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Lome, le 6
avril 2009 - Depuis le 28 mars 2009, une délégation de lycéens,
d’enseignants, de fonctionnaires, de reporters et de chercheurs Allemands
séjourne au Togo pour une expédition dans le passé. Ce retour dans
l’histoire coloniale allemande au Togo est organisée par l’association
"Wuppertal Initiative pour la tolérance et la Démocratie". Le directeur
du projet, Sebastian Goecke explique que "La nouvelle génération doit
se faire une idée de ce que leurs ancêtres cherchaient en Afrique ; ce
qu’ils ont amené, ce qu’ils y ont trouvé. Et ce qu’ils ont
emporté et surtout quelles étaient leurs relations avec les
autochtones et quel souvenir on doit garder de cette période coloniale
au Togo".
Il faut noter que le Togo est l’un des rares pays au monde qui regrette une
colonisation. Qui préfère une colonisation a une autre. Les Togolais
préfèrent donc la colonisation allemande – le moindre mal - a celle
francaise – l’exploitation et l’esclavagisme pur et dur. L’écrivain togolais
Kangni Alem dont le roman Les esclaves à paraître bientôt,
explore un pan entier de la traite négrière dans le Dahomey et fait une
analyse de cette curieuse relation entre un peuple colonisé et son
colonisateur, dans un article (LA
COLONISATION ALLEMANDE AU TOGO:TRACES ET MEMOIRE (1884-1914) paru sur son blog :
http://togopages.net/blog/?p=86.
La colonisation allemande au Togo n’a duré en tout que 30 ans, de
1884 à 1914. 30 ans d’une relation qui, plus de 125 plus tard, conserve
encore l’arrière goût d’un amour interrompu, inachevé. Alors que le passage
du colon Français est perçu comme une malchance, le bref séjour du colon
Allemand se rumine avec regret comme une naissance manquée, comme si, en
laissant les Allemands partir en 1914, le Togo avait loupé de prendre le
carrefour de son véritable développement pluridimensionnel. On en parle
toujours sur les airs de « si je savais » et le « temps passé ne revient
plus ».
Ce temps passé, celui du passage des Allemands au Togo, va être
revisité. La délégation va sillonner le Togo d’Est en Ouest et du Sud à
Sokodé, sur les pas des anciens colons allemands, à la recherche des traces
des ancêtres. Des traces d’un éphémère passage de colons allemands qui ont
laissé dans les mémoires de leurs contemporains Togolais, des empreintes de
mammouths dans les glaciers polaires. Des contemporains qui n’ont pas tari
d’éloges et qui ont rapporté à leurs descendants Togolais, les moments
fastes avec les Allemands. Des empreintes qui disent, préférablement qui
content une histoire d’amour interrompue par la 1ère Guerre Mondiale. Une
idylle coupée par la raison du plus fort. Conséquemment, les décisions de la
Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU, de retirer le territoire du Togo et
de le confier à la France et au Royaume-Uni, ont aujourd’hui le visage d’une
injustice.
Qu’est-ce qui explique un tel regret ? L’argument qui revient
toujours est celui de la solidité et de la durabilité des réalisations des
Allemands. En réalité, il est épatant de voir encore aujourd’hui les ponts
et les bâtiments construits « du temps des Allemands », résister à la
rouille, au temps ; se dégrader lentement alors que les bâtiments et les
ponts construits par les Français, après le passage des Allemands,
s’écroulent ou sont depuis dans une totale ruine.
Le second argument qui soutient ce regret porte également sur les
tecks que les Allemands avaient introduits en 1902 et fait planter surtout
dans la région centrale et dans les plateaux, avant que cet arbre ne
s’étende sur tout le territoire. Ils ont aussi introduit les manguiers, les
goyaviers et bien d’autres espèces. Pour qui est passé par Zébévi,
l’image des manguiers centenaires est le témoin de cette période. Sans
compter les légumes. C’est pourquoi il n’est pas surprenant d’entendre de
séniles personnes regretter cette époque : « si ça avait été les Allemands,
le Togo ne serait pas comme ça ». On ajoute trivialement que les Allemands
sont des « bosseurs », qui vont au charbon, alors que les Français sont de
« coquets fainéants de bureaux, propres, les mains dans les poches et bons à
donner les ordres ».
Il faut signaler par exemple que lorsque la colline Adadia avait été
cédée le 20 mai 1888, après la grande palabre de Dikpéléou, l’expéditeur
Wolf dans l’hinterland togolais, fondateur dans l’Akposso de Bismarcksburg,
s’était empressé de construire un poste et surtout de planter sur 8 600 m2,
des légumes venus d’Europe et des fruits exotiques. Voir
http://reynier.com/Histoire/Colonisation/Allemagne_Togo.html#Implantation.
On peut aussi avancer l’hypothèse de l’urbanisation de la ville de
Lomé dès les années 1889, avec les deux rues tracées par Küas qui
constituaient les limites Ouest et Est de la ville: la ’Regierungsstrasse’’,
aujourd’hui Rue du Maréchal-Gallieni et la ’Missionsstrasse’’, la rue
Maman-N’danida, en plus des trois autres rues qui existaient déjà : ‘’Hamburgerstrass’’(rue
du Commerce), ‘’Bremestrasse’’ (rue du Maréchal-Foch) et ‘’Markstrasse’’
(rue du Grand-marché). Cf. Les administrateurs Allemands de la ville
de Lomé, AMEGAN Francis Kwassivi
(Département d’Allemand) .
On peut enfin avancer l’hypothèse de l’autonomie du Togo sur le plan
financier, sans nul besoin des subventions de la métropole. Ce qui fit
qualifier le Togo de Musterkolonie, la colonie modèle. Un modèle que les
Français, avec leur administration particulière des colonies, avaient tôt
fait de détruire et de compromettre durablement le développement. Les
recettes locales douanières servaient au développement du pays, tandis
qu’avec les Français, les recettes servaient à développer la métropole. Et
il ne faudrait pas oublier le Wharf et le chemin de fer, qui longtemps
firent la fierté du Togo.
Si ces hypothèses ne disent pas avec exhaustivité la raison de ce
regret, il n’en demeure pas moins évident que le séjour des Allemands est un
séjour qui a marqué nos ancêtres et semble manquer aux descendants. On peut
regretter que cette expédition arrive au moment où il ne resterait plus
aucun survivant de cette période pour rendre un vivant témoignage de
l’époque. N’empêche, peut-être parviendra-t-elle à expliquer cet amour
bizarre entre le dominateur et le dominé, avec ce que cela implique
d’exactions.
Ainsi, après les villes et localités d’Aného, Zébévi, Togoville,
Baguida, Lomé, Mischahoe (Kpalimé), Kamina, Atakpamé, ils fouleront la ville
de Sokodé et Kparatao du 5 au 7 avril 2009. Il se souviendront que
c’est un 7 mai 1889 que l’expéditeur Wolf conclut un traité avec le chef
supérieur des Kotokolis, soit 5 ans après le traité de protectorat signé
entre Nachtigal et le roi Mlapa III de Togoville. Des pas dans le présent à
la recherche du passé. Ils visiteront le cimetière allemand. La délégation
se rendra aussi à Kparatao (Paratao) qui fut le premier poste, avant que le
Dr. Kersting ne le transfère en 1898 à Sokodé, parce que mieux situé
sur la colline.
De Bismak à Angela Merkel ou au président allemand Köller avec
l’infâmante parenthèse de Hitler, de Nachtigal à Alexander DECKMANN,
ambassadeur de l’Allemagne au Togo en passant par von Massow, de Kling, von
Doering, von François, etc., de Mlapa III à Faure Gnassingbé, en passant par
les chefs Adjallé, Olympio, Ajavon, Sylvanus Olympio, Nicolas Grunitzky, le
colonel Kleber Dadjo, le Général Gnassingbé Eyadema, 125 ans sont passés.
Les hommes ont changé. L’Allemagne, après son geôle gémellaire en Est et
Ouest, a fini par retrouver la fibre familiale et à redevenir « un » en
1989, avec une chute fracassante du mur de Berlin. Le Togo, après l’ablation
de sa partie occidentale confiée au Royaume-Uni, n’a véritablement pas
changé. La partie occidentale est toujours rattachée au Ghana sans que
personne ne revendique cette partie du territoire. Les crises de Bakassi
entre le Cameroun et le Nigeria n’ont pas inspiré les Togolais pour un
semblant de velléité. Entre ces deux pays, les relations ne sont plus les
mêmes. Du colonisé au colon, on en est aux relations de partenariat et
de coopération entre les deux pays souverains.
C’est donc dans ce contexte que les fils, les petits-fils et les
arrière-petit-fils des colons viennent revisiter l’histoire. Mais une chose
est certaine : personne ne contera pourtant la véritable histoire de cette
côte, de Lomé à Grand Popo, qui vraisemblablement semble avoir été foulée
pour la première fois par les Portugais Joao de Santarem et Pedro de Escobar
vers 1470-1475. Qui dira les noms des esclaves emportés par les négriers ?
Qui contera l’histoire de cette histoire en blanc et noir entre Blancs et
Noirs ? Mais cette expédition aura au moins le devoir de sauver et de
restituer certaines reliques d’une histoire d’amour entre deux peuples.
C’est le lieu de le dire, le Togo, tel qu’il se présente aujourd’hui est une
création de l’Allemagne. Plus qu’un retour dans le passé, c’est aussi un
pèlerinage à la genèse d’un pays abandonné à 30 ans qui aujourd’hui a 125
ans.
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