The Best Rates in America at 1 Cent per Minute!

Sur togoforum ou Sur le Web entier
Site Web entier

AgoraPress

Tribune

Economie

Politique

Culture

Société

Sites

 

FESTIVAL DE THÉATRE DE LA FRATERNITÉ

Le Festhef de A à Z

 

Historique et Interviews

Festival de Théâtre de la Fraternité – Assahoun (Togo)
8
è édition

Entretien avec le Professeur  Ayayi Togoata Apédo-Amah (Membre de jury)
Propos réceuilli pendant le festival d'Assahoun du 22 au 27 Août 2003  

TOGOFORUM: Vous n’êtes plus à présenter. Votre engagement pour la culture est évident. Vous participez à tous les Festhef. Le 8 Août 2003 vous avez initié une formation des journalistes culturels. Quel était l’objectif de cette formation ? 

Ayayi Togoata Apédo-Amah: C’est le Festhef qui a pris l’initiative de  cette formation en collaboration avec le réseau des journalistes culturels du Togo. J’ai été sollicité comme formateur avec pour objectif d’outiller  les journalistes culturels en matière d’art dramatique. C’était une formation très sommaire qui n’a duré qu’une journée.

Je considère que le journaliste culturel a un rôle pédagogique à jouer auprès du public et des créateurs à partir du regard critique qu’il pose sur un spectacle. C’est-à-dire qu’il ne doit pas se contenter de dire si c’était bon ou mauvais en résumant la pièce accompagné d’un commentaire politique ou idéologique. En effet, la première question qui interpelle le critique est la question « Comment ? », dont la réponse consiste à expliquer la technique, le style et tout ce qui concourt à l’esthétique d’une pièce de théâtre. 

TOGOFORUM: On ne peut pas dire que la santé de notre culture est parfaite. Dans quelle mesure les journalistes culturels peuvent-ils contribuer à l’améliorer ? 

ATAA: Malheureusement nous constatons que beaucoup de journalistes culturels sont incultes et ignorent tout de leur mission. Au Togo l’on est souvent journaliste par accident pour régler un problème de chômage. Le Togo est et demeure une colonie française jusqu’à nouvelle ordre, n’en déplaise aux grands naïfs qui croient que notre pays devint indépendant en 1960 avec l'« Ablodé Gbadja ». Les journalistes en général et l’élite togolaise en particulier, au lieu d’aider à libérer le peuple des fers que l’on a ôtés de ses pieds et de ses poignets pour les transférer dans sa tête, ne font que l’enfoncer davantage dans l’asservissement et l’aliénation culturels.

Comment peut-on demander à des singes de libérer un pays lorsque eux-mêmes  ne sont pas conscients de leur statut de colonisés servilement attentifs à singer bêtement  tout ce qui vient d’Occident?  L’Afrique est en train de subir avec le silence complice de son élite et surtout de ses clercs, un génocide culturel sans précédent. Le constat est donc amer : ce sont ceux qui sont censés éveiller les consciences des autres qui doivent au contraire être déniaisés. 

TOGOFORUM: Les médias constituent le 4ème pouvoir. Et les médias au Togo sont surveillés de très près. Par rapport aux sujets dont traite le théâtre, les journalistes peuvent-ils avoir les mains libres ?  

ATAA: Le journaliste qui n’est pas un homme libre n’est pas un  journaliste. C’est un vil griot, un médiocre.  Nul n’est obligé d’être journaliste s’il a peur. A priori, aucun sujet n’est tabou. Il est vrai que le journalisme peut être un métier dangereux lorsqu’il s’attaque à certains intérêts. Mais il y a un choix à faire. Il y a aussi la manière d’aborder les choses. Bien souvent, il arrive que ce  soit lui-même qui se ligote les mains par l’autocensure et surtout la corruption.

Actuellement les journalistes de la presse d’opposition à la dictature s’accusent réciproquement dans les colonnes de leurs journaux de corruption à haute dose en pointant un doigt crochu et souillé de merde en direction de Lomé 2. Et comme dans le même temps, cette presse a perdu sa critique, sa perspicacité, sa lucidité, je suis troublé.  

TOGOFORUM:  Qu’est-ce qui fait du théâtre un art redoutable ?  

ATAA: Aucun art n’est redoutable en soi. C’est la façon dont on l’utilise qui peut le rendre plus ou  moins redoutable pour certains. Le théâtre peut en effet, être parfois redoutable lorsque les sujets abordés sont directement en phase avec une actualité brûlante. Cela dit, on ne fait pas de révolution avec le théâtre ou l’art en général. Il arrive que les créateurs, à l’écoute du peuple, saisissent davantage que quiconque les signes avant-coureurs de certains bouleversements socio-politiques. 

TOGOFORUM:  Il vient de se créer depuis deux ans l’ARETHES, l’Association des Rencontres Théâtrales de Sokodé.  Vous percevez ces Rencontres comme une rivale du Festhef ou un partenaire venu combler le déficit culturel au Togo ? Une synergie  avec les Rencontres et le Festhef  ne ferait-elle beaucoup de bien à la culture? 

ATAA: Il ne faut pas voir les choses en termes de rivalité mais en terme d’émulation. Je milite pour une décentralisation de la vie culturelle au Togo. Le monopole de Lomé doit être brisé en la matière. La force des associations qui animent la vie culturelle au Togo ne réside pas dans leur isolement, mais dans une collaboration franche, car il y a de la place pour tout le monde.

La culture n’est la propriété privée de personne. Si beaucoup d’initiatives du genre ont échoué, c’est à cause de la mesquinerie, de l’inculture, et d’une politique à courte vie de promoteurs obnubilés par la protection d’une chasse gardée plus ou moins juteuse. 

TOGOFORUM: Antonin Artaud dans Le théâtre et son double conseillait que soit supprimé le primat du latin. Peut-on vraiment se passer du latin au théâtre

ATAA: On ne peut pas supprimer la parole au théâtre. Antonin Artaud a voulu lutter contre la place trop prépondérante que les dramaturges lui ont accordé depuis le théâtre classique au XVIIè siècle. La parole n’est qu’un langage théâtral parmi d’autres. Le souci d’Artaud était donc de contribuer à rétablir un certain équilibre entre tous les langages théâtraux :  paroles, gestes, mimes, décors, signes, etc. … 

TOGOFORUM: L’esthétique théâtrale, la mise en scène ont depuis évolué. Quels jugements portez-vous sur la qualité des spectacles qui se jouent au Festhef ?  

ATAA: Au Festhef, il se passe la même chose que dans tous les festivals : il y a le bon et le moins bon. Je constate que le théâtre togolais évolue dans un sens beaucoup plus professionnel qu’auparavant dans la mesure où les créateurs commencent à comprendre que l’art requiert beaucoup de travail et de sérieux. Le dilettantisme et le bricolage ne paient pas. La conséquence heureuse de ce nouvel état d’esprit, c’est que, aujourd’hui, plusieurs troupes togolaises évoluent sans complexe dans la cour des grands sur le plan international.  

TOGOFORUM: Vous étiez en juin 2003 à Sokodé. Racontez-nous ce séjour. 

ATAA: Il s’agit d’un projet de formation ficelé par une association regroupant les artistes de Sokodé et financé par l’Union Européenne. Je suis chargé de l’ atelier de dramaturgie. Il y avait aussi des ateliers consacrés à la mise en scène, au jeu d’acteurs et à la régie. Cette formation réunissait plusieurs compagnies de la région centrale du Togo. La demande en formation à l’intérieur du pays est forte car les artistes du théâtre togolais se forment essentiellement sur le tas ; ce qui explique une partie des problèmes que rencontre le théâtre au Togo. 

TOGOFORUM: Quels conseils donnez-vous aux metteurs en scène ?  

ATAA: Le travail, le travail, le travail, le travail. Il faut ensuite qu’ils soient ouverts à la critique, car, bien souvent, en cas de petit succès, certains se croient infaillibles et ont la grosse tête.  

TOGOFORUM: De plus en plus de metteurs en scène recourent aux contes. Est-ce parce que les pièces traditionnelles ne leur offrent pas un registre assez large d’expression d’une certaine esthétique théâtrale ou c’est tout simplement le désir de revisiter le passé ? 

ATAA: Il ne s’agit pas de cela. Au Togo et en Afrique de l’Ouest, le conte dramatisé a été créé au début des années 1990 par la troupe togolaise ZITIC avec un énorme succès qui a débouché sur des tournées en Afrique et en Europe.

Beaucoup de troupes africaines et togolaises se sont mises à pratiquer cette nouvelle esthétique théâtrale. C’est une bonne chose.

C’est aujourd’hui un genre à la mode avec ses exigences qui font entrer en ligne de compte la musique, la danse, la chorégraphie… Toute la difficulté de ce genre consiste à établir un bon équilibre entre le récit et l’action tout en évitant les pièges du folklorisme.  

TOGOFORUM: S’agissant des œuvres théâtrales, on  ne peut pas dire que les maisons d’édition s’ouvrent à tous les auteurs. Pourquoi peu d’auteurs se font-ils éditer ? Il est vrai que le texte théâtrale ne trouve sa consécration que lorsqu’il est créé. L’édition, ce n’est quand même pas mal ?

ATAA: Aucun dramaturge ne refuse d’être édité ; bien au contraire. Mais il se fait que les maisons d’édition au Togo sont dans un coma profond, financièrement parlant. Malheureusement l’Etat ne fait rien pour favoriser l’éclosion culturelle du pays. Le gouvernement semble cultiver l’inculture et l’ignardise. Comment dans ces conditions parler de développement ? Depuis 1960, nos dirigeants successifs ont totalement ignoré la dimension culturelle du développement. En réalité, l’Etat n’existe même pas au Togo.  

TOGOFORUM: Comment entrevoyez-vous le théâtre togolais d’ici à 10 ans ?  

ATAA: Je ne suis pas prophète, mais gageons qu’il sera beaucoup plus riche qualitativement qu’en 2003.  

TOGOFORUM: Des préoccupations particulières au sujet du théâtre et de la culture ?

ATAA: Il n’existe aucune grande nation sans une grande culture. L’art et la culture peuvent concourir grandement au déniaisement des peuples colonisés d’Afrique pour briser les chaînes du colonialisme et des dictatures analphabètes. La culture est une arme puissante pour briser le pacte colonial et hâter la fin du sinistre règne des tirailleurs ubuesques qui plongent l’Afrique dans un bain de sang et le ridicule. La domination est beaucoup plus mentale et psychologique qu’autre chose, car nos oppresseurs ne sont pas aussi forts qu’ils veulent le laisser croire.  

TOGOFORUM: Si une fée vous demandait comme le conte de formuler un vœu, un seul vœu pour le théâtre togolais, que diriez-vous ?  

ATAA: Que le théâtre de demain célèbre l’Afrique libérée. 

TOGOFORUM: Nous vous remercions.

 

 

AgoraPress  AgoraBrèves Interviews Sport Tribune libre Chat et Amitié Palabrons Economie  M05 Sites Démocrate de France Nouvelle Texte du Togo