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Lutte contre la corruption, aide publique et aide personnelle à la presse : Entre Faure et les autres, qui devrait donner le bon exemple ?
Liberté Hebdo #441 du 10 déc. 2008

          Il y a quelques jours, le Président Faure Gnassingbé aurait fait des dons personnels à des stations de radio telles que Radio Kanal FM, Radio Zéphir (Lomé), RTDS (Aného) et Horizon FM (Tsévié). Ces dons auraient été adressés directement aux bénéficiaires sans passer par le Conseil national des patrons de presse (CONAPP). Il s’agit notamment d’ordinateurs et d’enregistreurs.

          Le Code de la Presse et de la Communication prévoit en son article 5 ce qui suit : « L’Etat consent à la presse des avantages d’ordre économique et financier qui peuvent se présenter sous forme d’aides à la collecte et à la transmission des informations au moyen des tarifs préférentiels ou de taxe en matière de téléphone, de télécopie, de courrier, de transport, de bandes, de cassettes, de compact disc et autres.

Les conditions et modalités de répartition des divers avantages et aides sont fixées par décret en conseil des ministres ».

          Il a été décidé tout récemment au cours de l’un des Conseils des ministres, d’accorder annuellement à la presse une aide publique d’une valeur de trois cents millions de francs CFA. Il avait été, dans un premier temps, décidé de verser cette aide aux organes de presse avant la fin du mois de décembre 2008. Au dernier moment, l’octroi d’une telle aide a été différé et reporté à l’année prochaine au titre de l’année 2009.

          Dans cette situation où, depuis plus d’une quinzaine d’années, le paysage médiatique s’est considérablement élargi et diversifié et que la presse n’avait jamais eu à bénéficier d’une quelconque aide de l’Etat, on s’étonne qu’après que les autorités ont, enfin de comptes, décidé de l’effectivité d’aide publique conformément aux textes, le président de la République décide à titre personnel, de distribuer des outils informatiques et du matériel d’enregistrement aux médias précités. Beaucoup voient naturellement dans un tel geste inopportun, une manipulation et une tentative d’achat de conscience.

Ceux qui le pensent, ne manquent d’ailleurs pas de faire un lien avec les prochaines échéances électorales. Depuis le temps de feu Eyadèma, celui-ci avait sciemment maintenu la  presse dans son actuel état de misère, afin de mieux la manipuler à sa guise et s’en servir à des fins propagandistes, au lieu de bien gouverner et laisser la presse faire son travail en toute honnêteté. Heureusement que, en dépit de la misère ambiante, certains savent demeurer dignes et égaux à eux-mêmes.

Dans un pays où les dirigeants politiques ne ratent jamais l’occasion de parler de lutte contre la corruption à tout vent, comme si l’on était sincère avec soi-même, il est indécent de voir les autorités politiques et surtout le premier responsable de la nation, en l’occurrence le président de la République, offrir à titre personnel des dons à des médias privés. La question est d’autant plus préoccupante qu’il ne s’agit pas d’organes de presse lui appartenant en propre.

Entre nous, en matière de lutte contre la corruption, de qui devrait venir le bon exemple, si l’on était vraiment sérieux et sincère dans ses professions de foi ? Dans tous les cas, avec ce que l’on voit presque quotidiennement, il y a fort à parier que la lutte contre la corruption au Togo aura du plomb dans l’aile et ne sera jamais l’heureuse et volontaire  ambition que l’on voit fleurir autour de nous au Bénin, au Ghana et ailleurs. Même si la corruption n’a pas complètement disparu, elle a beaucoup perdu du terrain aujourd’hui.    

Alain Simouba


Elections au Ghana : Les autorités togolaises accusées d’avoir empêché plus de 2000 Ghanéens de voter

Les élections générales du 7 décembre dernier, se sont bien déroulées en dépit de quelques petits problèmes d’organisation, certains bureaux de vote étant ouverts vers la mi-journée. Selon les médias ghanéens, la mobilisation a été générale. La seule mauvaise nouvelle est la mort d’un homme de 55 ans à Accra. Alors qu’il attendait dans la queue pour accomplir son devoir civique, il s’écroule et meurt sur le champ.

Pendant que la Commission électorale se démène à publier ses résultats, certains candidats aux élections présidentielles ont connu la bérézina. Papa Kwesi Nduom, le candidat du Parti de la convention du peuple (CPP) et qui a pour emblème un coq comme un certain Edem Kodjo du Togo, a reconnu sa défaite. Il est crédité de moins de 1,5% des voix. Il pense remobiliser sa troupe  pour 2012.

Bien que les résultats définitifs soient attendus pour aujourd’hui, les résultats partiels sont serrés entre les deux favoris : John Atta-Mills du Congrès démocratique national (NDC), le principal parti d’opposition, et Nana Akufo-Addo du Nouveau parti patriotique (NPP) au pouvoir. Dans l’entourage du protégé de John Jerry Rawlings, on reconnaît une légère avance du candidat de la NPP mais pour ce qui concerne les élections législatives, on affirme que le parti aurait obtenu la majorité en décrochant entre 118 et 121 sièges sur les 230 que compte  la Chambre des députés. Lundi, l’opposition a accusé la Commission électorale de vouloir  manipuler les résultats de concert avec la haute hiérarchie militaire aux fins de faire passer le candidat du pouvoir. Accusation immédiatement rejetée par la Commission.

          A ce premier tour, si aucun candidat n’obtient la majorité absolue, le rendez-vous sera pris pour le 28 décembre pour le second tour entre les deux premiers.

Les autorités togolaises accusées

Sur le site de « Daily Graphic », le quotidien national  ghanéen, les autorités togolaises sont accusées d’avoir empêché plus de 2000 électeurs ghanéens vivant au voisinage du Togo, y compris beaucoup d’ouvriers qui viennent travailler au Togo, de rentrer au Ghana pour prendre part au vote. C’est en raison de la décision des autorités des deux pays de fermer leur frontière terrestre à Aflao. Bien que le ministre de la Sécurité, le Colonel Mohamed Atcha Titikpina, ait déclaré aux journalistes que la fermeture des frontières terrestres avec le Ghana vendredi dernier à minuit était destinée à empêcher des électeurs illégaux d’influencer les élections au Ghana, cela était mal accueilli par les Ghanéens bloqués à la frontière. Certains Ghanéens mécontents et privés de droit civique ont condamné les autorités togolaises de prendre une décision hâtive en fermant la frontière vendredi à minuit au lieu de samedi programmé. Ils ont également dénoncé la fermeture unilatérale de la frontière, empêchant plusieurs ouvriers ghanéens qui font la navette entre le Ghana et le Togo de voter.

          Les Ghanéens bloqués à la frontière font également état de l’arrestation par les forces de l’ordre ghanéennes et togolaises de certains de leurs collègues qui ont tenté d’emprunter des voies de la contrebande. « C’est injuste et nous protestons énergétiquement contre les arrestations », se sont-ils plaint.

« Ça a été, poursuit l’article, la politique officielle des autorités togolaises depuis l’ère feu Président Gnassingbé Eyadèma de fermer leur frontière terrestre à Aflao lorsque le Ghana organisait ses élections. Selon des sources officielles, le Togo a souvent fermé ses frontières avec le Ghana afin d’éviter d’être accusé de l’aide pour influencer les résultats des scrutins au Ghana ». Pour « Daily Graphic », les autorités togolaises ont déclaré avoir eu vent « des rumeurs selon lesquelles certains individus non identifiés projetaient de franchir la frontière afin de participer illégalement au vote ».

Les autorités togolaises sont en outre accusées d’avoir enfreint les directives de la CEDEAO qui insistent sur la libre circulation des biens et des personnes. « Je suis fâché. En raison de la fermeture soudaine de la frontière, j’ai perdu mon droit de vote à Aflao où j’ai été enregistré en tant qu’électeur », a déploré un Ghanéen.

R. Kédjagni


Lutte contre la corruption au Togo : Incarner le paraître

« Pas besoin de grands discours sur les méfaits de la corruption. Les sociétés où règne une corruption massive souffrent de mille maux » (ONUDC)

          Hier mardi 9 décembre 2008, il a été célébré sur la planète entière la Journée internationale de lutte contre la corruption. Au Togo, les gouvernants ne se sont pas dérobés à la tradition. Une manifestation a été donc organisée au Palais des congrès avec une kyrielle de discours sur la bonne gouvernance. Les travaux ont été présidés par le Premier ministre Gilbert Fossoun Houngbo, le chef de l’Etat étant absent du pays. Curieuse coïncidence ? De toutes les façons, c’est la deuxième fois que le « fils de la nation » s’absente quand il s’agit de parler de la lutte contre la corruption. Il y a quelques mois, à l’ouverture d’un atelier national sur la lutte contre la corruption, c’était l’actuel ministre de la Santé, alors Premier ministre, Komlan Mally, qui avait lu le discours pimenté du chef de l’Etat. Tout le tableau de la corruption au Togo y a été peint et la tolérance zéro a été même décrétée. Voilà que pour la Journée internationale placée sous son haut patronage, il se fait encore remplacer par le Premier ministre. Passons.

          « Lutte contre le sabotage économique: Le gouvernement a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille », c’est par ces mots que notre confrère de la TVT a commencé le journal de la mi-journée. Ça, c’est le côté discursif de la chose. Pour parler comme un dramaturge révolutionnaire togolais, aujourd’hui Conseiller chargé de la Culture et de la Francophonie du fils du père, « ça fait plusieurs milliards d’années  qu’on construit ce pays avec des mots ». Notre pays est devenu le champion dans les beaux discours et dans la ratification des conventions et protocoles. De la convention de l’Union africaine contre la corruption à celle des Nations Unies en passant par le protocole de la CEDEAO. Comme l’a si bien dit le représentant de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) dans son intervention : « Les instruments juridiques contre la corruption existent. Le Togo les a tous ratifiés. Il s’agit maintenant de ne pas laisser ces textes devenir lettres mortes. Je ne vous apprends rien en disant que la corruption est un fléau qui touche tous les secteurs d’activité publics et privés ».

          En fait, en matière de la lutte contre la corruption, les autorités togolaises aiment incarner le paraître. C’est une « habitude de la maison » qui veut que nous soyons les premiers à ratifier les conventions et les derniers à leur donner corps. N’étions-nous pas les premiers à créer en 1987 une Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) alors que les violations des droits de l’homme étaient à l’époque légion ? Tout comme nous sommes les premiers à adopter le système LMD avec notre enseignement supérieur décadent. Rien que des effets d’annonce pour camoufler la réalité et recevoir les lauriers de la communauté internationale. En dépit des nombreux textes ratifiés, la corruption bat toujours son plein au Togo. Le pays n’a jamais aussi été pillé qu’au cours de  ces dernières années : des maisons somptueuses poussent un peu partout dans la capitale ; des voitures dernier cri pullulent dans le pays ; bref des biens qu’on ne peut honnêtement avoir avec son salaire. Le comble, c’est que ceux qui sont éclaboussés par des affaires de corruption et de détournement des deniers publics ne sont jamais inquiétés et se la coulent douce.

Zeus Aziadouvo

 

 
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