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Confidentiel : Dans la perspective des présidentielles de 2010 : Des Magouilles autour des résultats du concours de recrutement dans la Fonction Publique
Le Changement #152

                        Voici plusieurs mois déjà qu’un concours national a été lancé pour le recrutement d’agents et de fonctionnaires de toutes les catégories dans la Fonction Publique togolaise. Pour un peu plus de 3.000 places, ce sont des dizaines de milliers de candidats qui se sont présentés. Preuve par trois que le chômage endémique est une réalité au Togo.

          Notre pays sous ajustement structurelle et dans les fourches caudines du FMI n’a plus officiellement recruté dans la Fonction Publique depuis plus d’une décennie. Pendant ce temps, les universités et autres centres de formation n’ont pas cessé de déverser sur le marché de l’emploi, des centaines de diplômés. Aujourd’hui, des jeunes, bardés de diplômes et de parchemins prouvant leur aptitude à exercer une profession, se tournent le pouce pendant que les plus courageux s’adonnent à des occupations précaires, parfois même avilissantes.

          L’annonce du concours avait donc été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme. Même si, instruits des expériences passées, certains doutaient, ce fut un raz-de-marée. Dans la perspective de trouver dans les jours qui viennent un emploi sûr, de nombreux jeunes se sont investis pour déposer leur candidature. Certains, compte tenu des frais faramineux requis pour la constitution des dossiers ont dû recourir à des usuriers. Après plusieurs jours de tracasseries de tous genres, ils avaient finalement réussi à déposer leur dossier et à composer les jours indiqués.

          Mais depuis, les résultats de ce fameux concours se font attendre. Non seulement on refuse de dire aux candidats ce qui se passe, c’est le flou total qui entoure le sujet.

          Il y a quelque temps, des informations avaient circulé, faisant état de ce que des recrutements parallèles auraient été effectués à la sauvette et en catimini. En l’état actuel de nos investigations, nous ne sommes pas en mesure de confirmer ou d’infirmer ces informations, même si nous savons que dans notre pays et au regard des faits passés, rien n’est impossible.

          Seulement voilà. Il se passe maintenant des choses qui, de plus en plus, tendent à donner raison à ceux qui s’inquiètent. En effet, selon des informations recoupées à plusieurs niveaux, des manœuvres seraient actuellement en cours, pour exploiter le concours de recrutement et surtout ses résultats, à des fins politiques. Des magouilles seraient ourdies pour récupérer le dossier et l’inscrire dans la droite ligne de l’élection présidentielle dont les relents de la pré-campagne se font déjà sentir.

          C’est dans ce cadre qu’on raconte qu’une rencontre aurait réuni, il y a quelques jours, des cadres du RPT qui, d’ores et déjà réfléchissent aux voies et moyens à mettre en œuvre pour permettre au parti au pouvoir de tirer le maximum d’avantage de ce concours. La réunion aurait duré tard dans la nuit. On parle pêle-mêle, non seulement de répartition des postes par préfecture, mais aussi et surtout du placement de militants de manière à favoriser la victoire du candidat du RPT.

          N’étant pas dans le secret des dieux, nous ne voulons rien affirmer pour l’instant. Mais le fait est que l’inquiétude grandit au sein des populations où on estime que les candidats, tous sur un pied d’égalité, doivent être traités de façon impartiale, en dehors de leur appartenance ethnique ou politique.

          Il n’est un secret pour personne que le RPT qui a récemment célébré les 39 ans de sa création a, pendant de longues années, régné en maître solitaire et absolu sur le Togo. Aujourd’hui, avec la tendance pluraliste, il a toujours œuvré et manœuvré pour se tailler en toutes choses, la part du lion.

          A ce jour, la suspicion grandit autour des résultats du concours de recrutement. Il importe donc de procéder dans les meilleurs délais, à la proclamation des résultats pour couper court à toutes les rumeurs qui, malheureusement, trop souvent, deviennent des clameurs au Togo. Le Chef de l’Etat et le Premier Ministre dont la crédibilité est en jeu sont interpellés.

L. C.


Aide de l’Etat aux formations politiques : Le bras de fer s’annonce déjà autour du financement des partis

                        La semaine dernière, le Chef de gouvernement Gilbert Houngbo a eu une séance de travail avec les responsables de la Commission de financement des partis politiques. L’une des mesures prises au cours de cette rencontre est que, à partir de janvier 2009, les différentes formations concernées recevront les premières aides publiques. S’agissant des modalités d’attribution de ce financement, il a été décidé que l’aide sera accordée au prorata du nombre de sièges obtenus par les partis à l’Assemblée Nationale à l’issue des dernières législatives et non en fonction des pourcentages de voix comptabilisés lors du scrutin. L’enveloppe est estimée à cent millions (100.000.000) F CFA.

          Face aux manœuvres en cours, l’Union des Forces de Changement (UFC) et le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) ont vivement réagi

          Sans ambages, sans passion et sans sentiment, le Secrétaire Général de l’UFC Jean-Pierre Fabre a fait comprendre au RPT que son parti ne se laissera pas dicter sa loi tout le temps.

          Au Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), on considère qu’il y a encore de grandes manœuvres en cours, organisées par le parti au pouvoir.

Réaction de Jean-Pierre Fabre (Secrétaire Général de l’UFC, Président du Groupe parlementaire UFC)

Si la commission de financement des partis politiques décide de répartir le financement aux bénéficiaires proportionnellement au nombre de sièges détenus à l’Assemblée nationale, c’est tout simplement scandaleux. De toutes façons, cette fameuse commission n’est qu’un écran de fumée derrière lequel le gouvernement s’est abrité pour pratiquer sa duplicité habituelle.

Cette décision est l’illustration de l’unilatéralisme radical dont le RPT a toujours fait preuve. En vérité, je ne suis pas très surpris. Les tergiversations du gouvernement depuis que nous l’interrogeons au sujet du financement public des partis politiques, ont fini par nous faire comprendre que le gouvernement cherche par tous les moyens à faire en sorte que le RPT tire largement profit des 50 députés qu’il a obtenus à l’Assemblée nationale avec la fraude et ce découpage électoral inique. Dans aucun pays où se pratique le financement public des partis politiques, la répartition ne s’opère uniquement sur la base des sièges à l’Assemblée nationale.

Le RPT doit comprendre que nous ne le laisserons pas dicter sa loi tout le temps. S’il ne met pas fin à cette attitude, les jours qui viennent vont être très difficiles pour lui. Et l’année 2009 également. Je m’y emploierai personnellement. Vous pouvez me croire. 

Réaction de M. Jean Kissi (CAR)

Nous sommes bien au courant de la répartition prévue par le pouvoir des 100 millions destinés au financement des partis politiques. Nous considérons que là, il y a encore des manœuvres de contournement. Sincèrement, le financement des partis politiques a défini un critère de représentativité à deux paramètres concernant les élections législatives. Le premier paramètre est basé sur le suffrage recueilli. Ça veut dire que une fois que les partis ont fait un travail minimum pour atteindre un seuil minimum de 5 % aux élections législatives, ils ont droit à ce financement là.

          Le second paramètre est celui basé sur le nombre d’élus. Donc nous considérons que sur la base des critères  de représentativité à deux paramètres, la répartition de ce qui est prévu au budget doit être aussi faite suivant ces deux paramètres. Pour nous, tous les partis qui ont fait un travail pour atteindre ce seuil minimum de 5 % doivent avoir droit à une 1ère enveloppe. Et la 2e enveloppe sera répartie suivant le second paramètre qui est celui du nombre d’élus à l’Assemblée Nationale.

          Le RPT ne peut pas réduire tout à ce second paramètre là, parce qu’il est arrivé à avoir une majorité mécanique de 50 députés. Voilà notre position.

Commentaire 

          Le financement public des partis politiques, même si sa mise en œuvre est à inscrire à l’actif du gouvernement, n’est pas une invention du pouvoir en place au Togo. Non seulement, il s’agit de la concrétisation d’une disposition légale, mais la pratique est en cours dans d’autres pays depuis longtemps. Cependant  le pouvoir togolais qui, en réalité, veut se rattraper, doit savoir jouer de tact pour éviter que cette affaire ne devienne un sujet de discorde de plus.

          Selon plusieurs observateurs, sans forcément s’aligner sur ce qui se fait ailleurs, nos gouvernants pourraient, pour faire bien, s’inspirer de l’expérience des autres. Le Togo a certes ses spécificités, mais la démocratie (au sens où l’entend)  n’est pas une invention togolaise. Elle a ses règles et ses principes qu’il faut respecter.

          Les alinéas 2 et 3 de l’article 18 de la Charte des partis politiques disposent ce qui suit :

          «Les partis politiques bénéficient en outre d’une aide financière de l’Etat. Cette aide est attribuée aux partis ayant recueilli au moins 5 % des suffrages sur le plan national aux élections législatives.

          Les modalités d’application de l’alinéa précédent du présent article seront fixées par la loi».

          Mais il reste que pour faire œuvre utile, les modalités d’application doivent répondre à des critères et principes de justice et d’équité.

          On sait qu’à l’issue des législatives de 2007, le RPT s’est adjugé 50 sièges, l’UFC 27 et le CAR 4. Si le financement des partis devrait se faire au prorata des sièges obtenus comme le prévoient actuellement nos gouvernants, c’est sur la base de ces chiffres qu’il devra s’effectuer. Ce qui à l’évidence, ne sera qu’une injustice avérée de plus.

          En effet, le RPT va se tailler la part du lion avec ses 50 députés en laissant la portion congrue aux autres, alors qu’au niveau des suffrages obtenus, il a fait un score tournant autour de 900.000 voix tout comme l’UFC.

          Selon certains analystes, le financement des partis, au lieu de consacrer l’injustice, devrait être saisi pour corriger la perfidie du découpage électoral qui a conduit à la situation paradoxale actuelle.

          Le parti de Gilchrist Olympio qui désormais ne compte qu’avec les nombres de voix obtenues pour mesurer son poids politique acceptera-t-il cette modalité de répartition ? Le CAR qui se préoccupe sans relâche de l’application rigoureuse des principes se laissera-t-il convaincre ? Rien n’est moins sûr. A entendre les responsables de ces deux partis, on est fondé de penser à un bras de fer imminent. Les choses risquent de se compliquer encore plus si l’on sait que l’argent étant le nerf de la guerre, tous les partis aspirent à cette aide publique. Au sortir d’une réunion avec le Ministre Pascal Bodjona la semaine dernière, la CPP et le PDR, deux partis de vieille date et signataires de l’APG qui malheureusement ne sont pas représentés à l’Assemblée Nationale se sont prononcés pour une formule devant permettre aux anciens partis qui ont œuvré pour l’émergence de la démocratie, de bénéficier du financement. Ainsi, après le débat autour du cadre permanent de dialogue, c’est le financement des partis politiques qui risque de se retrouver au centre d’une nouvelle crise au Togo.

L. C.

 

 
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