Et le
FESTHEF créa la fête: Cinq jours de joie
gratuite à Assahoun
Mlle
Annie Kareinay" Et Mawu créa l’univers "
On pourrait reprendre ce texte de l’ensemble
artistique des Griots Noirs du Togo en
d’autres termes : et le Festhef créa la fête.
A Assahoun. Parce que pendant cinq jours, les
festivaliers venus de plusieurs pays, vont
semer à profusion la joie dans le village
d’Assahoun, village qui n’est plus à présenter.
Une joie qui va pendant ces cinq folles
journées, masquer la misère morale et
matérielle des Togolais minés par la culture
de l’inculture. Par la négation de la culture.
Parce que pour l’individu politique, le mot
culture se résumerait au football. Et encore
que dans ce domaine, il faut encore fouiller
avec des loupes pour retrouver traces de
l’action politique.
Ils sont bienheureux
l’ensemble Artistique des Griots Noirs du
Togo, venus de Tsévié, une ville à une
trentaine de kilomètres au nord de Lomé, " ambiancer "
à Assahoun. Ils sont bienheureux, les Griots
Noirs du Togo, qui en prélude à la fête, alors
que les salamalecs se faisaient attendre,
alors que les politiques , le préfet et madame
la ministre retardaient l’explosion de la joie
collective, ont repris plusieurs chansons du
groupe sud-africain Mahlatini and Mahlotela
Queens. Les festivaliers ont fredonné avec eux
, cette mélodie envoûtante même si personne ne
comprenait rien du Zolou. Ils ont ainsi lancé
le Festhef 2003. Marquant ainsi le dixième
anniversaire du Festhef.
Le FESTHEF, le Théâtre de
la Fraternité, a dix ans. Dix ans avec huit
éditions. La huitième, celle de 2003, a ouvert
ce soir, 22 Août 2003, ses festivités. La fête
semble bien partie. 17 troupes sont invitées
dont celles de Côte-d’Ivoire, du Bénin, de
France et de Belgique mais il est sûr que
toutes ne répondront pas. Toutefois la foule
chaleureuse du village d’Assahoun, a
joyeusement répondu à l’appel. Elle a chanté,
dansé et crié avec les festivaliers.
Prévu pour démarrer à 13
heures avec le carnaval du FESTHEF, le
festival a véritablement commencé autour de 15
h 30 avec l’ouverture officielle. Le carnaval
qui draine d’ordinaire, une foule immense, n’a
pas eu lieu. Sont arrivés pour les protocoles,
le préfet de l’Avé, Ouro-Akpo Bossi et la
ministre de la culture Madame Angèle Adjiga .
Les discours rigides qu’ils ont produits n’ont
ému personne. On a applaudi par politesse.
Tous les deux sont revenus à l’œuvre du
général Eyadema en faveur de la culture et en
faveur du FESTHEF. La précision eût voulu
qu’on parlât de sa destruction de la culture.
Ridicule de louanger un virus culturel
lorsqu’on sait qu’un festivalier de l’édition
2002 qui rentrait à Kara a été arrêté et jeté
en prison parce qu’il portait le t-shirt du
FESTHEF avec ces propos comme chef
d’accusation : " C’est vous qui vous
retrouvez là-bas pour insulter le président ? "
En prenant le premier la
parole, le préfet a souhaité que le FESTHEF
redevienne biennal. Parce que dit-il le
Festhef n’a pas les moyens financiers
d’organiser le festival chaque an le festival.
Il paraît aussi, selon le préfet, que
l’édition de 2002 avait recommandé que le
ministère de la culture soit détaché du
ministère de la jeunesse et des sports. Le
président Eyadema aurait écouté cet appel et
aurait ainsi nommé une ministre de la culture.
Il faut dire en passant que ce ministère n’a
de budget que le salaire de madame la ministre.
Après le préfet, le
directeur du Festhef Léonard Yakanou a repris
l’historique du Festhef et rappelé l’objectif
premier du Festival de la fraternité :
revaloriser le patrimoine culturel togolais et
africain. Il a reconnu que le Festival a connu
des difficultés en sa septième édition, celle
de 2002, mais ces difficultés par l ‘effort de
tous ont été surmontées parce que " l’Afrique
n’a rien d’autre à vendre dans le contexte de
la globalisation que la culture. " C’était
vraiment comique de voir madame la ministre
approuver de la tête. Il a ensuite remercié
tous ceux sans qui la fête de 2003 n’aurait
pas eu lieu.
La ministre de la culture,
Angèle Adjiga, enseignante d’anthropologie à
l’Université de Lomé, ci-devant membre
influente de la CDPA-BT, insultant et
condamnant le régime, a pour sa part dit que
les difficultés ont été surmontées grâce à
" la fougue de la jeunesse. " Elle a
promis le soutien matériel de son ministère
même si celui-ci n’est pas à la hauteur des
attentes. Charmant ! Wait and see !
Le Festhef a en tout cas
démarré ses festivités malgré les hommes
politiques. Ils ont toujours pensé que le
Festhef était un rendez-vous pour insulter,
leur dieu sur terre, Gnassingbé Eyadema. C’est
dire combien la culture dérange, trouble, leur
donne des insomnies. Parce que la culture, en
revendiquant une identité récupérée et
confisquée, pose de grave problèmes que par
lâcheté les marionnettes politiques refusent
d’affronter et de résoudre. C’est là au
théâtre que se déballent la prostitution, le
mensonge, la corruption, la calomnie, la
délation, la gestion opaque des affaires de
l’Etat, pour ne pas dire des " affres de
l’Etat. " C’est là sur les plateaux que
s’entendent les pleurs des peuples meurtris,
les cris des orphelins, victimes des guerres
ou du sida. C’est là sur les plateaux que
ruissellent les larmes de la veuve qui n’a pas
vu son mari rentrer un soir, les urines et les
crachats que longtemps, on a retenus. C’est là
dans la salle que le peuple devant les
projecteurs, oubliera que demain le soleil se
lèvera avec le même dictateur tueur. Que le
logeur viendra réclamer son loyer, que la
facture d’électricité est impayée. C’est là au
théâtre que les misères déballées, guériront
les blessures saignantes du cœur.
C’est pourquoi plusieurs
habitants de Lomé n’ont pas hésité à faire le
déplacement parce qui " on étouffe à Lomé :
on est fatigué d’être à l’étroit, d’être
coincé par une immonde dictature, par une
impunité flagrante, de sentir chaque jour la
senteur de la peur, de la mort sans pouvoir
bouger du doigt. " Le Festhef à Assahoun
est le divan du psychiatre pour tous les
Togolais qui ne veulent pas taper la tête
contre les murs. Bonne vie au Festhef, pour
que la crève n’envahisse pas la cité. |