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Voici plusieurs
mois déjà qu’un concours national a été lancé pour le recrutement d’agents
et de fonctionnaires de toutes les catégories dans la Fonction Publique
togolaise. Pour un peu plus de 3.000 places, ce sont des dizaines de
milliers de candidats qui se sont présentés. Preuve par trois que le chômage
endémique est une réalité au Togo.
Notre
pays sous ajustement structurelle et dans les fourches caudines du FMI n’a
plus officiellement recruté dans la Fonction Publique depuis plus d’une
décennie. Pendant ce temps, les universités et autres centres de formation
n’ont pas cessé de déverser sur le marché de l’emploi, des centaines de
diplômés. Aujourd’hui, des jeunes, bardés de diplômes et de parchemins
prouvant leur aptitude à exercer une profession, se tournent le pouce
pendant que les plus courageux s’adonnent à des occupations précaires,
parfois même avilissantes.
L’annonce du concours avait donc été accueillie avec beaucoup
d’enthousiasme. Même si, instruits des expériences passées, certains
doutaient, ce fut un raz-de-marée. Dans la perspective de trouver dans les
jours qui viennent un emploi sûr, de nombreux jeunes se sont investis pour
déposer leur candidature. Certains, compte tenu des frais faramineux requis
pour la constitution des dossiers ont dû recourir à des usuriers. Après
plusieurs jours de tracasseries de tous genres, ils avaient finalement
réussi à déposer leur dossier et à composer les jours indiqués.
Mais
depuis, les résultats de ce fameux concours se font attendre. Non seulement
on refuse de dire aux candidats ce qui se passe, c’est le flou total qui
entoure le sujet.
Il y
a quelque temps, des informations avaient circulé, faisant état de ce que
des recrutements parallèles auraient été effectués à la sauvette et en
catimini. En l’état actuel de nos investigations, nous ne sommes pas en
mesure de confirmer ou d’infirmer ces informations, même si nous savons que
dans notre pays et au regard des faits passés, rien n’est impossible.
Seulement voilà. Il se passe maintenant des choses qui, de plus en plus,
tendent à donner raison à ceux qui s’inquiètent. En effet, selon des
informations recoupées à plusieurs niveaux, des manœuvres seraient
actuellement en cours, pour exploiter le concours de recrutement et surtout
ses résultats, à des fins politiques. Des magouilles seraient ourdies pour
récupérer le dossier et l’inscrire dans la droite ligne de l’élection
présidentielle dont les relents de la pré-campagne se font déjà sentir.
C’est
dans ce cadre qu’on raconte qu’une rencontre aurait réuni, il y a quelques
jours, des cadres du RPT qui, d’ores et déjà réfléchissent aux voies et
moyens à mettre en œuvre pour permettre au parti au pouvoir de tirer le
maximum d’avantage de ce concours. La réunion aurait duré tard dans la nuit.
On parle pêle-mêle, non seulement de répartition des postes par préfecture,
mais aussi et surtout du placement de militants de manière à favoriser la
victoire du candidat du RPT.
N’étant pas dans le secret des dieux, nous ne voulons rien affirmer pour
l’instant. Mais le fait est que l’inquiétude grandit au sein des populations
où on estime que les candidats, tous sur un pied d’égalité, doivent être
traités de façon impartiale, en dehors de leur appartenance ethnique ou
politique.
Il
n’est un secret pour personne que le RPT qui a récemment célébré les 39 ans
de sa création a, pendant de longues années, régné en maître solitaire et
absolu sur le Togo. Aujourd’hui, avec la tendance pluraliste, il a toujours
œuvré et manœuvré pour se tailler en toutes choses, la part du lion.
A ce
jour, la suspicion grandit autour des résultats du concours de recrutement.
Il importe donc de procéder dans les meilleurs délais, à la proclamation des
résultats pour couper court à toutes les rumeurs qui, malheureusement, trop
souvent, deviennent des clameurs au Togo. Le Chef de l’Etat et le Premier
Ministre dont la crédibilité est en jeu sont interpellés.
L. C.
Aide de l’Etat aux formations politiques :
Le bras de fer s’annonce déjà autour du financement des partis
La semaine
dernière, le Chef de gouvernement Gilbert Houngbo a eu une séance de travail
avec les responsables de la Commission de financement des partis politiques.
L’une des mesures prises au cours de cette rencontre est que, à partir de
janvier 2009, les différentes formations concernées recevront les premières
aides publiques. S’agissant des modalités d’attribution de ce financement,
il a été décidé que l’aide sera accordée au prorata du nombre de sièges
obtenus par les partis à l’Assemblée Nationale à l’issue des dernières
législatives et non en fonction des pourcentages de voix comptabilisés lors
du scrutin. L’enveloppe est estimée à cent millions (100.000.000) F CFA.
Face
aux manœuvres en cours, l’Union des Forces de Changement (UFC) et le Comité
d’Action pour le Renouveau (CAR) ont vivement réagi
Sans
ambages, sans passion et sans sentiment, le Secrétaire Général de l’UFC
Jean-Pierre Fabre a fait comprendre au RPT que son parti ne se laissera pas
dicter sa loi tout le temps.
Au
Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), on considère qu’il y a encore de
grandes manœuvres en cours, organisées par le parti au pouvoir.
Réaction de
Jean-Pierre Fabre (Secrétaire Général de l’UFC, Président du Groupe
parlementaire UFC)
Si la
commission de financement des partis politiques décide de répartir le
financement aux bénéficiaires proportionnellement au nombre de sièges
détenus à l’Assemblée nationale, c’est tout simplement scandaleux. De toutes
façons, cette fameuse commission n’est qu’un écran de fumée derrière lequel
le gouvernement s’est abrité pour pratiquer sa duplicité habituelle.
Cette décision
est l’illustration de l’unilatéralisme radical dont le RPT a toujours fait
preuve. En vérité, je ne suis pas très surpris. Les tergiversations du
gouvernement depuis que nous l’interrogeons au sujet du financement public
des partis politiques, ont fini par nous faire comprendre que le
gouvernement cherche par tous les moyens à faire en sorte que le RPT tire
largement profit des 50 députés qu’il a obtenus à l’Assemblée nationale avec
la fraude et ce découpage électoral inique. Dans aucun pays où se pratique
le financement public des partis politiques, la répartition ne s’opère
uniquement sur la base des sièges à l’Assemblée nationale.
Le RPT doit
comprendre que nous ne le laisserons pas dicter sa loi tout le temps. S’il
ne met pas fin à cette attitude, les jours qui viennent vont être très
difficiles pour lui. Et l’année 2009 également. Je m’y emploierai
personnellement. Vous pouvez me croire.
Réaction de M.
Jean Kissi (CAR)
Nous sommes
bien au courant de la répartition prévue par le pouvoir des 100 millions
destinés au financement des partis politiques. Nous considérons que là, il y
a encore des manœuvres de contournement. Sincèrement, le financement des
partis politiques a défini un critère de représentativité à deux paramètres
concernant les élections législatives. Le premier paramètre est basé sur le
suffrage recueilli. Ça veut dire que une fois que les partis ont fait un
travail minimum pour atteindre un seuil minimum de 5 % aux élections
législatives, ils ont droit à ce financement là.
Le
second paramètre est celui basé sur le nombre d’élus. Donc nous considérons
que sur la base des critères de représentativité à deux paramètres, la
répartition de ce qui est prévu au budget doit être aussi faite suivant ces
deux paramètres. Pour nous, tous les partis qui ont fait un travail pour
atteindre ce seuil minimum de 5 % doivent avoir droit à une 1ère enveloppe.
Et la 2e enveloppe sera répartie suivant le second paramètre qui est celui
du nombre d’élus à l’Assemblée Nationale.
Le
RPT ne peut pas réduire tout à ce second paramètre là, parce qu’il est
arrivé à avoir une majorité mécanique de 50 députés. Voilà notre position.
Commentaire
Le
financement public des partis politiques, même si sa mise en œuvre est à
inscrire à l’actif du gouvernement, n’est pas une invention du pouvoir en
place au Togo. Non seulement, il s’agit de la concrétisation d’une
disposition légale, mais la pratique est en cours dans d’autres pays depuis
longtemps. Cependant le pouvoir togolais qui, en réalité, veut se
rattraper, doit savoir jouer de tact pour éviter que cette affaire ne
devienne un sujet de discorde de plus.
Selon
plusieurs observateurs, sans forcément s’aligner sur ce qui se fait
ailleurs, nos gouvernants pourraient, pour faire bien, s’inspirer de
l’expérience des autres. Le Togo a certes ses spécificités, mais la
démocratie (au sens où l’entend) n’est pas une invention togolaise. Elle a
ses règles et ses principes qu’il faut respecter.
Les
alinéas 2 et 3 de l’article 18 de la Charte des partis politiques disposent
ce qui suit :
«Les
partis politiques bénéficient en outre d’une aide financière de l’Etat.
Cette aide est attribuée aux partis ayant recueilli au moins 5 % des
suffrages sur le plan national aux élections législatives.
Les
modalités d’application de l’alinéa précédent du présent article seront
fixées par la loi».
Mais
il reste que pour faire œuvre utile, les modalités d’application doivent
répondre à des critères et principes de justice et d’équité.
On
sait qu’à l’issue des législatives de 2007, le RPT s’est adjugé 50 sièges,
l’UFC 27 et le CAR 4. Si le financement des partis devrait se faire au
prorata des sièges obtenus comme le prévoient actuellement nos gouvernants,
c’est sur la base de ces chiffres qu’il devra s’effectuer. Ce qui à
l’évidence, ne sera qu’une injustice avérée de plus.
En
effet, le RPT va se tailler la part du lion avec ses 50 députés en laissant
la portion congrue aux autres, alors qu’au niveau des suffrages obtenus, il
a fait un score tournant autour de 900.000 voix tout comme l’UFC.
Selon
certains analystes, le financement des partis, au lieu de consacrer
l’injustice, devrait être saisi pour corriger la perfidie du découpage
électoral qui a conduit à la situation paradoxale actuelle.
Le
parti de Gilchrist Olympio qui désormais ne compte qu’avec les nombres de
voix obtenues pour mesurer son poids politique acceptera-t-il cette modalité
de répartition ? Le CAR qui se préoccupe sans relâche de l’application
rigoureuse des principes se laissera-t-il convaincre ? Rien n’est moins sûr.
A entendre les responsables de ces deux partis, on est fondé de penser à un
bras de fer imminent. Les choses risquent de se compliquer encore plus si
l’on sait que l’argent étant le nerf de la guerre, tous les partis aspirent
à cette aide publique. Au sortir d’une réunion avec le Ministre Pascal
Bodjona la semaine dernière, la CPP et le PDR, deux partis de vieille date
et signataires de l’APG qui malheureusement ne sont pas représentés à
l’Assemblée Nationale se sont prononcés pour une formule devant permettre
aux anciens partis qui ont œuvré pour l’émergence de la démocratie, de
bénéficier du financement. Ainsi, après le débat autour du cadre permanent
de dialogue, c’est le financement des partis politiques qui risque de se
retrouver au centre d’une nouvelle crise au Togo.
L. C. |