|
Du 19 au 21 décembre prochain se déroulera à Sokodé, la première édition du
Festival National de la Musique Traditionnelle Kétékpé (FESTEKPE). Initiée
par TOGO KULTUR PLUS eV, une organisation basée en Allemagne, cette
manifestation vise entre autres, la promotion et la valorisation de la
musique traditionnelle en général et du rythme Kétékpé en particulier.
Résultat du génie créateur de l’homme Tem (Tchaoudjo, Assoli), Kétékpé est
une danse de réjouissances pratiquée par les jeunes des deux sexes. La
musique véhicule des messages d’amour, de conseil, de gaieté, des leçons de
la vie quotidienne et des leçons de morale. Elle est pratiquée à l’occasion
des fêtes traditionnelles, les fêtes de Ramadan et Tabaski, les mariages,
les cérémonies d’intronisation des chefs, l’accueil des invités de marque et
rarement dans les funérailles.
Aujourd’hui, dans chaque localité à forte ou moyenne concentration tem, il y
a un praticien de Kétékpé. C’est ainsi qu’on retrouve actuellement, de
nombreux praticiens de Kétékpé en dehors du terroir tem. Ils sont notamment
à Badou, Anié, Kpalimé et au-delà de nos frontières, notamment au Bénin, au
Ghana, au Nigeria, au Burkina Faso et même en Europe.
Pendant les trois jours de FESTEKPE, les festivaliers auront à découvrir
outre la musique et la danse Kétékpé, plusieurs autres rythmes traditionnels
tels que Takaï, Foïssi, Gbalèyo, Kosso, Dikpendidama, Soo et Goumbé,
pratiqués en pays tem.
Mais, pourquoi de tous ces rythmes, Kétékpé a-t-il été choisi comme centre
d’intérêt de cette manifestation ? «Il y a en pays tem, des variétés
musicales les unes plus excitantes que les autres. Cependant, le Kétékpé
peut être comparé au Makossa ou au Bikoussi au Cameroun ou aux rythmes
traditionnels ivoiriens Kpakolo, Abouraba… qui, tous, ont été
travaillés,modernisés et exploités et qui aujourd’hui donnent aux musiciens
de ces pays, les moyens d’une vie décente et de la reconnaissance»,
répond M. Bassirou Ayéva, Coordinateur du Projet de Festival National de la
Musique Traditionnelle Kétékpé à Sokodé.
Le
Togo regorge de nombreuses richesses et potentialités culturelles qui, si
elles étaient exploitées, pourraient faire de notre pays, une destination
touristique de premier choix. L’art et l’industrie culturelle sont
malheureusement un secteur embryonnaire au Togo. «Il y a une vraie
déperdition de notre héritage culturel. Nous avons des rythmes qui
disparaissent parce que nul ne les inventorie, ne cherche à les conserver ou
à les exploiter au profit de tous», constate et déplore M. Bassirou
Ayéva.
Le
festival qui s’ouvre le 19 décembre prochain à Sokodé connaîtra la
participation de douze (12) groupes de Kétékpé venant de Tchaoudjo, Assoli,
Kri-Kri, Tchamba, Fazao, Sotouboua, Lomé, Badou, Est-Mono, Anié, etc. Il y
aura des prix et des productions audio et vidéo pour les participants à
l’issue du festival.
FESTEKPE est l’aboutissement de plusieurs mois de travail mené
d’arrache-pied par un groupe chapeauté par un Comité technique basé à Lomé
au Togo.
En
marge des festivités, FESTEKPE sera marqué par deux causeries, avec pour
thème : «La culture comme élément identitaire et facteur de développement».
Le
festival annoncé pour les 19, 20 et 21 décembre courant vient combler un
vide culturel à un moment où certains rythmes traditionnels sont en voie de
disparition en milieu tem. L’initiative est donc positive et mérite d’être
soutenue pour le bien de la culture togolaise. Un exemple à suivre par les
autres communautés.
L. R.
Crise au
sein des magistrats : Le ministre Tozoun couvre les tares de la justice
Alors qu’on attendait que le gouvernement saisisse l’occasion pour régler
le problème de la corruption qui mine la justice c’est le ministre Tozoun
qui publie un communiqué invitant les protagonistes à la «sérénité et à
l’apaisement».
Le communiqué indique que les autorités ont lancé un programme national de
modernisation de la justice qui vise à garantir l’indépendance de la
magistrature, à renforcer la probité des acteurs de la justice et à en
assurer l’accès égal à tous.
«Préalablement à la conception et à la mise en oeuvre de ce programme, un
diagnostic établissant sans complaisance les difficultés et les maux dont
souffre la justice a été élaboré. Il s’agit donc aujourd’hui de trouver des
solutions idoines à ces difficultés», indique le document. Et d’inviter,
les médias au professionnalisme pour un traitement apaisé des informations
de sorte à favoriser ce climat de sérénité.
Ce communiqué suscite l’indignation au sein du barreau togolais où on
espérait que les autorités iraient jusqu’au bout pour découvrir la vérité.
Apparemment, le ministre exhorte les présumés corrompus et le dénonciateur
de la corruption à laver le linge sale en famille et à s’entendre pour
éviter que la vérité éclate. Lorsque la justice est malade, c’est tout le
pays qui l’est. La modernisation de la justice ce n’est pas que les textes.
C’est aussi une affaire de mentalité et de volonté politique. Cette façon de
régler les problèmes en les camouflant a fait trop de tort à notre pays.
L’apaisement auquel on convie les médias ne saurait justifier une invite au
silence devant une affaire d’une telle gravité et qui est de nature à
mettre en doute, la sincérité de la modernisation de la justice. Les
déclarations d’Assouma devraient être considérées comme un stimulant pour
une enquête aux fins de savoir qui fait ou a fait quoi. Le problème du Togo
c’est l’impunité. On reconnaît que des gens commettent des malversations et
on promet d’éviter que cela ne se reproduise plus et les auteurs de ces
malversations sont quittes .Comment voulez-vous que les dégâts ne se
reproduisent à l’avenir dans la mesure où les corrompus sont sûrs de ne
pas être démasqués et punis.
Je ne fais que dire haut ce que le peuple pense tout bas. Lorsqu’on sait que
quand la police, la gendarmerie, la douane traque nuit et jour sous le
soleil et la pluie des criminels et des trafiquants de drogue et une fois
arrivés au parquet leurs dossiers disparaissent, si ce n’est pas les
délinquants eux-mêmes qui s’évaporent dans la nature. Ce n’est pas à moi
qu’on dira qu’il n’y a pas de corruption dans la justice lorsqu’on traite
les intérêts civils énormes dans les dossiers avec légèreté coupable,
lorsqu’un magistrat (en l’occurrence le président de la cour d’appel du
Togo) menace une institution financière (en l’occurrence une banque, la BIA)
de payer 200 millions de francs CFA à un individu alors qu’il n’y a aucun
lien juridique qui lie la banque à cet individu.
C’est à la suite de cette dénonciation de M. Assouma que des magistrats non
contents d’être traités de corrompus ont produit une déclaration pour
exiger sa démission.
« En réalité, rien ne nous oppose après notre AG du 25 octobre dernier.
Nous avons relevé des points faibles et parmi ceux-ci, il y a la question de
la corruption. Cela n’a rien de très nouveau.
Certains se sont sans doute retrouvés dans mes propos et ont cru devoir
m’attaquer par une pétition dans laquelle ils demandent ma démission parce
que, semble-t-il, mes propos sont de nature à discréditer la magistrature et
particulièrement les membres de l’APMT…. C’est parce que j’ai tapé sur la
table qu’ils réagissent ainsi.»
Certains magistrats après avoir signé la pétition et raconté à qui veut les
entendre que M Assouma fait partie des aînés qui leur donnent des
directives à exécuter en fonction de leurs intérêts gardent le profil bas
n’ayant pas le courage d’aller jusqu’au bout de leur action en dénonçant,
preuves à l’appui, les actes posés par M Assouma.
Qui plus est, lorsque le président de la cour constitutionnelle déclare que
ceux qui ont signé cette pétition sont revenus le voir après pour lui dire
qu’ils ont été floués, qu’on leur a demandé de s’inscrire sur la liste pour
organiser une démission en bloc, mais qu’après ils ont compris qu’ils
faisaient fausse route, aucun magistrat n’a osé lever le petit doigt pour
montrer qu’il assume l’acte posé. Peur, hypocrisie ou quoi ?
Pourquoi les magistrats ne peuvent-ils pas s’organiser pour démissionner
Assouma au lieu de se contenter de murmurer et de se plaindre en
coulisse ?
En disant qu’il appartient désormais aux autorités de prendre leurs
responsabilités.
que le problème est devenu un problème d’Etat que, c’est à lui de prendre
ses responsabilités et que c’est le chef de l’Etat et à ses
collaborateurs d’imaginer des solutions pour ramener la paix et la sécurité
judiciaire dans cette maison parce que vous savez comme moi que notre pays
revient de loin. Les partenaires étrangers ont recommencé à manifester de
l’intérêt pour le Togo. Il est évident que la sécurité judiciaire et
juridique est indispensable dans ce contexte», Assouma a défié les
autorités qui devraient saisir l’occasion pour ouvrir une enquête et punir
les corrompus y compris lui-même s’il s’avère qu’il y est impliqué.
Pour convaincre les Togolais qui considèrent que la modernisation de la
justice annoncée n’est qu’une blague, il faut établir la vérité et la
faire savoir. Il faut libérer la parole au sein de la magistrature et qu’on
sache qui a fait quoi quand comment et pourquoi ? Que Assouma révèle ce
qu’il sait de la corruption des magistrats, que les magistrats aussi
révèlent en quoi le président de la cour constitutionnelle a contribué à
ériger cette corruption et qu’on prenne les dispositions qui s’imposent. Au
Bénin voisin, le gouvernement n’avait pas hésité à faire condamner des
dizaines de magistrats coupables de corruption. Vouloir que le linge de
cette sale affaire se lave en famille c’est ne pas se décider véritablement
à régler le problème de la corruption au sein de la justice.
A. S.
En prélude au sommet de l’UA : Kadhafi joue les rois contre
les chefs d’Etat
Le guide
libyen, fatigué d’être tourné en bourrique par ses pairs africains qui, sans
le lui dire, ne sont pas pressés d’approuver sa décision de créer tout de
suite une fédération africaine se rabat sur les autorités traditionnelles
qu’il voudrait jouer contre eux.
Les Rois, Sultans, Princes, Dignitaires et Chefs traditionnels africains,
réunis à Abidjan, ont demandé aux dirigeants et présidents africains de se
soumettre à la volonté des populations du continent pour annoncer sans
tergiversations, la création du gouvernement fédéral africain, lors du
prochain sommet de l’Union Africaine (UA) en janvier 2009 dans la capitale
éthiopienne, Addis-Abeba. Les délégations de rois et chefs traditionnels
tels des liseurs de motion sous le régime Eyadema venus d’une dizaine de
pays africains dont la Libye, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Sénégal et
l’Algérie ont recommandé la mise en oeuvre du projet d’unification de
l’Afrique avec une monnaie unique, une force militaire commune, un seul
ministre de l’Economie et un seul ministre de la Défense.
Ce n’est
d’ailleurs pas la première fois qu’une telle rencontre folklorique a lieu
Déjà le 28
août 2008 le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi s’est vu décerner le titre de
«Roi des rois d’Afrique» lors d’une rencontre inédite regroupant
plusieurs dizaines de chefs de tribus africaines, à Benghazi, dans l’est de
la Libye.
«Nous
décidons la reconnaissance du frère leader comme le «roi des rois, des
sultans, des princes, des cheikhs et des maires d’Afrique» et sa
désignation à partir de cette date «roi des rois d’Afrique», a
indiqué un communiqué final d’un «forum» regroupant plus de deux
cents chefs de tribus africaines, à l’initiative du numéro un libyen.
«Le Forum
(inédit) des rois, princes, sultans et cheikhs des tribus
traditionnelles en Afrique» qui se réunira désormais chaque année, a
décidé par ailleurs la création d’un secrétariat général permanent dont le
siège sera à Syrte en Libye.
Le numéro un
libyen a appelé de son côté les chefs de tribus à assumer leur
responsabilité en tant que leaders locaux, «pour faire la pression sur
les gouvernements de leurs pays en vue de l’unification de l’Afrique et la
création des Etats-Unis d’Afrique», dont il est l’architecte.
«J’incite
les tribus à bouger rapidement et à faire pression pour la création des
Etats-Unis d’Afrique», a-t-il dit dans un discours, affirmant qu’il
mettrait des moyens à disposition de tous ceux qui oeuvreront à cette fin.
Coiffés de
couronnes en or massif, de peaux d’animaux ou de plumes, des chefs de tribus
se sont succédé sur la tribune avec leurs habits traditionnels hauts en
couleur pour «louer les efforts du Guide» de la révolution libyenne
pour l’unification de l’Afrique et pour le féliciter à l’occasion du 39e
anniversaire de la révolution du 1er septembre 1969 qui l’a porté au
pouvoir.
La question
se pose de savoir si ces têtes couronnées sans réel pouvoir qui n’ont
qu’une influence négligeable sur leur populations qui obéissent plus aux
autorités croient en ce qu’ils disent ou se prêtent tout simplement au jeu
pour caresser Kadhafi dans le sens du poils afin de lui faire cracher
quelques dollars qui ne leur feraient que du bien par ces temps de crise
généralisée. Lors de la rencontre du CEN-SAD à Cotonou l’an dernier lorsque
Kadhafi menaçant avait suggéré la dissolution de la CEDEAO exhortant ses
pairs africains à constituer tout de suite un Etat africain, le Nigeria, par
la voix d’un diplomate, ne s’était pas fait prier pour lui rappeler les
efforts de l’organisation. Le Nigeria, l’Afrique du Sud ou encore l’Egypte
ne sont pas prêts à avaler les désirs que le guide libyen voudrait leur
imposer.
Le hic c’est
que ce genre de folklore ne dépasse pas le cadre de rencontres où sont
produites les recommandations juste bonnes pour décorer les palais royaux.
Ces rois dont la légitimité dépend pour la plupart des gouvernements
légaux n’ont et ne peuvent avoir le courage de défier les autorités
étatiques. Celui qui aime se faire flatter trouve toujours des bons
flatteurs.
On attend de
voir si Kadhafi débarquera au prochain sommet de l’UA avec ses rois
serviles pour ramener ses pairs à la raison.
L. R.
Un député fustige le Ministre des Finances
Jeudi 27 novembre 2008, le Ministre de l’économie et des finances était face
à la Commission des finances de l’Assemblée nationale pour apporter des
réponses aux préoccupations des députés qui examinent le projet de budget
exercice 2009.
Au
cours de la rencontre des députés très furieux n’ont pas manqué d’exprimer
leur mécontentement surtout en ce qui concerne le traitement réservé à la
loi organique N° 2007-014 du 19 juin 2007 déterminant le statut des anciens
députés de l’Assemblée Nationale.
Ce statut
avait été adopté par les députés de l’Assemblée monocolore RPT qui se sont
attribués des avantages jugés exorbitants. Selon cette loi, la valeur de
rente annuelle du point de retraite est fixée à 1.000 F CFA (art. 19)
La
pension de retraite minimum pour un Député 300 points x 1.000 F CFA =
300.000/mois.
La
pension de retraite maximum pour un Député est de 1.000 points x 1.000 F
CFA = 1.000.000/mois
Le
Député touche cette somme jusqu’à sa mort. Après sa mort, les ayants droit
perçoivent le même montant jusqu’à la majorité du benjamin.
A l’époque,
on avait perçu à travers cet acte, une volonté pour ces députés de se faire
payer pour avoir entériné le coup de force constitutionnel à la suite du
décès du feu Eyadema. Mais aujourd’hui l’Assemblée tricolore adhère à cet
acte. L’année dernière, lorsque les députés s’étaient demandés si le budget
avait pris en compte la masse financière de ces avantages, il leur a été
répondu que compte tenu du fait que les institutions financières
internationales ne la verraient pas d’un bon œil, elle n’avait pas besoin de
figurer dans la loi de finance mais que les dispositions seraient prises
pour son application. Jeudi dernier, c’est un député du RPT qui a lancé les
hostilités en interrogeant le ministre sur le sort réservé à leurs
avantages. Il est suivi par un autre de l’UFC qui a véhémentement fait
comprendre au ministre que le fait de ne pas en tenir compte dans le budget
est une défiance à l’égard de l’Assemblée Nationale.
Le
Ministre aurait fait comprendre aux membres de la Commission que compte tenu
des difficultés financières auxquelles est confronté l’Etat, le gouvernement
n’a pas été en mesure de le faire. Surtout le ministre a évoqué le fait que
les bailleurs de fonds seraient réticents et promis de transmettre leurs
préoccupations au gouvernement.
Bonus
pour l’Assemblée Tricolore
S’il y a une
chose que les députés de l’Assemblée tricolore ne voudraient pas que leurs
électeurs sachent, c’est bien l’information sur ce qu’ils gagnent.
Et
ils ont raison surtout qu’ils sont souvent harcelés par ceux qui avaient
voté pour eux en croyant qu’ils seront en mesure de régler tous leurs
problèmes. Mais il semble que des discussions ont lieu au niveau du
gouvernement pour offrir des indemnités à hauteur de 250.000 F CFA aux
députés mensuellement. Ce qui s’ajouterait aux 700.000 F qu’ils gagnent
comme émolument. Si le budget exercice 2009 confirme cette rumeur, tous les
députés, y compris ceux de l’UFC en bénéficieront quand bien même ils
voteront contre ce budget parce que leurs collègues du RPT l’adopteront.
Chemin de croix de Dame Ahoefa :
Ombre et lumière sur la vie d’une PVVIH
La
communauté internationale a célébré hier la 20e journée
mondiale de lutte contre le Sida. Depuis l’institution de cette journée, la
pandémie a fait des millions de victimes dont les 2/3 se trouvent en Afrique
Subsaharienne et englouti beaucoup de fonds, mobilisé des milliers
chercheurs et drainé plusieurs campagnes de sensibilisation. Malgré tous ces
efforts, la discrimination et la stigmatisation ont malheureusement la vie
dure. Les patients doivent vivre chaque jour avec un virus qui les torture
mais aussi et surtout affronter les regards accusateurs de leurs poches. Et
si ce malade est du sexe féminin, c’est le comble de l’humiliation…
La
cinquantaine bien sonnée, silhouette filiforme, cheveux défrisés ramassés en
chignon, toute chose qui, à vue d’œil, ne laisse présager le drame intérieur
que vit Mme Ahoefa à la connaissance de son statut sérologique. Avec ses
quatre enfants dont trois filles et un garçon, elle n’en demandait pas
mieux. Elle vit avec son mari à Adidogomé, un quartier situé dans la
banlieue nord-ouest de Lomé. Première épouse de son mari fonctionnaire
d’Etat qui en a deux. Malgré les difficultés et les rivalités inhérentes à
toute famille polygame, Mme Ahoefa s’estimait heureuse avec ses enfants. La
prospérité de son commerce lui permettait de subvenir aux besoins de ses
enfants, ce qu’elle avait de plus cher et ces derniers aussi, en retour, lui
témoignaient un amour. Du moins, c’est ce qu’elle croyait jusqu’au jour où
sa séropositivité fut connue.
Rien
n’est plus difficile à supporter que le rejet de ses enfants
«Au
début je souffrais de palu et d’anémie» avoue Mme Ahoefa, ce qu’elle
traitait avec beaucoup de sérum. Malgré les multiples soins, son état ne
s’améliorait pas au contraire, il s’empirait de jour en jour. Les différents
traitements l’ont ruiné et son fonds de commerce s’est dissipé. «J’ai
perdu beaucoup d’argent», confie-t-elle. Finalement, elle a décidé de
faire le test du Sida et le résultat est positif. «C’était un choc pour
moi, c’est comme si le ciel allait me tomber sur la tête. En fin de compte,
contre mauvaise fortune, j’ai fait bon cœur car je me suis dit que c’est une
maladie comme les autres comme le diabète, le cancer», affirme-t-elle.
Hospitalisée, sa fille qui l’avait accompagnée et qui, seule est au courant
de son statut sérologique l’avait devancée à la maison. Elle a alors mis au
courant son père du résultat du test de sa mère. Avant que cette dernière ne
revienne de l’hôpital, la nouvelle de sa maladie fut propagée comme une
traînée de poudre dans son entourage. Un conseil de famille fut même
convoqué à la demande du mari qui annonça sa décision de répudier sa femme.
«Mais aujourd’hui encore, dit-elle, je suis toujours avec lui»
et elle poursuit en déclarant «mon mari m’a bannie, m’a abandonnée,
rejetée totalement et pire encore mes enfants, au point que quand je suis
sur le lit, je ne trouve pas celui qui va m’acheter à manger». Elle
souligne que : «Dans tous ces moments, rien n’est plus difficile à
supporter que d’être rejetée par ses propres enfants. Pour mes enfants, je
suis une prostituée».
Dans la maison, Mme Ahoefa ne pourra pas trouver consolation auprès des
co-locataires qui eux aussi ont été mis au parfum par la fille de Mme Ahoefa.
«Certains, dit-elle, ont des bébés et quand je veux les porter,
ils trouvent des raisons pour me les arracher alors que moi aussi j’ai des
enfants dont le benjamin a 17 ans» et dans le quartier «quand les
gens discutent et que je veux m’approcher d’eux, ils se dispersent»,
continue-t-elle
Le
mari après avoir demandé à plusieurs reprises à sa femme en vain de vendre
son terrain pour se traiter, a franchi le rubicond en allant se renseigner
sur les cérémonies funéraires du village de sa femme afin de se préparer à
son décès. «C’était dans le mois de mars dernier, déclare-t-elle, mais
par la grâce de Dieu je suis toujours vivante aujourd’hui».
Face à l’hostilité de son entourage, Mme Ahoefa a trouvé auprès de l’Eglise
et d’une de ses amies, une oreille attentive et un soutien à toute épreuve.
A son retour de l’hôpital, elle a informé elle-même le prêtre de sa paroisse
et cette amie du résultat de son test. Cette dernière lui demanda si son
mari était au courant. Sans savoir que sa fille avait déjà informé ce
dernier, elle répondit par la négative. C’est donc cette amie et le prêtre
qui l’ont pris en charge au moment où sa propre famille l’a rejetée. «Grâce
à leur aide, dit-elle, j’ai commencé très vite le traitement puisque
j’ai fait le dépistage le 13 février et dès le 28 j’ai commencé par prendre
les médicaments». Si être séropositive seule ne suffisait pas et qu’en
plus il faut subir une torture morale surtout si cela émane de sa propre
famille, alors là il faut être doté d’une force de caractère et profondément
aimer la vie pour survivre.
L’escroquerie des ONG
S’il y a un secteur qui a connu une forte prolifération d’associations au
Togo ces dernières années, c’est bien le secteur du Sida. A la faveur de la
crise, beaucoup de gens se sont jetés dedans parce que, contrairement à ce
qu’on peut penser, c’est un secteur juteux et «facilement finançable»
par les bailleurs. Et pour bon nombre de ces nouveaux venus, le souci majeur
qui les guide c’est se remplir les poches.
Au
Togo, le coût des antirétroviraux (ARV) est de 4.000 F par mois, ce qui
n’est pas souvent à la portée de tous les patients. Hormis cela, les PVVIH
sont l’objet de plusieurs tentatives d’escroquerie de la part des ONG
censées les protéger. «Les ONG nous volent ; dit Mme Ahoefa, si tu
n’apportes pas l’argent on ne te vend pas les médicaments. Nous savons
qu’eux aussi se déplacent pour aller chercher les médicaments mais au moins
ils peuvent ne prendre uniquement que les frais de déplacement. Mais
certains réclament jusqu’à
15.000 F
pour vous faire les papiers et 1.000 F chaque fois avant de vous livrer les
médicaments. Si les choses vont continuer comme ça, ce n’est pas bon. Il
faut qu’ils aient pitié de nous».
Des accusations que reconnaît explicitement le président du Réseau des
Associations des PVVIH/Sida (RAS+) M. Dokla Augustin en affirmant que le
secteur est comme les autres secteurs de la société, il regorge en son sein
des brebis galeuses tout en promettant son assainissement. Mais pour
d’autres présidents d’ONG, leurs partenaires ne payent pas leur frais de
fonctionnement alors ils sont obligés de se faire payer les services qu’ils
rendent par ceux qui les sollicitent.
«Pour
m’obliger à toujours passer par eux, les ONG ont confisqué mes papiers.
C’est avec les photocopies que je suis en train de faire mes dossiers pour
bénéficier de la gratuité récemment décidée par le gouvernement»,
déclare-t-elle. C’est au cours de ces démarches que nous l’avons rencontré à
la Centrale d’Achats des Médicaments Essentiels et Génériques du Togo (CAMEG-Togo).
Si
les ONG ont une telle emprise sur ces PVVIH, c’est parce que hormis les
critères édictées par le Programme National de Lutte contre le Sida et les
IST (PNLS) à savoir présenter sa sérologie, son bilan contenant le CD4, la
biochimie et la première ordonnance, faire partie d’une ONG augmente ses
chances d’éligibilité à la gratuité des ARV. Des dossiers qui seront
transmis au comité thérapeutique présent dans les régions sanitaires du pays
ensuite au PNLS qui les dirigera à la CAMEG pour avoir accès aux
médicaments.
Aujourd’hui, la gratuité n’entraînera-t-elle pas la rupture des ARV comme on
l’avait connu, il y a de cela quelques mois et qui avait provoqué la
manifestation des PVVIH ? Non, répondent les employés de la CAMEG-Togo. «Nous
avons suffisamment de stocks pour ceux qui doivent en bénéficier et d’autres
commandes sont en voie d’acheminement», nous a confié un agent de la
Centrale. Mais au Togo, sur les 25.000 PVVIH qui ont besoin de ARV environ
7.000 vont bénéficier de cette mesure gouvernementale. Que vont devenir les
18.000 restants ? s’est par ailleurs interrogé M. Dokla.
L’espérance d’un vaccin en 2010
Mme Ahoefa, regrette que la maladie ne soit bien expliquée à la population,
ce qui fait que ceux qui en souffrent sont considérés comme des prostitués.
Elle estime que c’est l’une des raisons pour lesquelles ses enfants l’ont
rejetée. Aussi recommande-t-elle aux médias et au corps médical, au-delà du
boucan à l’approche de la journée mondiale de lutte contre le Sida de
s’atteler effectivement dans la sensibilisation.
Elle demande en particulier au corps médical de respecter le secret médical
en ne divulguant pas les résultats des tests au conjoint à l’insu du
patient, ce qui, dit-elle, est la cause de plusieurs ruptures de mariage.
Elle remercie les autorités togolaises et ses partenaires notamment le Fonds
Mondial qui ont contribué à ce qu’elle ait accès aux ARV pour se traiter. Ce
qui lui a permis à elle aussi de se traiter pour reprendre sa forme. Son
mari qui l’avait rejetée l’a de nouveau acceptée. A présent, elle reprend
goût à la vie et envisage reprendre son commerce. Elle demande aux autres
malades qui constituent «deux dossiers pour recevoir deux ration de
médicaments d’arrêter cette façon de faire, car dit-elle, cette maladie est
une maladie de malédiction et s’ils continuent comme cela ils ne seront pas
guéris».
Elle demande également aux autorités de réduire les frais d’analyses «plus
de
30.000 F
c’est trop si je n’avais pas de fonds de commerce, je ne pourrai pas les
supporter»,
dit-elle.
Elle recommande, en outre comme cela se fait dans certains pays voisins,
dit-elle, qu’à chaque fois qu’elles viennent prendre les médicaments qu’on
leur octroie, une enveloppe financière d’au moins 2.000 F et du savon pour
leur permettre de soulager un peu leurs besoins surtout alimentaires. Malgré
tout, Mme Ahoefa, reste confiante que «d’ici 2010 on trouvera un vaccin
au Sida qui leur permettra de se débarrasser définitivement de ces ARV qui,
selon ses dires, ne sont pas faciles à prendre et il suffirait de rater une
prise pour accroître la résistance du virus», conclut-elle.
Albert
Agbéko |