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Cher
Monsieur,
Des amis ici en France et aussi au
Togo m’ont fait savoir que l’interview que j’avais accordée
à RFI le 5 décembre dernier a suscité de fortes et diverses réactions.
Ils me demandent pour certains d’entre eux d’user de mon
droit de réponse afin de clarifier les termes de mon
intervention qui déroutent certains compatriotes.
Je ne connais pas toutes les réactions.
Mais il me semble qu’elles vont d’un extrême à l’autre.
Les extrémistes pro-Eyadéma trouveront leur compte en
utilisant mon propos à leur avantage. De même les extrémistes
de l’opposition s’en en empareront pour me faire dire ce que
je n’ai pas dit. Chaque camp possède ses extrémistes.
Je dois dire qu’une interview est
souvent tronquée quand l’intervieweur la retravaille dans son
studio en l’expurgeant de ce qu’il pense ne pas être
indispensable, selon lui, pour la compréhension des auditeurs.
Dans une interview assez brève, on doit se limiter à
l’essentiel au regard des contraintes du temps et ce n’est
pas toujours évident.
Mon intervention s’inspire d’un
article que je venais d’écrire où je comparais la situation
togolaise à celle de la Côte d’Ivoire. Je vous fait parvenir
en pièce jointe cet article dans sa version originelle, tel que
je l’ai écrit, mais qui va paraître dans une version écourtée
en janvier prochain dans un mensuel parisien. Je préfère plutôt
que l’on réagisse sur cet article qui, excepté la mise à
l’écart de M. Koffi Panou du nouveau gouvernement, aborde
pratiquement les mêmes thématiques.
Je ne cherche pas à fuir le débat.
Mais je me refuse absolument à ce débat, s’il faut appeler
cela ainsi, tel que certains journalistes du Combat du peuple
l’ont engagé en intitulant leur papier « Une interview
de la honte ». En revanche je suis prêt à la discussion
sereine et à l’approfondir avec M. Joseph Takeli dans son éditorial
du 20 décembre 2002 sur Togoforum sous le titre « Que
faut-il retenir de l’interview de Monsieur Comi Toulabor ? ».
Il apporte quelque chose de constructif et cela m’intéresse
que la vaine excitation. Il prévoit une seconde partie à son
éditorial. Je me permets de terminer par trois petites choses :
Première chose : on me somme
d’annoncer mes couleurs politiques, on me taxe de « tribaliste »,
de « pro-Eyadéma », etc. Si nous sommes en démocratie,
au nom de quoi ne serais-je pas tout ça ? La démocratie,
c’est aussi cela. On n’a pas besoin de se ressembler et
d’avoir les mêmes opinions politiques avant de discuter. La démocratie
doit composer avec le voleur, le violeur, le criminel, le voyou,
le mafieux, le délinquant, etc. Elle n’est pas un régime
politique fait uniquement pour des gens « bien » et
de bien. Sa capacité consiste trouver un modus vivendi entre
tout ce monde disparate, à mettre tous les conflits sur la
table et d’en discuter ouvertement, et de rechercher des
solutions à ces conflits. C’est un système de médiation et
de négociation permanente, c’est ce qui fait aussi sa
faiblesse. Je suis « tribaliste », « pro-Eyadéma » :
tant mieux !
Deuxième chose : l’interview a
été diffusée le 5 décembre. Le 7, donc deux jours plus tard,
je recevais M. Gilchrist Olympio au CEAN (Centre d’étude
d’Afrique noire) à Sciences Po de Bordeaux pour une conférence-débat
qui sera bientôt restituée sur le site. Il m’avait écouté
ainsi que d’autres compatriotes togolais à Paris. Entre
parenthèses : à Bordeaux on réceptionne mal ou pas du
tout RFI. Leurs réactions sont diamétralement opposées à
celles par exemple du journaliste du Combat du peuple. Il
doit y avoir un décalage dans la compréhension et l’interprétation
de mes propos, peut-être lié l’Océan Atlantique !
Troisième chose : si au Togo
nous refusons de voir notre propre réalité en face, d’autres
le font pour nous, hélas ou heureusement. C’est ainsi
qu’après avoir écrit et envoyé mon article, je lis dans Courrier
International (n° 629 du 21 au 27 novembre 2002, p. 43) la
reproduction d’un article du journal dakarois Sud Quotidien.
Qu’on y lise cet article intitulé « Togo : un médiateur
pas comme les autres ». J’avais l’impression d’avoir
plagié cet article que j’ai découvert après coup. La
dictature Eyadéma, comme la colonisation d’ailleurs, a pondu
des œufs énormes comme ça dans le mental de certains
compatriotes à tel point qu’ils n’arrivent plus à se voir,
à s’analyser correctement. Cette myopie aussi fait partie des
multiples peaux de banane ou bombes à retardement dont la
dictature a miné le terrain. Son successeur aura fort à faire,
et tous nous devons lui apporter nos mains pour boucher les
trous de la jarre percée de toutes parts, pourvu qu’il soit
un vrai démocrate. En attendant cet évènement et de fructueux
débats sur Togoforum et connaissant bien notre situation
économique déplorable, je nous souhaite quand même de bonnes
fêtes de fin d’année.
Cordialement et à bientôt.
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Comi M. Toulabor
Chargé de recherche FNSP
11, allée Ausone
33607 Pessac (France)
Tél.: 05 56 45 17 49
Fax : 05 56 84 43 24
"Quand l'homme pense, Dieu rit" (Un vieux, très vieux
proverbe juif)
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