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TOGOFORUM : Vous êtes directeur artistique et metteur en scène
de la Compagnie de Théâtre Tout Terrain. Parlez-nous de la CTTT.
ALEXANDRE ATINDOKO :
Par définition la CTTT est la Compagnie de Théâtre « Tout
Terrain. Elle est créée en 1996. Très tôt elle s’est lancée dans
la recherche, la mise en scène et la production du conte (tous
les genres : conte dit, conte mimé ) Le bureau directeur est
composé d’un directeur artistique, d’un directeur administratif,
d’un gestionnaire, d’un régisseur général, et d’un consultant
technique. Outre la scène, la CTTT a à son actif l’organisation
d’un festival pour enfants, le REST ( Rencontre Sur tout-Terrain
en avril de chaque année) ; le FACUB (Formation Artistique et
Culturelle à la Base ) ; le PROCULS ( Promotion –Art et Culture
en milieu Scolaire ). Elle organise également chaque année une
semaine culturelle (semaine portes ouvertes sur la CTTT ).
TOGOFORUM :
Vous nous avez confié que la troupe avait été renouvelée à 80%.
Qu’est-ce qui a entraîné ce renouvellement ?
AA :
Ce n’est pas la compagnie qui a été renouvelée mais les comédiens
de la création Un cauris pour une jeune femme, le
spectacle que nous jouons au Festhef 2003. Après l’organisation
d’un atelier de formation artistique dans le milieu scolaire et
estudiantin, j’ai découvert des talents inouïs et j’ai décidé de
stimuler leur éclosion. D’où leur distribution dans la création Un
cauris pour une jeune femme.
TOGOFORUM :
Un cauris pour une jeune femme appartient au conte.
Pourquoi avez-vous choisi ce genre ?
AA :
Vous savez, en Afrique, le conte constitue une mine d’or en
matière de richesse culturelle, morale et… Ainsi, au nombre de ses
objectifs, la CTTT s’est assignée la mission de :
-
collecter les contes dans les
campagnes et hameaux
-
transcrire et traduire ces contes
-
élaborer un document support pour ces
contes
-
procéder à leur mise en scène
-
organiser des soirées (clair de lune
) pour véhiculer le message des contes.
TOGOFORUM :
En Afrique tout conte finit par une leçon de morale ou par une
explication ontologique. Quelle leçon ou quelle explication
ontologique avez-vous voulu véhiculer à travers Un cauris pour une
jeune femme ?
AA :
Moi j’ai une particularité. Je n’aime pas m’ériger en donneur de
leçons au cours d’un spectacle. Par rapport à Un cauris pour
une jeune femme, j’ai voulu exprimer à travers le
personnage d’ALEMEDJE , que quelles que soient les
vicissitudes de la vie, le destin pourvoira toujours ; contre la
force aveugle, il faut savoir opposer malice et intelligence.
Ecoutez, il y a quelque chose de pire que l’échec : c’est de
n’avoir rien essayé.
TOGOFORUM :De
plus en plus le théâtre emprunte au conte. Vous estimez que le
conte est une richesse qui puisse servir le théâtre ou c’est tout
simplement une volonté de remettre les contes qui ne se disent
plus les soirs au villages ?
AA :
Les deux. Il est indéniable que le conte constitue une richesse
incommensurable que peut exploiter l’art théâtral. Par ailleurs,
la modernité qui ne dit pas son nom de nos jours constitue une
menace pour le conte. Il urge donc de trouver les voies et moyens
pour sa restauration efficiente.
TOGOFORUM :
Les contes ne se disent plus les soirs au village. Ils ont été
remplacés par les transistors, les postes téléviseurs et le cinéma.
Quelle incidence cela peut-il avoir sur le corpus social africain ?
AA :
Comme je le disais tantôt, le conte constitue une mine d’or en
matière artistique, culturel, historique en Afrique… Son déclin
entraîne sans nul doute un vide, un déséquilibre socioculturel,
une perte d’identité, une dépersonnalisation. Une transhumance
culturelle involontaire.
TOGOFORUM :
Dans nos sociétés africaines déconfites, quels rôles peuvent jouer
d’une part le théâtre comme art de la scène et le comédien ?
AA :
Molière aimait bien ridiculiser les mœurs pour les corriger. L’art
théâtral est en quelque sorte le miroir qui doit refléter la
culture d’un peuple. Cependant, sans s’ériger en donneur de
leçons, le comédien ou tout acteur du monde théâtral doit pouvoir
avoir le courage de dire haut ce que les autres pensent tout bas.
Si la religion est l’opium du
peuple, l’art doit être l’antidote de toutes choses visant la
déstabilisation sur tous les plans de la société. Et le comédien
a un rôle primordial à jouer dans ce cas là.
TOGOFORUM :
Dans quelles proportions et à quel degré ou à quel seuil, le
théâtre peut-il influencer le cours de nos sociétés ?
AA :Le théâtre pourra
influencer le cours de nos sociétés lorsqu’il arrivera à
s’inscrire et à s’identifier à la personnalité même de l’Homme. Il
devra constituer un tremplin pur et sain pour la restructuration
et la revalorisation de nos cultures. A partir du moment où les
peuples africains, les sociétés africaines considéreront le
théâtre comme un remède efficace pour une cure sociale, la
retraite pure pour se revigorer et s’imprégner de nos réalités
propres, ce serait mission accomplie. Le comédien pourra se
frotter les mains.
TOGOFORUM :
Joli rêve. Mais en attendant parlons de notre Afrique. La
démocratie est falsifiée, les élections sont pipées, les finances
publiques sont maraudées, la misère morale est tangible, le
malaise est évident. Quelle doit être l’attitude de l’artiste
devant cette négation de la vie ?
AA :
L’artiste est appelé à ne pas rester indifférent face à ces tares
qui minent la société. Il doit, à travers un savant dosage
d’humour et de sérieux, atteindre les cœurs pour guérir les
instigateurs de ces maux de leur crasse mentale qui condamne à la
bassesse la plus basse de l’espèce humaine. Tout en restant
optimiste, il devra dénoncer avec la dernière rigueur et tirer sur
la sonnette d’alarme s’il faut pour alerter le plus grand nombre
d’oreille possible.
Par ailleurs , un artiste doit
toujours, partout et n’importe où faire preuve d’intégrité, de
loyauté, de clairvoyance, d’impartialité, d’innovation et surtout
de courage et d’abnégation.
TOGOFORUM :
Une spectatrice que nous avons approchée nous a confié que le
Festhef remplaçait efficacement le divan du psychiatre. Avez-vous
la même impression ou une impression différente ?
AA :
Je partage entièrement le point de vue de cette spectatrice. On
vient à un spectacle pour s’extérioriser (acteurs ) ou pour
compenser un vide (spectateurs ). Dans les deux cas, on veut
satisfaire une ambition, je dirai un creux, un manque. Le Festhef
à mon avis constitue au Togo, un carrefour pour la cure de
l’esprit. Après un spectacle, tout spectateur en ressort
renouvelé, léger.
TOGOFORUM :
Quels sont les projets immédiats et à longs termes de la CTTT ?
AA :
Dès notre retour à Cotonou, nous allons mettre les dernières
touches pour notre semaine culturelle annuelle qui se tiendra
cette fois-ci du 05 au 10 Septembre 2003 au HALS de Cotonou avec
la participation de cinq (5 ) troupes du Bénin et d’ailleurs. Il y
a également le Festival REST ( Pour Avril 2004 ), Le PACULS (
Février – Mars 2004 ), une tournée nationale en Novembre , le
tournage d’un téléfilm avant fin septembre, un atelier de
formation et de recyclage sur la mise en scène à l’intention des
jeunes metteurs en scène ( 15 – 20 septembre 2003 ) , une tournée
dans la sous-région à partir de décembre 2003. Des spectacles
sont également en vue en Europe pendant l’été 2004. Mon rêve c’est
de faire de la CTTT, une véritable entreprise artistique et
culturelle à long terme. Une entreprise pour chacun et pour tout
Africain respectueux de la chose culturelle
TOGOFORUM :
Bonne chance à vous. Nous vous remercions.
AA : Merci à vous
aussi. |