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 Réaction de Monsieur Toulabor 

Le 22 dec. 2002

Cher Monsieur,

Des amis ici en France et aussi au Togo m’ont fait savoir que l’interview que j’avais accordée à RFI le 5 décembre dernier a suscité de fortes et diverses réactions. Ils me demandent pour certains d’entre eux d’user de mon droit de réponse afin de clarifier les termes de mon intervention qui déroutent certains compatriotes.

Je ne connais pas toutes les réactions. Mais il me semble qu’elles vont d’un extrême à l’autre. Les extrémistes pro-Eyadéma trouveront leur compte en utilisant mon propos à leur avantage. De même les extrémistes de l’opposition s’en en empareront pour me faire dire ce que je n’ai pas dit. Chaque camp possède ses extrémistes.

Je dois dire qu’une interview est souvent tronquée quand l’intervieweur la retravaille dans son studio en l’expurgeant de ce qu’il pense ne pas être indispensable, selon lui, pour la compréhension des auditeurs. Dans une interview assez brève, on doit se limiter à l’essentiel au regard des contraintes du temps et ce n’est pas toujours évident.

Mon intervention s’inspire d’un article que je venais d’écrire où je comparais la situation togolaise à celle de la Côte d’Ivoire. Je vous fait parvenir en pièce jointe cet article dans sa version originelle, tel que je l’ai écrit, mais qui va paraître dans une version écourtée en janvier prochain dans un mensuel parisien. Je préfère plutôt que l’on réagisse sur cet article qui, excepté la mise à l’écart de M. Koffi Panou du nouveau gouvernement, aborde pratiquement les mêmes thématiques.

Je ne cherche pas à fuir le débat. Mais je me refuse absolument à ce débat, s’il faut appeler cela ainsi, tel que certains journalistes du Combat du peuple l’ont engagé en intitulant leur papier « Une interview de la honte ». En revanche je suis prêt à la discussion sereine et à l’approfondir avec M. Joseph Takeli dans son éditorial du 20 décembre 2002 sur Togoforum sous le titre « Que faut-il retenir de l’interview de Monsieur Comi Toulabor ? ». Il apporte quelque chose de constructif et cela m’intéresse que la vaine excitation. Il prévoit une seconde partie à son éditorial. Je me permets de terminer par trois petites choses :

Première chose : on me somme d’annoncer mes couleurs politiques, on me taxe de « tribaliste », de « pro-Eyadéma », etc. Si nous sommes en démocratie, au nom de quoi ne serais-je pas tout ça ? La démocratie, c’est aussi cela. On n’a pas besoin de se ressembler et d’avoir les mêmes opinions politiques avant de discuter. La démocratie doit composer avec le voleur, le violeur, le criminel, le voyou, le mafieux, le délinquant, etc. Elle n’est pas un régime politique fait uniquement pour des gens « bien » et de bien. Sa capacité consiste trouver un modus vivendi entre tout ce monde disparate, à mettre tous les conflits sur la table et d’en discuter ouvertement, et de rechercher des solutions à ces conflits. C’est un système de médiation et de négociation permanente, c’est ce qui fait aussi sa faiblesse. Je suis « tribaliste », « pro-Eyadéma » : tant mieux !

Deuxième chose : l’interview a été diffusée le 5 décembre. Le 7, donc deux jours plus tard, je recevais M. Gilchrist Olympio au CEAN (Centre d’étude d’Afrique noire) à Sciences Po de Bordeaux pour une conférence-débat qui sera bientôt restituée sur le site. Il m’avait écouté ainsi que d’autres compatriotes togolais à Paris. Entre parenthèses : à Bordeaux on réceptionne mal ou pas du tout RFI. Leurs réactions sont diamétralement opposées à celles par exemple du journaliste du Combat du peuple. Il doit y avoir un décalage dans la compréhension et l’interprétation de mes propos, peut-être lié l’Océan Atlantique !

Troisième chose : si au Togo nous refusons de voir notre propre réalité en face, d’autres le font pour nous, hélas ou heureusement. C’est ainsi qu’après avoir écrit et envoyé mon article, je lis dans Courrier International (n° 629 du 21 au 27 novembre 2002, p. 43) la reproduction d’un article du journal dakarois Sud Quotidien. Qu’on y lise cet article intitulé « Togo : un médiateur pas comme les autres ». J’avais l’impression d’avoir plagié cet article que j’ai découvert après coup. La dictature Eyadéma, comme la colonisation d’ailleurs, a pondu des œufs énormes comme ça dans le mental de certains compatriotes à tel point qu’ils n’arrivent plus à se voir, à s’analyser correctement. Cette myopie aussi fait partie des multiples peaux de banane ou bombes à retardement dont la dictature a miné le terrain. Son successeur aura fort à faire, et tous nous devons lui apporter nos mains pour boucher les trous de la jarre percée de toutes parts, pourvu qu’il soit un vrai démocrate. En attendant cet évènement et de fructueux débats sur Togoforum et connaissant bien notre situation économique déplorable, je nous souhaite quand même de bonnes fêtes de fin d’année.

Cordialement et à bientôt.
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Comi M. Toulabor
Chargé de recherche FNSP
11, allée Ausone
33607 Pessac (France)
Tél.: 05 56 45 17 49
Fax : 05 56 84 43 24
"Quand l'homme pense, Dieu rit" (Un vieux, très vieux proverbe juif)
* Se faire comprendre est aussi un art difficile 01-11-03
*
Interview du chercheur Comi Toulabor sur RFI 12-05-02
* Réaction de Monsieur Toulabor 12-22-02
* Togo : le dinosaure et le syndrome ivoirien 12-22-02  

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