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Il est
acquis qu’au regard de l’orthodoxie financière qui doit guider la gestion
d’un pays, toutes les recettes et les dépenses doivent être prévues au
préalable. Ceci devra retracer l’ambition des politiques pour atteindre le
développement local. A priori, le pouvoir de Faure Gnassingbé veut restaurer
cette logique, à travers l’exposé des motifs qui accompagne le projet de loi
de finances gestion 2009.
Dans notre
parution du 28 novembre 2008 (L’Union n°154), nous évoquions la
prévision à la hausse des finances publiques pour l’année 2009. Selon le
projet actuellement défendu devant la commission des finances du parlement
par le gouvernement, le montant total des investissements –s’il est adopté
en l’état– s’élève pour l’année prochaine à 94,6 milliards de francs Cfa
contre 63,7 milliards en 2008, soit une augmentation de 48,5%, à raison de
31,6 milliards sur ressources internes et 63 milliards sur ressources
externes. Une hausse qui s’explique par la volonté de financer le
développement en mettant un accent particulier sur les secteurs économiques
porteurs de croissance à travers le Programme d’Investissement Public (PIP)
2009. Huit secteurs se partagent la vision de l’Exécutif, par ordre
décroissant.
L’Administration
et le développement
A
l’analyse, l’Administration et le développement des infrastructures battent
le record. Ce secteur regroupe les sous-secteurs de l’énergie, des
transports, de l’hydraulique, de l’urbanisme et de l’habitat et joue un rôle
déterminant dans la relance économique, selon le gouvernement. Il devra
engloutir 35,805 milliards de francs Cfa, soit 37,8% du PIP pour financer
les projets en cours et entamer de nouveaux chantiers notamment
l’amélioration de la production de l’énergie électrique, la réhabilitation
et l’extension du réseau routier fortement endommagé. Ainsi, une dotation de
4,3 milliards est destinée à affronter la crise énergétique qui sévit depuis
plus de deux ans et renforcer le cadre institutionnel du département. C’est
dire que l’accalmie actuelle ne signifie point la fin du délestage. 20,3
milliards de francs Cfa alloués aux transports soutiendront la
réhabilitation, le renforcement et le bitumage des tronçons comme
Tandjoaré-Cinkassé-frontière Burkina Faso, Aflao-Hilacondji (Ghana-Bénin) et
Dapaong-Ponio-frontière Burkina Faso, en vue d’améliorer la circulation,
rendre plus compétitif le Port de Lomé et améliorer les échanges
communautaires (Cedeao, Uemoa).
Entre
autres actions, la reconstruction des ponts détruits, la construction et
l’entretien des pistes rurales pour désenclaver les zones agricoles et
l’entretien (déjà visible) des routes revêtues et non revêtues en
dégradation à Lomé et dans certaines grandes villes. Approvisionner en eau
potable des milieux ruraux et urbains et assainir Lomé et les grandes villes
à travers les travaux de haute intensité de main d’œuvre coûteront 11,2
milliards à l’Etat. A ceci s’ajoute l’élaboration du plan cadastral pour les
localités de plus de 5.000 habitants et l’établissement des schémas
directeurs des villes.
La Santé
et les affaires sociales
La
Santé et les Affaires Sociales occupent le second rang des ambitions de
l’équipe de Gilbert Houngbo, pour 35,4 milliards de francs, soit 37,4% du
PIP. Avec 35,3 milliards du PIP 2009, la Santé enregistrera des programmes
et projets liés aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) :
réduction de la mortalité infantile, amélioration de la santé maternelle,
lutte contre le SIDA et le paludisme, … on devra ainsi renforcer les
capacités institutionnelles, améliorer les infrastructures et équipements
sanitaires qui donnent l’idée des hôpitaux oubliés, réhabiliter les centres
hospitaliers régionaux, etc. Du coup, l’Action sociale en pâtit, avec 145
millions de francs pour faire la promotion de la femme et la protection
sociale et atteindre l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.
10,6
milliards de francs pour l’Administration générale et financière. Ici, il
faudra se préoccuper de plusieurs départements ministériels, essentiellement
des dépenses liées aux administrations financières et fiscales, la mise en
place des réformes pour la bonne gouvernance et la lutte contre la pauvreté,
la réalisation des enquêtes statistiques pour le pilotage de l’économie. Le
constat est que le Togo manque de ressources humaines dans les secteurs
d’activités. Pour l’heure, les dépenses en matière de passation des marchés
publics, de la réhabilitation, de la construction et de l’équipement des
services administratifs sont exécutés par les ministères concernés, avec la
tutelle du ministère de l’Economie et des Finances.
Production et commerce
Le
secteur Production et Commerce bénéficiera d’une dotation de 8,1 milliards
de francs, soit 8,6% du budget d’investissement, pour couvrir l’agriculture,
le commerce, l’industrie, l’artisanat, le tourisme et les ressources
forestières. L’agriculture s’arrache 6,5 milliards en vue de poursuivre le
programme de sécurité alimentaire, diversifier la production agricole,
améliorer l’élevage et la pêche, poursuivre la restructuration des
organisations paysannes, renforcer les structures d’appui au monde rural, …
Les autres sous-secteurs (qui pèsent pour autant avec la promotion des
PME/PMI) auront 200 millions de francs. A coup sûr, l’accent sera mis sur la
construction des hangars de marchés.
Avec
2,8% du total des investissements, on veut améliorer les performances du
système éducatif. Et la gratuité des frais scolaires en vue d’assurer une
éducation primaire pour tous en 2015 suivant les OMD oblige à renforcer les
conditions d’accueil des apprenants et la qualité de l’éducation à travers
les infrastructures et équipements adaptés et la formation initiale
continue. Sans oublier les besoins sociaux et pédagogiques des universités
de Kara et de Lomé. 2,6 milliards sont mis dans la cagnotte.
Défense
et sécurité
La
défense, l’ordre et la sécurité vaudront 1,6 milliard de francs. L’objectif
est de moderniser la justice, équiper les services de l’ordre et réhabiliter
les tribunaux et maisons d’arrêt de l’intérieur du pays.
Comme
à l’accoutumée, la culture, le sport et les loisirs sont les enfants
pauvres. Les trois sous-secteurs pèseront en tout 237 millions, soit 0,3% du
PIP 2009. Le montant servira à la réhabilitation des infrastructures et à
l’acquisition des équipements pour les organes publics de communication
(radio, télé et agence de presse). La culture sera promue à travers
l’équipement des centres d’actions culturelles.
La
souveraineté ferme la marche par une dotation de 180 millions, soit 0,2% du
PIP, à partager entre l’Assemblée nationale, la HAAC, la CNDH, la Cour
constitutionnelle, la justice, etc.
Il sera
simplement répliqué que les moyens de la politique sont «Nègres», l’ambition
est «Hélène». Vivement que la guerre contre la fraude et la corruption ne
reste pas dans les mots, pour un accroissement des recettes publiques à
réinvestir dans le développement tant souhaité à la base.
Sylvestre D.
Santé publique :
Opérer des contrôles inopinés dans les marchés
Il n’est pas attaquable d’affirmer que le marché togolais est inondé des
produits douteux. Un simple détour au grand marché d’Adawlato permet de
comprendre un phénomène douteux. Alors même qu’avec la montée incessante des
prix des produits de première nécessité, on s’attendait à aller au pire
pendant ces fêtes de fin d’année, ce sont des cris de «Midé woa dji»
(littéralement, les prix sont cassés) qui assaillent les clients de ce pôle
commercial. D’aucuns parleront de liquidation si la loi du commerce était
respectée. En exemple, des boîtes de sardine sont vendues à 200 francs, des
pâtes alimentaires livrées à 150, 200 voire 250 francs. Contre,
respectivement, 275 et 350 francs CFA il y a quelques jours. A
l’observation, on s’en rend compte de l’absence totale de la date de
péremption, parfois du pays d’origine. Et on peut aisément comprendre qu’il
s’agit de produits périmés dont les emballages sont simplement nettoyés par
des commerçants qui jouent sur l’ignorance des clients. Combien de Togolais
prennent la peine de vérifier les dates de péremption à l’achat d’un
article ? Mieux, on s’en réjouit de retrouver plutôt le même article à un
bas prix.
La
semaine dernière, le ministre délégué chargé du Commerce, Guy Lorenzo,
pensait être dissuasif en faisant diffuser un communiqué qui signale la
circulation des produits périmés sans date sur les marchés nationaux. Avec
une approche qui rappelle simplement que «les contrevenants aux
dispositions de la loi n°99-011 sont exposés aux sanctions prévues». Par
le jeu des intérêts opposés de l’Exécutif (sauvegarde de la santé publique)
et du commerçant (recherche sans pitié du profit), il urge d’activer les
services de contrôle technique pour surprendre les fameux contrevenants à la
législation en vigueur par des contrôles inopinés et non signalés dans les
lieux de distribution et de vente. Les moments de fête restent propices.
En
rappel, la loi n°99-011 révisée réglemente l’organisation de la concurrence
au Togo. Elle fait interdiction, au titre des tromperies et des
falsifications, à toute personne de tromper ou de tenter de tromper le
contractant, par quelque moyen ou procédé que ce soit, même par
l’intermédiaire d’un tiers, sur la nature, l’espèce, l’origine, notamment
les qualités substantielles, les dates de production et les dates de
consommation, la composition ou la teneur en principes utiles de toutes
marchandises. En plus, tout vendeur de produit, tout prestataire de service
doit, par voie de marquage, d’étiquetage, d’affichage ou par tout autre
procédé approprié, informer le consommateur sur les prix, les limitations
éventuelles de la responsabilité contractuelle et les conditions
particulières de la vente. Car, toute opération d’achat ou de vente entre
deux personnes reste un contrat à apprendre.
Sylvestre D.
Droits
humanitaires et modernité : La peine de mort abolie au Togo
-
Agbéviadé échappe aux poteaux
Le jeune
bourreau Agbéviadé peut à présent faire le signe de croix. Condamné à mort
pour avoir, en mai 2003, décapité son frère, l’artiste Midi Lakos, il
échappe à son exécution à la faveur de la décision des autorités togolaises
d’abolir la peine de mort.
Le long
moratoire de 30 ans que les autorités judiciaires se sont tacitement
imposées, par respect aux textes ratifiés par le Togo, se justifie à la fin.
L’Etat togolais vient d’opter pour l’abolition de la peine de mort, d’après
un communiqué officiel du gouvernement. Un projet de loi adopté mercredi en
conseil des ministres devra être soumis dans les prochains jours au
parlement qui en fait une loi de la République.
Faure
et son équipe se justifient : «Le choix qu’a opéré le pays d’établir une
justice saine qui limite les erreurs judiciaires, corrige, éduque et
garantit les droits inhérents à la personne humaine n’est plus compatible
avec une législation pénale qui conserve encore la peine de mort et
reconnaît ainsi aux juridictions un pouvoir absolu dont les conséquences
sont irrémédiables», explique le communiqué du gouvernement. L’épreuve
est «humiliante, dégradante et cruelle par la communauté des Nations
respectueuse des droits de la personne humaine» à laquelle le Togo
appartient, affirme-t-on.
En
dépit du fait que les dispositions, les articles 17, 44, 45 et 230
notamment, figurent dans la législation pénale, les rares cas de peine
capitale prononcés et exécutés au Togo datent d’avant les années 1980. Ils
nous rappellent, par exemple, le sort attribué par la justice togolaise au
sombre personnage de Adjata Koffi, reconnu pour sa propension à ôter la vie
à ses compatriotes.
Bien
que ces décisions répondent purement du droit, elles avaient commencé à
créer un malaise au sein de la corporation judiciaire, particulière au
regard des engagements internationaux du pays. «Compte tenu des
conventions ratifiées par le Togo, nous serions en contradiction si nous
continuons à appliquer les dispositions de la peine de mort», a déclaré
à L’UNION le procureur de la République Robert Bakaï. Des discussions
et des réflexions ont amené la corporation à habilement surseoir à la
pratique, ou plutôt à l’application de ces décisions judiciaires. Dans la
pratique, ces dernières années, elles ont été jusque-là tacitement
converties à la réclusion à perpétuité, comme c’est le cas pour Agbéviadé.
La
décision du gouvernement sonne donc comme une régularisation de la pratique
adoptée par la magistrature. Au finish, les dispositions relatives à la
peine de mort vont être bannies du Code pénal.
Sylvestre D.
Bonne gouvernance et relance du secteur privé :
La dette intérieure établie à 320 milliards
De 236,598 milliards de francs en fin 2005, la dette intérieure du Togo, due
au secteur privé, se monte aujourd'hui officiellement à 320 milliards de
francs Cfa, selon des chiffres communiqués par le ministre des Finances et
de l'économie en conseil des ministres mercredi. Ce montant, s'il faut le
rappeler, a fait l'objet d'un audit établi par le cabinet KPMG et Auditeurs
Associés en Afrique à la demande du gouvernement. Après des correctifs qui
ont permis d'enrayer des factures douteuses, pour des services non exécutés,
adressés à l'Etat.
En effet, les résultats définitifs des travaux du Cabinet ont fait ressortir
quatre catégories de dettes : la dette validée, la dette non vérifiable
(14,269 milliards), la dette en suspens (91,281 milliards) et la dette
rejetée (78,256 milliards). La dette en suspens est celle pour laquelle le
cabinet KPMG avait besoin d'informations complémentaires pour pouvoir se
prononcer. Tandis que la dette rejetée est celle dont la sincérité de la
dépense n'est pas attestée, aucune preuve n'ayant été constatée.
Il est à retenir que le montant de la dette ainsi officiellement retenu est
constitué d'arriérés accumulés depuis les années 1990, d'après le
gouvernement, qui s'est engagé à entamer son apurement en 2009. Reste à
définir, en rapport avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire
international, la stratégie d'apurement, tout en tenant compte des
différentes catégories de la dette. Cette stratégie d'apurement indiquera de
manière explicite comment se fera le remboursement de la dette.
Au
cours de l'année 2006, le gouvernement a entrepris un ambitieux programme de
réformes qui s'inscrivent dans le cadre du programme de référence couvrant
la période d'octobre 2006 à juillet 2007 et destiné à poser les jalons d'une
meilleure gouvernance et d'une discipline budgétaire. En ayant à l'idée que
le cabinet d'audit avait relevé des dérapages dans le respect des procédures
budgétaires (engagement, liquidation, ordonnancement et paiement), cette
mesure vise, d'après le gouvernement, "à rétablir la confiance des
fournisseurs et améliorer le climat des affaires, à renforcer la chaîne de
la dépense pour parvenir à des objectifs budgétaires cohérents, à favoriser
la reprise économique en veillant à ce que le remboursement optimise les
effets positifs sur le secteur privé national". La stratégie d'apurement de
la dette intérieure, indique-t-on, sera mise en œuvre par une commission
nationale qui aura un rôle essentiellement décisionnel et technique.
Jean Afolabi
Élection à la FTF :
Gabriel Améyi
et Rock Gnassingbé font front commun, contre les listes Avlessi et
Dogbatsè
La Commission électorale indépendante(CEI) mise en place par la FIFA pour
organiser une nouvelle élection du bureau exécutif de la Fédération
togolaise de football (FTF) le 18 janvier 2009 a rendu public mercredi les
listes retenues pour cette élection.
Il s'agit de
la liste de " L'Union " conduite par le président sortant Tata Avlessi, la
liste de la " Renaissance " du président de Gomido de Kpalimé, Winny
Dogbatsè et la liste " Gagnons ensemble " de l'ancien président Rock
Gnassingbé.
Pour arriver
à ces trois listes, la FIFA a dû accorder une prorogation de deux jours aux
candidats pour corriger les listes si nécessaire et compléter les documents
manquants, après avoir constaté que certains candidats au Bureau exécutif
sont présents sur plusieurs listes. " Nous considérons que la présence de
certains candidats sur plusieurs listes ne permet pas de garantir un
déroulement équitable de l'élection et ne peut donc pas être acceptée. En
effet les délégués n'auraient dans ce cas la possibilité de se prononcer
clairement pour les candidats de leur choix ", a indiqué le 8 décembre
dernier Markus Kattner, secrétaire général adjoint de la FIFA et membre de
la CEI aux têtes de listes des candidatures.
Une
prorogation qui a permis à Gabriel Améyi préalablement tête de liste et Rock
Gnassingbé dont la liste comportait plusieurs membres de la liste de Gabriel
Améyi de s'entendre sur une liste. Winny Dogbatsè également tête de liste
mais dont le nom figure sur la liste de Rock Gnassingbé, s'est opposé à la
fusion des listes pour conduire sa propre liste.
Désormais,
la liste Gagnons ensemble est composée de Rock Gnassingbé, président,
Gabriel Améyi, 1er vice-président, Essoyaba Boukpessi, 2e vice- président,
Amavi Patatu, Tino Adjeté, Henri Djagba, Claudia Téou, Lawson Addabla,
Sévérin Bossou, Egbeleou Ouro-Akpo, Dahoun Boudjoun et de Koffi Degbovi,
membres.
Celle de
Winny Dogbatsè a connu quelques modifications et se présente comme suit :
Winny Dogbatsè, président, Gazaro-Wa Abdelaziz, Atikpo Kodjo, Agouta Ouyenga,
Bernice Gbodui, Akoueté-Sewa Kpoti, Abalo Komlan, Gnemegna Dometo, Freitas
Horatio, Kéké Kossi, Kpapo Désiré et Akuesson.
Enfin, la
liste de l'Union de Tata Avlessi, n'a pas connu de changements. Cette liste
est composée de Tata Avlessi, président, Badjassem Kinda, 1er vice
président, Espoir Sronvi 2e vice président, Akoua Adom, Agossa Agbassou,
Dodji Atayi, Moïse Messan Dogbé, Hubert Kanyetib, Yacoubou Kassendja
Sylvestre Tommy, Hakparté N'Dao et Kossi Toyi, membres.
Gilles
V.
Théâtre : Noirs et Blanc
Dans le
cadre du Festival de théâtre des réalités tenu au Mali du 1er au 08
décembre, le comédien togolais Beno Sanvee a fait une prestation remarquable
dans la pièce «Maître Harold», texte de Harold Athol Fugard, mise en scène
de Hassane Kassi Kouyaté, interprétation de la Compagnie Deux temps trois
mouvements.
Port
Elizabeth. L’Afrique du Sud des années dures de l’apartheid. La scène se
passe au salon de thé “Le Parc Saint-George”, entre le blanc Harold, dont
les parents sont propriétaires du lieu, et les deux domestiques noirs de la
famille : Sam et Willie. En fond sonore, une musique d’inspiration noire :
le be-bop, le jazz de Louis Armstrong, Coltrane, Duke Ellington, et le
blues. Joie, gaieté, spleen et mélancolie.
Les
parents d’Harold sont souvent absents. Sa mère passe son temps à courir
derrière un mari qui termine ses journées dans la bouteille. Le petit Harold
– “Harry” pour les domestiques – grandit à l’ombre de ces derniers, qui lui
enseignent la culture et la musique noires. En contrepartie, Harry les
instruit sur ce qu’il apprend à l’école. Un grand amour, une parfaite
osmose, unissent les trois personnages. Mais les relations humaines évoluent
et laissent parfois apparaître, derrière une apparente harmonie, un rapport
de dominant à dominé. Au cours d’une altercation, Harry crache à la figure
de Sam, lequel lui rappelle qu’il a comblé l’absence d’un père
irresponsable, contribuant à l’élever.
Inspiré de l’enfance de l’écrivain sud-africain Harold Athol Fugard, qui
réside aujourd’hui aux États-Unis, la pièce Me Harold (Maître Harold) aborde
la question du racisme : un thème tellement ressassé que le risque est grand
de le banaliser. En filigrane, la pièce nous fait percevoir toutes les
injustices qui se dressent dans les relations humaines : l’altérité, la
mondialisation, les inégalités économiques ou politiques, les relations
Nord-Sud… Avec une scénographie réaliste, simple, aux lignes claires, que la
musique noire et les danses font ressortir, la mise en scène repose
essentiellement sur le jeu des acteurs. Ces comédiens de grand talent, dont
le jeu prend aux tripes, savent à merveille communiquer toute la joie et la
tristesse de cette pièce. Qu’il s’agisse du Français Julien Favart, dans le
rôle d’Harold, ou encore du Togolais Beno Sanvee et de Hassane Kassi
Kouyaté, dont les valses et les swings évoquent la joie de vivre des noirs
dans les townships, malgré les lois sauvages de l’apartheid.
L’apartheid est mort il y a à peine deux décennies. Il semble pourtant si
lointain au regard des réalités africaines. En cela, Maître Harold semble un
pari risqué de la part du metteur en scène burkinabè. Monter une pièce dont
la toile de fond paraît si datée n’est-elle pas une gageure ? Par le miracle
de la mise en scène et le talent des comédiens, cet écueil est évité.
L’enthousiasme des spectateurs est au rendez-vous, alors que, de l’aveu même
de Hassane Kouyaté, on lui avait prédit en France que ce n’était pas un
spectacle pour le public africain.
Existerait-il un théâtre qui ne serait valable que pour un public
spécifique, qu’il soit européen ou africain ?
Tony Feda
Musique : L’anniversaire de Bella Bellow célébré mercredi
Le
10 décembre 1973, à 28 ans, alors qu'elle savourait une gloire à nulle
autre pareille, la belle Bella Bellow est fauchée tragiquement dans la fleur
de l'âge par une mort accidentelle à Tsévié, la ville qui l'a vu naître en
1945. Une pionnière de la musique africaine qui a fait l'adhésion autour
d'elle et de sa musique, mais qui est partie trop tôt. Cela fait
aujourd'hui trente cinq ans que celle que la nouvelle génération des années
quatre vingt a découvert sur les billets de 10.000 à l'époque, a laissé un
vide immense dans le cœur des mélomanes Togolais et Africains.
En
seulement sept ans de carrière, la mémoire collective africaine et
internationale l'a retenue à jamais. Elle côtoie les plus grands noms du
moment : Manu Dibango, Myriam Makéba, , et prend part à de grands festivals.
Un succès franc et total. Elle sort en 1969 son premier disque (Zelié et
Rockia). Elle compose ses textes, et est invitée partout dans le monde, elle
participe au Gala de l'OCAM à Kinshasa, en présence de quatorze chefs d'Etat
africains.
Elle
ne chante qu'en langue locale (Ewé et kotokoli). Sa chanson "Blewu" est
devenu une hymne populaire et est reprise par plusieurs autres artistes
africains et togolais. Sur scène, sa beauté angélique, ses danses chaloupées
et ses clins d'œil coquins ont fini par conquérir toutes les foules. Le
chasse-mouche, son seul accessoire sur scène était devenu indissociable de
sa personne. En 1972, une année encore heureuse pour elle..., elle se marie
avec Théophile Jamier-Levy à Atakpamé au Togo en Janvier. Le 31 Mai de la
même année, à Lomé, elle met au monde une fille, Nadia Elsa.
Aujourd'hui encore, on ne se lasse pas en écoutant les chansons de Bella
Bellow. On y découvre tout son talent et une voix teintée d'une captivante
émotion. A travers Blewu, Lafoulou, Nye Dzi ou encore Dényigban, une ode à
la mère patrie, le Togo, Bella Bellow a su redonner beaucoup de joie à de
nombreux mélomanes.
Tony Feda |