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TOGOFORUM :
Le 9ème
sommet de la
francophonie des chefs d’Etat et de gouvernement ayant le français
en partage s’est tenu à Beyrouth du 18 an 20 Octobre 2002.Quel
profil faites- vous du francophone aujourd’hui ?
APEDO-AMAH :
Le francophone en tant que tel n’a aucun profil particulier.
C’est tout simplement celui qui pratique la langue française sans
être forcément français. Mais si nous voulons pousser la réfléxion
plus loin, nous pouvons dire que la moitié des francophones du
monde sont des colonisés avec tout ce que cela comporte comme conséquences :
esclavage, aliénation, génocide culturel, sous-développement
chronique. En Afrique, c’est parmi les pseudo-Etats
francophones que l’on compte les pays les plus misérables du
continent. Est-ce le fait du hasard ou est-ce le fait d’une
carence du colon français dans ses colonies ? Nous penchons
pour cette seconde hypothèse.
C’est aussi dans les pays
francophones que l’on a les régimes dictatoriaux les plus archaïques
avec à leur tête des rois nègres semi-analphabètes adoubés
par la France des réseaux mafieux
Le rôle que la France colonialiste leur a confié
est celui de cultiver le sous-dévéloppement,
l’irrationnel et le terrorisme
d’Etat.
TOGOFORUM :
Il y a des francophones de souche et des francophones
d’adoption. Peut-on parler de francophonie centrale et de
francophonie périphérique ?.
A-A :
Bien évidemment oui. Vous savez, l’influence des langues est
souvent liée à des facteurs qui contribuent à la puissance et au
rayonnement d’un pays comme l’économie, la culture, la
puissance technologique et militaire….. Dans le cas d’espèce,
nous avons affaire à une puissance européenne, la France, qui a
conquis par le fer et le feu une partie du monde sur laquelle elle
continue de régner en puissance oppresseuse, exploiteuse et
esclavagiste à telle enseigne que le contenu et la qualité du
panier de la ménagère française dépend pour beaucoup du sang et
de la sueur des nègres d’Afrique.
L’économiste égyptien Samir
Amin a brillamment défini dans ses ouvrages les notions de centre
et de périphérie à propos de l’impérialisme et de son
exploitation du tiers- monde.
Pour les francophones colonisés, la
France est le centre dans la mesure où ce sont ses intérêts prédateurs
qui guident le sort misérable des damnés de la terre de la périphérie
africaine. Nos pays africains francophones constituent un marché
captif pour le capitalisme français.
Outre l’économie, la dépendance
culturelle est très forte. Les Négro-africains portent des noms
d’esclaves sur leur propre terre, sacrifient aux dieux des
religions coloniales et colonialistes ; sont très complexés
par rapport à leurs cultures nationales. Le paradoxe veut que Paris
soit encore aujourd’hui la capitale de la culture africaine. Il
suffit de regarder nos artistes et écrivains s’y précipiter
comme s'ils meurent de soif ! Tous nos programmes scolaires sont
de mauvaises photocopies des programmes français, tout comme nos «constitutions
démocratiques», nos hymnes nationaux,
nos institutions, nos partis politiques qui ne sont que de pâles
copies des originaux français.
Nos télévisions
nationales sont envahies par des images françaises. C’est extrêmement
grave parce que l’étranger nous impose des images négatives de
nous mêmes, en même temps qu’il procède à un subtile lavage de
cerveau. La francophonie périphérique est une francophonie écrasée
par la bâtardise culturelle et l’aliénation. Cette francophonie
périphérique est un monde embrigadé par les appareils idéologiques
d’Etat de la France impériale. Elle subjugue notre imaginaire
collectif.
TOGOFORUM :
La francophonie au départ était linguistique. Aujourd’hui, elle
a une envergure politique voire économique. Etre francophone
aujourd’hui serait-ce parler français dans une cuirasse démocratique ?
A-A
J’ai dit tout à l’heure que c’est au sein de l’ensemble
francophone que l’on recense le plus de dictatures et
de violations massives des droits de l’homme.
Pourquoi cela ? Tout simplement parce que cela favorise la
politique scélérate de la France
en Afrique. Dans un Etat de non-droit, le tyran, un tantinet
demeuré,
n’a pas de comptes à rendre à son peuple, il n’a de compte à
rendre qu’à Paris. A la tête de nos Etats , la France n’a pas
d’interlocuteurs, elle n’a que des valets.
La francophonie telle qu’elle
s’impose à nous Africains, doit plutôt nous inciter à parler de
FRANCOFAUNIE parce qu’il s’agit d’une idéologie colonialiste
et hautement criminelle dès lors qu’elle ambitionne de nous
maintenir dans un Etat d’esclavage permanent pour permettre à la
France de revendiquer une place au conseil de sécurité de
l’O.N.U avec le vote automatique de ses colonies, acquis
d’avance, elle peut se permettre de jouer dans la cour des grands
à côté d’authentiques géants comme les Etats-Unis et la Russie.
La Francofaunie, c’est du fascisme, de l’anti-démocratie, du
racisme.
TOGOFORUM :
Depuis le sommet de Chaillot en 1991, la francophonie a inscrit la démocratie
sur la liste de ses préoccupations. Pourquoi la France ne fait-elle
pas pression pour faire respecter la démocratie dans des pays comme
le Gabon, le Tchad, le Cameroun, le Togo, la Centrafrique en
s’inspirant de ce que le Commonwealth a fait contre le Nigeria
d’Abacha ou le Zimbabwe de Mugabe ?
A-A :
En réalité, la francophonie, au delà de la langue imposée par
l’histoire, est un mythe ; elle ne se résume qu’à la
France qui en a fait un combat d’arrière-garde pour tenter
vainement de contrer l’avancée de la langue anglaise.
L’anglomanie actuelle n’est pas un caprice international,
c’est une nécessité de communication d’ordre économique,
culturel et politique. Actuellement, la France est un
nain économique
et culturel à côté
des Etats-Unis. La francophonie étant donc un mythe ;parler de
la francophonie revient à parler de la politique impériale
de la France. Or la politique africaine de la France est caractérisée
par la duplicité, le mensonge et le cynisme. L’Elysée et le
Matignon pratiquent le double langage : les Mitterrand, Chirac,
Jospin, Balladur et consorts ont toujours proclamé la nécessité
pour l’Afrique d’instaurer la démocratie tout en soutenant
militairement et économiquement des tyrannies pourries et incultes.
LE PACTE COLONIAL
est incompatible avec la démocratie. La démocratie en Afrique
n’est pas soluble dans le pacte colonial infâme imposé par la
France colonialiste aux régimes fantoches africains. Cette
réalité,
je ne comprends pas pourquoi les leaders des forces démocratiques
africaines en Afrique dite francophone ne veulent pas la comprendre.
Ou plutôt si : ils ambitionnent d’accéder au pouvoir pour
continuer à gouverner dans l’esprit du pacte colonial et non à
poser un geste de rupture allant dans le sens de la conquête de
l’indépendance . La preuve ? Regardez les Wade, Gbagbo,
Soglo, Kerekou, Alfa Konare !
Qu’ont-ils fait ou
que font-ils d’autre que de gérer très mal des néo-colonies dans
le respect religieux du pacte colonial ? La démocratisation de l’Afrique dite
francophone demeurera un leurre, un mythe tant que la démocratie ne
coïncidera pas avec la
conquête de notre indépendance. Combien sont-ils ces prétendus démocrates
qui grouillent en Afrique et qui ont le réel soucie de notre indépendance ?
La France, celle de
droite comme celle de gauche, est fermement attachée au pacte
colonial qu’elle a imposé à l’Afrique. Seuls des naïfs et des
ignorantins ignorent ce fait. Il suffit de voir comment les
politiciens «democrats» et les pseudo intellectuels
s’investissent émotionnellement dans les campagnes électorales
françaises avec l’espoir de
voir la gauche triompher pour que les choses changent en Afrique. La
gauche a souvent gagné, mais les choses n’ont fait qu’empirer
car cette gauche caviar dominée par les socialistes, est une gauche
social-traître, une
gauche colonialiste et foncièrement
réactionnaire. Même en Europe, la social-démocratie a
toujours trahi le peuple.
TOGOFORUM :
La francophonie ne serait-elle pas un hercule forain dans les textes
et un impotent dans les faits ?
A.A : La
francophonie est un mythe. Il y a la
France et
ses valets. La
Francophonie c’est la France ; tous les
autres ne
comptent pas
ou si peu.
Chaque fois
que les
institutions francophonistes
sont impotentes
, il
s’agit d’une
volonté délibérée
de la
France qui
cherche à
préserver ses
intérêts plus ou
moins mafieux en
Afrique.
Vous imaginez
le Togo d’ Eyadema donner des
ordres à
la francophonie ? Avec
quel pouvoir ?
TOGOFORUM :
Avec les
conflits que
connaissent les
anciennes colonies
de la France, n’y a t- il pas
amalgame entre politique
africaine de
la France
et francophonie ?
A-A :
Il y a
forcément amalgame puisque
comme je
l’ai dit
tantôt la
Francophonie, c’est la
France. La
politique africaine de la France est essentiellement
une politique
scélérate, raciste
et qui
se confond souvent
avec le
grand banditisme.
François
Mitterrand, l’ancien collabo
de vichy,
récipiendaire de
la Francisque
pétainiste, dit
l’homme de
l’observatoire, a déclaré alors qu’il était président,
que la politique africaine de la France n’était pas le fait de
l’Elysée mais du groupe pétrolier Elf Aquitaine.
Les dossiers de
corruption impliquant Elf Aquitaine et des dictateurs africains
s’empilent sur les bureaux de plusieurs juges hexagonaux. Le coup
d’Etat contre Lissouba au
Congo et la guerre civile dans ce pays ont été financés par Elf
Aquitaine de l’aveu des protagonistes congolais.
Le crime de Lissouba?
Avoir osé accorder quelques avantages pétroliers à un groupe américain
au détriment de la France. Vous savez, les individus en charge de
la politique africaine de la France ne sont pas des modèles de
vertu. Ils ont presque tous des casseroles aux pieds et des dossiers
volumineux sur le bureau de petits juges courageux qui veulent
mettre fin à leur impunité. Nombre d’entre eux ont séjourné en
prison pour des magouilles en Angola, au Congo, au Gabon et ailleurs.
Et je ne parle pas des frais de bouche de Monsieur CHIRAC à la
mairie de paris qui s’élèvent à plus de 1,5 million d’euro,
environ un milliard de francs CFA, soit 400.000 f CFA de frais de
nourriture pas jour durant son mandat à la mairie de Paris.
Servait-on à la
table du maire Chirac des diplodocus et des brontosaures ?
Chirac s’est toujours proclamé l’ami des dictateurs et considère
la démocratie comme un luxe inouï pour les nègres d’Afrique.
C’est un fasciste
qui a tenu ces propos cités par le Canard Enchaîné en 1999 : «il faut bien que
les dictateurs gagnent les élections, sinon il n’en feront plus.»
Devant tant de
cynismes l’Afrique a le devoir sacré de relever le défi que lui
imposent les colonialistes français pour se libérer et se relever.
TOGOFORUM: La charte de la francophonie adoptée par les chefs d’Etat
et de gouvernement à Hanoï en 1997, faisait du secrétaire général
de le francophonie le porte-parole et le représentant officiel de
la francophonie au niveau international. On a élu à ce neuvième
sommet à Beyrouth l’ancien président du Sénégal Abdou Diouf.
N’a-t-on pas privilégié la politique au détriment du culturel ?
A.A : Le
secrétaire général de la francophonie n’a aucun pouvoir ;
c’est un gadget que la France offre à ses colonies pour faire
joujou. S’il a une quelconque utilité cela ne peut être que
celle d’un porteur de valise ou d’un coursier. J’ai toujours
considéré Abdou Diouf puis Senghor avant lui comme des gouverneurs
français du Sénégal, c’est-à-dire des pions de la France en
Afrique destinés à préserver le pacte colonial. Alors qu’Abdou
Diouf soit le secrétaire général de ce machin on s’en
contrefiche.
La France n’a pas
privilégié la politique au détriment du culturel. Vous faites là
allusion à la candidature du challenger de Diouf, le Congolais
Henri Lopes. En quoi Henri Lopes, qui a toujours été ministre ou
ambassadeur du dictateur Sassou Nguésso, et qui est donc un anti-démocrate
notoire malgré ses discours hypocrites et opportunistes, serait-il
plus «culturel» que Diouf ?
Ils appartiennent tous les deux à la race des ennemis de
l’Afrique. Ne vous laissez pas abuser par le fait que les ennemis
de l’Afrique pondent des œuvres littéraires pour en faire des défenseurs
de l’Afrique. Il y a
les proclamations
d’un côté et les actes réels que l’on posent de l’autre. La
francophonie ne peut avoir une réelle dimension culturelle tant qu
‘elle sera du colonialisme destiné à opprimer, piller et aliéner
le peuple. La vraie culture est celle qui libère et qui n’est pas
imposée de l’extérieur pour occulter la culture nationale.
Et puis, logiquement,
entre nous, est-il concevable que l’on nous
embrigade dans une croisade pour sauver la langue française
alors que nos propres langues africaines ne sont pas encore
transcrites, n’ont pas de dictionnaires et sont rejetées par la
culture coloniale comme langues de culture et de la modernité ?
De longues luttes nous attendent pour la réhabilitation de nos
langues africaines. Donc se battre pour la langue du colon, relève
de l’idiotie pure et simple. C ‘est une trahison.
TOGOFORUM :
Vous avez certainement suivi sur les médias les discussions tenues
et les décisions prises
à ce sommet, notamment
au sujet de la Cote d’Ivoire. Quel bilan en faites-vous ?
AA : En
Côte d’ivoire, fidèle à ses habitudes de duplicité, la France
joue sur les deux tableaux. Elle est avec Gbagbo et en même temps
avec les rebelles. Ce ne sont pas des vœux pieux hypocrites qui règlent
une crise aussi grave que celle de la Côte d’Ivoire. La
francophonie a encore fait du cinéma pour rien.
Elle se devait tout
d’abord, si elle était sérieuse, de dénoncer fermement le
concept nazi de l’ivoirité dont le dictateur Gbagbo est devenu le
champion après Bédié et Guéï. En faisant de l’ivoirité, qui
n’est qu’un vulgaire tribalisme primaire doublé de xénophobie,
une arme politique pour éliminer ses adversaires politiques et des
régions entières de son pays, pour accéder frauduleusement au
pouvoir, Gbagbo a pris la responsabilité de détruire son pays.
Toute république démocratique aspire
a concilier les différences pour en faire des différences
positives dans un esprit consensuel. La démocratie a comme pilier
le consensus. En rompant le consensus, Gbagbo et les criminels de
l’ivoirité ont opté pour la confrontation et l’exclusion. Le
problème de la Côte d’Ivoire est la nature du pouvoir usurpé
par Gbagbo : l’illégitimité.
Tous les pays
à problèmes en Afrique
dits francophones tels que le Togo, la Guinée, le Cameroun,
le Congo Brazzaville, le Gabon, etc., ont un grave
problème de légitimité du pouvoir. Et d’ailleurs, Chirac
ne leur donne- t- il pas
raison en déclarant qu’ils doivent
truquer les élections pour
continuer à les organiser ?
Je n’ai pas de
solution miracle pour la Côte d’Ivoire. Mais la sagesse exige
que se forme
un gouvernement d’union
nationale qui organisera des élections transparentes avec
le concours de l’extérieur pour permettre au peuple
ivoirien de choisir librement celui qu’il souhaite à la tête du
pays. L’Afrique est fatiguée des putschistes militaires et civil.
TOGOFORUM :
Pour finir , quel est l’avenir de la langue française ?
AA :
L’Avenir de la langue française
dépend d’abord de l’avenir de la France sur l’échiquier
politique mondial. Tant qu’elle pourra disposer d’une économie
prospère et d’une grande influence politique
en maintenant ses colonies d’Afrique sous sa botte
impitoyable , le français pourra garder son rang actuel.
L’avenir
de la langue française
dépend ensuite du devenir des pseudo
Etats africains.. Du choix
qu’ils feront de couper
le cordon ombilical ou
de demeurer sous tutelle..
Un pays comme l’Algérie a supprimé le français
de son système scolaire de la maternelle à l’université et il
s’en porte très bien.
TOGOFORUM :
Nous vous remercions |