FESTHEF EN OFF: HALTE A LA
CRUAUTE!
Justin Hèzu Tiyé
Ni
texte, ni plateau. Ni projecteur, ni comédien. Un espace ouvert comme tous les
autres. Dans cet espace, un décor. Le décor est une rue. Comme celle anonyme
de Kinshasa, comme celle anonyme de Poto-poto, ou encore celle anonyme de Nyékonakpoè
(quartier de Lomé vers le Ghana).
Comme
mille rues anonyme du Rwanda, de l’Angola, du Soudan, du Burundi.
Dans cette rue une scène tragique. Rue jonchée
de sacs de voyage qui suintent la misère, de chaussures car « les
chaussures forcément ça marque des
empreintes » (l’auteur, Gustave Djonda Ekpehou) Cette rue c’est la rue de l’exil. Le titre du
spectacle est justement L’Exil.
Loin
dans la rue qui continue, qui continue, qui continue, une porte « la
porte de l’avilissement »(Idem). Et au-delà de la porte la rue
continue. La porte d’une ambassade ou d’un consulat. Mais au commencement de
la rue un pantin désarticulé mort. Sur le pantin ce texte : « Mon
rêve est celui de tous ceux qui sont morts dans leur pays et qui veulent vivre
mieux ailleurs »
Ce
spectacle nouveau s’appelle l’Installation et celui qui l’exerce est
installationniste. Rassurez-vous dans bien de villes africaines on le prendrait
pour un fou. Mais non ! Gustave Djonda Ekpehou est artiste plasticien
installationniste. Il a choisi pour le Festhef un thème actuel qui met
politiques et ONGs
K.O.
Pour
lui la présence du pantin au
commencement de la rue s’explique
par le fait que partir est déjà mourir. Tout départ vers l’exil est
déjà une mort. Choisir de partir c’ est choisir de mourir à soi,
pour soi car subsiste ce désir de ressusciter au-delà de chez soi dans un chez
autrui.
On
meurt sur sa terre natale viciée, volée, pillée pour renaître sur une autre
terre qui n’est pas forcément une terre promise mais viciée, volée, pillée
et souillée elle aussi. On ne finit pas de mourir. Les discours creux rabâchés
tuent. La dictature tue. Les infos à la télé tuent. La guerre tue. Et quand
on se demande un jour à quand la fin, on est déjà candidat à sa propre mort.
La mort émotionnelle. Car tout se joue sur les sens.
Ce
qu’il dénonce aussi c’est tout le trafic de passeport de visa. Toute cette
mafia autour des ambassades qui rackettent qui ruine les candidats à l’exil.
« Sans ambassade pas d’exil »
(L’auteur). IL crie haut sa rancœur. IL nous a confié qu’autorisé à
faire son installation dans une rue pendant une semaine, la police l’en a
chassé quatre jours après tant
ses discours n’étaient pas du goût des gouvernants.
Ceux
qui nous servent la cruauté chaque jour ont peur de voir cette cruauté exposée au regard des victimes.
Et qui a dit qu’au Togo il y a la liberté d’expression si celle
de regarder est prise?
|