Entre la proposition du Président du
C-A-R- d'amener politiquement le dictateur togolais à
partir et l'initiative prise par le Président de l'UFC sur
une amnistie en faveur du dictateur, ou se situe la
coïncidence et quelle a pu être la place de la manoeuvre
politicienne pour qu'en un aussi court intervalle entre
les deux déclarations, l'un se charge d'exprimer
ouvertement ce que l'autre ne semblait que suggérer?
La
coïncidence existe rarement en politique et pour ma part,
je ne l'ai encore jamais rencontrée! Une explication: il
est permis de penser que mis au courant de ce qui se
tramait à Bruxelles, le président du C.A.R. ait voulu
anticiper les événements pour ne pas avoir l'air d'être à
la remorque de l'Histoire! Car, sa sortie aussi inopinée
que suspecte ne se comprend pas devant le silence
assourdissant de ses pairs de la défunte Coalition des
forces démocratiques. A moins qu'ils n'aient été
délibérément écartés de ce qui se préparait! Mais, là
n'est pas l'essentiel !
Les
conditions et circonstances de l'annonce faite à Bruxelles,
posent un problème de fond: celui de l'expression de la
souveraineté populaire et le respect de cette expression!
Trois mois plus tôt, le président du C.A.R et celui de
l'U.F.C. avaient l'opportunité d'inscrire cette initiative
à leurs programmes respectifs et de la soumettre à la
ratification populaire à l'occasion des élections
présidentielles du 1er juin 2003. Elle n'en aurait eu que
plus de force et apporterait au Nouveau Pouvoir une
caution imparable, la seule, qui
compte en définitive dans cette course d'obstacles qu'est
la Politique! La population se sentirait plus respectée !
La démocratie y gagnerait à coup sur et les esprits mieux
préparés à gérer la sortie de crise puisqu'il faut bien en
sortir d'une manière ou d'une autre!
On oublie
trop souvent dans notre culture politique que les crises
font plus avancer les grandes causes qu'on veut bien le
dire. Elles donnent aux nations qui savent les affronter
et les gérer une assise politique et sociale plus grande
que, sans elles, elles n'auraient jamais pu avoir!
Il est,
certes, possible d'obtenir sans les guerres civiles qu'ont
connu des pays comme l'Amérique avec l'esclavage ou
l'Espagne de Franco pour ne citer que ces exemples, des
solutions durables à la condition que les formes et les
principes qui les fondent soient strictement observés et
que le fond s'inscrive dans une perspective susceptible
d'emporter la plus large adhésion possible! Pour y arriver
encore faut-il savoir maintenir le cap, tout le reste ne
devant s’ordonner qu’autour !
Il est à
craindre que l'on n'en ait pas pris le chemin! Les
populations qui ont le plus donné peuvent avoir un juste
sentiment de frustration si ce n'est de réprobation
d'avoir été tenues à l'écart par celui-la même qui
semblait incarner leurs espérances et leurs aspirations!
Ce virage à 180 degrés risque de susciter davantage de
suspicion et de se compromettre dans des ambiguïtés et
futiles jeux de pouvoirs très éloignés des aspirations
populaires! Il n’est pas exagéré de prétendre sous cet
angle que l’avenir pourrait être sacrifié au présent, aux
solutions du court terme si ce n'est de courte vue!
S'il
est légitime de rechercher une solution à toute crise,
encore faut-il qu'on ait à l'esprit d'instruire les
générations futures et d'éviter le retour aux aberrations
qui ont nom, perte de sens de responsabilité des élites,
absence d'esprit d'élévation et qui fatalement conduisent
un jour ou l'autre a l'abaissement de la société entière
et de ses institutions!
Les
responsables politiques doivent éviter de s'enfermer dans
l'illusion qu'ils sont plus intelligents que leurs
concitoyens ou qu'ils n'ont rien a apprendre d'eux! Il
leur faut plus
d'humilité et de sagesse car la Politique est aussi
échanges entre les gouvernés et les gouvernants.
A cet
égard, il n'est pas inutile de rappeler les impairs de
Ouagadougou, de Colmar et on en oublie...! Où l'on a
prétendu parler au nom du peuple sans réellement
s'interroger sur ce qu'il voulait ! La suite a montré que
les"masses" avaient plusieurs longueurs d'avance!
Tel est en
tout cas notre credo a la Convention et nous nous
démarquerons toujours de toute attitude contraire a l'idée
que nous nous faisons du fonctionnement d'un système
démocratique sain. Nous devons épargner a nos démocraties
naissantes le hiatus dangereux entre nos discours et nos
pratiques dont on connaît les funestes conséquences à nos
portes!
L'on nous
a traités de "vendus" à la Conférence Nationale parce que
nous exigions le maintien au profit du chef de l'Etat des
pouvoirs qui sont les siens dans tout régime parlementaire,
celui choisi pour conduire la transition mais dont les
Constituants de l'époque avaient une lecture minimaliste
contraire à la pratique et à la logique des institutions!
L'on n'avait pas alors compris notre souci du respect de
la fonction présidentielle comme de toute autre! Et
l'on oublie trop souvent que la sanction des actes qui
avilissent la fonction est encore la meilleure façon de la
protéger!
La
question est vitale pour l'avenir et l'amalgame avec des
situations très particulières ne pourront qu'occulter le
débat et fragiliser l'avenir! Toute option est légitime à
condition qu'elle soit justifiée par des éléments "sui
generis", c'est -à- dire qui lui soient propres!
Les expériences citées ici et la ne doivent leur succès
qu'à "elles-mêmes" parce que les responsables de la lutte
ont su rester eux-mêmes; ils ont su mobiliser avec ferveur
le peuple derrière eux car ayant toujours fait passer sa
cause avant leurs petits intérêts de chapelles et les
préoccupations de positionnement tactique en "Pleine
Répression"!
Steve Biko,
Olivier Tambo, Nelson Mandela et bien d'autres militants
anti-apartheid ont lutté pour la fin d'un système bestial
dit "apartheid" et non pour la mise a mort de leurs
bourreaux dont ils n'avaient que trop conscience du poids
dans l'économie et d'autres secteurs vitaux de la nation
sud-africaine ! Il fallait donc composer sur des bases
acceptables qui justifient près de trois cents ans de
sacrifices, d'humiliations et de vexations de toute une
nation et qui garantissent en même temps l'avenir! Il y
avait un rapport de forces qu'en bons stratèges, ils ont
pris en compte! Ce ne sont pas des navigateurs a vue comme
dans le pays voisin ou l'on semble plus épris de pouvoir
personnel et ou la paranoïa est érigée en principe de
gouvernement! En vérité, ce qui tient encore lieu
d'opposition sur la terre des aïeux a besoin plus que
jamais de vision et de lucidité froide! Il traîne trop
d'échecs et de reniements pour espérer l'adhésion
spontanée et populaire sur une initiative qui laisse plus
que sceptique! Ou veulent-ils, ou vont-ils nous conduire
encore après tant de fausses sorties de crise annoncées ?
Reste à
espérer que les auteurs de cette initiative et leurs
mentors gagneront ce nouveau pari, ce nouveau défi lancé à
eux-mêmes pour autant qu'ils soient capables de maîtriser
dans sa mise en œuvre, non seulement une initiative
vraisemblablement venue d'ailleurs mais aussi les arrières
pensées qui la sous-tendent, et ce, pour éviter au peuple
par trop martyrisé du Togo de nouvelles désillusions!
Plût aux
aïeux que le remède ne soit pas pire que le mal, auquel
cas on risquerait de se retrouver dans une situation
voisine de celle du Chili ou de l’Argentine.
Maxmibube Ayite SITTI.
Convention pour une Federation Africaine.
Pour toute correspondance, écrire à:
cfa.togo@caramail.com