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INTERVIEW
DE
ELOI
KOUSSAWO,
ACCORDEE AU JOURNAL REPORTER
(
Parution du vendredi 6 septembre 2002.)
1-
Monsieur Eloi Koussawo, vous revendiquez la
paternité des informations publiées dans deux
journaux et qui ont occasionné l'arrestation de
Claude Améganvi. Reconfirmez-vous les faits?
Je
le confirme non seulement par voie de presse, mais
également je précise avoir envoyé
depuis une dizaine de jours au président du
tribunal en charge de ce dossier, une déclaration
faite sur l’honneur avec la signature légalisée
chez un notaire Belge. Je dis pour la énième
fois que Claude Améganvi n’a jamais été
associé , de près ni de loin, à la confection
de ce document sur la fortune d’ Eyadema et un
de ses fils.
De
source proche du sérail, nous apprenons que malgré
le fait que j’ai reconnu la paternité de ce
document, le pouvoir se prépare à faire
condamner Claude Améganvi à une forte peine
d’emprisonnement assortie d’ une forte amende.
La nouveauté, c’est que Eyadema a décidé
finalement d’étendre la plainte à ma personne,
puisque je n’ai pas accepté leur proposition de
corruption. Attendons de voir l’acrobatie
juridique qu’ils utiliseront. En réalité, les
juges aussi sont fatigués de cette parodie de
justice.
Vous
savez, notre organisation MO5 a publié cette
information sur la base des éléments de preuve
en sa possession. Le pouvoir dictatorial fait
semblant d’ignorer les accusations sérieuses
contenues dans l’article pour s’accrocher à
l’aspect « Forbes ». Nous avions
bien indiqué que le pouvoir est tombé dans le piège
« Forbes ». L’Affaire doit aller
jusqu’au bout ! Lorsque vous regardé bien
la liste de Forbes, vous n’y trouverez pas
mentionner les noms des barons de la drogue ou des
chefs des groupes mafieux pour la seule raison que
les critères retenus sont bien définis au regard
d’une certaine moralité. Mais cela n’empêche
pas que le prestigieux magasine fasse cas, comme
c’est le cas ici de personnage se voulant
vertueux mais qui nage dans les eaux boueuses de
l’enrichissement illicite, des détournements,
des trafics de tout genre. Nous avons
le nom de Mobutu et autres dans ce registre.
Si EYADEMA pense qu’il n’est pas sur ce
registre qu’il nous fournisse la liste de ses
biens et de ceux de sa famille après 35 ans de
pouvoir absolu. Cela aura l’avantage de situer
et le Magasine Forbes, le MO5 et l’opinion
nationale et internationale. Ce que nous savons
c’est que les biens de Monsieur EYADEMA et de sa
famille ne proviennent pas des indemnités liées
à sa fonction de chef de l’Etat togolais. Le
moment venu nous ferons sortir des dossiers noirs
avec des preuves sur sa fortune pour qu’il n’y
ait
plus d’émoi au Togo ou ailleurs. De
toute façon, au Togo, EYADEMA n’a pas d’arriérés
de salaire et il n’est pas inscrit à
l’assistance sociale au Togo. Alors il doit être
quelque part!
Nous
avions donné dans un autre article, une liste de
banques. Cette liste n’est pas
exhaustive ; le peuple peut compter
sur le MO5.
2
- Vous êtes le Coordinateur Général du MO5, Un
Mouvement considéré comme le fer de lance de la
Jeunesse togolaise. Que peut
ce mouvement dans cette période difficile
de la lutte pour la démocratie au Togo?
Au
MO5 nous n’avons pas la prétention d’avoir le
monopole de la lutte. C’est pourquoi nous lançons
des appels en direction de tous ceux qui, Togolais
ou non, peuvent aider le Togo à sortir de la
dictature quarantenaire
pour qu’ils s’associent à la lutte
commune. Nous avons besoin de nous resserrer les
coudes et il n’y a pas de salut dans des actions
isolées. Nul ne détient le Savoir et encore
moins le savoir- faire. Alors c’est ensemble que
nous vaincrons. Le MO5 sera de tous les combats où
l’idéal démocratique, les intérêts du peuple
togolais et le patriotisme seront menacés.
3
-
Dans un récent article, vous écrivez ceci :
« Autant la dictature sanguinaire d’
Eyadema nous répugne, autant le rejet catégorique
des transfuges du RPT par une frange de l’
opposition nous indigne. Oui, nous pensons que ces
transfuges, mieux, le courant novateur comme
SOLIDA doit trouver auprès de l’opposition tolérance
et solidarité. » Que voulez-vous dire par là ?
D’emblée,
je tiens à préciser que ce n’est pas une
apologie de l’impunité, ni
un plaidoyer d’une excuse absolutoire.
Vous
vous rendez bien compte que la phrase qui suit le
passage cité dit ceci : « C’est
ensemble que nous devons sortir notre cher Togo de
l’étron et forger son avenir ». J’ai la
faiblesse de le croire très sincèrement ;
et la situation dramatique de notre pays l’exige.
Jean Jaurès nous recommande d’ « aller
vers l’Idéal en pensant aux réels quotidiens ».
Le Devoir de justice ira de soi dans un Togo démocratique.
Il n’appartient pas au MO5, encore moins, à son
Coordinateur Général de décréter ex cathedra
une quelconque absolution. Je sais seulement
qu’au moment venu, notre peuple saura faire la
part des choses entre ceux qui à un moment donné
ont décidé de ne plus cautionner l’arbitraire
du régime Eyadema, et ceux qui restent rivés à
ce système sanguinaire. Mieux vaut tard que
jamais.
4
- vous êtes à l'extérieur et vous faites partie
de la diaspora. Quel rôle positif cette diaspora
peut jouer aux côtés des démocrates qui sont au
front sur le terrain?
Je
suis personnellement à l’extérieur, mais vous
n ’êtes pas sans savoir que nous avons une
coordination sur le terrain qui sera d’ailleurs
modifiée sous peu.
La
diaspora a, comme partout ailleurs, un rôle non négligeable
à jouer. Elle a l’avantage d’être hors du
front mais peut intervenir à tout moment pour
aider à l’évolution de la situation. Si tous
les Togolais vivant hors de leur pays pouvaient
contribuer à la lutte du peuple togolais,
il y a longtemps que la partie aurait été gagnée.
Quand je parle de contribution, il ne s’agit pas
d’argent nécessairement quand bien même
c’est le plus déterminant. Je crois que chaque
citoyen togolais contraint à l’exil doit
prendre la mesure du drame togolais et faire en
sorte
que le poulailler
duquel il est sorti par la force des choses
devienne un jour une oasis de paix et de prospérité.
5
- Les élections peuvent-elles dénouer la crise
togolaise?
Nous
devons bien comprendre les enjeux que les élections
représentent chez nous au Togo. Les élections
anticipées prévues par l’Accord – cadre de
Lomé étaient sensées venir corriger le hold-up
électoral opéré en juin 1998. Le pouvoir a
trouvé en cela un bon moyen de diversion pour
maintenir en place Monsieur EYADEMA. A moins de
huit mois de la fin du mandat confisqué
honteusement
par ce
Monsieur, je ne vois pas ce que les élections
législatives viendraient corriger. En fait
l’effervescence que l’on constate actuellement
à Lomé autour des élections dans le camp de
Monsieur EYADEMA et de sa famille (on ne peut plus
parler de mouvance présidentielle puisque la
mouvance est en mouvement et en déperdition
totale), cache leur détermination à garder le
pouvoir en 2003 c’est-à-dire dans huit mois. Je
crois que c’est un leader de l’opposition qui
disait bien la chose qu’en fait il ne faut pas
voir le bout de leur doigt (élections législatives)
mais la lune qu’ils nous montrent (les présidentielles
de 2003).
Des
élections organisées par EYADEMA et sa famille,
j’avoue que ce ne sera qu’une façon de nous
faire accepter une monarchie gnassingbéiste
au Togo. Nous avons intérêt à nous
battre pour conjurer ce sort qui est lancé aux
Togolais.
6
– Quand rentrerez-vous au Togo ?
Vous
connaissez la célèbre formule ?
Quand la liberté rentrera, je rentrerai.
Bruxelles,
le 6 septembre 2002.
La Coordination générale du MO5.
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