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Par Ayayi Togoata APEDO-AMAH
Introduction
Un festival est une manifestation
artistique ou culturelle périodique ou ponctuelle qui réunit
des festivaliers en un endroit précis.
Au Togo, ce ne sont pas les festivals qui
manquent, mais ils n’arrivent pas, pour la plupart, à
s’inscrire dans la durée. C’est l’expression d’une absence de
politique culturelle à long terme. Cette situation est
flagrante au niveau des festivals artistiques à telle enseigne
que rares sont les rencontres artistiques capables de
respecter la périodicité qu’elles se sont fixées.
Le Festival de Théâtre de la Fraternité
d’Assahoun (FESTHEF) créé en 1993 a toujours été fidèle à ses
rendez-vous en dix années. Le FESTHEF est
un arbre qui cache la
forêt au niveau des festivals de théâtre. Et pourtant cet
arbre se porte mal, très mal en raison de carences
structurelles et organisationnelles et de pesanteurs socio-économiques
qui l’empêchent de jouer pleinement le rôle d’outil de
promotion du théâtre togolais et africain qu’il s’est fixé.
- Des structures pour la promotion du théâtre
Au Togo où la culture et l’art sont les
parents pauvres du sous-développement, les créations de
l’esprit ont besoin, beaucoup plus qu’ailleurs, de la
présence de structures de soutien et de promotion.
L’Etat a l’obligation de contribuer à
l’éducation du peuple en encourageant la création artistique
et sa consommation par le plus grand nombre.
Depuis " l’indépendance " en 1960, les
différents régimes qui ont dirigé le pays n’ont pas compris
que la construction d’un Etat moderne passe nécessairement par
un projet de développement global qui ne peut faire
l’économie de sa dimension culturelle.
Outre la construction d’infrastructures
pour la formation des artistes et les spectacles, l’Etat
doit dégager des budgets pour financer la création
artistique et aménager des facilités fiscales pour
l’acquisition de matériaux et de matériels importés.
L’Etat peut soutenir les efforts de
structures associatives ou privées oeuvrant dans le domaine
de la promotion artistique.
Une structure comme le FESTHEF est
totalement dépendante de l’aide étrangère pour chaque
édition de son festival de théâtre. La part de l’Etat est
symbolique pour ne pas dire ridicule.
L’avenir du FESTHEF dépend de la volonté
politique de l’Etat de prendre en charge une partie
substantielle de son financement. Ce serait alors la
reconnaissance du patrimoine culturel national. La
médiatisation internationale de cette manifestation
théâtrale serait l’une des rares occasions où le Togo se fait
entendre sur le plan international en bien, contrairement
aux informations politiques.
Un pays comme le Burkina-Faso n’est connu
aujourd’hui dans le monde que grâce à ses différents
festivals culturels et artistiques. Et pourtant personne ne
connaît le nom de son président au pouvoir depuis une
vingtaine d’années.
Mais la sérénité du FESTHEF ne saurait
s’arrêter à la seule participation de l’Etat. Le secteur
privé national et la société civile doivent être mis à
contribution à travers le sponsoring et le mécénat.
Le sponsoring des entreprises et le
mécénat des personnes financièrement nanties sont des
pratiques encore peu répandues dans notre société. Le
FESTHEF doit donc profiter des rassemblements d’artistes
qu’il convie périodiquement à ses fêtes du théâtre pour des
réflexions collectives sur la sensibilisation des sponsors
et des mécènes potentiels qui investissent assez facilement
dans le sport, notamment le football.
Les troupes de théâtres doivent se
structurer plus professionnellement pour apprendre à
mobiliser des fonds afin d’échapper à la fatalité de la
représentation unique à fonds perdus. Pour devenir plus
performantes et compétentes, des formations théâtrales sont
obligées de faire des tournées qui sont autant d’occasions
d’apprendre leur métier.
L’un des objectifs d’un festival de
théâtre, c’est la visibilité des compagnies théâtrales qui
sont offerts en spectacle au plus grand nombre, à une
certaine médiatisation, voire à des acheteurs de spectacles
étrangers ou nationaux.
Cette visibilité peut être une arme à
double tranchant autant pour les troupes que pour le FESTHEF
lui-même. En effet, la visibilité et la promotion du théâtre
Togolais ne peuvent se faire que sur la qualité. L’exigence
de la qualité ne peut s’accommoder de la condescendance, de
la démagogie pour faire plaisir à des copains.
La qualité ne peut être atteinte sans
formation. Les artistes togolais formés majoritairement sur
le tas ont besoin de formation. Ils en sont les premiers
conscients et en réclament à cor et à cri.
Les rencontres festivalières étant des
occasions d’échanges, de compétition et d’émulation, il ne
faudrait pas que certains s’y aventurent les mains nues et
transforment le festival en une exhibition de médiocrité qui
finira à terme par discréditer le FESTHEF.
L’avenir du FESTHEF dépend d’une
stratégie à long terme.
- Stratégie pour l’avenir
Pour ce qui concerne l’évolution du FESTHEF
depuis 1993 et ses huit éditions
depuis 2003, le constat est amer. Malgré la périodicité annuelle à partir de 1999, le
FESTHEF n’a ni grandi ni mûri.
Le FESTHEF manque cruellement de personnels
permanents et d’un siège digne de ce nom pour travailler avec
efficacité. Cela suppose d’importantes ressources financières
qui permettraient de salarier à plein temps une équipe motivée
avec obligation de résultats.
Cette équipe aurait pour tâche de
travailler entre deux festivals à mobiliser des fonds, à
appuyer les troupes théâtrales en organisant en leur faveur
des stages de formation, des séminaires, des concours pour les
dramaturges comme " Plumes Togolaises " qui a été abandonné en
2002, des ateliers d’écriture et des aides à l’édition.
Le FESTHEF doit donc se doter de structures
internes (des commissions, etc) pour jouer pleinement le rôle,
qu’il ambitionne, d’animateur de la vie théâtrale au Togo
Un festival qui dure et défie le temps doit
nécessairement grandir. Le FESTHEF accuse un retard de
croissance lié à certaines pesanteurs sociologiques.
L’amateurisme, le bricolage, l’indiscipline voire
l’irresponsabilité sont les tares qui ont miné sa croissance.
On ne dirige pas un festival avec une baisade de copains mais
avec une équipe de professionnels.
Assahoun, un gros village, est le lieu du
festival. C’est une excellente chose dans la mesure où le
monopole de Lomé, la capitale, est brisé dans le domaine
Théâtrale. Mais là où le bât blesse, c’est que les créateurs
de ce festival étaient presque tous à l’origine des villages
environnants de la préfecture de l’Avé.
Lorsqu’il advint depuis 2000 un
dysfonctionnement grave lié à un problème de leadership et de
cohésion de l’équipe dirigeante, les observateurs et les amis
du FESTHEF ont eu la désagréable impression que l’équipe du
FESTHEF semblait dans une lamentable dérive tribalo -
villageoise.
Les amis du FESTHEF, soucieux de la
pérennité du festival firent comprendre aux uns et aux autres
que le FESTHEF est un patrimoine national et qu’il ne saurait
survivre avec un esprit de clocher.
Lorsque des festivals étrangers invitent
les membres du staff du FESTHEF, ils ne doivent pas revenir
les mains vides avec un beau sourire ; ils doivent
obligatoirement produire un rapport sur leurs activités et sur
ce qu’ils ont vu pour permettre aux commissions du FESTHEF de
s’en inspirer.
Dans le monde moderne, la promotion
culturelle a besoin d’une bonne politique de communication en
direction des médias.
Or il se fait que dans le domaine de l’art,
la simple communication avec les médias ne suffit pas au Togo
en raison des pesanteurs liés à ces médias qui, pour la
plupart, font dans le bricolage informel avec des journalistes
culturels souvent sans formation.
Pour être des relais efficaces des
spectacles, de la vie théâtrale au Togo, les journalistes
culturels ont besoin de formation ; ils en réclament. Le
FESTHEF doit aussi relever le défi de la formation des
journalistes culturels en matière d’art dramatique. Il ne faut
pas se voiler la face : les articles des journalistes sur les
spectacles théâtraux en général et du FESTHEF en particulier
sont d’une platitude exaspérante qui ne récompense pas le
travail des artistes.
Le travail du journaliste culturel est
essentiellement pédagogique, car il s’agit de fuir, partager
au public un plaisir esthétique tout en lui révélant la
technique utilisée. Ce travail pédagogique profite autant au
public des médias qu’aux créateurs eux-mêmes qui ont besoin de
la critique pour les accompagner dans leur évolution. La
critique artistique est une composante indissociable de la vie
artistique nationale.
Lorsque le Togo disposera de journalistes
culturels bien formés, ceux-ci prendront alors le risque de
créer des rubriques et des émissions culturelles dans leurs
médias audio-visuels.
Au niveau des cachets, le FESTHEF doit
mettre fin aux pratiques discriminatoires entre les troupes
togolaises. Il en va de même en ce qui concerne les personnes-
ressources trop souvent payées en monnaie de singe malgré les
engagements des organisateurs. Au-delà du problème de
crédibilité que cela pose, il s’agit d’un mépris et d’un déni
des compétences sollicitées et mobilisées au service du
FESTHEF.
La conséquence de cette attitude cavalière
ne s’est pas fait attendre à travers les boycotts
de certaines
troupes et personnes-ressources depuis quelques années,
particulièrement depuis 2002. Tous ceux qui aiment le FESTHEF
en ont eu gros sur le cœur en voyant le FESTHEF 2002 réduit à
une peau de chagrin avec une maigre affluence. Les
festivaliers, conscients du danger, ont tiré la sonnette
d’alarme au cours du forum bilan de la dernière journée qui
fut très critique tout en n’oubliant pas des recommandations à
l’endroit des organisateurs. Qu’en ont-ils fait ? Le FESTHEF
2003 nous le dira.
Certaines personnes du monde de la culture
estiment que le FESTHEF est devenu un patrimoine national.
Tant le monde n’en est pas encore conscient.
Le FESTHEF doit s’imposer pour mériter le
statut qui implique beaucoup de choses, notamment l’impact
économique que peut représenter un grand festival pour
Assahoun, la préfecture de l’Avé et tout le Togo.
Si le FESTHEF arrive à acquérir une réelle
dimension internationale avec des infrastructures dignes de ce
nom, les sponsors se bousculeront à cause de la médiatisation
mondiale de l’événement théâtral. L’Etat aussi aurait à cœur
de récupérer l’événement pour soigner son image en budgétisant
l’aide à cette grande manifestation culturelle. Nous n’en
voulons pour preuve que le prestige tiré par l’Etat béninois
du financement quasi-exclusif du Festival International de
théâtre du Bénin (FITHEB)
CONCLUSION
Après dix années d’existence, le FESTHEF
est à la croisée des chemins. Il doit vaincre ou périr. La
nature a horreur du vide et des projets concurrents germent
déjà ici et là pour occuper un créneau intéressant.
Le FESTHEF doit se professionnaliser et
rompre avec le dilettantisme et le bricolage. La mission du
FESTHEF est de célébrer le théâtre en offrant à ses artistes
des occasions de rencontres, d’émulation, et offrir une grande
fête aux amoureux du théâtre venus de tous les horizons.
Le temps de la maturité, c’est le temps de
la responsabilité, d’un projet de survie à long terme
comportant des étapes programmatiques pour bâtir sur du solide.
Se développer signifie d’abord s’organiser, se structurer.
C’est faute de pouvoir s’organiser que nos pays africains
demeurent sous-développés à cause de pesanteurs historiques,
structurelles, psychologiques et socio - culturelles.
La culture, domaine si négligé par l’Etat
au Togo, doit donner le bon exemple aux politiques afin de
tirer notre pays vers le haut.
Par Ayayi
Togoata APEDO-AMAH
Département de Lettres Modernes
Université de Lomé |