|
 TOGOFORUM :
Camille Amouro, Vous êtes écrivain béninois. On a
l’impression que vous n’êtes connu que de la classe
intellectuelle togolaise. Vos œuvres circulent peu ou pas.
Mais avant d’arriver à cet état de chose, vous voudriez
bien vous présenter. Qui êtes-vous Camille Amouro ?
CAMILLE AMOURO : Cette
impression me paraît ne pas refléter la réalité. D’abord
je ne me présente que trop rarement comme écrivain. Je
veux dire que ma profession n’est pas d’écrire des œuvres
pour des éditeurs. Il est vrai que j’écris tout le temps,
mais pas dans la perspective d’un métier. Je suis auteur
de quelques paroles d’urgence et chaque fois que cette
urgence me porte à m’ingérer dans un domaine, en général,
je ne semble pas respecter la norme. Dans ces
circonstances précises, c’est vrai que chaque fois que mes
préoccupations touchent une communauté précise, elle me
les rend bien. C’est ce qui s’est passé avec la classe
intellectuelle togolaise comme vous dites.
TOGOFORUM : Il y a une
question qui me trotte dans la tête depuis que nous nous
sommes vu. Kangni Alem dans la dédicace de son texte
Chemin de croix vous remercie de lui avoir prêté
votre cadavre. C’est nouveau un vivant qui prête son
cadavre à un écrivain !
CA :
A cette question, seul Kangni peut répondre.
TOGOFORUM : Une question
traditionnelle qu’on pose à presque tous les écrivains :
Comment êtes-vous arrivé à l’écriture ?
CA :
Je n’ai pas de parcours. Et pas de biographie. L’écriture
pour moi n’est pas une discipline. C’est un état. Je ne
respecte aucune norme. J’écris ce que je ressens comme je
le ressens et choisis le moyen de destiner mon discours à
qui je parle. Ecoutez, c’est très simple : il n’y a pas
une semaine où je ne m’adresse pas à une portion du monde
par un moyen ou un autre.
TOGOFORUM : Pourquoi
écrivez-vous ? Parce que vous ne vous sentez pas à votre
place, parce que vous êtes en quête d’une place ou parce
que vous voulez bouger de votre place ?
CA : Je crois que j’ai
une place déjà et que celle-ci ne souffre d’aucune menace
puisque la seule personne qui peut en décider, c’est
moi-même.
TOGOFORUM : L’Africain
peut-il réclamer aujourd’hui une identité particulière en
rapport avec ses origines au regard des influences
extérieures ?
CA :
Moi, je suis un guerrier. Les autres, je ne sais pas.
TOGOFORUM : On a souvent
parlé de
l'écrivain comme
fer de lance, comme porte-parole de la masse écrasée. En
tant qu’écrivain, ( même si vous ne vous identifiez pas
sous ce vocable ) comment vous situez-vous par rapport à
l’engagement ?
CA :
Qui a dit ça ? Pour moi, il s’agit tout simplement d’une
communauté d’arnaqueurs pires que la classe politique qui
lui sert de prétexte. Le fer de lance dont vous parlez a
sans doute existé, mais c’est de l’histoire ancienne.
TOGOFORUM :
L’Afrique est de partout secouée. Soit par des
conflits armés, soit par des dictatures tartinées de
démocraties. Conséquence , c’est la misère qui s’est
installée, l’angoisse, la peur, la mort aussi. Comment
vivez-vous cette déconfiture sociale ?
CA :
Je ne ressens pas l’Afrique de la même manière. Je ne peux
pas cautionner ma propre irresponsabilité dans ma propre
histoire.
TOGOFORUM :
Comment de l’extérieur lisez-vous la vie
politique togolaise ?
CA :
Je ne la lis pas de l’extérieur. J’y suis, au cœur, en
plein. Ce que j’en pense vous le saurez à mon prochain
livre prévu pour le mois de décembre de cette année.
TOGOFORUM : La production
littéraire togolaise traduit-elle la pourriture que nous
autres avons constatée ? Quelle appréciation faites-vous
de la littérature togolaise ?
CA :
Je ne connais pas la littérature togolaise. Vous savez, il
y a treize ans j’ai publié une étude sur les rapports
entre le pouvoir et la création littéraire au Togo. Ceci
explique que je suis connu par plusieurs individus ici. Il
y a quelques mois, j’ai publié un article dans lequel je
constatais les erreurs d’appréciations. Je n’ai pas envie
de retomber dans ce même type d’erreurs.
TOGOFORUM : Vous êtes au
Festhef membre du jury. Vous suivez tous les spectacles.
Quelles impressions avez-vous ? Est-ce du travail bien
fait ou c’est de l’à peu près ?
CA :
Il y a de tout. Cependant la remarque générale est que le
public est acquis. Cela me semble suffisant.
TOGOFORUM :
Avez-vous des griefs particuliers à l’endroit
de l’organisation du Festhef ?
CA :
Si j’en avais, je les ferais savoir directement à
l’organisation et j’imposerais qu’ils soient entendus ou
je repartirais.
TOGOFORUM : Plusieurs
voix suggèrent que le Festhef soit biennal et qu’on le
transfère à Lomé. Comment réagissez-vous ?
CA :
Il s’agit là de deux conneries. Le Festhef est le festival
annuel de théâtre d’Assahoun. Cela n’empêche pas d’autres
initiatives.
TOGOFORUM : Avez-vous des
préoccupations personnelles sur les rapports que les
acteurs culturels entretiennent avec les pouvoirs
politiques ?
CA :
Vous voulez dire avec les autres politiques ? Eh bien !
Ils vont rester dans leur monde et moi dans le mien. Il
n’y a aucune possibilité de compréhension mutuelle.
TOGOFORUM : Vous
reviendrez certainement à la 9ème édition .
Jusque –là vous auriez publié d’autres livres ?
CA :
Je publie toutes les semaines, certains le savent. Et je
n’ai aucun projet de changement de statut. Je ne veux pas
intégrer ce que vous considérez vous autre comme
publication. Vous savez, je suis éditeur et je sais qu’on
peut tout publier sur tout support. Mais je suis
personnellement dans une perspective à moi. C’est elle que
je vous invite à suivre si cela vous botte. Car, j’y
mourrai.
TOGOFORUM :
Je vous remercie.
CA :
Et moi donc! |