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23 AOUT 2003:On s’est marré à
Assahoun, pendant qu’ à Lomé, les satyres se rinçaient l’œil
Annie Kareinay
Toutes les Muses sont au Festhef. Elles y demeureront le temps
que durera le festival. Clio celle de l’Histoire puisqu’il est
question de notre histoire malmenée. Calliope, celle de l’éloquence,
de la poésie héroïque et nulle conteste que la poésie, l’éloquence et
l’héroïsme aient manqué aux trois spectacles du 23 Août 2003.
Melpomène a décrit notre tragédie, la tragédie des enfants déportés et
esclavagisés (
Vices vers ça… !! ). Thalie a irradié tous les cœurs d’un
baume comique. Polymnie arrachant sa lyre à Orphée a déversé sur le
plateau et dans la salle, d’intimes sentiments insoupçonnés, des
rythmes et des images qui ont soulevé le Vésuve des émotions qui
sommeillent en nous. Terpsichore a mis les corps de tous les
comédiens en transe pour des pas de danse de liberté. Enfin la
plaintive Erato a ouvert les écluses des larmes tellement la gestuelle
et la parole étaient un poème élégiaque , une déchirante plainte.
Uranus dans sa navette qui carbure au rire, nous a conduits sur la
planète de joie et de délire intenses.
Ainsi les Muses étaient au Foyer des Jeunes à Assahoun et Bacchus
officiait sa messe orgiaque au Palais des congrès de Lomé où
devait s’élire la plus belle nana du Togo de 2003. C’est dire que les
spectateurs du Palais des Congrès étaient mille fois nombreux à
ceux du Foyer des Jeunes. Bacchus a réuni un parterre de satyres, de
voyeurs et de proxénètes. Les Muses ont rassemblé les fous du
rire, les affamés de délire, les assoiffés de liberté, les inassouvis
de folie galopante.
On
s’est donc marré à Assahoun, pendant qu’ à Lomé, les satyres se
rinçaient l’œil. On a masturbé nos cerveaux à Assahoun pendant qu’au
Palais des congrès, les voyeurs se masturbaient les bites. Le rire a
secoué tous les spectateurs au Foyer des Jeunes, les désirs d’obsédés
ont mouillé les dessous des névrosés. La scatologie a engraissé les
cœurs levé comme du levain à Assahoun, la pourriture a pris cité dans
les cœurs des voyeurs du Palais. Ceux qui meurent de faim
vivent de poésie. Et pour paraphraser un texte de Baudelaire lu il y a
longtemps, on dira que les festivaliers peuvent se passer de manger
pendant une semaine, de théâtre pas. Personne ne viendra conter
aux festivaliers les mille et un plats de rires, de folie, de pleurs,
de larmes, de délires qu’ils ont gobés. Personne ne leur dira d’aller
se mettre nus sur le divan d’un psychiatre. Parce que le divan est au
Foyer des jeunes à Assahoun. Et la médication a été faite par
les trois spectacles:
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1
– Vices
vers ça… !!
Le
metteur en scène insiste sur les trois points de suspension et les
deux points d’exclamation. Ce sont nos vices qui évoluent vers ça,
vers un quelque chose d’immonde, d’affreux.
Il
s’agit d’une histoire d’enfants déportés et exploités. Prostitution ,
came… « Il ne s’agit pas des enfants de la rue. Il s’agit bien des
enfants déportés. Les journalistes à Lomé ont mal défini le contexte.
C’est pourquoi j’insiste sur l’expression ENFANTS DEPORTES. » Propos
du metteur en scène, Luc Alanda Koubidina.
Zen
un esclavagiste moderne, un exploiteur d’enfants déportés , est tué
par Santos alors qu’il tentait de violer Christ. Ignorant la mort de
Zen, les cinq enfants déportés attendent que vienne Zen. Et c’est dans
cette attente comme dans En attendant Godo de Samuel
Beckett que tout se dit. « L’enfer c’est ici. Et tous les diables
aussi. » « On va se créer toutes les emmerdes possibles. » «
Au milieu de ce désastre amer, j’ai perdu le goût de vivre. » Parce
que nous autres, « la vie nous a virés à l’inexistence. »
Les
cinq comédiens de la compagnie Kadam-Kadam ont régalé les spectateurs.
L’histoire d’amour dans laquelle baigne le drame des enfants déportés
a secoué les cœurs de plus d’un et la salle en chœur a chanté et dansé
avec eux. |
| Compagnie
Kadam-Kadam (Togo ) dans
Vices vers ça...!!
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2 – Autour de la Kora
Comme
elle a surtout chanté et applaudi les trois conteurs de l’Aktion
Théâtre. Autour de la kora, le dernier spectacle
du 23 Août 2003, est un ensemble de trois contes du terroir. Une
morale pour commencer et la même morale ontologique pour finir. «
Le chef ne va jamais seul, il est toujours accompagné » ; « Où que
vous irez pour vous soulager, vous trouverez une mouche » ; «
le sage réfléchit avant d’agir, l’étourdi s’assagit après. Mais c’est
pour regretter. » « On est capable de manger de la chair humaine si
tel est le vœu du cœur. » « On ne met pas sur la tête un fardeau
dont on ignore le contenu et le poids ». Paroles de sage.
Et
toute la salle a repris avec les trois conteurs Eric Mitchikpe, Roger
Atkpo et Doni Yawo avec djembé, kora et gongs, les chansons de
l’enfance oubliée. Chansons chantées en mina, la langue du sud du
pays.
Adjakitikpobo le jeune homme beau qui ravissait les cœurs des jeunes
filles de son village partit chercher l’élue de son cœur,
Adjakotokpaba. Un femme démoniaque qui a vampirisé son jeune mari.
Parole de sage : « on ne met pas sur la tête, un fardeau dont on
ignore le contenu et le poids. » Avis aux jeunes prétentieux qui
veulent péter plus haut que le cul. |
Aktion Théâtre ( Togo ) dans
Autour de la kora: Eric Mitchikpe - Claude DONI - Roger Kodjo Atikpo
Contact: (228) 920 54 04
kodjo12@hotmail.com
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Un
3- Un
cauris pour une jeune femme
Et
c’est Péter plus haut que son cul, un
sanguinaire roi qui envoie à travers forêts, désert brûlant, fleuves
infestés de crocodiles, son sujet lui chercher une 82ème
épouse. Un rusé sujet qui après moult péripéties parvient à trouver
une femme à son tyran de roi. Hélas, le chemin de retour est trop dur
pour les montures et pour la femme qui crève après les deux chevaux.
Ramenée à la vie par un génie, celui-ci dicte ses interdits : elle ne
mangera pas de reptile ; on ne la menacera jamais avec une arme
ou tout le royaume périclitera. Ce que le roi avide d’obéissance
fait à sa jeune et 82ème épouse. Et voilà tout le royaume
qui déglingue. Tous les sujets qui trépassent. Le trône qui s’écroule.
Mais le roi foudroyé reste toujours debout. Parce qu’en Afrique la
tyrannie survit à la tyrannie.
Ce
second spectacle de la soirée présenté par la Compagnie de Théâtre
Tout Terrain a charmé par les costumes des comédiens, la gestuelle,
les chants et danses du terroir béninois, le symbolisme, les
mimes et la vivacité des comédiens.
Le
directeur et metteur en scène Alexandre Atindodo B. est
satisfait de la prestation de ses comédiens. Avec une équipe
renouvelée à 80%, il dit avoir abattu ce travail en moins d’un mois.
« J’ai essayé d’adapter le texte au comédiens. Si j’ai choisi le conte
c’est parce que dans le conte le comédien se sent à l’aise. Le genre
permet de multiplier les personnages. Il faut dire que je suis à la
phase d’expérimentation.
La
grande leçon de ce spectacle : il ne faut jamais menacer l’Afrique
avec une arme. Les malheurs actuels des Africains proviennent de ce
que l’Afrique est de partout menacée avec des armes. Inutile de se
tromper. Si le sujet de la pièce est ancien, il n’y a aucune
différence entre un roi et un président. Entre la dictature d’hier et
la démocratie d’aujourd’hui. De la démocratie, nous avons tronqué et
travesti le schéma.
Cette troupe se produit ce Mardi 26 Août
2003 au Centre Culturel Français. Tout n’est donc pas perdu pour les
satyres, les voyeurs et les proxénètes du palais des congrès. Ils
pourront au moins essayer de remplir le creux de leur médiocrité
culturelle.
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Compagnie de Théâtre Tout Terrain ( Bénin ) dans Un
cauris pour une jeune femme. Contact: 01 BP
1634 / BP 544// Tél/Fax: (00229)310678// Cel: (00229)403702// e-mail:comthtouterrain@uva.org
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