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Culture : FESTEKPE 2008 ouvre ses portes le 19 décembre prochain à Sokodé
Le Regard du 2 déc. 2008

           Du 19 au 21 décembre prochain se déroulera à Sokodé, la première édition du Festival National de la Musique Traditionnelle Kétékpé (FESTEKPE). Initiée par TOGO KULTUR PLUS eV, une organisation basée en Allemagne, cette manifestation vise entre autres, la promotion et la valorisation de la musique traditionnelle en général et du rythme Kétékpé en particulier. Résultat du génie créateur de l’homme Tem (Tchaoudjo, Assoli), Kétékpé est une danse de réjouissances pratiquée par les jeunes des deux sexes. La musique véhicule des messages d’amour, de conseil, de gaieté, des leçons de la vie quotidienne et des leçons de morale. Elle est pratiquée à l’occasion des fêtes traditionnelles, les fêtes de Ramadan et Tabaski, les mariages, les cérémonies d’intronisation des chefs, l’accueil des invités de marque et rarement dans les funérailles.

          Aujourd’hui, dans chaque localité à forte ou moyenne concentration tem, il y a un praticien de Kétékpé. C’est ainsi qu’on retrouve actuellement, de nombreux praticiens de Kétékpé en dehors du terroir tem. Ils sont notamment à Badou, Anié, Kpalimé et au-delà de nos frontières, notamment au Bénin, au Ghana, au Nigeria, au Burkina Faso et même en Europe.

          Pendant les trois jours de FESTEKPE, les festivaliers auront à découvrir outre la musique et la danse Kétékpé, plusieurs autres rythmes traditionnels tels que Takaï, Foïssi, Gbalèyo, Kosso, Dikpendidama, Soo et Goumbé, pratiqués en pays tem.

          Mais, pourquoi de tous ces rythmes, Kétékpé a-t-il été choisi comme centre d’intérêt de cette manifestation ? «Il y a en pays tem, des variétés musicales les unes plus excitantes que les autres. Cependant, le Kétékpé peut être comparé au Makossa ou au Bikoussi au Cameroun ou aux rythmes traditionnels ivoiriens Kpakolo, Abouraba… qui, tous, ont été travaillés,modernisés et exploités et qui aujourd’hui donnent aux musiciens de ces pays, les moyens d’une vie décente et de la reconnaissance», répond M. Bassirou Ayéva, Coordinateur du Projet de Festival National de la Musique Traditionnelle Kétékpé à Sokodé.

          Le Togo regorge de nombreuses richesses et potentialités culturelles qui, si elles étaient exploitées, pourraient faire de notre pays, une destination touristique de premier choix. L’art et l’industrie culturelle sont malheureusement un secteur embryonnaire au Togo. «Il y a une vraie déperdition de notre héritage culturel. Nous avons des rythmes qui disparaissent parce que nul ne les inventorie, ne cherche à les conserver ou à les exploiter au profit de tous», constate et déplore M. Bassirou Ayéva.

          Le festival qui s’ouvre le 19 décembre prochain à Sokodé connaîtra la participation de douze (12) groupes de Kétékpé venant de Tchaoudjo, Assoli, Kri-Kri, Tchamba, Fazao, Sotouboua, Lomé, Badou, Est-Mono, Anié, etc. Il y aura des prix et des productions audio et vidéo pour les participants à l’issue du festival.

          FESTEKPE est l’aboutissement de plusieurs mois de travail mené d’arrache-pied par un groupe chapeauté par un Comité technique basé à Lomé au Togo.

          En marge des festivités, FESTEKPE sera marqué par deux causeries, avec pour thème : «La culture comme élément identitaire et facteur de développement».

          Le festival annoncé pour les 19, 20 et 21 décembre courant vient combler un vide culturel à un moment où certains rythmes traditionnels sont en voie de disparition en milieu tem. L’initiative est donc positive et mérite d’être soutenue pour le bien de la culture togolaise. Un exemple à suivre par les autres communautés.

L. R.


Crise  au sein des magistrats : Le ministre Tozoun  couvre les tares de la justice
Alors qu’on attendait que le gouvernement saisisse l’occasion pour  régler le problème de la corruption qui mine la justice c’est le ministre Tozoun qui publie un communiqué  invitant les protagonistes à la «sérénité et à l’apaisement».

Le communiqué indique que  les autorités ont lancé un programme national de modernisation de la justice qui vise à garantir l’indépendance de la magistrature, à renforcer la probité des acteurs de la justice et à en assurer l’accès égal à tous.

«Préalablement à la conception et à la mise en oeuvre de ce programme, un diagnostic établissant sans complaisance les difficultés et les maux dont souffre la justice a été élaboré. Il s’agit donc aujourd’hui de trouver des solutions idoines à ces difficultés», indique le document. Et d’inviter, les médias au professionnalisme pour un traitement apaisé des informations de sorte à favoriser ce climat de sérénité.

Ce communiqué suscite l’indignation au sein du barreau togolais où on espérait que les autorités iraient jusqu’au bout  pour découvrir la vérité. Apparemment, le ministre exhorte les présumés corrompus et le dénonciateur de la corruption à laver le linge sale en famille et à s’entendre pour éviter que la vérité éclate. Lorsque la justice est malade, c’est tout le pays qui l’est. La modernisation de la justice ce n’est pas que les textes. C’est aussi une affaire de mentalité et de volonté politique. Cette façon de régler les problèmes en les camouflant a fait trop de tort à notre pays. L’apaisement auquel on convie les médias ne saurait justifier une invite au silence devant une affaire d’une telle  gravité et qui est de nature à mettre en doute, la sincérité de  la modernisation de la justice. Les déclarations d’Assouma devraient être considérées comme  un stimulant pour une enquête aux fins de savoir qui fait ou a fait quoi. Le problème du Togo c’est l’impunité. On reconnaît que des gens commettent des malversations et on promet d’éviter que cela ne se reproduise plus et les auteurs de ces malversations sont quittes .Comment voulez-vous que les dégâts ne se reproduisent  à l’avenir dans la mesure où les corrompus sont sûrs  de ne  pas être démasqués et punis.

Je ne fais que dire haut ce que le peuple pense tout bas. Lorsqu’on sait que quand la police, la gendarmerie, la douane traque nuit et jour sous le soleil et la pluie des criminels et des trafiquants de drogue et une fois arrivés au parquet leurs dossiers disparaissent, si ce n’est pas les délinquants eux-mêmes qui s’évaporent dans la nature. Ce n’est pas à moi qu’on dira qu’il n’y a pas de corruption dans la justice lorsqu’on traite les intérêts civils énormes dans les dossiers avec légèreté coupable, lorsqu’un magistrat (en l’occurrence le président de la cour d’appel du Togo) menace une institution financière (en l’occurrence une banque, la BIA) de payer 200 millions de francs CFA à un individu alors qu’il n’y a aucun lien juridique qui lie la banque à cet individu.

C’est à la suite de cette dénonciation de M. Assouma que des magistrats non contents d’être  traités de corrompus ont produit une déclaration pour exiger sa démission.

 « En réalité, rien ne nous oppose après notre AG du 25 octobre dernier. Nous avons relevé des points faibles et parmi ceux-ci, il y a la question de la corruption. Cela n’a rien de très nouveau.

Certains se sont sans doute retrouvés dans mes propos et ont cru devoir m’attaquer par une pétition dans laquelle ils demandent ma démission parce que, semble-t-il, mes propos sont de nature à discréditer la magistrature et particulièrement les membres de l’APMT…. C’est parce que j’ai tapé sur la table qu’ils réagissent ainsi.»

Certains magistrats après avoir signé la pétition et raconté à qui veut les entendre que M Assouma  fait partie des aînés qui leur donnent des directives à exécuter en fonction de leurs intérêts gardent le profil bas n’ayant pas le courage d’aller jusqu’au bout de leur action en dénonçant, preuves à l’appui, les actes  posés par M Assouma.

Qui plus est, lorsque le président de la cour constitutionnelle  déclare que ceux qui ont signé cette pétition sont revenus le voir après pour lui dire qu’ils ont été floués, qu’on leur a  demandé de s’inscrire sur la liste pour organiser une démission en bloc, mais qu’après ils ont compris qu’ils faisaient fausse route, aucun magistrat n’a osé lever le petit doigt pour montrer qu’il assume l’acte posé. Peur, hypocrisie ou quoi ?

Pourquoi les magistrats ne peuvent-ils pas s’organiser pour démissionner Assouma au lieu de se contenter de murmurer   et de se plaindre  en coulisse ?

En disant qu’il appartient désormais aux autorités de prendre leurs responsabilités. 

 que  le problème est devenu un problème d’Etat que, c’est à lui de prendre ses responsabilités et que c’est le chef de l’Etat et à ses collaborateurs d’imaginer des solutions pour ramener la paix et la sécurité judiciaire dans cette maison parce que vous savez comme moi que notre pays revient de loin. Les partenaires étrangers ont recommencé à manifester de l’intérêt pour le Togo. Il est évident que la sécurité judiciaire et juridique est indispensable dans ce contexte»,  Assouma  a défié  les autorités qui devraient saisir l’occasion pour ouvrir une enquête et punir les corrompus y compris lui-même s’il s’avère qu’il y est impliqué.

Pour convaincre les Togolais qui  considèrent que la modernisation de la justice annoncée n’est qu’une blague, il faut  établir la vérité  et la faire savoir. Il faut libérer la parole au sein de la magistrature et qu’on sache qui a fait quoi quand comment et pourquoi ? Que Assouma révèle ce qu’il sait de la corruption  des magistrats, que les magistrats aussi  révèlent  en quoi le président de la cour constitutionnelle a contribué à ériger cette corruption et qu’on prenne les dispositions qui s’imposent. Au Bénin voisin,  le gouvernement n’avait pas hésité à faire condamner des dizaines de magistrats  coupables de corruption. Vouloir que le linge  de cette sale affaire se lave en famille c’est ne pas se décider véritablement à régler le problème de la corruption au sein de la justice.           

A. S.


En prélude au sommet de l’UA : Kadhafi joue les rois contre les chefs d’Etat

Le guide libyen, fatigué d’être tourné en bourrique par ses pairs africains qui, sans le lui dire, ne sont pas pressés d’approuver sa décision de créer tout de suite  une fédération africaine se rabat sur les autorités traditionnelles qu’il voudrait jouer contre eux.

Les Rois, Sultans, Princes, Dignitaires et Chefs traditionnels africains, réunis à Abidjan, ont demandé aux dirigeants et présidents africains de se soumettre à la volonté des populations du continent pour annoncer sans tergiversations, la création du gouvernement fédéral africain, lors du prochain sommet de l’Union Africaine (UA) en janvier 2009 dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba. Les délégations de rois et chefs traditionnels tels des liseurs de motion sous le régime Eyadema venus d’une dizaine de pays africains dont la Libye, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Sénégal et l’Algérie ont recommandé la mise en oeuvre du projet d’unification de l’Afrique avec une monnaie unique, une force militaire commune, un seul ministre de l’Economie et un seul ministre de la Défense. 

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une telle rencontre folklorique a lieu

Déjà le 28 août 2008 le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi s’est vu décerner le titre de «Roi des rois d’Afrique» lors d’une rencontre inédite regroupant plusieurs dizaines de chefs de tribus africaines,  à Benghazi, dans l’est de la Libye.

«Nous décidons la reconnaissance du frère leader comme le «roi des rois, des sultans, des princes, des cheikhs et des maires d’Afrique» et sa désignation à partir de cette date «roi des rois d’Afrique», a indiqué un communiqué final d’un «forum» regroupant plus de deux cents chefs de tribus africaines, à l’initiative du numéro un libyen.

«Le Forum (inédit) des rois, princes, sultans et cheikhs des tribus traditionnelles en Afrique» qui se réunira désormais chaque année, a décidé par ailleurs la création d’un secrétariat général permanent dont le siège sera à Syrte en Libye.

Le numéro un libyen a appelé de son côté les chefs de tribus à assumer leur responsabilité en tant que leaders locaux, «pour faire la pression sur les gouvernements de leurs pays en vue de l’unification de l’Afrique et la création des Etats-Unis d’Afrique», dont il est l’architecte.

«J’incite les tribus à bouger rapidement et à faire pression pour la création des Etats-Unis d’Afrique», a-t-il dit dans un discours, affirmant qu’il mettrait des moyens à disposition de tous ceux qui oeuvreront à cette fin.

Coiffés de couronnes en or massif, de peaux d’animaux ou de plumes, des chefs de tribus se sont succédé sur la tribune avec leurs habits traditionnels hauts en couleur pour «louer les efforts du Guide» de la révolution libyenne pour l’unification de l’Afrique et pour le féliciter à l’occasion du 39e anniversaire de la révolution du 1er septembre 1969 qui l’a porté au pouvoir.

La question se pose de savoir si ces têtes couronnées  sans réel pouvoir qui n’ont qu’une influence négligeable sur leur populations qui obéissent  plus aux autorités croient en ce qu’ils disent ou se prêtent tout simplement au jeu pour caresser Kadhafi dans le sens du poils afin de lui faire cracher quelques dollars qui ne leur feraient que du bien par ces temps de crise généralisée. Lors de la rencontre du CEN-SAD à Cotonou l’an dernier lorsque Kadhafi menaçant avait suggéré la dissolution de la CEDEAO exhortant ses pairs africains à constituer tout de suite un Etat africain, le Nigeria, par la voix d’un diplomate, ne s’était pas fait prier pour lui rappeler les efforts de l’organisation. Le Nigeria, l’Afrique du Sud ou encore l’Egypte ne sont pas prêts à avaler les désirs que le guide libyen voudrait leur imposer.

Le hic c’est que ce genre de folklore ne dépasse pas le cadre de rencontres où sont produites les recommandations juste bonnes pour décorer les palais royaux. Ces rois dont la légitimité dépend pour la plupart  des  gouvernements légaux n’ont et ne peuvent avoir le courage de défier les autorités étatiques. Celui qui aime se faire flatter trouve toujours des bons flatteurs.

On attend de voir si Kadhafi débarquera au prochain  sommet de l’UA  avec ses rois serviles pour ramener ses pairs à la raison.

L. R.


Un député fustige le Ministre des Finances

          Jeudi 27 novembre 2008, le Ministre de l’économie et des finances était face à la Commission des finances de l’Assemblée nationale pour apporter des réponses aux préoccupations des députés qui examinent le projet de budget exercice 2009.

          Au cours de la rencontre des députés très furieux n’ont pas manqué d’exprimer leur mécontentement surtout en ce qui concerne le traitement réservé à la loi organique N° 2007-014 du 19 juin 2007 déterminant le statut des anciens députés de l’Assemblée Nationale.

Ce statut avait été adopté par les députés de l’Assemblée monocolore RPT qui se sont attribués des avantages jugés exorbitants. Selon cette loi, la valeur de rente annuelle du point de retraite est fixée à 1.000 F CFA (art. 19)

          La pension de retraite minimum pour un Député 300 points x 1.000 F CFA = 300.000/mois.

          La pension de retraite maximum pour un Député est de 1.000 points  x 1.000 F CFA = 1.000.000/mois

          Le Député touche cette somme jusqu’à sa mort. Après sa mort, les ayants droit perçoivent le même montant jusqu’à la majorité du benjamin.

A l’époque, on avait perçu à travers cet acte, une volonté pour ces députés de se faire payer pour avoir entériné le coup de force constitutionnel à la suite du décès du feu Eyadema. Mais aujourd’hui l’Assemblée tricolore adhère à cet acte. L’année dernière, lorsque les députés s’étaient demandés si le budget avait pris en compte la masse financière de ces avantages, il leur a été répondu que compte tenu du fait que les institutions financières internationales ne la verraient pas d’un bon œil, elle n’avait pas besoin de figurer dans la loi de finance mais que les dispositions seraient prises pour son application. Jeudi dernier, c’est un député du RPT qui a lancé les hostilités en interrogeant le ministre sur le sort réservé à leurs avantages. Il est suivi par un autre de l’UFC qui a véhémentement fait comprendre au ministre que le fait de ne pas en tenir compte dans le budget est une défiance à l’égard de l’Assemblée Nationale.

          Le Ministre aurait fait comprendre aux membres de la Commission que compte tenu des difficultés financières auxquelles est confronté l’Etat, le gouvernement n’a pas été en mesure de le faire. Surtout le ministre a évoqué le fait que les bailleurs de fonds seraient réticents et promis de transmettre leurs préoccupations au gouvernement.

Bonus pour l’Assemblée Tricolore

S’il y a une chose que les députés de l’Assemblée tricolore ne voudraient pas que leurs électeurs sachent, c’est bien l’information sur ce qu’ils gagnent.

          Et ils ont raison surtout qu’ils sont souvent harcelés par ceux qui avaient voté pour eux en croyant qu’ils seront en mesure de régler tous leurs problèmes. Mais il semble que des discussions ont lieu au niveau du gouvernement pour offrir des indemnités à hauteur de 250.000 F CFA aux députés mensuellement. Ce qui s’ajouterait aux 700.000 F qu’ils gagnent comme émolument. Si le budget exercice 2009 confirme cette rumeur, tous les députés, y compris ceux de l’UFC en bénéficieront quand bien même ils voteront contre ce budget parce que leurs collègues du RPT l’adopteront.


Chemin de croix de Dame Ahoefa : Ombre et lumière sur la vie d’une PVVIH

          La communauté internationale a célébré hier la 20e journée mondiale de lutte contre le Sida. Depuis l’institution de cette journée, la pandémie a fait des millions de victimes dont les 2/3 se trouvent en Afrique Subsaharienne et englouti beaucoup de fonds, mobilisé des milliers chercheurs et drainé plusieurs campagnes de sensibilisation. Malgré tous ces efforts, la discrimination et la stigmatisation ont malheureusement la vie dure. Les patients doivent vivre chaque jour avec un virus qui les torture mais aussi et surtout affronter les regards accusateurs de leurs poches. Et si ce malade est du sexe féminin, c’est le comble de l’humiliation…

          La cinquantaine bien sonnée, silhouette filiforme, cheveux défrisés ramassés en chignon, toute chose qui, à vue d’œil, ne laisse présager le drame intérieur que vit Mme Ahoefa à la connaissance de son statut sérologique. Avec ses quatre enfants dont trois filles et un garçon, elle n’en demandait pas mieux. Elle vit avec son mari à Adidogomé, un quartier situé dans la banlieue nord-ouest de Lomé. Première épouse de son mari fonctionnaire d’Etat qui en a deux. Malgré les difficultés et les rivalités inhérentes à toute famille polygame, Mme Ahoefa s’estimait heureuse avec ses enfants. La prospérité de son commerce lui permettait de subvenir aux besoins de ses enfants, ce qu’elle avait de plus cher et ces derniers aussi, en retour, lui témoignaient un amour. Du moins, c’est ce qu’elle croyait jusqu’au jour où sa séropositivité fut connue.

Rien n’est plus difficile à supporter que le rejet de ses enfants

          «Au début je souffrais de palu et d’anémie» avoue Mme Ahoefa, ce qu’elle traitait avec beaucoup de sérum. Malgré les multiples soins, son état ne s’améliorait pas au contraire, il s’empirait de jour en jour. Les différents traitements l’ont ruiné et son fonds de commerce s’est dissipé. «J’ai perdu beaucoup d’argent», confie-t-elle. Finalement, elle a décidé de faire le test du Sida et le résultat est positif. «C’était un choc pour moi, c’est comme si le ciel allait me tomber sur la tête. En fin de compte, contre mauvaise fortune, j’ai fait bon cœur car je me suis dit que c’est une maladie comme les autres comme le diabète, le cancer», affirme-t-elle. Hospitalisée, sa fille qui l’avait accompagnée et qui, seule est au courant de son statut sérologique l’avait devancée à la maison. Elle a alors mis au courant son père du résultat du test de sa mère. Avant que cette dernière ne revienne de l’hôpital, la nouvelle de sa maladie fut propagée comme une traînée de poudre dans son entourage. Un conseil de famille fut même convoqué à la demande du mari qui annonça sa décision de répudier sa femme. «Mais aujourd’hui encore, dit-elle, je suis toujours avec lui» et elle poursuit en déclarant «mon mari m’a bannie, m’a abandonnée, rejetée totalement et pire encore mes enfants, au point que quand je suis sur le lit, je ne trouve pas celui qui va m’acheter à manger». Elle souligne que : «Dans tous ces moments, rien n’est plus difficile à supporter que d’être rejetée par ses propres enfants. Pour mes enfants, je suis une prostituée».

          Dans la maison, Mme Ahoefa ne pourra pas trouver consolation auprès des co-locataires qui eux aussi ont été mis au parfum par la fille de Mme Ahoefa. «Certains, dit-elle, ont des bébés et quand je veux les porter, ils trouvent des raisons pour me les arracher alors que moi aussi j’ai des enfants dont le benjamin a 17 ans» et dans le quartier «quand les gens discutent et que je veux m’approcher d’eux, ils se dispersent», continue-t-elle

          Le mari après avoir demandé à plusieurs reprises à sa femme en vain de vendre son terrain pour se traiter, a franchi le rubicond en allant se renseigner sur les cérémonies funéraires du village de sa femme afin de se préparer à son décès. «C’était dans le mois de mars dernier, déclare-t-elle, mais par la grâce de Dieu je suis toujours vivante aujourd’hui».

          Face à l’hostilité de son entourage, Mme Ahoefa a trouvé auprès de l’Eglise et d’une de ses amies, une oreille attentive et un soutien à toute épreuve. A son retour de l’hôpital, elle a informé elle-même le prêtre de sa paroisse et cette amie du résultat de son test. Cette dernière lui demanda si son mari était au courant. Sans savoir que sa fille avait déjà informé ce dernier, elle répondit par la négative. C’est donc cette amie et le prêtre qui l’ont pris en charge au moment où sa propre famille l’a rejetée. «Grâce à leur aide, dit-elle, j’ai commencé très vite le traitement puisque j’ai fait le dépistage le 13 février et dès le 28 j’ai commencé par prendre les médicaments». Si être séropositive seule ne suffisait pas et qu’en plus il faut subir une torture morale surtout si cela émane de sa propre famille, alors là il faut être doté d’une force de caractère et profondément aimer la vie pour survivre.

L’escroquerie des ONG

          S’il y a un secteur qui a connu une forte prolifération d’associations au Togo ces dernières années, c’est bien le secteur du Sida. A la faveur de la crise, beaucoup de gens se sont jetés dedans parce que, contrairement à ce qu’on peut penser, c’est un secteur juteux et «facilement finançable» par les bailleurs. Et pour bon nombre de ces nouveaux venus, le souci majeur qui les guide c’est se remplir les poches.

          Au Togo, le coût des antirétroviraux (ARV) est de 4.000 F par mois, ce qui n’est pas souvent à la portée de tous les patients. Hormis cela, les PVVIH sont l’objet de plusieurs tentatives d’escroquerie de la part des ONG censées les protéger. «Les ONG nous volent ; dit Mme Ahoefa, si tu n’apportes pas l’argent on ne te vend pas les médicaments. Nous savons qu’eux aussi se déplacent pour aller chercher les médicaments mais au moins ils peuvent ne prendre uniquement que les frais de déplacement. Mais certains réclament jusqu’à 15.000 F pour vous faire les papiers et 1.000 F chaque fois avant de vous livrer les médicaments. Si les choses vont continuer comme ça, ce n’est pas bon. Il faut qu’ils aient pitié de nous».

          Des accusations que reconnaît explicitement le président du Réseau des Associations des PVVIH/Sida (RAS+) M. Dokla Augustin en affirmant que le secteur est comme les autres secteurs de la société, il regorge en son sein des brebis galeuses tout en promettant son assainissement. Mais pour d’autres présidents d’ONG, leurs partenaires ne payent pas leur frais de fonctionnement alors ils sont obligés de se faire payer les services qu’ils rendent par ceux qui les sollicitent.

          «Pour m’obliger à toujours passer par eux, les ONG ont confisqué mes papiers. C’est avec les photocopies que je suis en train de faire mes dossiers pour bénéficier de la gratuité récemment décidée par le gouvernement», déclare-t-elle. C’est au cours de ces démarches que nous l’avons rencontré à la Centrale d’Achats des Médicaments Essentiels et Génériques du Togo (CAMEG-Togo).

          Si les ONG ont une telle emprise sur ces PVVIH, c’est parce que hormis les critères édictées par le Programme National de Lutte contre le Sida et les IST (PNLS) à savoir présenter sa sérologie, son bilan contenant le CD4, la biochimie et la première ordonnance, faire partie d’une ONG augmente ses chances d’éligibilité à la gratuité des ARV. Des dossiers qui seront transmis au comité thérapeutique présent dans les régions sanitaires du pays ensuite au PNLS qui les dirigera à la CAMEG pour avoir accès aux médicaments.

          Aujourd’hui, la gratuité n’entraînera-t-elle pas la rupture des ARV comme on l’avait connu, il y a de cela quelques mois et qui avait provoqué la manifestation des PVVIH ? Non, répondent les employés de la CAMEG-Togo. «Nous avons suffisamment de stocks pour ceux qui doivent en bénéficier et d’autres commandes sont en voie d’acheminement», nous a confié un agent de la Centrale. Mais au Togo, sur les 25.000 PVVIH qui ont besoin de ARV environ 7.000 vont bénéficier de cette mesure gouvernementale. Que vont devenir les 18.000 restants ? s’est par ailleurs interrogé M. Dokla.

L’espérance d’un vaccin en 2010

            Mme Ahoefa, regrette que la maladie ne soit bien expliquée à la population, ce qui fait que ceux qui en souffrent sont considérés comme des prostitués. Elle estime que c’est l’une des raisons pour lesquelles ses enfants l’ont rejetée. Aussi recommande-t-elle aux médias et au corps médical, au-delà du boucan à l’approche de la journée mondiale de lutte contre le Sida de s’atteler effectivement dans la sensibilisation.

          Elle demande en particulier au corps médical de respecter le secret médical en ne divulguant pas les résultats des tests au conjoint à l’insu du patient, ce qui, dit-elle, est la cause de plusieurs ruptures de mariage.

          Elle remercie les autorités togolaises et ses partenaires notamment le Fonds Mondial qui ont contribué à ce qu’elle ait accès aux ARV pour se traiter. Ce qui lui a permis à elle aussi de se traiter pour reprendre sa forme. Son mari qui l’avait rejetée l’a de nouveau acceptée. A présent, elle reprend goût à la vie et envisage reprendre son commerce. Elle demande aux autres malades qui constituent «deux dossiers pour recevoir deux ration de médicaments d’arrêter cette façon de faire, car dit-elle, cette maladie est une maladie de malédiction et s’ils continuent comme cela ils ne seront pas guéris».

          Elle demande également aux autorités de réduire les frais d’analyses «plus de 30.000 F c’est trop si je n’avais pas de fonds de commerce, je ne pourrai pas les supporter», dit-elle.

          Elle recommande, en outre comme cela se fait dans certains pays voisins, dit-elle, qu’à chaque fois qu’elles viennent prendre les médicaments qu’on leur octroie, une enveloppe financière d’au moins 2.000 F et du savon pour leur permettre de soulager un peu leurs besoins surtout alimentaires. Malgré tout, Mme Ahoefa, reste confiante que «d’ici 2010 on trouvera un vaccin au Sida qui leur permettra de se débarrasser définitivement de ces ARV qui, selon ses dires, ne sont pas faciles à prendre et il suffirait de rater une prise pour accroître la résistance du virus», conclut-elle.

Albert Agbéko

 

 
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