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Le torchon
brûle entre les Adja ressortissants de la préfecture du Moyen-Mono regroupés
au sein du CRADEM (Cadre de Réflexion et d’Action pour le
Développement du Moyen-Mono) et leurss frères du Bénin regroupés au sein de
l’UAT (Union Adja Togo). En effet, les Adja du Moyen-Mono dénoncent
l’attitude de leurs « frères » du Bénin qui projettent célébrer le 80e anniversaire
de leur association autour du thème « affirmation de l’identité Adja ». Pour
le CRADEM, le choix de ce thème « a pour corollaire de faire croire aux
autorités togolaises et au monde entier que les Adja du Moyen-Mono animent
l’UAT avec ceux du Bénin ». C’est la raison pour laquelle ladite association
a animé une conférence de presse ce mercredi 17 décembre 2008 pour faire
savoir à l’opinion nationale et internationale que les Adja du Moyen-Mono ne
se retrouvent pas dans l’UAT et que le CRADEM n’est ni de près ni de loin
concerné par le 80e anniversaire
de l’UAT.
Pour les membres du CRADEM, le thème choisi pour la
célébration du quatre-vingtième anniversaire de l’association mutualiste UAT
(« Affirmation de l’identité Adja ») n’est qu’une usurpation pure et
simple de l’identité du peuple Adja de Tado, car elle aura pour conséquence
de faire déplacer les prêtres et « Tassinons » (prêtresse) du trône
royal de Tado ainsi que le chef canton de Tohoun, supposé représentant du
trône royal de Tado. Et comme tel, « cette fête constitue une insulte
infligée au peuple Adja du Togo en général et en particulier aux Adja de la
préfecture du Moyen-Mono ». C’est pour cette raison que cette
association demande au ministre de l’Administration territoriale d’user de
ses prérogatives pour faire avorter cette fête qui, d’après elle, « veut
dévaloriser et instrumentaliser le trône royal de Tado ». Par
ailleurs, le CRADEM estime que le 80ème anniversaire
de l’association UAT ne concerne que ses membres adhérents. Cette
célébration n’a donc, d’après cette association, rien à voir avec les Adja
du Moyen-Mono, compte tenu de la genèse de l’UAT. « Nous ne leur
interdisons pas d’organiser leur anniversaire. Seulement, qu’ils
s’abstiennent d’associer le nom des Adja de Tado à leur festivité car nous
ne sommes concernés ni de près ni de loin par cette célébration », a
souligné Agnélé Christine Mensah, membre du CRADEM et native du Moyen-Mono.
En outre, les ressortissants de la préfecture du Moyen-Mono
se disent indignés par le comportement du ministre Kokou Tozoun qui, bien
que se disant natif de leur localité et «représentant» de celle-ci au
gouvernement, est en train de cautionner cette fête organisée par l’UAT en
procédant à la distribution gratuite de tissus pagnes et en mobilisant des
jeunes pour un match amical de football.
A cet effet, ils recommandent au chef de l’Etat de leur
trouver un autre interlocuteur « patriotique, crédible et de bonne foi »
en vue de favoriser le développement du Moyen-Mono. Tout en se disant
disposés à fraterniser et à collaborer avec les Adja du Bénin « dans des
structures qui respectent la souveraineté du Togo et du Bénin », les
membres du CRADEM ont tenu à rappeler à leurs « frères » de l’UAT qu’ils
peuvent s’octroyer la nationalité togolaise conformément aux dispositions de
la Constitution togolaise et non en « s’efforçant à tout prix d’être
originaire de Tado, dans la préfecture du Moyen-Mono ».
Avant de formuler sa requête, le CRADEM a eu à faire un
historique sur la création de l’Union Adja Togo dans le but de faire
comprendre qu’il y a une nette démarcation entre cette association et les
ressortissants du Moyen-Mono.
D’après eux, l’UAT est une association mutualiste créée en
1928 par les Adja de Dahomey (actuel Bénin), plus précisément ceux des
villages de Houégamé, Djakotomé et Dogbo résidant à Lomé. L’UAT a vu le
jour, selon la version du CRADEM, pour répondre aux soucis de protection
sociale de ses membres résidents hors de leur territoire d’origine. Elle a
fait son chemin jusqu’à connaître en son sein quelques membres Adja du Togo
en 1945. Toutefois, ces Adja du Togo sortiront de l’UAT après l’autonomie de
ce pays en 1958 et créeront une nouvelle association la même année. Celle-ci
est dénommée Union Fraternelle des Ressortissants Adja Tado (UFRAT). La
création de cette nouvelle association entraînera la colère des Adja du
Bénin car, précise le CRADEM, « le flou de l’UAT leur permettait d’avoir
facilement leur certificat de nationalité togolaise et par voie de
conséquence d’avoir accès aux services publics et autres puisqu’ils
s’identifient par rapport à Tado qui se situe sur le territoire togolais ».
Cette situation trouvera rapidement une solution sous l’égide
de l’ancien président du Togo, Eyadèma Gnassingbé qui ordonnera en 1975 la
création de l’Union des Ressortissants du Canton de Kpékplémé (URCK). Cette
association consacrera définitivement la séparation entre les Adja du Togo
et ceux du Bénin regroupés au sein de l’UAT.
Rodolph
Tomegah |