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FRANCOPHONIE

Monsieur Waste Aworou Arégba s'explique davantage 11-13-02

Chers lecteurs, 

Nous nous excusons de ne pouvoir vous offrir une explication de Monsieur Arégba sous forme d'interview. Suite à notre premier questionnaire, le Professeur Arégba nous a fait remarquer qu'il voudrait éviter que le débat apparaîsse comme une confrontation entre lui et son collègue Apédo-Amah. Il a souhaité que nous lui fassions plutôt parvenir les mêmes questions que celles auxquelles avait repondu M. Apédo-Amah. Nous avons accédé à sa demande en lui faisant parvenir le questionnaire. 

Nous attendions avec grand intérêt ses reponses lorsque dans une correspondance avec Samuel Batchati, Monsieur Arégba émit le désir de vouloir faire une sorte d'exposé sur le thème de la Francophonie.  Apparemment il voulait éviter de devoir repondre aux questions portant sur les relations entre la France et ses anciennes colonies d'Afrique. Ce qui l'intéresse, avait-t-il expliqué c'est de donner son point de vue sur le concept de la  Francophonie. 

Bien que nous regrettions que Monsieur Waste Aworou Arégba n'ait repondu à aucun de nos deux protocôles d'interview, nous le remercions sincèrement pour sa contribution. Beaucoup pensent certainement comme lui mais n'oseront pas s'exprimer. Sa première réaction aura certainement attiré plus d'attention sur l'interview de M. Apédo-Amah qui se passe de tout commentaire. C'est la plume libre qui se démarque volontiers du lot en évitant soigneusement l'habituel exercise hypocrite dans la langue de bois. Cette langue de bois qui est pratiquement instituée par la France comme culture et mode de raisonnement et de vie. Nous pensons que le jour où les Francophones s'en affranchiront, ce sera le début de la conquête de la liberté. Un de nos lecteurs n'a-t-il pas écrit: «l'interview de Monsieur Apédo-Amah m'a fait du bien. On se demande quelques fois où sont les intellectuels du continent. Là je suis satisfait».  

Dans l'explication qui suit, Monsieur Arégba redéfinit les mots "fascisme" et "Francophonie". Il refuse tout rapprochement entre ces deux vocables. En plus, Monsieur Arégba explique que l'objectif de la Francophonie n'est pas la promotion de la démocratie mais bien celle de la langue française. Ce qui ne contredit pas M. Apédo. Monsieur Arégba précise néanmoins qu' «on est en droit d’exiger que la francophonie se donne davantage des moyens pour que la démocratie, la liberté d’opinion et l’état de droit soient effectifs dans son champ d’action et que ses pays phare (France, Canada, Belgique) où le libéralisme politique et économique régit les institutions, prennent une position sans équivoque en faveur de la démocratie.»

Merci et bonne lecture dépassionnée! 

L’équation francophonie = (fascisme, anti-démocratie et racisme) est absurde

Je me propose de le démontrer pour répondre aux souhaits de certains de vos lecteurs et surtout pour leur soumettre mon analyse afin qu’ils puissent se faire leur propre opinion avec ce que Spinoza appelle la lumière naturelle. Pour éclairer le débat, examinons les deux séries de questions ci-après :

  • Qu’est-ce que le fascisme ? Quelle pensée politique recouvre-t’il ? Quelle est son éthique ?

  •  Qu’est-ce que la francophonie ?  

Qu’est-ce que le fascisme ? Quelle  pensée politique recouvre-t’il ? Quelle est  son  éthique ?

Au sens littéral, on appelle fascisme le mouvement qui est fondé en Italie et plus précisément à Milan le 23 mars 1919 par les Faisceaux Italiens de Combat (Fasci Italiani di Combattimento) sous l’égide de Benito Mussolini. C’est surtout aussi le système politique mis en place après la prise du pouvoir par Benito Mussolini, chef de ce mouvement, le 30 octobre 1922.

Par extension, on désigne également par ce terme : les partis, les mouvements et organisations  qui se sont développés dans de nombreux pays européens entre les deux Grandes Guerres et dont l’idéologie reposait principalement sur le nationalisme, le militarisme, la domination d’un parti unique, le culte du chef.

Les doctrines fascistes sont caractérisées par un rejet du libéralisme politique et économique et par une volonté d’instaurer un état fort faisant prévaloir son autorité sur les droits et libertés des personnes. L’usage de la violence est considérée comme un moyen légitime de l’action politique. Au centre du système fasciste se trouve l’Etat tout-puissant. « Tout dans l’Etat, rien contre l’Etat, et rien en dehors de l’Etat ».

L’Etat est confondu au parti monopolistique, fortement centralisé, doté d’une structure très hiérarchisée où toute l’autorité et toutes les responsabilités émanent d’un chef unique à qui est voué un culte. De ces faits, il ressort que le totalitarisme, l’anti-démocratie et le fascisme sont indissociables.

Le fascisme vise non seulement à instaurer un nouvel ordre social mais surtout à créer un homme nouveau au moyen de l’embrigadement moral et social. C’est ce qui fait dire à Benito Mussolini : « Je prends l’homme au berceau et je ne le rends au pape qu’après sa mort ».

Le national-socialisme allemand, est une variante du fascisme avec en plus cette tare : Hitler accorde une importance fondamentale, non pas à la notion d’Etat, mais à celle d’une « communauté raciale » reposant sur la pureté du sang aryen et sur l’élimination de ses éléments corrupteurs.

Examinons maintenant la deuxième question : 

Qu’est-ce que la francophonie ?

On doit le terme de francophonie au géographe français Onésisme Reclus (1837-1916). Ce terme, à l’origine, désignait certainement les territoires sous domination de la colonisation française. 

Aujourd’hui, la francophonie définit l’ensemble des personnes et des pays utilisant le français à des titres divers. L’Organisation Internationale de la Francophonie (O.I.F) quant à elle regroupe les pays européens, africains, nord américains, et asiatiques qui ont en partage la pratique de la langue française. Historiquement, l’OIF trouve sa source dans la volonté exprimée aux lendemains des indépendances par des personnalités comme Hamani Diori, Habib Bourguiba et Léopold Senghor de regrouper les pays nouvellement indépendants et désireux de poursuivre avec la France des relations fondées sur une affinité culturelle et linguistique.

Au sommet de Chaillot à Paris en 1991 l’OIF décide de ‘ renforcer la dimension politique’ et institue le Conseil Permanent de la Francophonie (CPF), composé des représentants des chefs d’Etat ou de gouvernement.

Aujourd’hui, l’OIF est culturelle et politique. Les objectifs de cette organisation sont contenus dans sa Charte :

« La Francophonie, consciente des liens que crée entre ses membres le partage de la langue française et souhaitant les utiliser au service de la paix, de la coopération et du développement, a pour objectifs d'aider : à l'instauration et au développement de la démocratie, à la prévention des conflits et au soutien à l'État de droit et aux droits de l'homme; à l'intensification du dialogue des cultures et des civilisations; au rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle ; au renforcement de leur solidarité par des actions de coopération multilatérale en vue de favoriser l'essor de leurs économies.

La Francophonie respecte la souveraineté des États, leurs langues et leurs cultures. Elle observe la plus stricte neutralité dans les questions de politique intérieure.

Les institutions de la présente Charte concourent, pour ce qui les concerne, à la réalisation de ces objectifs et au respect de ces principes.

L'Agence de coopération culturelle et technique, créée par la Convention de Niamey du 20 mars 1970, est l'Agence de la Francophonie.

Sa Charte, telle qu'amendée ci-dessous, constitue le support juridique des instances et organes de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement des pays ayant le français en partage. Elle est la Charte de la Francophonie. »

L’Agence de la Francophonie est l’organe exécutif de l’OIF. Parmi les missions qui lui sont assignées on peut citer :

·favoriser le développement de la langue française et des cultures qui l'utilisent, en relation avec la promotion des langues et des  cultures partenaires des États membres ;.

·soutenir le statut de la langue française, dans les organisations internationales et dans les conférences mondiales ;

·soutenir les efforts des États membres et du Secrétaire général en vue de la consolidation de l'État de droit et de la démocratie, et de la promotion des droits de l'homme. 

Conclusions

L’analyse de la Charte de l’O.I.F  et les missions qu’elle assigne à son organe exécutif appelle les remarques suites :

1.    L’O.I.F ne fait ni de la Démocratie, ni de l’Etat de Droit des critères d’adhésion ou une exigence forte pour ses membres.

2.    Elle se refuse d’intervenir dans la conduite de la politique intérieure des ses membres. N’est-ce pas là une attitude pour justifier son inaction lorsque les libertés fondamentales sont bafouées dans sa zone d’influence ?

3.    Elle est plus préoccupée par la promotion et la défense de la langue française que par toute autre chose.

On est en droit d’exiger que la francophonie se donne davantage des moyens pour que la démocratie, la liberté d’opinion et l’état de droit soient effectifs dans son champ d’action et que ses pays phare (France, Canada, Belgique) où le libéralisme politique et économique régit les institutions, prennent une position sans équivoque en faveur de la démocratie.

On est en droit de dénoncer ses insuffisances et ses laxismes lorsqu’on les constate.

Rien ne permet en toute honnêteté de faire un amalgame entre francophonie et fascisme. Le traumatisme laissé par les régimes fascistes et nationalistes au cours de l’histoire récente est encore vivace dans les esprit. Nous devons faire attention au poids des mots.

Je ne pense pas qu’il existerait une coopération entre l’Organisation des Nations Unies(O.N.U) et l’Organisation Internationale de la Francophonie (O.I.F) si cette dernière était réellement fasciste. En effet à sa cinquante-septième session, et faisant suite à la résolution 56/45 de l’Assemblée générale du 7 décembre 2001, le Secrétaire général de l’OIF a présenté un rapport sur ce partenariat.

Reporters Sans Frontières n’interpellerait pas une organisation fasciste qui par essence est contre toute liberté d’expression pour qu’elle intervienne en faveur de la liberté de la presse.

Je ne dis pas que l’O.I.F est parfaite, je ne dis pas qu’elle est exempte de tout reproche, je ne justifie pas sa raison d’être, je dis simplement qu’il n’est ni logique, ni raisonnable de la confondre au fascisme.

Si l’on sait réellement ce qu’est le fascisme, si on est lucide et si on sait regarder autour de soi, alors on saura où est le fascisme.

Aworou. Waste. AREGBA..
 
 
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