I. INTRODUCTION GENERALE
I. 1 Contexte
La mise en place d’un processus de réconciliation dans un
pays qui a traversé une longue période de crise, est souvent un défi très
complexe. Après la crise, les populations aspirent légitimement à une paix
durable, à une démocratie véritable, à l’établissement de la vérité sur les
faits et les violations qui ont été commises, à une justice équitable qui
identifie et sanctionne les coupables et qui répare les victimes et enfin à
la réconciliation nationale. Dans le cas du Togo, le pays a connu un climat
politique controversé et jalonné d’actes de violences. La récurrence de ces
violences et troubles politiques a engendré la transgression des principes
humanitaires et des atteintes aux droits de l’homme et libertés
fondamentales. Le point culminant de ces violences a été atteint lors des
élections présidentielles de 2005 qui, à l’analyse des résultats des
différentes missions internationales, régionales et nationales
d’établissement des faits, ont entraîné des frustrations, des rancoeurs et
divisé les Togolais.
Face à cette situation, les acteurs de la vie
sociopolitique togolaise ont signé le 20 août 2006 l’Accord Politique Global
dont le point 2.2 est consacré à la lutte contre l’impunité. Selon les
dispositions de cet important Accord, les parties prenantes au Dialogue
reconnaissent que l’impunité des actes de violence à caractère politique est
un phénomène grave que le Togo a connu de tout temps. Elles conviennent que
toutes les forces vives du pays, en particulier les partis politiques et les
organisations de la société civile, contribuent activement à son éradication.
Enfin, elles ont convenu de la création de deux commissions. La première
sera chargée de faire la lumière sur les actes de violence à caractère
politique commis dans le passé et étudier les modalités d’apaiser les
victimes; la seconde proposera des mesures en vue de favoriser le pardon et
la réconciliation.
Dans le même sens, la Commission de Réflexion sur la
réhabilitation de l’histoire du Togo créée le 7 septembre 2005 estime qu’il
faut « encourager et garantir absolument le respect des droits de l’homme
et des libertés individuelles. Ne plus jamais tolérer l’impunité ; le sang
des fils et filles du Togo ne doit plus jamais couler gratuitement sur notre
terre, Terre de nos aïeux ».
Cette volonté exprimée par les acteurs politiques et la
population togolaise dans son ensemble est en phase avec l’une des
recommandations principales du rapport d’établissement des faits des Nations
Unies après les élections de 2005 qui note que le triptyque Vérité, Justice
et Réconciliation devrait constituer le fondement central de tout programme
durable de règlement en profondeur de la crise togolaise. Elle est également
en conformité avec l’article V.1.a de l’Accord du 10 juillet 2006 entre le
Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme et le Gouvernement
de la République Togolaise relatif à l’établissement d’un Bureau du Haut
Commissariat au Togo qui dispose :
« Le Bureau qui agit dans le cadre de son mandat et sous
l’autorité du haut Commissaire, accomplit notamment les tâches suivantes :
Assister le Gouvernement dans la mise en oeuvre des
recommandations formulées dans les différents rapports nationaux et
internationaux, notamment les rapports du Haut Commissaire des Nations Unies
sur les Droits de l’Homme et le rapport de la Commission nationale d’enquête
indépendante sur les allégations de violation des droits de l’homme
survenues au Togo, ainsi que des vingt deux engagements souscrits par le
Gouvernement avec l’Union Européenne »
Sur cette base et à la demande du Gouvernement, le Bureau
du HCDH a accepté d’apporter son appui technique à la mise en
oeuvre du projet intitulé « Consultations nationales à l’appui du
processus vérité, justice et réconciliation ».
Ce projet s’inscrit donc dans le cadre de la mise en
oeuvre des différents textes internationaux relatifs à l’Etat
de droit dans les sociétés sortant d’un conflit. A ce titre,
la résolution 2005/81 de la Commission des Droits de l’Homme relative à la
lutte contre l’impunité « considère que les politiques
fondées sur une large consultation peuvent grandement contribuer à
garantir un contrôle public et, partant, à assurer une justice
durable ».
En outre, la Commission « encourage les Etats à faire
participer selon qu’il convient, toutes les parties concernées,
notamment la société civile, les victimes, les défenseurs des droits
de l’homme et les personnes appartenant à des minorités et des
groupes vulnérables, à toutes les actions visant à lutter contre l’impunité,
y compris aux procédures judiciaires et à la mise en place des
commissions de la vérité et de la réconciliation et d’autres
commissions d’enquête, au choix des membres de ces commissions et à
l’élaboration des textes législatifs pertinents, en veillant à assurer une
participation des hommes et des femmes sur un pied d’égalité ».
S’inspirant de cette résolution, le 28 juillet 2007 à
Atakpamé, le Président de la République a souhaité à propos de
la création des commissions prévues par l’APG que « de larges
consultations soient faites en direction des mouvements associatifs, des
autorités religieuses, des chefs traditionnels et d’autres entités parmi
les forces vives de la nation en vue de recueillir leurs points de
vue ».
Le 15 avril 2008, il a procédé au lancement de ce projet
des consultations nationales en présence des membres du
Gouvernement, des Députés, des Présidents des Institutions de
la République, de tous les Préfets, des Chefs traditionnels, de la
Communauté internationale et des Représentants des
Organisations de la Société Civile.
Dans son allocution, le Chef de l’Etat a invité les
leaders politiques, les organisations de la société civile et
la population à tirer les enseignements des actes de violence qui
ont jalonné la vie politique du Togo depuis la veille de son
indépendance jusqu’en 2005 et à s’impliquer utilement à la
réussite du processus de réconciliation du peuple togolais. Ce
projet a bénéficié de la contribution financière du Gouvernement et de
plusieurs partenaires entre autres, le Programme des Nations
Unies pour le Développement (PNUD), le Fonds des Nations Unies
pour l’Enfance (UNICEF), l’Union Européenne (UE) et
l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).
I. 2. Objectifs
Conformément aux instruments internationaux régissant la
lutte contre l’impunité, aux recommandations des Rapports de la Haut
Commissaire et de la Commission Nationale Spéciale d’Enquête Indépendante
sur les actes de violation des droits de l’homme survenus en 2005 et à l’APG
; l’objectif visé par les consultations était de :
- permettre aux populations de contribuer à la définition
du mandat et du travail des commissions vérité, justice et réconciliation ;
- s’approprier le contenu et les mécanismes de
fonctionnement de ces commissions et ;
- participer à l’identification des besoins en ressources
nécessaires à leur fonctionnement.
Plus spécifiquement, il s’agissait de recueillir, à
l’issue de ces consultations nationales, des recommandations précises
reflétant un consensus national basé sur les points de vue des populations
sur les mécanismes de vérité, justice et réconciliation.
II. DEMARCHE METHODOLOGIQUE
II.1 Structure organisationnelle
La mise en oeuvre technique du projet a été assurée par
le Bureau du HCDH à travers une Unité d’appui, cinq antennes régionales et
88 Points Focaux répartis sur toute l’étendue du territoire national. La
mise en oeuvre du projet a été faite en collaboration avec la Commission
Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), le Ministère de la Justice, le
Ministère des Droits de l’Homme et de la Consolidation de la Démocratie, le
Secrétaire Général de la Présidence de la République, les Leaders Politiques
ainsi que la Société Civile. Par ailleurs, pour assurer une bonne
coordination des activités de terrain, le territoire national a été divisé
en deux zones ; la zone A composée des régions des Plateaux, Maritime et de
la Commune de Lomé et la zone B couvrant les régions Centrale, Kara et des
Savanes. Chacune de ces zones a été respectivement supervisée par une
Coordinatrice Nationale et une Coordinatrice Adjointe.
Les membres des équipes régionales étaient issus de la
Commission Nationale des Droits de l’Homme et des anciens membres du
personnel des Nations Unies ayant une connaissance de terrain. La Société
Civile a également activement participé à la mise en oeuvre des
consultations nationales de par la composition des équipes techniques
régionales et les points focaux, particulièrement dans la phase de
sensibilisation, dans l’animation des discussions des rencontres
communautaires et focus groups ainsi que l’administration des
questionnaires. Il faut enfin souligner que la plupart des Organisations de
la Société Civile impliquées ont déjà participé aux activités de
renforcement des capacités organisées à leur intention par le Bureau du HCDH.
II. 2 Approche méthodologique des Consultations
Les Consultations nationales se sont déroulées sous
l’approche de participation large et inclusive des populations, sur base de
représentativité de groupes au niveau quantitatif et qualitatif (sexe,
opinions politiques et religieuses, âge, fonction sociale, …).
Dans le souci de diversifier les sources d’information,
des méthodes relatives aux entretiens individuels, aux discussions en focus
groups, aux rencontres communautaires et aux enquêtes à l’aide de
questionnaires ont été développées.
- Les entretiens individuels se sont déroulés aux
domiciles des personnes interviewées.
Ces dernières étaient principalement des citoyens qui ont
vécu des événements ayant marqué l’histoire du Togo depuis 1946, ou des
personnalités clés qui ont joué un rôle important au sein de
l’administration publique togolaise. Les entretiens ont été menés sous forme
de causeries animées par deux experts.
- Les discussions en focus groups composés de 12
personnes au maximum ont facilité la libre expression entre les groupes
spécifiques identifiés comme ayant une histoire commune ou exerçant les
mêmes activités dans une localité donnée. Les focus groups ont été animés
par les équipes techniques régionales.
- Les rencontres communautaires ont rassemblé des groupes
soit homogènes ou hétérogènes de plus de 12 personnes. Elles se sont
inspirées de la méthode de focus group. Cette approche a permis aux
participants de relativiser certains préjugés pour l’intérêt de la
cohabitation harmonieuse.
- L’enquête par des questionnaires administrés par les
points focaux a permis de dégager les tendances d’opinions des populations
interviewées vis-à-vis des thématiques exploitées. D’autres questionnaires
ont été envoyés dans les administrations, services publics et parapublics
pour être complétés de façon volontaire. C’est ce qu’on a appelé
questionnaires auto administrés.
- Un espace a été également réservé à la diaspora
togolaise en rendant possible les consultations via internet.
- Les réflexions de groupes ont été aussi privilégiées.
Ainsi en est-il du collège d’anciens haut Responsables du Togo qui a donné
ses contributions et fait des recommandations importantes pour la réussite
du processus de réconciliation du peuple togolais.
Tous les groupes animés par les équipes techniques
régionales ont eu à s’exprimer sur quatre thématiques à savoir, la
Commission Vérité (nombre de commissions, mandat, composition, profil
des membres, période d’investigation, actes de violences) ; la Justice,
les Réparations et la Réconciliation.
Les langues locales ont été utilisées pour échanger avec
les populations rurales. La langue française a été choisie pour communiquer
avec les personnes les plus instruites. […]
IV. VUES ET ATTENTES DES POPULATIONS : TENDANCES
DES OPINIONS SUR LES DIFFERENTES THEMATIQUES
* Considérations préliminaires : Les défis
La mise en oeuvre du projet a été confrontée à bien des
défis. On peut mentionner entre autres les points suivants :
- la période choisie correspondait à la saison culturale
considérée comme sacrée pour les paysans et des examens pour les élèves et
les enseignants, ce qui a réduit sensiblement leur participation au
processus ;
- l’inaccessibilité de certaines zones ;
- les difficultés de traduction dans certaines langues
locales des termes Commissions et Consultations ont conduit quelquefois à
des confusions ;
- l’amalgame entre les Equipes techniques du HCDH et les
Commissions à mettre en place en dépit de la campagne de sensibilisation et
;
- enfin, le délai de trois mois imparti pour les
consultations nationales a été jugé comme très court eu égard à l’ensemble
des activités à mener, notamment la mobilisation des ressources financières,
la campagne de sensibilisation, le nombre de régions à couvrir, la collecte
et le traitement des données. Cependant, de très longues consultations
pourraient aussi lasser les populations qui sont très préoccupées par la
cherté de la vie.
IV. 1. Personnes touchées
- Les Consultations nationales ont été menées sur tout le
territoire national togolais suivant la démarche méthodologique décrite au
chapitre II de ce Rapport.
- L’animation des réunions informelles ou rencontres
communautaires s’inspirant de la méthode de focus groups a été réalisée du 2
au 28 juin 2008, par les équipes régionales. 112 réunions ont été tenues,
totalisant plus de 2000 personnes, regroupées autant que possible par
affinités et sur base de représentativité. Les discussions ont évolué
suivant une grille d’entretien élaborée sur le modèle schématique des
questionnaires. Les tendances des opinions exprimées dans ces réunions
informelles sont prises en compte dans l’analyse.
- Les groupes ci-après furent représentés: les Chefs
traditionnels et Notables ; les Personnes âgées ; les Partis politiques; les
Représentants des média, les Confessions religieuses dont les Imam, les
Prêtres et les Pasteurs ; les Victimes déplacées de la faune, des
expulsions, des troubles politiques, des licenciements et affectations
abusifs ; les Leaders communautaires ; les Représentantes des Associations,
Groupements et Clubs féminins ; les Jeunes leaders, autres représentants des
Jeunes, d’adolescents et apprentis, Universitaires et Lycéens ; les
Enseignants, les fonctionnaires salariés et les Groupes syndiqués ; les
Comités villageois de développement ; les ONG et Associations de
développement rural dont les producteurs de coton ; les Tradithérapeutes ;
les Corps des métiers ; ONG, Associations et Syndicats de Protection de
l’enfant et enfin les Populations des quartiers spécialement dans la commune
de Lomé.
- Le Collège des Anciens Haut Responsables du Togo (Anciens
Premiers Ministres et Présidents de l’Assemblée Nationale) a fait des
contributions écrites. Il en est de même du Conseil Pentecôtiste du Togo (CPT).
- L’enquête par questionnaire a couvert les 30
préfectures plus la commune de Lomé, plus précisément les 354 cantons du
Togo. Trente mille formulaires de questionnaires (30 000) ont été imprimés,
numérotés de 1 à 30 000, et répartis dans les préfectures et la commune de
Lomé, y compris dans les administrations publiques, para publiques et
privées, et dans les camps militaires, d’après un échantillonnage dont la
taille s’est basée sur la population en âge de voter, soit 2. 974.747 (référence
élections 2007). L’échantillon a également pris en compte les adolescents de
12 à 18 ans pour pouvoir avoir les opinions des plus jeunes.
- Les questionnaires administrés par les points focaux
étaient au nombre de 3000. Le nombre de questionnaires auto administrés
s’élevait à 27 000. Il est à noter que 500 enquêtés ont pris sur eux de
photocopier leur questionnaire.
- Les enquêtes ont ainsi touché 30.500 personnes. Au
total 22.910 sur 30.000 questionnaires distribués, ont été collectés soit un
taux de (76,37%), remplis par 16 045 hommes et 6 865 femmes, dont 2174
jeunes de moins de vingt ans.
- Les entretiens individuels se sont déroulés au domicile
de chaque interviewé. Dix sept (17) personnes ont été entretenues sous forme
de causeries animées par deux experts. Elles avaient été préalablement
identifiées parmi les acteurs qui ont vécu des événements ayant marqué
l’histoire du Togo depuis 1946, ou parmi les personnalités clés qui ont joué
un rôle important au sein de l’administration publique togolaise.
- 20 formulaires de questionnaires ont été remplis par
les membres de la diaspora togolaise via internet.
- Environ 25. 000 personnes ont été consultées, soit 9
pour mille de l’échantillon pris. Les opinions des uns et des autres sont
prises en compte dans les lignes qui suivent.
IV.2. Résultats des enquêtes et Opinions exprimées
IV 2.1 COMMISSION VERITE
1. Nombre de commissions à mettre en place
Sur cette question, les avis sont partagés selon les
personnes enquêtées et selon les personnes qui se sont exprimées au cours
des discussions en focus groups, rencontres communautaires, entretiens
individuels et les réflexions faites par le collège des anciens dignitaires.
La majorité des personnes enquêtées (56%) se sont prononcées pour la mise en
place de deux Commissions, comme l’atteste le graphique ci après : (…)
Par contre dans les réunions informelles, une tendance
inverse s’observe. La plupart des personnes entretenues (71% des fora)
souhaitent, par souci d’efficacité et rentabilité des moyens, une seule
Commission mais qui aurait des subdivisions dans son mode de fonctionnement.
Les paysans pour illustrer leurs propos disaient que : « celui qui aura
vu et entendu, c’est celui là même qui sera capable de trancher et de
trouver des solutions », ou encore « c’est celui à qui crève l’abcès
que revient la tâche de panser la plaie ». Autre argument : « Une
commission favorise une meilleure coordination entre les investigations et
les mesures idoines pour la réconciliation». Une telle tendance est
également relevée dans 12 entretiens individuels sur 17.
Certaines personnes (22% des fora), par respect des
dispositions de l’Accord Politique Global (APG) et par souci d’efficacité,
recommandent deux Commissions suivant les thématiques, l’une chargée de
faire la lumière sur les actes de violences du passé et d’apaiser les
victimes, l’autre pour la réconciliation et le pardon.
Les arguments avancés sont qu’il faut séparer
l’instruction d’un dossier de son jugement ; dans ce sens qu’une des deux
commissions aura pour mission d’instruire les dossiers et établir les
responsabilités, tandis que l’autre se chargera en toute objectivité de
prendre des mesures idoines; ce faisant on minimise les risques de
corruption. Le collège des anciens dignitaires ainsi qu’une infime partie
d’intellectuels, proposent la création d’une troisième venant coiffer et
superviser les deux autres.
2. Mandat de la commission
Les personnes interrogées estiment que la commission doit
avoir le pouvoir de :
- recevoir toute personne qui aurait quelque chose à
communiquer (81,72%)
- enquêter, (74,51%) ;
- assigner les auteurs d’exaction à comparaître, (53,83%)
;
- auditionner les victimes, les auteurs d’exaction et les
témoins, (73,44%) ;
- déterminer la réparation à accorder, (70,45%).
Les personnes qui se sont exprimées dans les réunions
informelles estiment que la commission aurait le pouvoir de :
- recueillir les plaintes des victimes,
- recueillir des informations,
- mener des investigations et s’intéresser aux causes
profondes de la crise,
- auditionner les témoins et autres personnes qui
auraient quelque révélation à faire,
- encourager les victimes à parler,
- assigner les auteurs à comparaître,
- établir les responsabilités, faire des propositions
quant aux formes de réparation et aux formules de réconciliation.
3. Période d’investigation
L’analyse des données de l’enquête représentée sur le
graphique n°2, montre des avis diversifiés quant à la période à prendre en
compte.
Pour 19 % d’enquêtés, c’est la période de 1990 à 2005 :
période couvrant l’année qui a vu le déclenchement de l’évènement du 5
octobre 1990 à celle qui a vu les dernières élections présidentielles en
2005, qui doit être retenue comme période d’investigation.
Pour 17% des personnes interrogées, c’est la période
1963-2005 : période couvrant l’année du 1er coup d’Etat à celle qui a vu les
dernières élections présidentielles.
Pour 17% autres, il s’agit de l’année 2005, année des
dernières élections présidentielles qui est optée.
Par contre, 15 des 17 personnes interviewées portent leur
choix sur la période 1958-2005 : période couvrant l’année des dernières
élections avant la proclamation de l’indépendance à celle qui a vu les
dernières élections présidentielles.
Dans les réunions informelles, la majorité des gens
s’accordent sur la période de 1958 à 2005. Certaines personnes âgées et des
historiens remontent jusqu’à 1946. Les plus jeunes s’attachent aux dates
récentes de 1990 et de 2005. Le collège des Anciens Haut Responsables
propose, que la période d’avant l’indépendance, allant de l’autonomie
interne de 1956 au 26 avril 2005 serait l’idéal.
En comparant les résultats du dépouillement des
questionnaires à ceux issus des réunions informelles, on observe que les
opinions des participants vont massivement vers les périodes 1958-2005 (45%
des fora) et 1960-2005 période couvrant l’année de la proclamation de
l’indépendance à celle qui a vu les dernières élections présidentielles (61%
des fora). Cette tendance est confortée lors de 12 entretiens individuels
sur 17, où les personnes interrogées pensent qu’il ne faut plus revenir sur
des exactions et violences commises avant 1958, par les Togolais avec la
complicité de l’administration coloniale.
Il est à noter que 2 interviewés sur 17 penchent plutôt
en faveur de la période 1946-2005 (période de tutelle jusqu’aux dernières
élections présidentielles). Selon eux l’antagonisme entre Togolais a pris
racine en 1946 avec la naissance du Parti togolais du progrès (PTP) le 9
avril 1946, et la transformation du Comité pour l’unité du Togo (CUT) en
parti politique le 27 avril 1946. Selon eux, les activités de ces deux
partis concurrents se sont accompagnées d’une rivalité engendrant des
exactions et des violences, entretenues par des acteurs, qui se sont
succédés jusqu’en 2005. Les acteurs originels de l’antagonisme entre
Togolais, ont certes disparu, mais leurs idées et rancoeurs ont été
transmises de génération en génération sous d’autres formes.
Dans 3 entretiens individuels sur 17 les personnes
interrogées limitent la période d’investigation entre 1967 et 2005 pour deux
raisons : d’une part les violences qu’a connues le Togo entre 1958 et 1963
ont été étudiées après le 1er coup d’Etat; « les auteurs principaux ou
les commanditaires ont été mis en prison même s’ils n’ont pas été
jugés, les victimes ont été dédommagées, leurs biens détruits ont été
remboursés, parfois au delà de leur valeur réelle », tandis que les
exactions commises au cours de la période de 1967 et 2005 sont les plus
nombreuses et les plus dures ; elles sont restées impunies, alors que
certains auteurs sont vivants et parfois même bien connus ».
4. Dossiers que doit connaître la commission
Pour une écrasante majorité des personnes enquêtées, la
commission doit connaître tous les cas de graves violations des droits
humains, notamment les dossiers relatifs aux :
- pertes de vie ou blessures lors d’émeute (79,20%) ;
- pertes de vie ou lors de répression policière (75,19%)
;
- pertes de vie ou blessures provoquées par les milices
politiques (80,33%) ;
- assassinats politiques (78,76%) ;
- tortures et traitements inhumains et dégradants
(80,73%) ;
- arrestations et détentions arbitraires (77,46%) ;
- disparitions forcées (75,65%) ;
- violences sexuelles (72,47%) ;
- atteintes aux biens privés (79,00%) ;
- pertes d’emploi pour des raisons politiques (79,99%).
Les actes de violences sur lesquels se focalisent bon
nombre de personnes entretenues dans les focus groups et les rencontres
communautaires sont :
- les tueries et blessures graves ;
- les assassinats politiques ;
- les destructions de biens et pillages (casse des
maisons, incendie de voitures…) ;
- les traitements cruels, inhumains et dégradants (bastonnades,
mettre quelqu’un à nu avant de le battre sur les organes intimes, exposition
forcée au soleil, fouille dans les marmites) ;
- les disparitions forcées ;
- les exécutions extrajudiciaires ;
- les violences sexuelles ;
- les agressions physiques et verbales qui frisent la
haine ethnique et régionale;
- les emprisonnements et détentions arbitraires ;
- les déplacements forcés ; les expropriations sans
indemnisations, les expulsions pour cause de sorcellerie et l’exil forcé ;
- les travaux forcés et violences liées à la perception
des impôts,
- les pertes d’emploi et affectations punitives sur base
de discrimination politique, ethnique ou régionale, blocage à l’avancement
de grade ou renvoi des militaires non acquis au pouvoir
- les crimes économiques.
D’autres préoccupations ont été exprimées, tels les
conflits de chefferies ou l’usurpation de trône. Toutefois, s’il est admis
que toutes les violations de droits de l’homme portant atteinte à
l’intégrité physique ou morale doivent être portées devant la commission, on
précise qu’il appartient à la commission de faire le tri selon des critères
qu’elle aurait définis afin de retenir les cas les plus graves et
exemplaires.
5. Composition de la commission
(…) Les résultats de l’enquête montrent que les
proportions des personnes interrogées qui ont répondu « oui » pour la
présence de religieux (76,98%) et de personnalités de la société civile dans
la commission sont les plus importantes.
Les catégories qui recueillent le moins d’adhésions des
personnes enquêtées sont les partis politiques (34,69% de oui), et les
forces de sécurité (38,92% de oui). C’est également la tendance générale
dégagée des réunions informelles et des résultats d’interviews individuels.
Tout le monde s’accorde pour une composition pluridisciplinaire, dans le
respect du genre. Bon nombre de personnes entretenues (67%) surtout dans le
milieu rural mettent en avant la confiance et la neutralité, en écartant de
la commission, les leaders politiques et les forces de sécurité, (certains
considèrent les chefs traditionnels comme des hommes politiques au service
du pouvoir), tandis que les intellectuels et les représentants des Partis
politiques dans les préfectures visent la représentativité des partis
politiques, des communautés et des diversités régionales.
La présidence de la commission, selon les résultats des
enquêtes, doit être confiée à un religieux (45% des enquêtés). Les réunions
informelles confirment cette tendance tout en exigeant des qualités
supplémentaires à cette personnalité. Il s’agit d’un Religieux faisant
preuve d’un esprit d’indépendance avéré, n’ayant commis aucun acte
attentatoire à la vie humaine, jouissant d’une bonne formation, une bonne
connaissance de l’histoire et des problèmes du Togo, une forte personnalité,
une intégrité et une impartialité reconnues.
Une autre tendance penche aussi vers un défenseur des
droits de l’Homme comme Président de la commission. Les opinions ne sont pas
tranchées à propos de l’attribution de la présidence de la commission à un
homme ou à une femme. La question reste donc ouverte.
* Participation de non Togolais dans la Commission
Plus de la moitié des personnes interrogées (63,22%)
souhaitent la présence de non Togolais dans la commission. Par contre les
personnes ayant fait l’objet d’entretiens individuels se prononcent en
grande majorité (14 personnes sur 17) pour une commission exclusivement
composée de Togolais. Toutefois, ils admettent une présence de non Togolais
avec une voix non délibérative au sein de la commission et au sein de cette
structure, ils pourraient apporter une expertise éventuelle. La composition
de la commission serait mixte, c’est-à-dire composée de Togolais et des
personnalités étrangères jouissant d’une expérience éprouvée. Les avis sont
partagés sur le fait que les internationaux seraient membres à part entière
ou de simples observateurs.
6. Qualités des membres de la commission
Les Togolais sont unanimes sur la nécessité que le choix
des membres de la commission soit minutieusement effectué. Les qualités
suivantes sont mises en avant : personne irréprochable, incorruptible,
jouissant d’une intégrité et probité morale, éprise de paix et de justice,
véridique, ayant la crainte de Dieu (cette dernière qualité revient
plusieurs fois), grande capacité d’écoute, sensible à la misère du peuple
togolais et soucieuse des intérêts des Togolais, sens d’impartialité et
indépendance d’esprit.
IV 2.2. THEMATIQUE DE JUSTICE
La justice pour les victimes doit être considérée comme
un droit au même titre que la vérité et la réparation, et sa mise en oeuvre
constitue une obligation de l’Etat.
Dans les rencontres communautaires et focus groups, tous
s’accordent à dire, pas de vengeance, la sanction est laissée à Dieu !
Cependant la majorité des opinions (70% des fora) penchent aussi pour une
justice réconciliatrice et souhaitent que certaines étapes soient respectées
notamment :
- ?la confession publique des fautes commises par les
auteurs et engagement à ne plus recommencer ;
- établir les faits et les responsabilités,
- ?exiger la repentance publique des auteurs et la
demande de pardon faite directement aux victimes (cela suppose une présence
des victimes à côté des auteurs) ;
- appliquer des sanctions symboliques pour les auteurs
d’exaction ;
- limiter les sanctions aux seuls commanditaires ;
- renoncer à poursuivre les coupables qui se sont
repentis ;
La justice punitive des tribunaux est envisagée dans deux
cas : soit le responsable des violations nie l’évidence, auquel cas un
rapport est adressé aux autorités judiciaires, ou bien s’il s’agit des
auteurs des crimes ignobles ou particulièrement graves. Ceux-ci seront
traduits en justice dans l’unique souci de ne pas pérenniser l’impunité,
apaiser les victimes et garantir la non répétition.
IV 2. 3. THEMATIQUE DE REPARATION
La proposition de réparation qui retient l’attention
d’une proportion importante des personnes enquêtées (80,53%) est d’initier
des actions de développement en faveur des victimes ou leur ayants droits.
Un peu plus de la moyenne des enquêtés (61,62%) souhaite que la commission
suscite la repentance des auteurs des exactions. 40,70% approuve l’idée
d’attribuer des noms de victimes à des lieux publics.
Les discussions des réunions informelles confirment à
l’unanimité que les réparations doivent être à la charge de l’Etat. Une
réparation symbolique pourra être exigée de la part de l’auteur et du
commanditaire avéré. La commission aura à évaluer avant tout les dommages
subis et distinguer les cas. Tout en reconnaissant que le dédommagement
intégral des préjudices subis est impossible, les propositions suivantes ont
été faites :
- Restitution, indemnisation, réparation monétaire,
- ?Participation de l’Etat dans la restauration des
maisons cassées,
- ?Initier des actions sociales et communautaires en
faveur des victime ;
- Restauration psychologique des victimes ;
- Aider les ayants droits à se prendre en charge,
- Assurer la prise en charge des orphelins, des veuves et
des handicapés qui le sont devenus à cause des violences politiques.
- Les victimes de la faune réclament des terres pour
cultiver. Elles proposent de réduire l’espace de la faune pour permettre aux
gens de cultiver. «On ne doit plus fuir pour faire place aux animaux. Peut-on
gouverner avec les bêtes et sans les populations?». Ces victimes préconisent
comme indemnisation, la réhabilitation et la construction des
infrastructures communautaires, telles que les routes, les écoles et les
centres de santé ainsi que la scolarisation gratuite des enfants. Ils
veulent un autre Lomé dans leurs villages.
- Les victimes des expropriations pour cause d’intérêt
public, toutes confondues, réclament en coeur de la part de l’Etat, une
indemnisation juste et équitable.
- Les victimes de licenciements abusifs et de pertes
d’emplois pour des raisons politiques réclament d’être rétablies dans leurs
droits avec paiement d’arriérés.
IV 2.4 RECONCILIATION
Les personnes enquêtées (84%) dans toutes les préfectures
et de tous sexes, âges, ethnies, catégories socio professionnelles confondus
croient massivement que la réconciliation entre Togolais est possible.
Cependant, elles adjoignent à cette conviction des conditions, notamment :
rétablir la confiance (84,51%), et créer les conditions pour vivre ensemble
(84,30%).
A travers les opinions émises lors des réunions
informelles et des interviews individuelles, on peut distinguer deux
approches de solutions pour concrétiser la réconciliation :
D’abord au niveau des préfectures, les autorités doivent
promouvoir des pratiques coutumières et ancestrales de purification qui
visent à rétablir durablement les liens sociaux qui sont rompus suite à des
exactions et violences politiques et aux conflits fonciers amplifiés par des
dissensions politiques.
Ensuite au niveau national, où les autorités doivent
engager des actions qui visent :
- la lutte contre la corruption ;
- la promotion du pardon et de la tolérance ;
- la lutte contre le népotisme ;
- un meilleur partage des ressources nationales ;
- la lutte contre l’impunité
- la lutte contre le régionalisme
- l’éducation à la citoyenneté et au respect des droits
de l’homme
- le retour au bercail des réfugiés
- la bonne gouvernance
- la promotion de l’alternance au sommet de l’Etat ;
- le rétablissement et la diffusion de l’Histoire du Togo
;
Il importe de souligner qu’environ 1 enquêté sur 100
estime que la réconciliation passe nécessairement par la recherche de
solutions durables aux problèmes de la pauvreté et l’emploi des jeunes.
Certains enquêtés (10%) et les propos tenus lors des fora
(25%) estiment que la réconciliation passe aussi par une entente entre les
partis politiques, notamment le parti au pouvoir et les autres partis de
l’opposition et en particulier le premier parti d’opposition à l’Assemblée
nationale.
Beaucoup s’accordent à dire que la réconciliation du
peuple togolais est possible et qu’elle résultera du changement des
comportements au sommet de la classe politique et de la mise en oeuvre d’un
certain nombre de mesures et de réformes pour la rendre effective. Elle
suppose un pardon sincère et mutuel. Elle suppose aussi que chaque Togolais
ait assez à manger.
Pour marquer la réconciliation, les formules suivantes
ont été proposées :
.- Décréter une journée nationale de Réconciliation,
après avoir organisé dans tout le pays, des journées de réflexion sur la
réconciliation ;
- Instaurer une journée de prière en mémoire des victimes
(la construction de monuments proposée par certains est conçue par plusieurs
autres comme une façon de réveiller les vieux démons) ;
- Rapatrier au Togo la dépouille du père de
l’indépendance ;
- Créer un consensus autour des dates de l’histoire
politique qui méritent d’être célébrées ensemble (entre autre la date du 27
avril, anniversaire de l’indépendance du Togo) ;
- Repas de réconciliation partagé par les leaders des
partis politiques au sommet ; et entre Faure GNASSINGBE et Gilchrist OLYMPIO;
- Répartition équitable des richesses du pays ;
- Renonciation des pratiques de culte de la personnalité
;
-Réinstallation des rapatriés et des déplacés et ainsi
que la réintégration dans la fonction publique togolaise ;
- Rechercher de solutions idoines aux problèmes de la
chefferie traditionnelle, des expropriations sans indemnisation, du foncier
et bien d’autres préoccupations d’ordre économique et social.
- Mettre fin à l’achat des consciences et intimidations
pendant la période électorale ;
- Créer des conditions et de l’espace pour plus de
liberté et de dialogue;
- Excuses officielles de la part du pouvoir aux victimes
de toutes les discriminations, exactions et abus de pouvoir ;
- Lutter contre la corruption en veillant au respect du
denier public qui doit être sacralisé ;
- Promouvoir l’égalité des chances pour tous sans tenir
compte des différences ethniques et régionales lors des recrutements dans
les différents secteurs de développement ;
- Identifier et promouvoir les facteurs unitaires ;
- Assurer et promouvoir l’éducation civique sur les
valeurs et principes démocratiques en luttant contre l’incivisme et
l’irrespect des institutions de la République et ;
- Promouvoir un système de gouvernement qui n’a pas de
favoris ni d’exclus ;
- Assurer la neutralité des forces armées et de sécurité
et leurs immixtions dans le débat politique;
- Pallier les frustrations des populations des zones de
production minière en y installant les infrastructures de base essentielles
au bien être des populations.
V. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
V. 1 Conclusions
Les consultations nationales ont été une opportunité pour
les Togolais de s’exprimer sur les mécanismes de vérité, justice et
réconciliation.
Ces consultations nous informent sur une réelle demande
de vérité, de justice y compris de réparation et de réconciliation. La
satisfaction de cette demande, vue les attentes de la population et des
engagements internationaux du Togo en matière de droits de l’homme, est une
obligation de l’Etat. Les consultations révèlent à cet égard des éléments
très utiles, relatifs à la compétence matérielle et temporelle des
mécanismes d’établissement des faits et des responsabilités envisagés. Elles
informent également sur les aspects liés à la composition de ces mécanismes
et aux critères de sélection de leurs membres. Elles abordent enfin la
question de la justice et les conditions posées par les populations pour une
réconciliation véritable. C’est pourquoi, les conclusions tirées de ces
consultations, devront informer de manière qualitative, les actes fondateurs
de mécanismes judiciaire et non judiciaire d’établissement des faits et des
responsabilités envisagés au Togo. Ces consultations ont été entreprises sur
la base de l’Accord Politique Global (APG), des normes et principes des
droits de l’homme, internationalement reconnus et acceptés par le Togo et du
mandat du Bureau du Haut Commissariat aux Doits de l’Homme au Togo.
Il est utile à ce stade de rappeler, que le fondement
normatif de l’effort du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de
l’Homme pour promouvoir l’état de droit, est la Charte des Nations Unies
elle-même, que complètent les piliers du système juridique international
moderne : la législation internationale en matière de droits de l’homme; le
droit international humanitaire; et le droit pénal international. Ces
sources comprennent les nombreuses normes relatives aux droits de l’homme et
à la justice pénale qui ont été élaborées au cours des 50 dernières années
par l’Organisation des Nations Unies (ONU). Il s’agit là de normes
d’application universelle qui ont été adoptées sous les auspices de l’ONU et
qui doivent donc constituer le fondement normatif de toutes les activités
entreprises par le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme
et par tout autre organe du Haut Commissariat des
Nations Unies aux Droits de l’Homme, en vue de promouvoir
la justice et l’état de droit.
Ainsi, il résulte de ce cadre normatif, que lorsque le
Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme assistera le Togo,
dans sa volonté et dans sa démarche de lutter contre l’impunité, les
tribunaux ne pourront en aucun cas autoriser la peine capitale ; les accords
de paix/politique pour être entériné par le Haut Commissariat des Nations
Unies aux Droits de l’Homme, ne pourront en aucun cas promettre l’amnistie
pour les actes de génocide, les crimes de guerre, les crimes contre
l’humanité ou les atteintes graves aux droits de l’homme, et que, partout où
le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme aura reçu
mandat d’assumer au moins en partie, des fonctions décisionnelles ou
judiciaires, les mécanismes mis en oeuvre devront, dans l’administration de
la justice, appliquer scrupuleusement les normes internationales en matière
de droits de l’homme.
C’est en vertu de ces obligations et de l’engagement bien
compris du Gouvernement du Togo, que ces consultations ont porté sur la
vérité, la justice, la réparation et la réconciliation.
L’Accord Politique Global, même s’il n’ordonnance pas ces
thématiques de la même manière, énonce clairement que l’impunité des actes
de violence à caractère politique est un phénomène grave et récurrent et que
toutes les forces vives du pays, en particulier les partis politiques et les
organisations de la société civile, contribueront activement à son
éradication.
C’est à la lumière de cet engagement, et des obligations
du Haut Commissariat des Nations Unies aux les Droits de l’Homme en matière
d’assistance, qu’il serait utile de s’accorder préalablement sur le sens des
termes utilisés dans l’APG, à savoir : « faire la lumière sur les actes de
violence à caractère politique », « étudier les modalités d’apaisement des
victimes» et, « prendre des mesures en vue de favoriser le pardon et la
réconciliation nationale ».
Selon la compréhension du Haut Commissariat des Nations
Unies aux Droits de l’Homme, une commission chargée de faire la lumière sur
les actes de violence à caractère politique équivaudrait à un mécanisme
d’établissement des faits, et dans la pratique de l’organisation, cela
serait une commission vérité et réconciliation, étant donné que l’APG veut
aussi favoriser la réconciliation.
Par contre, les concepts «d’apaisement des victimes »
ainsi que les mesures en vue de « favoriser le pardon » méritent d’être
clarifiés par le gouvernement du Togo. C’est pour avoir une compréhension
commune des mécanismes prévus par l’APG, qu’il est nécessaire de clarifier
la nature des mécanismes à la création desquels, le Haut Commissariat des
Nations Unies aux Droits de l’Homme devrait éventuellement participer, si
telle est la volonté du gouvernement du Togo.
V.2 Recommandations
1. Compte tenu de ce qui précède, le Gouvernement du Togo
doit s’engager à tenir compte des éléments qualitatifs de ces consultations
dans l’élaboration de tout mécanisme judiciaire et non judiciaire visant à
lutter contre l’impunité au Togo.
2. En raison du coût des commissions, référence faite aux
expériences d’autres pays et pour des raisons d’efficacité, une seule
Commission Vérité et Réconciliation avec deux sous commissions peut être
recommandée et cela éviterait des gaspillages de ressources financières1.
S’il est vrai que cette proposition s’éloigne de la lettre de l’APG, il n’en
demeure pas moins qu’elle correspond à son esprit.
3. Afin de n’exclure a priori aucune victime des faits
politiques dans le pays, source de frustrations aux conséquences
imprévisibles, la période de 1958 à 2005 pourrait être prise en
considération par la Commission.
4. Concernant les actes de violence politique, il serait
mieux indiqué de déterminer les événements clés qui ont entraîné les
violations graves et massives des droits de l’homme au cours de la période
de 1958 à 2005.
5. Concernant la participation des non Togolais dans la
Commission à titre d’observateurs ou à part entière, il serait bien indiqué
de s’inspirer des expériences d’autres pays tout en tenant compte des
spécificités togolaises. Dans certains pays, les observateurs, en tant que
techniciens, ont pu aider des commissions analogues lorsqu’il y a eu des
divergences sur un sujet, en donnant leurs avis techniques.
6. Le Gouvernement doit :
- prendre toutes les mesures idoines pour garantir la
sécurité des témoins, des victimes et des présumés auteurs.
- ?impliquer la Société Civile dans la recherche des
solutions aux questions de lutte contre l’impunité.
7. Les partis politiques doivent faire preuve de
responsabilité et éduquer leurs militants aux principes démocratiques et
valeurs citoyennes
8. Les Partenaires en Développement et les Agences du
Système des Nations Unies sont encouragés à apporter un appui technique et
financier au Gouvernement dans la mise en place des mécanismes de vérité,
justice et réconciliation et à soutenir toute autre initiative de lutte
contre l’impunité.
9. Le suivi immédiat des résultats des consultations doit
être assuré par le Gouvernement à travers la :
- restitution du Rapport aux populations sur toute
l’étendue du territoire ; et
- diffusion des conclusions du Rapport à travers une
campagne de médiatisation.
10. Le gouvernement doit clarifier les termes de l’APG,
notamment le contenu qui est donné aux notions de « pardon » et d’ «
apaisement des victimes ». En outre, en ce qui concerne la mise en oeuvre de
l’engagement visant à lutter contre l’impunité au Togo, et dans la mesure où
le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, devrait être
impliquée dans ce processus, une compréhension commune devrait être dégagée
quant à la nature des mécanismes d’établissement des faits et des
responsabilités à mettre en place.