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FESTHEF A
AZAHOUN: NOUS ALLONS OUBLIER.
Ted Hangui
Pendant cinq jours, les yeux des amoureux du théâtre vont se régaler
de mille spectacles. Plus d’une dizaine de compagnies mettront feu à
notre tristesse. Azahoun va brûler de mille feux dès que les rideaux
se lèveront. Mais cela ce sera notre part de joie.
Et au regard des misères quotidiennes que nous ressassons, remâchons
et ne parvenons pas à avaler, 5 jours de joie piquer par de fougueux
contempteurs sur 365 jours fois depuis que cette traîtresse de
dictature dure, depuis 35 ans, ce n’est vraiment pas de la fumée.
Nous rirons donc à Azahoun . Nous allons nous empiffrer de rire nous qui
n’avons que des larmes à lécher à longueur de vie. Nous allons nous empiffrer
de joie nous qui à longueur de vie n’avons que amertume, mort et silence. A
Azahoun,
nous allons oublier.
Nous allons oublier la race. Oublier l’ethnie. Oublier les
frontières. Blancs, noirs, Yoruba, burkinabé, Tchadiens et autres morveux des bas
fonds de la misère vont oublier les niaiseries et pitreries des gouvernants
et rire le fou rire. Il n’existera plus les mutineries des militaires
nigériens. Il
n’existera plus la shariah qui a condamné Amina Lawal à la
lapidation. I
l n’existera plus de lynchages médiatiques des réformateurs du parti au
pouvoir. Effacé toutes ces conneries.
Nous allons oublier la haine. Le militant de gauche oubliera que le
voisin de gauche est militant de la droite. Les élections qu’on
n’en finit pas de reporter et qui ont dépassé l’anticipation
seront oubliées. Le jaloux rira aux côté du rival. La femme
battue le soir rira aux larmes dans les bras de l’époux qui aura
oublié son vilain adultère. Le jeune amoureux oubliera qu’il y a
belle lurette il court derrière la pucelle du quartier qui se pâme
de rire avec des attouchements osés . L’enfant oubliera
qu’avant d’enter dans la salle il avait faim ; que papa
avait battu maman ; que le papa à son ami n’est pas revenu
depuis que la police est venu le chercher.
Nous aurons à Azahoun des cœurs qui lèveront des voiles pour des
voyages mirifiques. Nous aurons à Azahoun des paradis. Nous
aimerons. Nous tuerons. Nous lapiderons. Nous déchirerons. Corriger
par le rire. C’est cela la magie du théâtre. Celle-là de nous détacher
de la morbidité quotidienne et de nous jeter au cœur d’une surréalité
qui n’est pas nôtre. Qui est notre vie. Qui coupe les cordons de
la réalité et du cauchemar. Irréversiblement le théâtre est
transculturel, transracial, transidéologique.
Mais nous n’oublierons pas. Nous n’oublierons pas que notre génération
a été niée. Effacée. Nous n’oublierons pas que des milliards
sont dépensés en panses et en armes alors que la culture est reléguée
aux calendes dictatoriales. Nous n’oublierons pas que la culture ,
notre culture ainsi que notre liberté ont été confisquées.
Et nous chanterons la chanson du vagabond qui va les rues ramassant et
ressassant des rues mortes. Nous chanterons la chanson de l’aède courroucé
par tant de prophéties vaines. Nous revisiterons notre mémoire en criant
sauvages;
Culture de tant de pays en un jour réunies.
Festhef élevé d’où tombe leurs oripeaux d’honneur nouvelle alliance
jouvencelle fatale à leur sénilité. Cela vous rappelle quoi? C’est du
«fesse tes f….» Oui le Festhef à Azahoun va fesser les fouteurs de
guerres, les foireux merdeux, les fous , les fainéants et autres
foutaises. Sauf votre
respect!
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