exemple, l’Afrique est marginalisée et écrasée dans ses relations commerciales avec l’Occident, ce qui amenuise ses chances de développement, la privant du coup de sa liberté au plan politico-économique.

La journée du 11 mai devrait dépasser le cadre d’un simple évènement culturel et prendre la dimension d’une journée mondiale de la justice et l’égalité. Elle devrait  renouveler son engagement à relever le défi des injustices qui caractérisent encore la vie des hommes sur terre.

Nasser O.Y.

L'Indépendant Express 77 du mercredi 06 avril 2009
Dossier : Les frères Gnassingbé et la guerre du « sang » : Les  frasques du vrai-faux coup d’état. Le président pris dans l'étau des faux fidèles et des révoltés

Cela fait trois semaines que des tirs nourris à l’arme lourde ont délogé le député Kpatcha Gnassingbé de son fief de Kégué. Son arrestation n'était que le début de la mésaventure pour le demi frère du Président Faure, qui est finalement inculpé de tentative de coup d’État et d’atteinte à la sûreté de l’État. Trois semaines après donc, les supputations vont bon train, les interrogations se multiplient, le doute s’installe et la situation est globalement calme. Du côté des autorités, aucune autre information, sinon des interpellations tous azimuts avec en avant-garde, certains officiers des Forces armées togolaises. Chez le Président lui-même, c’est la désolation et la stupeur. Comment reconnaître le bon grain de l’ivraie parmi ses collaborateurs ? Difficile question qui laisse entrevoir le vrai visage du complot contre Faure Gnassingbé, dont Kpatcha Gnassingbé serait le cerveau, lui-même se présentant comme la victime. Voici l’histoire d’un complot à deux vitesses.

« Attentat contre la sûreté de l'État, groupement de malfaiteurs, rébellion, violences volontaires avec usage d'armes à feu, et complicité de violences volontaires », telles sont les charges, assez lourdes, retenues contre Kpatcha Gnassingbé, par le Procureur de la République, Robert Bakaï, qui a apporté comme preuve de ses accusations l’artillerie devant servir à déstabiliser le pouvoir de Faure, donc le pouvoir de l’État, qui a été exposée à la gendarmerie de Lomé pour les journalistes. Deux vieilles jeeps de commandement, quelques armes à feu, des téléphones portables et leurs kits de connexion, des tenues militaires, des gilets pare-balles, des bottes  de militaires, etc.

Plus tard, c’est le Chef de l’État qui est monté au créneau pour officialiser, en sa qualité de premier magistrat, la nouvelle : « Comme vous le savez, ils ont fomenté une tentative de coup d’état qui devait se dérouler durant le cours de la mission que je devais effectuer en Chine. Ils projetaient de prendre le pouvoir par la force et d’éliminer les autorités légitimes élues… », a martelé Faure Gnassingbé, l’air complètement hagard. Pour lui, « il s’agissait de remplacer la force de la loi par la loi de la force. »  

Le Chef de l’État est allé plus loin dans son adresse à la Nation en qualifiant assez audacieusement l’évènement : « la tentative de coup d’État est non seulement un crime contre la Constitution et les lois de la République mais aussi un outrage fait au peuple togolais qui entend jouir dans le calme des libertés publiques et du développement économique » , une phrase qui a fait sourire les observateurs de la situation politique du Togo qui pensent que le Chef de l’État togolais, et toute la famille Gnassingbé, sont très mal placés pour condamner avec la dernière fermeté une tentative de coup d’État.

 L’histoire des dernières décennies corrobore cette impression générale.

Pendant près de quarante ans, Gnassingbé Eyadéma, père de Faure et de Kpatcha, a dirigé le Togo après avoir assassiné le premier Président de la République, père de l'indépendance nationale, Sylvanus Olympio. C’était en 1963. Quatre ans plus tard, le même putschiste est revenu à la charge pour faire tomber le régime de son successeur, Nicolas Grunitzky, et a pris les commandes lui-même, dans la pagaille généralisée. Il a laissé une nation pitoyable, affectée du syndrome du non développement  et infectée par le virus de la division, de la haine et de la méfiance politique.

Le règne du Général Eyadéma a battu tous les records de violation systématique de la Constitution. Toutes les élections qui ont eu lieu et ont toujours renouvelé son mandat sont dignes des combats du Far West quand on passait du tripatouillage des textes à la manipulation des résultats sans aucun scrupule. Le Président  Eyadéma, au cours de son règne sans partage, avait mis le service public de l'information à son service personnel. Il avait réussi à domestiquer une partie de la presse privée pour en faire une courroie de transmission de son discours de haine. Il avait fait de l’institution parlementaire un club de simples « applaudisseurs », et les gouvernements successifs étaient transformés en  comités de soutien. A l'ère de la démocratie, le Togo était  sous le joug d'une dictature avec un chef unique, appuyé par un parti unique et un système de pensée unique. La nouvelle société voulue par les Togolais, basée sur la liberté, le pluralisme politique et le respect des droits de l'Homme, relevait du domaine du discours et du rêve.  

C’est le RPT, parti que dirige aujourd’hui Faure Gnassingbé, qui a incarné cette situation, aussi piteuse pour le Togo, pendant près d’un demi siècle et qui continue graduellement d’amener le Togo dans cette phase de mauvaise gestion. A aucun moment, l’on n’a évoqué le principe de crime imprescriptible qui devait permettre de juger et de condamner Gnassingbé Eyadéma qui a d'ailleurs été canonisé père de la Nation à sa mort.

L’histoire récente du Togo ridiculise encore plus la tentative de Faure de criminaliser la tentative de  coup d’État dans l’invocation de la Constitution.

A la mort du Général Père le 5 Février 2005, on s’en souvient, l’actuel Président était alors Ministre de l’Equipement. Mais à travers une cascade de manipulations aussi maladroites que honteuses, le simple ministre est devenu député à l’Assemblée, avant d'être parachuté au perchoir du Parlement pour s’emparer du pouvoir dans un chambardement généralisé, avec l’allégeance et la bénédiction d’une armée prétorienne qui a réprimé dans le sang toutes les contestations populaires. Il s’agissait donc d’un Coup d’État, d’un vrai, c'est-à-dire de la prise du pouvoir de façon anticonstitutionnelle et par la force. Les chefs d’orchestre n’étaient autres que Faure Gnassingbé et son demi-frère Kpatcha, des officiers et des barons du régime qui ne trouvaient pas d'autre successeur valable à Gnassingbé Eyadéma que son fils.

A tous ceux-ci devrait donc s'appliquer l’article 150 de la Constitution : « Tout renversement du régime constitutionnel est considéré comme un crime imprescriptible contre la Nation et sanctionné conformément aux lois de la République. » Pourtant, ils ont réussi à remporter les élections présidentielles sur fond d’urnes trouées ou emportées par des militaires pour des destinations inconnues.

Ce petit rappel, juste pour démontrer la véracité de l’adage populaire qui dit que « rira bien qui rira le dernier ». Il n'est pas question de faire l’apologie du coup d’État, en aucun cas, puisqu'il s'agit d'un crime contre l’État, mais de signifier que l’histoire vous rattrape toujours si l'on prend du plaisir à la tutoyer sans vergogne.

Tentative de Coup d’État. Le mot est lâché et continue de susciter inquiétude, scepticisme, doute et interrogations. Comment en est-on arrivé là ? Seraient-ce les dissensions d’une fratrie qui affectent toute une nation ? Revenir sur les causes de  l’antagonisme profond entre les frères Gnassingbé, le jeu en vaut la chandelle.

LES FRÈRES GNASSINGBÉ ET LA GUERRE DU « SANG »

Kpatcha Gnassingbé et Faure Gnassingbé, (la quarantaine), sont deux enfants influents du Général Gnassingbé Eyadéma. Le premier est marié. Il a été Ministre de la Défense du second, quant à lui, Président de la République, et célibataire.

Le premier est attaché à la famille, à la tradition, à la mémoire de leur père, au respect de ce qu’il suppose être le testament moral du Général Eyadéma. Le second est plutôt moderne, cultivé, ouvert, avec un grand penchant pour la vie, les femmes, la démocratie, etc.

Les deux ont grandi un peu loin de leur père, chez un officier supérieur de l’armée togolaise du Sud. Ils ont été à l’école à Lomé et à Kara, notamment au Collège catholique Chaminade  pour Faure et au collège militaire Tchitchao pour Kpatcha. L’entourage des deux hommes reflète les vieilles amitiés de l’école. Faure s’entoure de ceux qu’on appelle les « Chaminadois», et les officiers interpellés dans ce dossier de tentative de coup d’État ont été des amis et camarades de l’école militaire qu’a fréquentée Kpatcha.

  Aucun des deux n’étaient particulièrement brillant, estiment leurs détracteurs,  mais tous deux ont eu le Bac et ont fait des études supérieures passables en Europe et aux États-Unis, et sont donc relativement acceptables sur le plan intellectuel.

 Les deux hommes sont influents dans la cour de leur Père, l’ex-dictateur Gnassingbé Eyadéma. Les deux ont servi dans la cour de leur papa, pendant que celui-ci dirigeait encore d’une main de fer, et sans partage du pouvoir, le Togo. Ils avaient tous deux, chacun à son niveau, des rôles qui leurs étaient confiés par leur Père.

L’actuel chef de l’État, Faure Gnassingbé, était plutôt au coeur de l’économie familiale et par la suite, naturellement, au coeur de l'économie nationale ; puisque le Général ne faisait aucune différence entre ce qui appartenait au Togo et ce qui revenait à sa famille biologique ou politique.

 C’était la confusion la plus totale. Dans ses principaux voyages à travers le monde, on retrouvait dans la délégation de Gnassingbé Eyadéma, celui qui lui succédera en 2005 dans des conditions plus que suspectes. Faure était le Monsieur Finances des voyages de son père, il a été témoin des principaux accords économiques signés entre son père et des sociétés occidentales, notamment de l’Hexagone. Il discutait avec les interlocuteurs de "Papa" de tout ce qui concernait l’économie. Il était aussi un peu impliqué dans les brouilles politiques de son père. Même si son père n’a officiellement jamais proposé ce fils comme successeur potentiel, il le préparait tout de même à la gestion de l’État. Selon des principes parfois incompatibles. Il ne faut pas oublier le fait que chez Eyadéma, corruption et crimes financiers allaient de pair avec ECONOMIE. Faure était donc au coeur  de toutes ces tractations parce qu’il a fait des études en économie entre la France et les États-Unis.

Kpatcha, qui aurait aussi fait des études supérieures de business et de management, notamment un MBA, a-t-on dit, à Londres, servait autrement le pouvoir de son père.

Kpatcha Gnassingbé est comme le fils terrible du Général, non pas forcément en mal, mais en tout. Il a une conception  monarchique du pouvoir. Il a des partis pris sur toutes les questions d’État, confond comme son père l’État Togolais et la famille Gnassingbé. Il est proche de l’armée, et servait même de lien entre les Généraux et son père. Il soutenait aussi des groupes paramilitaires par divers moyens, surtout quand il s’agissait de soutenir le pouvoir de son père. Le Général aimait bien ses deux enfants et personne ne pourrait dire qui des deux était le plus aimé. Il faut dire qu’en privé, l’ex-dictateur Eyadéma était plutôt un homme juste, qui n’aimait pas opposer ses enfants. Il savait d’ailleurs que son pouvoir n'avait pas vraiment de base légale et devrait compter sur la détermination et la fidélité de sa progéniture.

Kpatcha était aussi proche du milieu des affaires. L’argent sale qui alimentait les caisses virtuelles du palais de son père passait en partie par lui. Il a longtemps fait le lien entre les Libanais aux contrats troubles et le palais présidentiel. Il connaissait bien  les réseaux économiques et s’est d’ailleurs constitué une fortune imposante qui lui permet de faire l’aumône, souvent à la saoudienne. Il donne pour renforcer sa popularité dans le bas peuple et au sein des forces de l’ordre. Il faut noter que l’armée togolaise est dominée par des ethnies du Nord et que le fait que le père et la mère de Kpatcha sont originaires du septentrion lui ouvre beaucoup de portes.

CE QUE KPATCHA  ET FAURE SE  REPROCHENT

Depuis que Kpatcha Gnassingbé a été évincé du ministère  de la Défense, il est tombé aux oubliettes, malgré ses incessantes tentatives pour se faire entendre. Le roi avait perdu sa couronne mais ne voulait en aucun cas que son pouvoir en soit diminué.

Pire, son isolement de la société de la Zone Franche, de la SOTOCO et le verrouillage systématique de toutes ses relations ont complètement neutralisé Kpatcha qui ne pensait pas être ainsi récompensé de son rôle déterminant dans la prise du pouvoir par son demi-frère, avec le risque de menaces des tribunaux internationaux.

Dans un voyage en France, l’ex-Ministre de la Défense, qui pensait imposer tout son poids de Ministre africain, de fils d’ancien Chef d’État et de frère d’actuel Président de la République, à des Européens, n’a pu bénéficier de ce privilège. Non seulement il est passé inaperçu, mais aussi et surtout, il a parcouru à pied une longue distance à l’aéroport sans aucune considération officielle. Pire, il a été obligé de revenir  précipitamment parce que ses services de renseignements  l’ont informé de la mobilisation de certaines organisations des Droits de l’Homme qui lui en voulaient pour avoir dirigé et financé  des groupes de milices lors de l’élection présidentielle de 2005 au profit, bien entendu, de Faure.

Cette situation, il l’a vécue comme un affront, un camouflet qu’il impute à Faure. Depuis la prise du pouvoir par Faure, Kpatcha a pu constater que son frère ne fait pas les choses comme au temps du Vieux.

Trop d’ouverture, trop de tendances démocratiques, suspension des réseaux maffieux, des privilèges accordés à des amis, femmes et partisans. Bref, Faure serait en train de brader le patrimoine familial. Le comble pour Kpatcha, c’est sa destitution du ministère de la défense et la neutralisation progressive de tous ses réseaux : économique, financier, militaire...

C’est pourquoi d’ailleurs, il ne cesse de faire circuler dans la région septentrionale du pays la rumeur selon laquelle Faure veut confier le pouvoir aux hommes du sud, à ses oncles donc, et dans le cas échéant, ce sera la chasse aux populations du nord. Un argument, quoique fallacieux, souvent tenu par certains au sein du RPT, mais qui attire toute l’attention des ethnies du nord qui ne peuvent accepter qu’on en arrive là.

Mais Kpatcha bat une véritable campagne dans le nord, circulant de village en village pour sensibiliser chefs, notables et autres personnes influentes. Ceux-ci mordent souvent à l’hameçon, d'autant qu'espèces sonnantes et trébuchantes entrent en jeu.

Cette guerre ouverte entre deux frères de sang a été relayée intensément par la presse nationale et internationale, mais les deux protagonistes ont toujours réussi à faire croire à l’opinion qu’il s’agissait de rumeurs non fondées. Il a fallu que la situation arrive à son paroxysme pour qu’on soit mis devant le fait accompli.

Le dernier épisode du feuilleton a été l’annonce de la création d’une radio FM à Kara, don du député Kpatcha. Résistance acharnée dans le camp de Faure et à ce jour le dossier de la fameuse radio Ewaou est classé… sans suite.

Les discussions intimes avec Kpatcha laissent transpirer la Haine et un désir de vengeance. Il évoque souvent son ex-compagne, Ingrid Awadé, aujourd’hui Directrice Générale des Impôts,   et désormais «femme de main» de Faure. Dame Ingrid est la pomme de discorde ; elle serait non seulement au centre de leur conflit familial, mais aussi derrière la chute de Kpatcha, avec la bénédiction de son demi-frère Président. C'est à cause de la dame de fer des impôts qui s'est attaquée à des opérateurs économiques, qui versaient les droits de taxes et de fiscalité en pourboire à Kpatcha plutôt qu’au trésor national, que les affaires de ce dernier ont périclité. Il s’agit par exemple des importateurs libanais et des commerçants indo-pakistanais qui ont été purement et simplement interdits pour cause de non payement d’impôt.

Kpatcha pense que Faure n’a pas respecté le contrat originel qui faisait de lui l’héritier militaire et de Faure l’héritier politique de Gnassingbé Eyadéma. Il ne voit aucune poigne dans la gestion de l’État, mais un peu trop de sérieux.

Quant à Faure, il est conscient d’une chose : il est fils d’un Gnassingbé Eyadéma qui a laissé  les traces nauséeuses de son passage dans le temps et dans l’espace. Faure est conscient qu’il a été mal élu et qu'il a besoin de se rattraper. Il veut sauver un pays laissé en décrépitude par son père, en se préoccupant de sauver le patronyme GNASSINGBÉ, décrié à travers le monde. C’est pourquoi Faure s’engage, bon gré mal gré, dans les reformes. Même si elles s’exécutent dans une approximation dénoncée par l’opposition et les populations, il réussi des ouvertures qui n'auraient jamais été possibles avec Eyadéma. 

Pour ce faire donc, Faure doit combattre toute tentative de jeter l’anathème et l’opprobre sur ses actions. C’est pourquoi, l’obsession de Kpatcha de revenir à la case départ pour faire du pouvoir d’État un patrimoine clanique et familial est perçue par Faure de la même manière que la grippe porcine par l’OMS.

Si Kpatcha reproche à Faure de dilapider l’héritage de Papa au profit de belles femmes, Faure lui reproche de s'occuper trop d'affaires troubles qui sentent la drogue, et de trafics douteux. Cette mésentente observée et encouragée par des groupes d’influences de divers horizons a fini par aboutir à la séparation finale qui s'est concrétisée par l’inculpation de Kpatcha Gnassingbé dans un complot de coup d’État.

POLÉMIQUE AUTOUR DU COMPLOT

Les diverses réactions politiques, diplomatiques, civiles et populaires qui ont fait suite à la tentative de coup d’État présumée renforcent le doute. La plupart des observateurs pensent que la guerre ouverte par Kpatcha contre Faure est une menace réelle pour l’élection de celui-ci en 2010. Selon cette thèse, Kpatcha Gnassingbé constitue un adversaire politique de taille pour son frère surtout qu’il entretient un certain populisme dans la partie septentrionale du pays. Son élimination politique faciliterait donc les choses et ouvrirait la voie au Président pour l’élection présidentielle de 2010. C’est pourquoi, la position de  Kpatcha, depuis le jour de l’attaque de son domicile qui lui permet de se présenter comme une victime face à un frère Président qui a « tenté de le tuer » selon ses propres termes, est partagée par une partie de l’opinion. Il s'agit du premier visage du complot qui, dans ce cas précis, serait en réalité dirigé contre Kpatcha Gnassingbé.

Cette version ne reflète en rien la position officielle selon laquelle il y a bel et bien complot de coup d’État. Et selon laquelle les preuves ont été apportées, même si certains continuent de nourrir le doute sur ce qui a été présenté comme éléments de preuve.

Les aveux des personnes interpellées, militaires et civils, ont aussi permis au pouvoir judiciaire d'accepter la thèse d’un complot de coup d’État, sérieusement préparé par Kpatcha Gnassingbé.

LES  PLANS D’ATTAQUE EN QUESTION.

L’opération, d’après les informations en notre possession, devait être menée contre le Président, le jour même de son voyage pour la Chine. Le coup d’État devait donc avoir lieu  le 13 avril 2009. Les putschistes auraient planifié de liquider physiquement le Président, au moment où il s’apprêtait à monter dans  l’avion. Ce premier plan devait ainsi leur ouvrir les portes de la présidence.

Au cas où ce plan ne fonctionnait pas, un autre était prévu : organiser le putsch quand le Président était à l'étranger, prendre le pouvoir et empêcher son retour au pays. Ce plan avait pour mode opératoire l’organisation, en l'absence du Chef de l’État, de troubles sociaux dans le pays, ce qui aurait obligé les forces armées à prendre le pouvoir, sous la houlette de Kpatcha Gnassingbé. Cette stratégie avait déjà été pressentie au moment de l’interdiction d’une marche contre la vie chère, quand associations et certains partis politiques s’étaient mobilisés. Mais à la dernière minute, ces organisations avaient reculé, craignant l’intrusion d'éléments étrangers qui auraient donné une autre orientation à la marche. A l’époque on avait soupçonné Kpatcha Gnassingbé et certains hommes politiques de préparer le coup. 

Un troisième plan non moins terrible aurait consisté à opposer les militaires dans les garnisons de la capitale. Cela aurait constitué une sérieuse attaque et il aurait fallu qu'un homme surgisse alors pour sauver la Nation en péril. Et c’est le député Kpatcha qui devait être l'homme de la situation.

Dans tous les cas, les étapes étaient minutieusement planifiées : déclarations radio-télévisées, prise des antennes nationales des radio et des télévisions, publication d’un gouvernement de transition, libération de certains prisonniers et engagement à poursuivre le processus de démocratisation du Togo.

En fin de semaine dernière, le Procureur de la République est encore sorti de son silence pour faire le point, en apportant des précisions sur les personnes interpellées, celles qui ont été libérées et celles qui ont été envoyées en prison. Selon lui, à l’heure actuelle, 10 civils ont été déférés à la justice, inculpés et mis sous les verrous. « Que ce soit au niveau des civils comme des militaires, des aveux circonstanciés ont  été faits par les principaux inculpés. », a-t-il déclaré.

Le Procureur dit détenir d’autres éléments sérieux qui renforcent la thèse d'une tentative de coup d’État : « Les discours qui devaient être prononcés après le renversement des institutions de la République ont été saisis et mis sous scellés».

D’après des informations recueillies auprès de différentes sources, il s’agit d’une clé USB que le présumé chef du gang de Kpatcha aurait remise à un de ses frères. La plupart des fichiers de ladite clé sont verrouillés par un code, sauf celui comportant la liste des membres du gouvernement issus du coup d’État et les discours des putschistes.

Avec tous ces éléments entre les mains de la justice togolaise, Kpatcha n’a plus de porte de sortie, puisqu'ils vont tous dans le sens de la thèse d'une tentative de coup d’État.

Le Député, principal inculpé dans cette affaire, a refusé l’assistance d’un avocat et est entré dans un silence de cimetière au tribunal. Les réactions à travers le pays et dans le monde sont les mêmes ; les observateurs de la scène politique semblent prendre avec des pincettes cette thèse de tentative de coup d’État. La plupart des partis politiques, du CAR  à la CDPA, de l’UFC à l’OBUTS, et tous les micro-partis qui gesticulent sur la scène politique, tous se réfugient derrière la formule bateau qui consiste à exiger que la lumière soit faite sur l’affaire et que les personnes interpellées bénéficient d’un procès juste et équitable.

Même son de cloche chez les organisations internationales et les représentations diplomatiques qui ont l’obligation de se ranger aux positions officielles. Dans l’opinion, on continue de nourrir un certain scepticisme et d’attendre le coup de théâtre qui va peut-être renverser toutes les théories du moment.  

FAURE DANS L’EMBARRAS LE PLUS TOTAL

Depuis l’inculpation de son frère, suivie de son discours à la Nation, Faure Gnassingbé est acculé à des contradictions insurmontables. Il est aujourd’hui en face de deux voies possibles. Quelle formule faut-il adopter pour resserrer le lien et la cohésion familiale, affectés par cette opération commando menée par lui contre son propre frère ? La relaxe de Kpatcha Gnassingbé ouvrirait une porte de sortie honorable au député inculpé. Mais cette voie est bloquée par les engagements pris dans son discours, les exigences des partis politiques et des représentations diplomatiques, les pressions extérieures qui exigent la lumière sur toute cette affaire et surtout les menaces de la famille Gnassingbé et des proches de Kpatcha qui digèrent mal la mésaventure de Kpatcha. Faure, dans le traitement de ce dossier doit également faire face à un courant d’opinion qui pense que cette histoire de tentative de coup d’État n’est qu’un montage pour faire gonfler sa popularité face à l’échéance de 2010. 

Le second problème de Faure aujourd’hui est celui de la conservation du pouvoir après ces événements catastrophiques qui le mettent sur le pied de guerre.

Le Président voit des ennemis partout, et visiblement à raison. Le système de sécurité est à son maximum. Faure voit venir le mal de partout. Pour assister au défilé de la fête de l’Indépendance, il s’est enfermé dans un bunker blindé pour être à l’abri de toute maladresse d'un mécontent ou d’un révolté. Pour allumer la flamme de l’Indépendance, on a dû multiplier le nombre de forces spéciales de sécurité qui se sont déguisées en groupes de sympathisants qui saluaient à coup d’applaudissements nourris, le passage, en vitesse, du Président.

Au palais des congrès vendredi dernier, lors de la célébration du 1er mai, fête du travail, le Président est sorti par une petite porte, dans une discrétion qui a surpris les travailleurs.

Au même moment les officiers, sous-officiers et militaires des différents camps d’armées sont divisés sur la question.

A ce jour, l’immunité parlementaire du député n’est pas encore levée, et le RPT, qui a condamné l’acte de Kpatcha et renouvelé sa confiance au Président Faure, commence à baisser d'un ton. Le meeting organisé à Agoenyivé à Lomé qui a vu les discours « réparateurs » du Secrétaire Général  et des autres ténors du parti, justifie à suffisance que le parti de Faure Gnassingbé traverse une période difficile remplie de confusion et de contradictions.

Au sein de l’armée, Faure marche aujourd’hui sur des oeufs. Des officiers interpellés ont été libérés et d’autres, nous fait croire le Procureur sont à la disposition de leurs corps d'armée avant d’être envoyé à l’autorité judiciaire : «  18 militaires dont 5 officiers, 10 sous-officiers et 3 hommes de rang ainsi qu’un officier adjoint de police sont sous sanction disciplinaire de leurs corps respectifs avant leur remise aux autorités judiciaires. » Une phrase qui ne dit pas comment ni pourquoi ces officiers bénéficient de ce statut spécial de sanction disciplinaire, et quelle est la nature de cette sanction.

Ou bien le dossier est confié à un tribunal militaire qui va jusqu’au bout, ou bien le juge d’instruction s’en occupe sur toute la ligne.

Cette note de réserve est donc caractéristique de la confusion et du cafouillage total qui entourent ce dossier qui a besoin de plus de lumière et de plus de responsabilité de la part de l’autorité judiciaire et du premier magistrat de la Nation, qui n’est autre que le Chef de l’État. 

Faure Gnassingbé, qui sort complètement affaibli de cette situation, a en face de lui trois familles minées par des divisions internes. La famille Gnassingbé, divisée quoiqu’on dise sur la question, la famille politique RPT, dont il est le président, et la famille des FAT, icône de l’appui des deux précédentes qui ne se porte pas aussi bien depuis le début de cette affaire.

LES FAUX FIDÈLES ET LES RÉVOLTÉS.

L’histoire de l’incapacité de Faure à gouverner le Togo est largement partagée et même décriée par ceux-là même qui se disent les plus proches du Président.

Ce sont ces collaborateurs que nous qualifions ici de faux fidèles et qui pensent, et qui le disent par plusieurs canaux, que face à des situations devant lesquelles le Président reste incapable, ils auraient pu faire du génie. Ce sont des ministres, des officiers, des directeurs généraux et des amis, qui affirment qu’ils feraient mieux dans la gestion du pays s’ils étaient à la place de leur chef. Et lorsque dans un État, un chef ne peut pas faire confiance ou inspirer confiance à ses collaborateurs directs, si ces collaborateurs préfèrent profiter  des erreurs de leur patron pour se faire valoir dans des actes et des comportements infidèles et hypocrites, si, enfin, ces collaborateurs ne peuvent pas mettre leur compétence au service de la réussite du patron et qu’il nourrissent des ambitions contre lui, il se pose alors un véritable problème.

D’après nos investigations, et face aux derniers évènements, le gouvernement actuel est plombé par ces faux fidèles qui plantent suffisamment de poignards dans le dos du Chef de l'État et qui continuent pourtant de briller autour de lui comme des collaborateurs sûrs.

Il y en a qui pensent, comme la plupart des togolais, que le Togo n’appartient pas au clan Gnassingbé et qu’il est important de faciliter le départ de cette famille de la scène politique, mais ils veulent prendre la suite pour faire preuve de leur propre expérience du pouvoir.

 Ces collaborateurs du Président Faure travaillent donc à le fragiliser. La plupart entretient d’ailleurs des relations d’affaires avec le député Kpatcha qui vient d’être inculpé et font maintenant preuve d'une extrême prudence.

C’est d’ailleurs pourquoi il se dit dans les couloirs politiques et diplomatiques, qu'il est nécessaire de remanier en profondeur le gouvernement et d'effectuer des changements à la tête de certaines institutions et certaines sociétés d’État. Une restructuration qui permettrait ainsi d’éloigner la race de ces amis infidèles pour permettre la poursuite des reformes, avec une véritable volonté politique et une réelle sincérité.

Parmi les révoltés, se citent d’abord les éléments des forces armées togolaises qui ont bénéficié des largesses de Kpatcha et qui sont aujourd’hui privés de ces privilèges. Il y en a qui ont entraîné leurs familles et des communautés entières dans cette révolte qui nuit aujourd’hui à l’image de Faure et renforce la division au sein du RPT et de l’armée.

Voilà où vont être mises à l'épreuve la vigilance et la dextérité d’un chef d’État qui a désormais à dos, ses propres amis et frères, à côté d’une opposition qui reste dans la contestation de la gestion du pouvoir de l’État, et d’une communauté internationale qui attend le respect des engagements démocratiques pris.

Lorsqu’on prend le pouvoir dans la contestation, il faut être capable de l’assumer et de répondre aux attentes du peuple. Et lorsqu’on n'arrive pas à prendre ses responsabilités, on fini par se retrouver dans une situation de paranoïa généralisée qui fait voir à tous les niveaux des ennemis, des complots susceptibles de déclencher, la vengeance chez les uns, la révolte chez les autres. Et dans ce cas, le pouvoir se perd de façon inexorable et la légitimité populaire fini par l’emporter.

Alfredo Philomena.


Chronique : L’opinion publique pour la démocratie en Afrique

L'Afrique est toujours victime de son impréparation à la démocratie, de son passé lointain et récent qui s'accorde difficilement avec les principes démocratiques.

Historiquement, il est reconnu que la culture de la loi écrite et de son respect n'a pas été une tradition africaine. La dévolution du pouvoir selon des normes écrites a du mal à se pérenniser en Afrique.

Les principales difficultés de la démocratie africaine tirent leur source dans cette absence de la tradition des textes légaux. C'est ainsi qu'on assiste à l'adoption des textes taillés sur mesure et de la loi fondamentale modifiable sans cesse ou remise en cause à tout moment. Dans ces conditions, la démocratie a encore du plomb dans l'aile. L'Afrique, quant à elle, a encore un long chemin sur le terrain de l'apprentissage.

Pour avancer, l'Afrique a besoin d'une révolution dans le comportement de ses fils. Aujourd'hui dans chaque pays africain, il n'existe que des opinions nationales alors qu'il devrait plutôt exister une opinion publique nationale. Le besoin d'une opinion publique représentative se fait sentir pour tirer la jeune démocratie africaine vers l'avant. Là où les hommes politiques ont échoué, la société civile bien organisée peut réussir à travers des actions responsables.

Il faut que naisse dans chaque pays une opinion publique forte pour peser sur les pouvoirs publics dans la prise des décisions engageant la vie nationale.

Les citoyens d'un même pays sont unis par un destin commun et doivent forcément s'unir autour de cet idéal dans une action commune chaque fois que le besoin s'en fait sentir. L'opinion publique doit manifester son approbation ou sa désapprobation à l'égard de tout acte de gérance des citoyens. La volonté populaire doit se faire sentir, être plus lisible et plus contraignante à l'égard des dirigeants africains. Tout cela doit se faire à partir d'une société civile plus organisée, plus représentative et incarnant la volonté populaire.

La société civile, à l'image de la presse africaine, doit devenir un pouvoir de fait ou de droit pour jouer un rôle de contre-poids à l'exécutif qui a tendance à écraser les autres pouvoirs constitutionnels. La force mobilisatrice des organisations de la société civile ne se fait pas sentir en Afrique. Dès lors, on comprend aisément le manque d'intérêt des citoyens vis-à-vis de ces organisations.

La constitution d'une opinion publique harmonieuse, digne de ce nom, mettra la pression sur les gouvernants pour les contraindre à servir le peuple avant de se servir.

L'opinion publique doit, dans ces conditions, se donner les moyens de s'opposer à tout acte contraire aux intérêts du peuple et de ses acquis démocratiques. Cela constituera une sorte de baromètre pour mesurer les actes des dirigeants. L'opinion doit pouvoir faire peur à la classe dirigeante au point de l'obliger à ne pas ignorer les aspirations du peuple qui lui a donné le mandat de représenter ses intérêts. En Afrique, une société civile jouant pleinement son rôle sera une alternative aux dérives antidémocratiques visibles çà et là depuis l'enclenchement du processus démocratique.

L'élite africaine a le devoir, donc, de contribuer à l'émergence d'une vraie opinion, au-dessus des considérations partisanes.

La jeune démocratie africaine en a besoin pour grandir.

Nasser O.Y.


 Éditorial : Faure et Kpatcha ou la fantastique histoire de Caïn et Abel !

« Nous sommes dans une grande villa nantie de tous les conforts du monde. Tous les objets qui s’y trouvent sont estampillés de marques rares, originales. Certains comme des cuillères ou d’autres couverts ressemblent ou sont en or.  L’atmosphère est loin d’être tropicale, elle glaciale au sens propre et au sens figuré, comparable à un climat méditerranéen. C’est dont l’intensité du climatiseur géant qui alimente toutes les chambres de la villa.  Au salon, un poste téléviseur  à écran plat XXL est à distance raisonnable des meubles en cuir fin. Dans la pièce donc, faufile un occupant qui avec une allure de jeunesse, est modestement habillé. Il fait le va-et-vient entre le salon où il se console en zappant à la seconde, les chaînes de télévision étrangères avant de revenir prendre un tel ou un tel autre journal.  Quelques paragraphes parcourus, le lecteur jette l’éponge. Une démission qui coïncide avec quelques coups de fil qui l’agacent et qui l’intéressent en même temps. Il est obligé de décrocher puisqu’on ne sait jamais celui qui peut annoncer la bonne ou la mauvaise nouvelle. Les temps qui courent sont extrêmement dangereux.  L’insécurité est grandissante malgré toutes les mesures spéciales renforcées en l’espace de deux semaines.  Il se dirige vers la table à manger pour prendre un verre d’eau qui ne le satisfait pas. Un peu de Whisky panaché  à un arôme  genre Safari pourrait faire partir quelques soucis ; mais impossible. Il se gratte la tête et se retourne au miroir pour constater un dépaysement qui se lit sur ses cheveux qui ont pris  plus d’âge. Dieu sait consoler. L’occupant de la fantastique villa tire le Chapelet de sa poche,  il balbutie un « Je confesse à Dieu », marmonne un Pater puis trois ave Maria, mais se rend compte qu’il n’arrive pas à se concentrer dans ce recours ultime. Il reprend le téléphone pour composer un numéro, sans doute d’une maîtresse, qui le rassure et le console avec des mots romantiques. Un petit rendez-vous et bientôt il donnera un petit congé à ses soucis, le temps de renverser le temps. Il finira par s’endormir et jusque là, le sort le poursuit. Il semble vivre un rêve cauchemardesque qui en fait n’en est pas un. C’est un songe, un voix intérieure, très lourde, très amplifiée le tutoie comme pour exciter un remord qu’il cache intérieurement. Un bouffée d’adrénaline remplit son estomac après qui eut entendu la phrase « Faure, qu’as-tu fais de ton frère Kpatcha » Cette voix, il l’entend partout ; à travers des coups de fil, à travers de émissions radio, à travers des discussions privées, à travers les journaux, à travers des réflexions personnelles ou même à travers des prières. » Il sursaute et revient recommencer tout le processus qui l’a conduit au lit. Tout ce scénario se passe sous l’œil vigilant de certains hommes en treillis, qui excellent pour certains dans le zèle en posant des questions et en donnant des instructions, mieux des recommandations fermes à leur chef. « On ne peut pas aller en ville comme vous le souhaiter excellence, c’est dangereux… là, ce n’est pas sécurisant… là encore des mesures de sécurité ne sont pas suffisante…bref, l’homme est pris en otage. 

L’histoire allégorique  précédente jonchée  de métaphores et de mythologies retrace le quotidien d’un chef d’Etat. Faure Gnassingbé.  Depuis le 12 avril qu’il s’est rendu compte qu’il pouvait subir les pires formes de danger qui peuvent coûter la vie, Faure a cessé d’être un homme libre, il est pris en otage par tout le monde, son service de sécurité, son entourage immédiat, ceux qui font semblant de partager sa cause et sa douleur  et ceux qui pensent que sa vie se trouve désormais entre leurs mains.

Faure Gnassingbé, le Chef de l’Etat togolais a arrêté Kpatcha Gnassingbé, l’a jeté « en prison » pour des raison d’Etat » puisque celui-ci a tenté de faire un coup d’Etat. Depuis lors, Faure est rentré dans une prison psychologique qui lui provoque des hallucinations comme celles vécues par un personnage de l’histoire de la bible.

Un rapprochement tout simple pour caricaturer la situation.

Dans le premier livre de la Pentateuque, Caïn et Abel étaient les fils d’Adam et Eve. Selon la bible, Abel faisait paître les moutons, Cäin cultivait le sol. A la fin de la saison, Caïn apporta au seigneur, une offrande des fruits de la terre ; Abel apporta lui aussi des prémisses de ses bêtes et leur graisse. Le seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande mais il détourna son regard de Caïn et de son offrande. Caïn en fut très irrité et son visage fut abattu. Le seigneur dit à Caïn «  pourquoi t’irrites-tu ? et pourquoi ton visage est-il abattu. Si tu agis bien, ne le relèveras-tu pas ? Si tu n’agis pas bien, le péché tapis à ta porte, te désire. Mais toi, domine le. »

Caïn parla à son frère Abel et lorsqu’ils furent au champ, Caïn attaqua son frère Abel et le tua. Dieu dit à Caïn tu est maintenant maudis du sol qui a ouvert la bouche pour recueillir de ta main le sang de ton frère. Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa force. Tu seras errant et vagabond sur la terre. » Ainsi maudit le créateur.

Dans ce rapprochement, il est difficile de savoir entre Faure et Kpatcha celui qui est Caïn et celui qui est Abel. Mais ce qui est sûr c’est qu’il y a une convoitise quelque part, le Pouvoir et ses délices ; les deux frères pensent pour chacun être la victime. Kpacha dit que c’est son frère Faure qui a voulu le tuer et Faure de proclamer que c’est Kpatcha  qui a voulu l’éliminer. Equation difficile pour notre éditorial surtout que fort heureusement nul n’a réussi à tuer l’autre mais ce le supplante c’est que l’un Faure a réussi en arrêter son frère pour le jeter en prison. Des chefs d’Etat, des amis personnels à Faure et la famille Gnassingbé a toujours plaidé pour que les deux entendent, comme Dieu a prévenu Caïn. Ils n’ont pas écouté et sont tombés dans le péché aujourd’hui, le péché qui s’apparenter à l’emprise de l’un sur l’autre au nom des intérêt. C’est donc l’histoire de Caïn et d’Abel et les deux frères ont intérêt à s’entendre sinon la malédiction de Dieu sera la même. Ou bien l’un ou l’autre, ou bien tous les deux vont subir la malédiction infligée à Caïn, celle qui consistera donc à les renvoyer en exil, dans l’errance, la désolation et la privation.

Dieu a doté tout homme d’une conscience, il est impossible pour tout homme de poser des actes répréhensibles et d’en avoir le cœur net. Le regard de Caïn qui a inspiré notre éditorial suivra et touchera le remord de tout un chacun.

C’était la merveilleuse histoire de Caïn et d’Abel, adapté à la guerre du Sang chez les frères Gnassingbé.

Voila donc pourquoi Faure dans tous ses retranchements ne sera jamais libre, et Kpatcha dans toutes ses privations ne sera non plus libre. Entre nous, c’est la loi de la Nature. Que celui qui a de l’intelligence, comprenne.  

Alfredo PHILOMENA

 

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