A
LA MEMOIRE
DE TAVIO
AMORIN : LE
MO5 RECONNAISSANT
LA
COORDINATION GENERALE DU
MO5
« Seuls
vivent les morts dont on chante le nom »
L.
S. Senghor.
Voici
10 ans que le bandit du 13 janvier a armé des
bras pour te ravir à notre affection. Camarade
Tavio, le MO5 demeure orphelin de ta tragique
disparition ; mais tu sais bien que la mort
est un commencement.
Figure
majestueuse de la jeunesse, tu ne seras jamais
oublié !
Hier comme
aujourd’hui , nombreuses sont les voix qui s’élèvent
pour te rendre hommage, toi qui a donné le nom
MO5 à notre Mouvement.
Qu’il
nous soit permis de reprendre ici comme un témoignage
, l’hommage que monseigneur DOVI
Ndanu t’a rendu il y a déjà quelques
années :
« Précieuse
est la mort qui achète la vie au prix du sang
versé ! »
Mon
cher TAVIO, permets à ton ancien Directeur et
professeur du collège Saint Joseph d’apporter
son joyau à la couronne de gloire qui ceint désormais
ta tête comme un glorieux jeune martyr de la démocratie
naissante togolaise.
Dans
les années 1971-1977 tu étais déjà un garçon
décidé, très brillant qui avait de la rigueur
dans le travail où transparaissait un sens de
responsabilité en éclosion. Il y a des années
et des promotions dans la vie d’un collège qui
font resplendir son image de marque, dorent les
blasons et font grand honneur à l’établissement.
Je pense à cette illustre promotion de l’année
1976-1977 et en particulier cette classe de
Terminale C où tu brillais comme une étoile
parmi d’autres, et où se sont donnés comme
rendez-vous des génies en herbe pour ainsi dire.
Et je me souviens par ailleurs de ces cours de catéchèse
où tu montrais ton culte de la vérité, ton sens
élevé de la liberté et ton respect de l’autre
en tant qu’autre. Cela ne m’avait donc pas
surpris de te savoir admis dans les Grandes écoles
des ponts et chaussées et d’autres études de
hauts niveaux. Ton esprit imaginatif et inventif
t’a permis d’avoir beaucoup de cordes à ton
arc. Tu as démontré ta culture socio-politique,
juridique et économique à la Conférence
Nationale Souveraine.
Oui
c’est à la Conférence Nationale Souveraine que
tu t’es fait distingué et personne ne se
trompait sur ton avenir radieux. Tes interventions
intelligentes et pertinentes, d’une vigueur et
d’une rigueur
secouaient tout le monde dans la salle
Fasao. Tes analyses d’une acuité extraordinaire
et tes diagnostics sans complaisance sidéraient
tout le monde. On a beau te classer dans les rangs
des dits « extrémistes », mais force
était de reconnaître que tu n’étais pas de
ceux qui se sont salis les mains et que tu voulais
la vérité et rien que la vérité. On sentait
dans tes propos cet amour du peuple Africain, de
ton peuple Togolais et tu lui voulais un lendemain
meilleur, mais planifié, dépouillé de toute
compromission ; un lendemain fait de justice,
de vérité, d’amour et de paix véritable.
Je
me souviens ! Dans la salle Fasao, à la
sortie d’une des premières assises, tu me
rencontras dans les couloirs et entre deux pauses ;
et tu me dis : « père Directeur, me
reconnaissez-vous ? C’est vous qui avez
fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui ».
Mon humilité de Directeur et de professeur de
collège en avait pris un coup. Mais j’étais
fier ! Fier de toi !
Oui
je t’ai reconnu dans ton dévouement courageux
et généreux sans détour . Jeune homme tout
d’une pièce, et qui ne fait rien à moitié.
Jeune homme convaincu de la noblesse de la cause
qu’il défend : tu voulais un Togo nouveau,
prospère, vraiment démocratique d’une démocratie
authentique. Tu souffrais de ce que des gens maîtrisaient
mal ce qu’ils disaient et faisaient. Tu veux que
tous les aspects de ce renouveau Togolais soient
bien cernés et dans toutes les dimensions. Tu me
confias un matin deux semaines avant l’attentat
qui t’a coûté la vie, dans la salle du palais
des Congrès, ton désaveu de ce que certaines
discussions au HCR accusaient trop du juridisme et
ne tenaient pas assez compte des aspects
politiques.
Ta
détermination pour l’accouchement d’une vraie
démocratie sans bavure au Togo, va coûter le
sacrifice de ta vie. De tout ton être, de toute
ton âme, de toutes tes forces tu t’es plongé
dans cette fièvre de la démocratie qui a fini
par te consumer. Ce jeudi 23 juillet 1992, cette
nuit là-même j’étais en train de donner une
causerie sur notre Conférence Nationale
Souveraine aux moines Bénédictins dans leur
Couvent à Encalcat dans le Sud de la France à
Tarn. A cette heure là-même tu tombais sous les
balles scélérates de ton lâche et pervers
assassin.
TAVIO,
tu as vécu comme quelqu’un qui ne voulait rien,
n’attendait rien, n’aspirait à rien que la
liberté pour le Togo, une liberté génératrice
de paix et de prospérité. TAVIO, tu rejoins la
phalange de ceux qui ont versé leur sang pour que
le processus démocratique aboutisse au Togo. Sur
ce fond de nobles témoins, ta figure se révèle
éminente de jeunesse et d’avenir. En toi nous
saisissons l’âpre secret du grain qui meurt, le
sang versé, l’amour vainqueur, et cette croix
qui nous relève.
« Si
l’espérance t’a fait marcher plus
loin que ta peur,
Tu auras les yeux levés.
Alors tu pourras tenir
Jusqu’au soleil de Dieu »
« Heureux qui donne sans compter
jusqu’à sa propre chair !
Il trouve en Dieu sa liberté,
Visage découvert . »
Adieu TAVIO, tu pousseras comme un grain de sénevé !
Mgr DOVI
Ndanu.
Bruxelles,
le 24 juillet 2002.
LA COORDINATION GENERALE DU
MO5.
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