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Imaginons un instant que le prochain conclave
des chefs d'états africains assigne au tout nouveau
Président de la toute nouvelle Commission, la mission
inédite d'aller prêcher la bonne nouvelle au Peuple africain
dans les termes ci-après: "Nos chefs états ont décidé de
battre solennellement leur coulpe,de faire table rase du
passe,de se remettre en question et de reconsidérer les
options politiques, économiques, sociales et culturelles de
ces quarante dernières années; ils s'apprêtent a renouveler
leur serment de s'investir résolument dans la recherche des
conditions pour la mise sur pied d'une FEDERATION AFRICAINE
dans les DIX ans a venir!"
Quelle voie royale de courage politique si les hôtes actuels
de l'U.A. s'avisaient de sauter un tel pas? Quel
extraordinaire succès psychologique remporteraient-ils dans
l'opinion mondiale? Enfin, quel signal fort pour les
générations appelées à poursuivre l'oeuvre panafricaine?
Dans ce nouvel environnement de confiance reconquise, leurs
projets pour le Continent ne pourront que gagner en
crédibilité, forts de la réhabilitation de l'opinion
continentale et internationale qui n'y verrait rien moins
qu'un signe majeur de maturité! Mais, un choc psychologique,
si retentissant soit-il, ne suffit pas à convaincre de sa
bonne volonté! Comment expliquer alors le scepticisme à
peine voilé qui a accueilli la naissance de l'U.A. autrement
que parce qu'elle ne s'est accompagnée d'aucun acte
politique susceptible d'entraîner a la fois l'enthousiasme
et l'adhésion? A juste titre, l’opinion africaine doute des
effets positifs des premiers choix opérés sur son
quotidien! Car, en définitive, c'est bien a l'aune du
quotidien de leurs peuples respectifs, des transformations
espérées, des changements qualitatifs attendus que l'U.A.
méritera ou ne méritera pas! Pour l'heure, le quotidien des
Africains continue d'être fait des mêmes guerres civiles, de
coups de force constitutionnels et électoraux à seules fins
de s'éterniser au Pouvoir. Pourquoi alors s'étonner des
effets de boomerang tels que les coups d'Etat (cas de SAO
TOME) ou des actes de violence (le Togo vient de se signaler
à notre attention) qui ne sont que l'expression d'un
ras-le-bol évident de populations ou de générations dont
l'avenir ne se lit qu'en pointillés ? L'on observe un
paradoxe saisissant qui ne parait pas augurer d'un bon
avenir. Ainsi, lorsque l'un des leurs est renversé, on
menace de mise en quarantaine les auteurs de cet acte
immonde! Ils passent pour des pestiférés! Mais, les
monarques républicains peuvent se maintenir, au prix de
manipulations, de contorsions éhontées de nos constitutions,
cela ne choque point! Aucun cri d'indignation alors qu'il
est si aisé d'expliquer les premières par les secondes! Les
Redresseurs de torts ont ainsi tort de vouloir se délivrer
et de délivrer leurs concitoyens pour autant qu'a leur tour
ils ne les oublient point! C'est le lieu d'affirmer que la
légitimité de toute reforme constitutionnelle s'apprécie à
l'aune de l'intérêt général et rien que de l'intérêt général!
Ainsi veut l'esprit républicain! Il devient désormais
évident que l'U.A. ne peut faire l'économie d'une remise en
cause profonde des moeurs héritées de la période des partis
uniques! Si elle devait continuer la politique de l'autruche
a l'instar de sa défunte aînée, si elle se refusait a
s'attaquer aux causes profondes de l'instabilité sur le
continent, non seulement elle en porterait la lourde
responsabilité mais elle se condamnerait irrémédiablement au
rôle réducteur et peu glorieux de sapeur-pompier du
continent et a n'être après l'O.U.A. que le haut lieu des
occasions manquées.
Me Max Mibube A. SITTI
Secrétaire Exécutif provisoire de la
Convention pour une Fédération Africaine.
Prochain article: L'UNION AFRICAINE
à l'épreuve du Nouveau Partenariat pour un Développement
durable. |