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FESTIVAL DE THÉATRE DE LA FRATERNITÉ

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Historique et Interviews

Festival de Théâtre de la Fraternité – Assahoun (Togo)
8
è édition

Quel avenir pour les événements culturels au Togo : Cas du FESTHEF

Par Komlan AGBO
Spécialiste en Management des Entreprises Culturelles
Ministère de la Culture
 

Ma première réaction à cette question thème qui m’a été proposée pour la communication de ce jour, a été de répertorier les événements culturels dans notre pays. Le problème ne se trouve pas dans la difficulté de pouvoir les lister mais plutôt dans celle de pouvoir les compter comme tels, car nombre d’entre eux n’ont pas connu plus d’une édition. Du FEMESCO ( Festival des Meilleurs spectacles scolaires) des années 80 sur l’initiative de l’Etat, aux RETHES, le dernier né des événements culturels, en passant par DJALELE, FESPAPE, FITAP entre autres, que d’expériences ont été tentées au Togo. L’erreur aura été de n’avoir jamais essayé.

Tel que formulé, le thème devient une réelle préoccupation non seulement pour les principaux organisateurs de ces événements mais également pour tous ceux qui, de manière générale, y contribuent de diverses manières.

Avant de suggérer quelques approches de solution, il conviendrait d’analyser les forces et les faiblesses de ces événements qui nous réunissent périodiquement et nous intéressent tant. 

Les événements culturels des années 80 et 90

Les premiers événements culturels à caractère strictement national ont été créés par l’Etat. Il y eut d’abord les semaines culturelles scolaires dans les années 70 qui ont connu un véritable essor mais qui, malheureusement ont dû s’estomper faute de moyens financiers surtout. Puis vinrent les années 80 avec la création du FEMESCO, qui eut lieu chaque année au niveau des enseignements primaire et secondaire (6ème en terminale) avec des phases finales à Lomé. La dernière édition de ce festival s’est déroulé en 1990, mais dont l’organisation s’était limitée au niveau de Lomé commune et de la préfecture du Golfe pour des raisons facilement imaginables : l’essoufflement économique de l’Etat. A l’actif de l’Etat, on peut aussi mettre le FOLKA (Festival des Groupes Folkloriques).

Le corollaire de la libéralisation de la vie politique en 1991 a été le foisonnement des associations et initiatives culturelles. La toute première sous l’égide de fonctionnaires du ministère de la Culture, a été étouffée dans l’œuf malgré cette libéralisation ; elle avait pourtant le soutien de la Mission Française de Coopération et d’Action Culturelle (devenue aujourd’hui SCAC) à travers le CCF et, prévue pour décembre 92, devait être subventionnée par l’UNESCO. Il s’agit du Festival international de Contes ou Nuits Africaines initiés par l’Association Promotion Théâtre.

Les premières véritablement concrétisées sont, à tout seigneur tout honneur, le FESTHEF, MISS TOGO et EWOLE dont les gestations remontent presque à la même période (cf dossiers adressés au ministère de la Culture). Malgré les critiques parfois malintentionnées et leurs vacillements, ces évènements se maintiennent. Vinrent ensuite dans le désordre chronologique :

FITAP : Festival International de Théâtre et des Arts Plastiques ; deux difficiles éditions.

DJALELE : sous la supervision de l’Hôtel de Ville, ce festival n’a connu aussi que deux éditions et personne n’est en mesure de dire avec certitude à quand la prochaine édition.

FESPAPE : Festival Panafricain de Perles ; une doublure de deux dames dont l’une se trouve actuellement en France où elle aurait ouvert un magasin d’artisanat d’art.

FIFIVIL : Festival International du Film et de la Vidéo de Lomé ; organisé par la direction de la Cinématographie du ministère de la Culture, il n’en a été que de sa première édition.

Journées du Cinéma, de la Télévision et de la Vidéo au Togo : personne n’a aucune idée de ce festival qui a pourtant reçu une subvention de 15.790€ de l’UE en 1997.

FESDA : Festival de Danses Africaines ; trois éditions déjà et la 4ème se prépare pour novembre 2003. Un festival qui s’internationalise au fil des années.

RETHES : Rencontres Théâtrales de Sokodé ; la toute première édition initialement limitée à la Commune de Sokodé, a connu la participation d’une troupe malienne et a pris une dimension internationale. La seconde est prévue du 17 au 21 décembre 2003.

 2. Les forces et les faiblesses des événements au Togo

Les seules forces des événements culturels au Togo résident dans la motivation, l’engouement et surtout dans la témérité de leurs organisateurs, en l’absence de concurrence et de soutien. A l’opposé beaucoup de faiblesses : amateurisme des organisateurs, indifférence notoire des pouvoirs publics, hésitation du secteur privé, et évolution en une sorte de vase clos.

2.1. Amateurisme des organisateurs

La plupart des événements culturels au Togo sont nés non sur la base de projets préalablement élaborés à partir des données économiques et sur le public mais sur le désir d’imiter les autres. Le FESTHEF en est une parfaite illustration : il est né pour juguler les rivalités entre deux associations locales. Or si pendant longtemps, l’économie renvoyant au commerce fut opposée à la culture, celle-ci est aujourd’hui désormais considérée comme une composante essentielle des stratégies économiques ; cela se mesure à l’aune de l’activité festivalière.

Nonobstant l’absence de projets préalables, ils souffrent tous énormément d’un problème organisationnel et structurel. On conviendrait avec moi que les événements culturels sont de véritables entreprises culturelles qui doivent être professionnellement gérées. Des critiques ont été, à chaque édition, formulées au FESTHEF mais chaque fois, les mêmes erreurs reviennent. En terme d’organisation, il faudra entendre ici : gestion des ressources, management, marketing. 

2.2. Indifférence des pouvoirs publics et hésitation du secteur privé

En dehors de l’engagement volontariste de certains fonctionnaires du ministère de la Culture aux côtés des organisateurs d’évènements culturels, l’apport des pouvoirs publics se traduit souvent par les autorisations accordées, du moins aux premières éditions, et leurs présences aux cérémonies d’ouverture.

Pourtant nul n’ignore qu’un événement culturel est créateur d’emplois, même à temps partiel. En l’absence de statistiques, des exemples ne peuvent que venir d’ailleurs. Ainsi plus de 400.000 personnes travaillaient dans le secteur de la culture en 1992 en France, dont 160.000 dans le spectacle vivant.

D’un autre côté, les entreprises privées hésitent beaucoup à financer les évènements culturels soit parce qu’elles n’ont aucune politique en la matière, soit parce qu’elles n’ont aucunement confiance en leurs organisateurs qui manquent de crédibilité. Il en est de même pour les organisations dans le cadre des coopérations bilatérale, multilatérale ou décentralisée. Le SCAC s’est par exemple plaint de ce que des opérateurs utilisent très mal des fonds mis à leur disposition et n’arrivent souvent pas à justifier leurs dépenses. A titre illustratif, les 3ème et 4ème éditions du FESTHEF ont reçu de Bruxelles directement 13.000Euros (1997) et 33.250 Euros (1999) respectivement mais que de propos peu honorables n’avons-nous pas entendus ?

2.3. Manque d’ouverture aux autres

Nombre d’organisateurs considèrent leurs évènements comme une chasse gardée. Par crainte des coups bas qui se jouent au niveau des partenaires institutionnels mais aussi à cause de leur opacité dans la gestion, certains préfèrent rester dans leur coin au lieu d’entrer en contact avec leurs homologues. D’autres, par contre, manquent tout simplement d’information.

Ailleurs, en Europe notamment, des réseaux se mettent en place : IETEM (International European Theater Meeting), CIRCLE (Cultural Information and Research Centers Liaison in Europe), etc.

Il est grand temps que se mettent en place des réseaux de professionnels tant au niveau national, sous-régional et régional afin de mieux échanger. Des initiatives malheureusement sous l’égide de l’AFAA, du SCAC, et autres Africalia peuvent bien être salutaires si dépourvues de toute idée de formatage. 

3. Perspectives d’avenir pour les évènements culturels au Togo

" Aide-toi, le Ciel t’aidera " dit-on. L’avenir des évènements culturels au Togo dépend avant tout de ce que leurs organisateurs veulent en faire. J’envisage pour ma part une approche de solution à trois niveaux : les promoteurs, l’Etat et les privés.

Les promoteurs doivent avoir conscience de leur amateurisme révolu et chercher à se professionnaliser. En effet, la culture continue d’attirer aujourd’hui dans notre pays aussi des étudiants, mais également des professionnels expérimentés qui cherchent une reconversion motivante et réfléchie. Les ressources humaines du secteur artistique et culturel se caractérisent par une variété de spécificités. A chaque discipline (théâtre, musique, cinéma, patrimoine, arts plastiques) correspond un certain nombre de savoir-faire, de pratiques professionnelles qui génèrent diverses responsabilités associées de nature administrative, technique et financière. Le foisonnement de statuts, de métiers et de responsabilités répond à une logique socioéconomique qui tire sa légitimité d’un savant dosage entre le volontarisme public et le jeu du marché. La typologie des professions culturelles dirigeantes s’organise autour de quatre grands pôles :

la profession de créateur au pôle artistique (producteur, metteur en scène, cinéaste, etc…)

les médiateurs au pôle pédagogique ; ce sont des professionnels dont la fonction première est de transmettre du savoir-faire, des techniques artistiques ou des compétences spécialisées (bibliothécaires, animateurs musicaux, archéologues, etc…) l’administrateur au pôle public ; est le garant de l’intérêt général (attachés culturels, conseillers culturels, etc…) enfin le manager culturel ; il a la gestion et la responsabilité directe d’un certain nombre d’activités qu’il conduit dans une stratégie de résultats économiques. 

Bien de possibilités et d’opportunités s’offrent aujourd’hui à des gens qui veulent bien se professionnaliser dans les métiers de la culture.

De son côté, l’Etat doit prendre parti pour tous ces évènements culturels naissant dans notre pays en encourageant le mécénat qui demeure de loin la première forme d’aide aux artistes. Il n’existe nulle part ailleurs ni une royauté, ni un Etat indifférent à cette manne et non disposé à l’encourager. Le mécénat reste pour l’Etat le meilleur moyen d’associer des entreprises privées aux financements d’opérations dites budgétivores, moyennant bien sûr quelques avantages fiscaux.

Aux USA, la pratique du mécénat est encouragée parce que l’Etat ne veut jamais intervenir directement dans le secteur culturel ; en contrepartie, il accorde des avantages fiscaux suffisamment attrayants pour susciter quelques vocations.

En France, la loi du 23 juillet 1987 fait reconnaître le mécénat d’entreprise soumis à une réglementation en son article 2 : " les entreprises assujetties à l’impôt sur les sociétés sont autorisées à déduire du montant de leur bénéfice imposable, dans la limite de deux pour mille de leur chiffre d’affaires, les versements qu’elles effectuent au profit d’œuvres ou d’organismes d’intérêts ayant un caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, familial, culturel ou concourant à la mise en valeur du patrimoine artistique, à la défense de l’environnement naturel ou à la diffusion de la culture, de la langue et des connaissances scientifiques françaises ".

Paradoxalement au Togo, non seulement l’Etat n’intervient pas directement dans l’organisation d’évènements culturels mais n’encourage pas non plus le mécénat. Parce que les voix des fonctionnaires du ministère de la Culture manquent d’oreilles, les associations doivent se mobiliser pour " contraindre " l’Etat dans ce sens. Je rappellerai que les démarches de l’ADMICAL (Association pour le Développement du Mécénat Industriel et Commercial) ont fini par convaincre l’Etat français. Une telle disposition permettrait aux entreprises privées de s’engager un peu plus en faveur de la culture.

Tout compte fait, le constat est établi ; la difficulté du FESTHEF pour relever le défi, redorer son blason et redonner confiance à tous réside dans sa gestion organisationnelle et financière. Des propositions ont été formulées lors des précédentes éditions et qui sont, en partie, reprises à cette occasion. Les débats qui suivront bientôt, pourront encore identifier d’autres pistes. Gageons que ces différentes propositions seront minutieusement examinées en faveur d’un meilleur avenir non seulement pour le FESTHEF mais également pour tous les autres évènements culturels existants ou à naître dans notre pays.

 

 

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