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ACTUALITÉ / NEWS
Consolidation de la démocratie à la base : La volonté d’organiser les élections locales fait défaut
Liberté Hebdo #443 du 15 déc. 2008

Ayant conscience de l’importance de la démocratie et du développement à la base, l’Union européenne avait, dans les 22 engagements qu’elle avait fait prendre au gouvernement togolais le 14 avril 2004, exigé l’organisation « des élections locales, dans un délai de 12 mois dans des conditions transparentes et en acceptant des observateurs à tous les stades du processus » (engagement N°1.6). Dans l’engagement suivant, il était demandé de « mettre en place les conditions nécessaires pour que les Assemblées municipales, démocratiquement élues, disposent du mandat des ressources nécessaires pour assurer une administration locale efficiente et démocratiquement légitimée dans un délai de 12 mois ».

          Plus de quatre ans après la signature de ces 22 engagements, les élections locales ne sont qu’à l’étape de projet. Le délai de 12 mois est largement dépassé et la parenthèse de 2005 avait changé la donne. Après les vagues de violence de 2005 et l’élection contestée de Faure Gnassingbé, l’opposition fut embarquée dans un dialogue qui a abouti à la signature le 20 août 2006 de l’Accord politique global (APG). L’essence de cet accord est l’organisation d’élections législatives. Comme le précise d’ailleurs son préambule : les parties ont « convenu de proposer au Président de la République togolaise la mise en place d’un Gouvernement d’union nationale dans le but de restaurer la paix, la sérénité et la confiance mutuelle et d’organiser des élections législatives, transparentes et acceptables par tous ». Ce qui était chose faite depuis le 14 octobre 2007.

          Quant aux élections locales, elles ne constituent que des objets de décoration dans les programmes des deux gouvernements post-élections législatives. A preuve, elles sont même survolées par le Premier ministre Gilbert Fossoun Houngbo dans sa déclaration de politique générale présentée le 16 septembre 2008 devant l’Assemblée nationale. « Mon prédécesseur a pris l’engagement devant vous en décembre 2007, que le processus de décentralisation que nous avons entamé depuis 10 ans doit se poursuivre pour déboucher, grâce à des élections libres et transparentes, sur la mise en place de structures locales décentralisées, susceptibles de promouvoir le développement à la base », y lit-on.

          A voir les choses de près, la volonté d’organiser les élections locales fait défaut. Aujourd’hui, les textes et lois inhérents à la décentralisation sont votés et la plupart d’entre eux promulgués. Il ne reste qu’à les appliquer ; ce qui passe par la tenue d’élections locales. Le vœu de la communauté internationale est l’organisation de ces locales avant la présidentielle de 2010. Ceci permettra d’asseoir la démocratie à la base et de corriger certaines erreurs dans la perspective de l’enjeu majeur de 2010. Ce que souhaitent aussi les principaux partis de l’opposition.

          Mais le pouvoir n’est pas pressé d’organiser ces élections locales après les lauriers des législatives de 2007. Elles ne constituent pas une priorité, à en croire les propos de certains ministres. Même s’il faut les organiser, il faut aller au-delà de 2010, après bien sûr l’élection présidentielle. Ainsi, pour calmer les probables contestations liées au scrutin présidentiel, on pourrait brandir les élections locales. Un nouveau dialogue va être ouvert et tous les acteurs vont être embarqués dans un nouvel accord qui devra les conduire à ces fameuses élections. Bref, le même schéma après chaque scrutin présidentiel contesté.

R. Kédjagni


Projet d’abolition de la peine de mort au Togo : une autre comédie : Les Togolais,  éternels condamnés à mort en sursis, malgré le vœu pieux des autorités

Le dernier conseil des Ministres tenu le mercredi 10 décembre 2008, a eu à adopter un projet de loi relatif à l’abolition de la peine de mort au Togo. Lorsque l’information a été portée à la connaissance du public, quelle n’a pas été la surprise des Togolais de constater  que les dirigeants se réveillent en sursaut à l’occasion de la célébration du 60è anniversaire de l’adoption et de la proclamation des droits de l’homme, pendant que les réformes de la justice tant claironnées tardent étonnamment à se faire sentir, pour faire croire au monde que « le choix qu’a opéré le pays d’établir une justice saine qui limite les erreurs judiciaires, corrige, éduque et garantit les droits inhérents à la personne humaine, n’est plus compatible avec une législation pénale qui concerne encore la peine de mort et reconnaît ainsi aux juridictions un pouvoir absolu dont les conséquences sont irrévocables ».

Les Togolais savent à peine

L’une des raisons de cette surprise, c’est que beaucoup de compatriotes ignorent l’existence même de la peine capitale dans leur pays. Naturellement, pour parler d’abolition, il faut d’abord l’existence. Or beaucoup en ignorent, étant donné que nos autorités, depuis des décennies et sous le régime RPT, se sont simplement efforcées de sauver les apparences, en faisant croire hypocritement qu’elles étaient soucieuses de la protection de la vie de leurs concitoyens. Or, rien de tel. Rappelons pour mémoire, que la dernière condamnation à mort remonte à 5 ou 6 ans. Et depuis, le meurtrier du chanteur décapité dans son bain et condamné à la peine capitale, n’a jamais été exécuté, au grand dam des populations qui avaient tant espéré ce châtiment, pour décourager à l’avenir toute récidive.

Depuis que la peine de mort existe dans le pays, ceux qui ont bonne mémoire parlent d’une seule fois où elle aurait connu un début d’application. Comment les populations n’ignoreraient-elles pas l’existence même de la peine de mort dans leur pays, alors que presque régulièrement, des gens commettent des forfaits susceptibles de les y exposer, tels des assassinats ? Combien de fois des enquêtes ouvertes n’ont jamais été « refermées » dans ce pays ? C’est que les responsables n’ont jamais pris à cœur d’éradiquer le mal de bonne foi, et une fois pour toutes. Les assassinats et découvertes de corps sans vie çà et là laissent indifférents les premiers responsables du pays et les chargés de sécurité des citoyens.

Beaucoup de sources parlent de peine de mort appliquée dans les années 70 à un certain Adovi qui aurait commis un meurtre abominable à Kolotokpa dans une banlieue au sud-est de Lomé. « L’abolition de la peine de mort considérée comme une peine humiliante, dégradante et cruelle par la communauté des Nations respectueuses des droits de la personne humaine à laquelle nous appartenons, s’est imposée à la conscience collective depuis trente (30) ans de moratoire, alors qu’elle continue de figurer dans la législation pénale », dit le rapport du conseil des Ministres.

L’application et la promotion de la peine de mort étaient-elles une mauvaise chose en soi ? Nous ne le pensons pas. Dans certains pays où les dirigeants, soucieux de construire une société digne et respectée où le respect de la loi elle-même passerait avant toute chose et irait de soi, en vue de promouvoir l’autodiscipline et la dissuasion, puis faire baisser la courbe du taux de criminalité par exemple, la peine de mort a été longtemps utilisée comme une méthode de régulation de la société. Un mal nécessaire. Au Togo, il y a lieu de croire que, justement, c’est parce que les autorités n’avaient jamais été préoccupées au plus haut point par la création d’une nation digne de ce nom, avec un esprit de fierté nationale, ce qui est très facile à décrypter aujourd’hui à travers tout ce que vit le pays, on peut conclure que cela a largement contribué à maintenir la peine capitale dans les textes de loi, mais à s’en éloigner en matière d’application.

Comme si les dirigeants respectaient la vie humaine

          Nombre de Togolais seraient unanimes à reconnaître aujourd’hui qu’au Togo, peine de mort abolie ou non abolie c’est bonnet blanc, blanc bonnet. La peine de mort existe dans la législation togolaise. Mais depuis, le pays n’aura connu qu’une seule condamnation à la peine capitale suivie d’exécution. A s’y méprendre, on est tenté de croire que les Togolais sont blancs comme neige et que les milliers d’étrangers en séjour dans le pays, notamment les Ibos, Libanais, Indiens et consorts seraient de la même étoffe. Loin de là. Il y a des nations au monde, comme par exemple certains Etats des USA où la peine de mort est encore en vigueur de nos jours, mais qui pendant plus de 200 ans, n’auront même pas connu le tiers de destructions de vies humaines que le Togo, notre pays a connues en une quarantaine d’années de régime RPT ou en 48 ans d’indépendance.

          Il y a lieu de se demander, comment un pays dont les dirigeants auraient horreur de la mise en pratique de la peine de mort, peuvent si bien réussir la performance d’enregistrer par exemple en une journée ou deux ou trois, l’assassinat de 500 de leurs compatriotes suite à des élections ? Et les auteurs sont connus. Les Togolais n’oublient pas le cas des 28 corps repêchés en 1991 dans la lagune de Bè, le cas des nombreux morts de Jardin Fréau, des morts anonymes et connus dans certaines prisons du pays (le cas de Méatchi et de bien d’autres), des victimes de la faune, etc.

          A entendre de loin ce vœu pieux des dirigeants que constitue l’intention de supprimer  la peine de mort dans leur pays, les non avertis seraient tentés de croire que les autorités togolaises sont bien intentionnées à l’endroit de leur peuple et seraient des responsables  disposés à accorder une grande importance à la vie de leurs compatriotes. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain.

Un grand drame en cours sous Faure

          Les Togolais sont des éternels condamnés à mort en sursis. Et ce n’est pas l’abolition de la peine de mort qui va faire espérer aux Togolais un avenir radieux. Il y a lieu de s’apitoyer sur le sort de ces derniers, en maudissant le Ciel de ne leur avoir pu trouver que ces dirigeants qu’ils ont en ce moment surtout. Depuis le début de cette année, la vie chère en marge des grandes difficultés que connaissent les fonctionnaires et tous les ménages togolais depuis les années 90, s’est invitée dans la crise économique et dans les souffrances quotidiennes face auxquelles les autorités semblent marquer une indifférence surprenante.

La plupart des denrées de première nécessité entre décembre 2007 et janvier 2008 ont grimpé d’environ 20 à 35% selon les produits. Les mesures que les autorités ont prises entre-temps, en vue d’alléger le vécu quotidien des Togolais notamment le changement unilatéral du SMIG et du SMAG ainsi que les 5000 F inventés comme prime de transport pour certains,  ne semblent avoir rien apporté de meilleur à la vie de nos compatriotes depuis lors. Et tous ceux qui doivent poursuivre leur chemin de croix dans le pays, le poursuivent comme ils le peuvent, pendant que d’autres roulent à tombeau ouvert dans leur « Maybach » et autres.

          Alors que le gouvernement actuel a promis de faire sentir au bout de six mois par les Togolais un changement dans leur vécu quotidien, c’est à mi-chemin de ce trajet que la douane togolaise semble compliquer la tâche au PM Houngbo, en portant à la hausse les frais de dédouanement des marchandises. Depuis quelques jours, les produits de première nécessité ont connu une nouvelle hausse de prix sur le marché, exactement comme l’année dernière à l’orée des fêtes de fin d’année. A cette allure, les Togolais se demandent jusqu’où les conduit le « Leader nouveau, Esprit nouveau ».

Comment peut-on aider les Togolais à voir le bout du tunnel un jour, s’il faut leur promettre une embellie qu’ils espèrent sans vraiment trop y croire, et que, patatras tout est mis sens dessus dessous du jour au lendemain ? Qui tient au juste le gouvernail du Togo ? On a l’impression que les autorités n’accordent pas leur violon et que, pendant que certains semblent animés de bonne volonté, d’autres mettent tout en œuvre pour tout remettre à l’eau. Qui a donc intérêt à ce que les Togolais ne sortent pas de leurs souffrances ? En tout cas, des gens honnêtes pensent que le PM était animé des bonnes intentions du monde. Qui a donc décidé de majorer les frais de dédouanement pour encore grever les charges des commerçants  et par ricochet augmenter le prix des denrées sur le marché ? Tout se passe comme si au Togo, il s’agit d’un pied en avant et deux pieds en arrière.

          Dans un tout autre registre, les agents de santé sont en train de réclamer depuis plus d’un an, une amélioration substantielle de leur prime de risque. Revendication légitime. Ce à quoi les autorités ont toutes les peines du monde à consentir. Par exemple la prime de risque était de 3000 F pour les médecins. Ceux-ci demandent qu’elle soit portée à 50.000 F (ailleurs dans la sous-région cela va jusqu’à 100.000 F); ce que les autorités ont trouvé excessif et que par esprit de sacrifice, les médecins ont rabaissé à 30.000 F.

          Les autorités, en lieu et place des 30.000 F proposent 6400 F dans un premier et puis dans un second temps, elles ont décidé de l’arrondir à 7000 F. Les agents de santé intransigeants sur la question promettent, si leur revendication n’est pas satisfaite, d’entamer une grève sèche dans les prochains jours et ce sont les pauvres malades qui payeront le prix. Pourtant un ministre comme Dogbé peut se mettre facilement en poche 50 millions puis dire aux médecins et autres agents de santé que le pays n’a pas de sous pour satisfaire une telle revendication ?

L’abolition de la peine de mort ne sert à rien, si les autorités continuent à maintenir volontairement leur peuple dans la souffrance, sans aucune volonté de les en sortir. C’est criminel. Que personne ne soit surpris si les autorités campent sur leur position et que cette grève survient et a pour conséquence les décès en cascades dans les centres de santé et hôpitaux du pays. Qui peut oser dire, la main sur la conscience que ces autorités n’ont pas les moyens pour satisfaire cette revendication si légitime de nos agents de santé ?

Alain Simouba


Curage des égouts : Le gouvernement se soucie-t-il du danger que courent les travailleurs ?

C’est au vu et au su de tous que le gouvernement a créé un emploi temporaire pour ceux qui n’en n’ont pas. Cette  occupation se situe dans le cadre des travaux d’assainissement, plus précisément du curage des égouts. Confiée surtout aux jeunes sans emplois, cette activité devrait durer selon les sources proches de la voirie municipale deux semaines avec possibilité de prolongement. Elle serait rémunérée à 3000 F CFA par jour. Cette initiative, hautement appréciée par certains membres du gouvernement comme la grande trouvaille du siècle dans le cadre de la politique de réduction du chômage  dans le  pays est quand même à saluer  d’autant plus qu’elle  permettra de vider ces caniveaux remplis de déchets de tout genre et qui dégagent des odeurs insupportables. Elle permettra aussi l’évacuation de l’eau. Ces jeunes sans emploi  vont à travers ce métier précaire, trouver de quoi subvenir à leurs besoins pendant quelques jours. Surtout comme nous sommes en période de fête, ils ne diront pas que « la fête est passée dans leur  main gauche ». Mais sur le chantier, le constat est amer. Matériels de travail insuffisants et inadaptés, des boulots qui dépassent l’entendement, des conditions difficiles. C’est un secret de polichinelle de dire que ces caniveaux sont remplis de tout : ordures ménagères, sable, urine, matières fécales, sachets, papiers mouchoirs et hygiéniques etc.  Mais, par insuffisance de matériels de travail, ces employés sont contraints de faire sortir toutes ces immondices des caniveaux avec leurs mains des fois  non protégées. Cette activité relève de la compétence  de la voirie municipale. Mais comme elle est confiée aux jeunes qui sont en quête d’une activité rémunératrice, alors les règles d’hygiène sont laissées de côté par les responsables et les ouvriers sont exposés aux maladies qui peuvent en découler. «Si c’est les gars de la Mairie, ils ne feront pas certaines choses qu’on nous force de faire», confie un employé.

Le comble,  c’est que ces jeunes sont poussés à finir le travail dans un bref délai alors que les réalités sur le terrain ne le permettent pas.  « Ce  travail, on ne peut pas le finir en deux semaines. Eux-mêmes, ils le savent. Mais, ils nous poussent à le finir dans cet intervalle de temps. Ce n’est pas normal. On n’est pas des robots, nous sommes des hommes », martèle un jeune. « Les difficultés rencontrées sur le terrain sont énormes. Certains endroits sont tellement pleins que pour les vider, on passe beaucoup de temps et ceci à cause des matériels. C’est ce qui explique qu’on n’arrive pas à finir ce qu’on devait faire par jour », confie une source.

Ce qui inquiète encore plus, bon nombre de togolais, c’est l’insuffisance  des mesures d’accompagnement pour réduire le risque de maladie. En effet, ceux qui exécutent ces travaux sont largement exposés à toutes sortes de maladies. Respirer ces odeurs pestilentielles durant tout le temps que vont durer ces travaux constitue une source de maladie. Le cache-nez n’est pas la solution idoine. En utilisant les mains, ils peuvent être  mordus par un scorpion ou  blessés par un objet pointu,   tranchant et rouillé. Le fait de faire l’effort pour dégager le sable à base des pelles ou houes peut leur causer certaines déchirures internes ou déboîtements graves. Il faut les  voir au moment du repas pour comprendre la quantité de microbe qu’ils ingurgitent. Ils ne sont pas les seuls à être exposés aux maladies. Le temps que font ces déchets  sortis des caniveaux avant leur ramassage, constitue aussi une menace pour la santé des populations environnantes et des passants. Les marchants ambulants dont les nourritures ne sont pas bien protégées constituent d’une manière ou d’une autre les vecteurs pour les autres couches de la population.

«Il faut les prévenir des maladies qu’engendreront  ces activités dans les jours à venir. Un contrôle périodique dans un centre de santé donné pendant un moment serait une bonne solution. Normalement, le gouvernement doit choisir un centre  de santé où tous ceux qui ont fait le travail doivent aller se faire suivre chaque mois. Sans quoi certains peuvent tomber gravement malade tôt ou tard à cause de ces travaux», confie médecin.                 

Coco Tchak


Sans détour : Médias togolais : Question de moyens

            « Les médias représentent la plus grande puissance de notre société contemporaine » (David Lodge – écrivain britannique)

            Pour connaître les problèmes de la presse togolaise, il faut remonter au début du processus démocratique au Togo. Après 22 ans de dictature, de pensée unique, la rupture fut brutale. Les médias privés qui ont vu le jour, ne sont pas restés en marge de la lutte pour l’instauration de l’Etat de droit au Togo. Ils y ont d’ailleurs pris une part active. Ces journaux qui étaient animés à l’époque par des étudiants et des enseignants à l’Université, avaient accordé une place de choix aux informations politiques. Un phénomène qui a malheureusement fait son chemin jusqu’aujourd’hui et dont il est difficile de se départir.

Ces journaux privés étaient considérés comme des appendices de l’opposition et le pouvoir en place n’avait rien entrepris pour sa professionnalisation. Au contraire, il avait cherché à les museler. Peine perdue. Face à cette situation, le pouvoir s’est inscrit dans l’harmonie des contraires en créant ou en suscitant la création de nouvelles publications qui véhiculaient ses idées. Celles-ci reprenaient avec plaisir les attaques en règle des liseurs de motion de soutien contre d’honnêtes citoyens. C’était l’origine de la bipolarisation de la presse privée togolaise. Avec le Code de la Presse adopté en février 1998, le gouvernement aurait pu rectifier le tir en permettant à la presse de s’épanouir. Mais rien n’y fit. Seuls les médias qui étaient dans les bonnes grâces du pouvoir, recevaient fréquemment des aides sous forme de cadeau de l’ex-chef de l’Etat. L’objectif étant de couper les  journaux jugés critiques d’aide, de les asphyxier et de les voir disparaître. C’est plutôt le résultat inverse qu’on a eu après la « catastrophe nationale » de 2005. Les quelques uns qui ont pu survivre, continuent de recevoir des soutiens de certains haut-placés et n’hésitent pas à prendre leur défense si ceux-ci  sont mis en cause dans les publications dites critiques qui sont elles aussi dans leur logique.

Reconnaissons quand même que depuis quelques années, des efforts sont en train d’être faits à tous les niveaux. Aujourd’hui, les journaux jugés critiques à l’égard du pouvoir relayent dans leurs colonnes des manifestations du RPT, ce qui n’était pas le cas dans un passé récent. Tous les journalistes sont conscients qu’il faut tendre vers l’excellence. Mais la plus belle femme au monde ne peut donner que ce qu’elle a. Le problème de la presse togolaise ne se pose pas en terme de formation des journalistes comme le prétend le ministre de la Communication et de la Culture dans une interview sur le site gouvernemental. On oublie que nombre de ceux qui exercent ce métier sont formés dans l’option de Communication en Sociologie ou encore en Lettres modernes par les mêmes enseignants qui interviennent aujourd’hui dans l’école de journalisme sur le campus universitaire ou dans les écoles de BTS. En plus, ceux qui n’ont pas fait ces départements, ont reçu une kyrielle de formations sur le tas organisées par les associations de presse, les différentes ambassades du Togo, l’Ecole supérieure du journalisme de Lille, la Banque mondiale… et animées par des enseignants chevronnés. De même, il ne suffit pas de faire une école de journalisme pour devenir un bon journaliste. Le problème ne se situe pas à ce niveau. Sans une aide conséquente de l’Etat à la presse, sans la publicité, les médias privés togolais ne prendront jamais leur essor. Aussi faut-il comprendre qu’on ne peut pas changer les choses du jour au lendemain, tant le chemin a été long et la base a été faussée dès le départ.

Zeus Aziadouvo


Congrès électif du 18 janvier : Pascal Bodjona accuse Winny Dogbatsè d’avoir suggéré la candidature de Rock Gnassingbé

« Liste de l’Union » de Tata Avlessi Adaglo, « Liste de la Renaissance du Football Togolais » de Winny Dogbatsè et Liste « Gagnons ensemble » ou « liste de l’Espérance » de Rock Gnassingbé sont finalement les trois listes en course pour le congrès électif du 18 janvier à la Fédération Togolaise de Football (FTF). C’est ce qui ressort de la réunion du 10 décembre dernier entre les membres de la Commission Electorale Indépendante (CEI) et les candidats ou leurs représentants. « Aujourd’hui, je peux vous annoncer officiellement au nom de la Commission que nous avons enregistré et validé trois listes : celle du Président sortant Tata Avlessi, celle du Colonel Rock Gnassingbé et  celle de  Dogbatsè, M. Améyi ayant retiré sa liste de la course pour se joindre à la liste du Colonel Rock », a indiqué le président de la CEI M. Jacques Anouma avant d’ajouter : « Nous avons eu un débat franc, fraternel et amical pour donner les consignes et les conseils d’usage en la matière. Notre rôle c’est de faire en sorte que nous allions à des élections transparentes, propres et  indépendantes pour que le 18 janvier, le Togo puisse retrouver une équipe dirigeante homogène pour affronter les dures batailles de la qualification de la Can et du Mondial qui vont commencer le 29 mars prochain, qui pour moi doit être la priorité des priorités ».

          En attendant l’approbation finale de la liste des candidatures le jeudi 18 décembre prochain, les jeux sont ouverts et les commentaires vont bon train.

Cependant, un fait a frappé ceux qui étaient à une réunion la semaine dernière. On a entendu le président du Comité de Suivi Moral, le ministre Pascal Bodjona vitupérer  le président de Gomido M. Winny Dogbatsè dans le hall de l’hôtel comme quoi c’est lui qui serait venu le voir afin de convaincre Rock Gnassingbé à être candidat à la Fédération Togolaise de Football (FTF). On se rappelle qu’une confusion monstre avait entouré les listes des candidatures à la date  limite fixée au 1er décembre 2008. Au cœur de la confusion, la liste de Rock Gnassingbé sur laquelle figuraient des candidats qui étaient présents sur d’autres listes. Eu égard aux soubresauts qui ont conduit à cette candidature, beaucoup d’observateurs soutenaient qu’une main noire  en était derrière et qui cherchait à imposer l’ancien président de la FTF. Le  ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, Pascal Bodjona a été nommément cité. D’autant que ce dernier qui était de surcroit président du Comité de Suivi Moral, avait présidé une réunion nocturne dans son cabinet pour dissuader Winny Dogbatsè et Gabriel Améyi à fusionner leur liste à celle de Rock Gnassingbé. L’immixtion du politique dans l’élection à la FTF avait suscité de vives réactions au sein de l’opinion et des voix se sont élevées pour dénoncer cette manie du gouvernement de vouloir remettre en selle l’autre fils du père. Et la presse n’a pas été du tout tendre à l’égard de Pascal Bodjona. Face donc aux critiques, le président du Comité de Suivi Moral n’a  pu retenir sa langue et déclare à qui veut l’entendre que l’initiative de la candidature de Rock Gnassingbé émane de Winny Dogbatsè. Mais pourquoi ce dernier a refusé de fusionner sa liste avec celle de Rock Gnassingbé ? Est-ce un double jeu ? Lors des dernières tractations pour trouver un terrain d’entente entre les trois listes à problèmes (celle de Rock, d’Améyi et de Dogbatsè), le président de Gomido s’est retiré pour se mettre à l’abri de la pression et de la tension. Un mauvais tour que le ministre Bodjona a difficilement digéré. Et il dit l’attendre de son voyage pour explication…                   

M.A

 
 
 
 

 
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