AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

 
 
 
De Ouyi Tassane à Dee Kwarel: Petite Histoire de la Musique Togolaise d’Expression Française
Introduction
Première Partie : Ouyi Tassane et Gregoire Lawani: Aimons ! Dénonçons !... en Français !!! (18 au 24 fev 07)
Deuxième Partie : Dee Kwarel et Donas Elo : Le Flambeau est en bonnes mains (du 25 fev au 3 mars 07 )
Troisième Partie : Donas Elo, le nostalgique des Monts Danyi (Semaine du 4 au 10 mars 2007)
Conclusion : (Semaine du 4 au 10 mars 2007)
Introduction
Avant que des artistes de hip-hop ne prennent d’assaut les canaux audio-visuels togolais ces derniers mois avec des phrases et des débits rapides écrits en Français, il y’avait déjà un petit cercle de chanteurs nationaux qui espéraient – et qui espèrent encore ? - écrire les belles pages de notre musique dans la langue française.

Par Richard K. Daholega Lakpassa

Préalablement influencés par les ballades de certains noms déjà établis dans l’Hexagone et  bercés par le tempérament romantique –et sentimental, si on peut définir ce concept- de la musique française. Cet article essaie d’explorer comment dans bien trop de cas, ces chanteurs qui sont peu nombreux mais a la richesse textuelle ô combien immense, n’ont pas réussi à se faire un fan base (une audience commerciale) suffisamment important pour pouvoir vivre de leur musique. Nous allons, bien entendu examiner les textes des pionniers et des nouveaux artistes de ce Cercle des poètes disparus de la musique togolaise d’expression française. Car il nous semble bon, et mérité, de mettre fin au désamour et a l’irrespect de ces artistes qui, a nos aïeux, ont apporté leur sensibilité et leur détachement à adoucir nos mœurs grâce a leurs textes –vous allez le voir- bien ciselés, bien rythmés et souvent bien rimée.

Il était de bon ton dans les anciennes colonies de l’Empire napoléonien d’afficher son raffinement, son statut d’évolué en entonnant haut et fort en public ou dans la douche –par défaut de mot plus approprié- des ballades de Charles Aznavour, Edith Piaf, Johnny Hallyday ou Sylvie Vartan, les Compagnons de la Chanson etc... Et rien, paraissait-il, ne vous donnait plus de chance auprès d’une dulcinée, que de lui déclarer le feu qui brûle  votre thorax en lui chantant les vers mélodieux de ces romantiques chanteurs de l’Hexagone. Cette propension à concevoir l’amour exclusivement a travers les mots écrits dans la langue de Prévert fera des émules dans les pays africains ou des chanteurs de charme bourgeonneront après les indépendances.

Au Togo, bien qu’ayant été « jeté aux oubliettes » pour des raisons de politique de parti unique, Tata Boccovi, sa guitare sous les bras, peut être désigné comme le premier troubadour togolais. Son indémodable, 27 Avril demeure l’une des meilleurs cantiques célébrant l’accession du Togo à la souveraineté suprême.

  Le 27 Avril, Oh oui,
 Il n’y a rien de plus joli
Le 27 Avril, j’admire
Toutes les couleurs de mon pays

Si la rime n’est pas des meilleures, les qualités stylistiques de cette ode a l’indépendance de notre pays réside dans sa césure tranchante et sa mélodie bien rythmée a mis la barre assez haute pour ceux qui, a l’avenir, voudraient s’essayer a l’écriture de leurs chansons en Français. C’est à dessein que nous ne mentionnons pas le compositeur de l’Hymne Nationale La Terre de Nos Aïeux Gabriel Dosseh- Anyron comme le pionnier de cette musique d’expression française au Togo. Nous pensons tout simplement qu’il appartient a une autre classe de virtuoses, a ces gens-la qui passent une seule fois sur terre au cours d’une génération.

 
Première Partie : Ouyi Tassane et Gregoire Lawani: Aimons ! Dénonçons !... en Français !!!

Toujours est-il qu’après Boccovi et Dosseh Anyron, il faudra attendre le début des années 70 pour assister à l’émergence d’une génération de chanteurs de charme au Togo, s’exprimant en Français. Ceci pourra s’expliquer par plusieurs raisons.

La création de l’Office Togolais de Disques (OTODI), le fleuron des studios d’enregistrement et de pressage de disques dans toute la sous région ouest-africaine, a sans aucun doute libéré certains talents a l’état jusque-là, latent.

Les succès internationaux de Francis Bebey au Cameroun, Vickey GG au Benin, Pierre Claver Akendegue au Gabon, Bailly Spinto en Côte-d’Ivoire –souvenez-vous de sa reprise réussie de Laisse-moi t’aimer de Mike Brant, et d’autres compositeurs poètes, qui dans les pays ayant la langue française en héritage colonial, ont décidé de ne plus se contenter de siffloter les succès des maitres français mais de montrer a leur tour leur talent à écrire et a chanter en Fran
ce.

Ainsi, Gregoire Lawani, même sil n’aura à ce jour chante que celle-là, aura son nom parmi les sentimentaux des fait grande impression dans les années 70 avec sa célèbre chanson Elle m’a mordu la langue.  Beaucoup de Togolais avaient longtemps cru que ce bel hymne à l’amour nous était arrivé par bateau ou par avion. En réalité, ce titre n’est que l’illustration parfaite d’une certaine émancipation dans la sexualité des Africains dans les années 70 et 80 et de comment ils percevaient l’Amour. Car on imagine difficilement un Noir se faire mordre la langue par une fille, puis exclamer « Quel beau jeu d’Amour !!! ». Inutile de signaler que Lawani a fait des études en France. Et que comme tout Africain évolué, il ne concevait le vrai Amour que par le canal français. Pour être crédible, il valait mieux dire je t’aime en Français que dans son vernaculaire. Toujours est-il que ce titre fut un tube et  Grégoire Lawani échoua de peu a être couronne disque d’or cette année-la. L’honneur revint à Manu Dibango. Mais les années sentimentales sont loin ; Lawani est devenu homme politique au Togo mais son tube restera a jamais dans le souvenir des mélomanes Africains des années 70 et 80 comme l’une plus belle écriture en Français pour évoquer les brulures de l’Amour par un Africain.

Ouyi Tassane, est et restera certainement l’une des figures clés de cette génération d’auteurs a vers et a rimes de la fin des années 70 jusqu’au début des années 80 au Togo. Avant d’être mis sous éteignoir complet par le régime de Gnassingbé Eyadema, le crooner de Kabou, dans le Bassar, avait eu le temps de nous sortir des perles qui, à ce jour, ne peuvent reproduites dans aucune autre bijouterie sous les tropiques. Directeur de l’OTODI, il tenait, me semble-il, a enregistrer des 45 tours de haut vol pour signifier, a tous les amateurs qui seraient tentes par l’aventure musicale en Français, qu’il ne suffisait pas de chanter en Français, mais de pouvoir ciseler le verbe, lui donner toutes les inflexions possibles et lui faire dire autre chose que ce qui résonne a l’oreille.

Lorsque Rejaki Tangwena fit sa sortie au tout début des années 80, le parti unique était en vogue dans tout le pays et l’animation politique battait son plein. Personne dans l’appareillage de la propagande d’Etat ne prit le temps d’écouter, je veux dire décoder les mots de ce titre en Bassar. A admettre, qu’ils l’eussent fait, la charge connotée des mots si bien taillés ainsi que la mélodie -plus d’ailleurs une complainte qu’une mélodie- leur a sans doute échappé. En effet, cette chanson, ce poème, cette prophétie est un est une métaphore, ou dénonciations de la dictature et satire de la gloire personnelle s’entremêlent pour délivrer l’un des trésors inestimables de la musique moderne togolaise. Plusieurs écrivains togolais piochent toujours d’ailleurs périodiquement des vers pour leurs œuvres dans Rejaki Tangwena et ne s’en cachent d’ailleurs pas ; a l’instar du dramaturge Kangni Alem, dans Nuit de Cristal. Rejaki Tangwena est belle. Bien réfléchie, allégorique a souhait, excellemment rimée a telle enseigne qu’on pourra, légitimement  se demander combien de mois il a fallu a Ouyi Tassane pour l’écrire.

  La Savane est vaste toutes les nuits
Une autre terre vous accueillera
Et si de loin, vous entendez le bruit
Cachez-vous dans un trou comme des rats
(......)
Aujourd’hui vous n’avez plus de maison
Plus aucune terre ne vous appartient
Les plus forts ont triomphé de leur raison
Nous sommes considérés moins que des chiens

Qui dit mieux ? Et qui peut aujourd’hui prévoir la stature internationale et les succès d’un poète aussi doué que Ouyi Tassane, si la censure politique n’avait brise l’élan de sa carrière ? Aujourd’hui lorsque nous voyions ce que sont devenus Manu Dibango, Pierre Akendengue et autres, nous comprenons ce que la musique et la poésie togolaises ont perdu lorsque  la voix du Poète de Bassar s’est tue. On ne l’entendra pratiquement, excepté lors d’une une brève résurrection dans l’émission télévisée Télescopie d’Ahadji Komlan, au sortir de la Conférence Nationale Souveraine en 1993. Les derniers vers qu’il y chantait disaient :

  Mon bon Dieu je ne veux pas de ton paradis
Si c’est pour y voir les assassins  d’aujourd’hui. 
Aujourd’hui retraite au près de sa femme strasbourgeoise –encore ce lien physique direct avec la Métropole- Ouyi Tassane peut être fier d’avoir posé, l’espace d’une seule chanson, les bases d’une musique togolaise d’expression française plus ambitieuse et plus exigeante en qualité.
 
Deuxième Partie : Dee Kwarel et Donas Elo : Le Flambeau est en bonnes mains…
A Suivre ...la semaine prochaine

Richard K. Daholega Lakpassa
RTVF Department, Univeristy of North Texas

daholega@yahoo.fr

 

N.B : Cet article est le résultat d’une histoire de la musique togolaise d’expression française telle que ma connaissance de cette musique le permet. En l’absence de tout ouvrage de références ou de données électroniques contenant l’anthologie de cette musique d’expression française en particulier, je m’en suis remis aux souvenirs parcellaires de ma mémoire qui est humaine et faillible. J’apprécierai donc toute correction, tout apport, toute réserve que vous pourriez me faire. Cet article est une tentative dans ma volonté de travailler sur une anthologie de la musique moderne togolaise et de la construction d’un site internet de références de la chanson togolaise

 

Job.com

 

JulAugSept2002

JuinJulAuSepOct2003

NovDecJanFevMarAv2004 MarAvril2004 MaiJuinJuillet04 Juin04Dec04

ARCHIVES

  © 2005  www.togoforum.com All rights reserved