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Embellie entre l’UFC et la France ? Gilchrist Olympio n’est plus une personnalité indésirable à Paris
Liberté Hebdo #438 du 01 déc. 2008

Candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2010, le Président national de  l’UFC, Gilchrist Olympio, s’est lancé dans une bataille diplomatique pour que les réformes constitutionnelles et institutionnelles soient faites. Selon « La Lettre du Continent », il n’est « plus persona non grata en France ». En outre, il se préparerait à se conformer aux obligations de résidence sur le territoire national qui doit durer douze mois au moins.

Tractations diplomatiques de l’UFC

            Au lendemain des élections législatives du 14 octobre 2007, l’Union des forces de changement (UFC) ne cesse de multiplier les appels pour la mise en œuvre des points restés en suspens dans l’Accord politique global (APG). Il s’agit des réformes constitutionnelles et institutionnelles qui doivent baliser la voie à un scrutin présidentiel apaisé en 2010. Il en a toujours fait part lors de ses nombreux entretiens avec les autorités allemandes. Ces préoccupations étaient même à l’ordre du jour lors de la rencontre entre le Secrétaire d’Etat français chargé de la Coopération et de la Francophonie Alain Joyandet et Gilchrist Olympio le jeudi 25 septembre 2008. « Les sujets abordés ont porté essentiellement sur la nécessité des réformes institutionnelles et constitutionnelles et la question de l’insécurité. L’élection présidentielle étant l’élection la plus importante, c’est la période au cours de laquelle les frustrations, les intimidations, l’arbitraire et les conflits sont les plus fréquents », rapportait un communiqué du parti à l’issue de cette entrevue. Ainsi, le Secrétaire d’Etat a promis que « la France et lui-même s’investiront sans économie pour aider les Togolais à organiser une élection présidentielle juste et équitable et à reconstruire ensemble leur pays ». Selon RFI, Alain Johandet avait déclaré que « la France veillera à ce qu’aucun candidat sérieux ne soit empêché de se présenter comme Gilchrist Olympio l’avait été en 2005 ».

          Cette volonté de la France de voir s’organiser en 2010 au Togo un scrutin transparent a été réitérée par le Président français Nicolas Sarkozy à son homologue togolais Faure Gnassingbé lors de la visite de ce dernier à l’Elysée le 20 novembre 2008. Selon « La Lettre du Continent » N°553 du 27 novembre 2008, Faure est mis « sous pression de l’Elysée ». « Selon nos informations, le président Faure Gnassingbé a été vivement invité par l’Elysée à respecter les accords politiques signés en août 2006 avec l’opposition dans la perspective de l’élection présidentielle de 2010. L’opposant togolais historique en exil, Gilchrist Olympio, ne semble plus persona non grata à Paris…».

          La France ira-t-elle au bout de sa logique, celle d’un scutin juste et équitable en 2010 ? Ne s’agit-il pas d’une stratégie pour flouer l’opposition togolaise et l’endormir ? Le moment est-il venu pour que la France œuvre aux côtés du peuple togolais épris de changement ? Gilchrist Olympio est-il dorénavant dans les bonnes grâces de Paris ? Autant de questions que  se posent nombre de Togolais qui se remémorent les positions de l’Hexagone lors des précédentes joutes électorales.

Se conformer aux textes actuels

En décembre 2002, les « toiletteurs » ont introduit dans la Constitution togolaise des mesures discriminatoires, empêchant le leader de l’UFC d’être candidat à l’élection présidentielle de juin 2003. On se rappelle qu’il n’avait pas eu gain de cause en dépit des arguments juridiques qu’il avait brandis. Selon l’article 62, « Nul ne peut être candidat aux fonctions de Président de la République s’il (…) ne réside sur le territoire national depuis douze (12) mois au moins ». « Nous pensons modestement et concrètement que Gilchrist Olympio doit ériger officiellement dès maintenant Lomé en résidence principale en vue de cette échéance de 2010 en accomplissant les formalités administratives afférentes comme l’adresse postale, la déclaration de résidence fiscale, etc. », suggèrent Waste Aregba, Tido Brassier et Comi Toulabor dans un document rédigé le 26 avril 2008 et adressé au Secrétaire général de l’UFC avec copie au Président national.

De sources concordantes, le Président national de l’UFC serait en train de s’établir à Lomé pour se conformer aux textes en vigueur en attendant que les réformes institutionnelles et constitutionnelles se fassent. Connaissant bien ses adversaires politiques, il ne voudrait pas être pris de court au dernier moment. Pour certains, c’est ce qui expliquerait les travaux de réfection de l’ancienne maison de son père, sise au grand marché de Lomé. « Ça fait un bon bout de temps que les travaux ont commencé.  C’est la famille qui réhabilite la maison. Comme vous le savez, cette maison est dans le marché et il y a beaucoup de bruit. Il ne peut donc pas rester là. Il a une maison plus calme où il vit quand il revient à Lomé », explique un responsable du parti. Mais une autre source indique que cette maison est un endroit stratégique qui pourrait servir d’Etat major au parti lors de la présidentielle de 2010.

Mais l’UFC donne l’impression qu’elle est en léthargie pendant que le Rassemblement du peuple togolais (RPT) s’emploie depuis un certain à occuper le terrain. Utilisant parfois les moyens de l’Etat, ce parti est sur tous fronts. Le Président du RPT Faure Gnassingbé fait distribuer des cahiers à son effigie, offre des soins gratuits aux populations de la Région centrale. Certes, L’UFC n’a pas les mêmes moyens que le parti au pouvoir, mais le reste est une question d’organisation. « Par ses petits moyens, il peut être en contact permanent avec les Togolais en initiant des réunions d’information. Il faut informer régulièrement le peuple de ce qui se passe et penser à réorganiser sa base pour que ceux qu’il désigne pour le représenter dans les commissions électorales locales et dans les bureaux de vote ne vendent plus ses voix, comme ce fut le cas aux dernières élections législatives », propose un observateur de la vie politique togolaise. Car rien ne sert de courir, il faut partir à point.

R. Kédjagni


Pour mettre fin au conflit au sein du gouvernement : Un ancien Premier ministre sénégalais pour délimiter les domaines d’intervention de chaque ministre

Avant le séminaire gouvernemental de Kara, certains ministres du gouvernement Houngbo entretiennent un climat d’inimité. Le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locale, Pascal Bodjona et son collègue de l’Urbanisme et de l’Habitat Issifou Okoulou-Kantchati en seraient même venus aux mains à la Primature le 6 novembre dernier. La pomme de discorde : la supervision des marchés publics dans les grandes villes. Sans oublier le ministre d’Etat, ministre de l’Industrie, de l’Artisanat et des Innovations technologiques, Prof. Léopold Gnininvi et le ministre délégué à la Présidence chargé du Commerce et du Secteur privé, Guy Lorenzo, qui se sont chamaillés sur celui qui devrait occuper l’ancien ministère du Commerce et de l’Industrie sis en face de la Place des Martyrs.

De sources concordantes, ces différends auraient été aplanis lors de la retraite gouvernementale de la semaine dernière. Les deux ministres qui auraient fait usage de leurs tripes, auraient décidé d’enterrer la hache de guerre. Ils organisent d’ailleurs ce matin une conférence de presse conjointe pour brandir le trophée de la paix. Lire également à la page 4 les interviews dans lesquelles les deux « acteurs hollywoodiens » tentent de brouiller les pistes en reconnaissant des échanges houleux mais en rejetant le pugilat. Qui trompe qui? 

Pour que de telles choses ne se  reproduisent plus, les autorités togolaises ont pris des mesures. Elles auraient fait appel à un expert sénégalais qui va apprendre aux ministres l’art de gouverner. L’ancien Premier ministre sénégalais (3 juillet 1998-5 avril 2000), Mamadou Lamine Loum (56 ans), était à Kara pour prendre part au séminaire. A en croire certaines indiscrétions, c’est lui qui essaierait de délimiter les domaines d’intervention de chaque ministre du gouvernement Houngbo. Il devrait plancher sur tous les ministères et proposer des solutions pour qu’il n’y ait plus de collision au sein de l’équipe gouvernementale.

Est-ce à dire que les problèmes ne vont plus surgir ? La question reste posée dans la mesure où c’est le chef de l’Etat lui-même qui crée ces situations en éclatant des ministères aux fins de servir ses amis. L’autre préoccupation est de savoir s’il n’y a personne au Togo pouvant faire ce travail.

En rappel, Mamadou Lamine Loum est diplômé de la Faculté de droit et de l’Ecole nationale de la magistrature du Sénégal. Il fait toute sa carrière au Trésor public, Inspecteur d’abord, puis Trésorier général pendant huit ans et enfin directeur de 1991 à 1993. Considéré comme « un économiste rigoureux», il négociera avec succès le rééchelonnement de la dette de son pays avec le Club de Paris. Membre du Parti socialiste, il est Secrétaire d’Etat chargé du budget de juin 1993 à janvier 1998, puis Ministre des Finances de janvier à juillet 1998 avant de devenir Premier ministre la même année. Il est aujourd’hui consultant international.

R. K.


Retour sur un inoubliable séjour français des autorités : L’heure d’espérer a-t-il enfin sonné pour le Togo ?

            De tous les temps, la France, que ce soit sous Georges Pompidou, Valery Giscard d’Estaing, François Mitterrand ou Jacques Chirac, déroulait le tapis rouge au prédécesseur de Faure Gnassingbé, le Gal Gnassingbé Eyadèma quand il s’y  rendait en visite d’Etat. Aux grandes rencontres franco-africaines, le protocole réservait une place de choix au Président togolais, juste à la droite ou à la gauche du Président français, qui qu’il soit. C’était très facile à décoder.

Lors de la dernière visite de l’actuel Président de la République en France, du 18 au 22 novembre 2008, les Togolais se sont demandé si réellement c’était un Chef d’Etat togolais et en plus, Président du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), qui était en visite d’amitié et de travail en France. Beaucoup ont cru rêver et pour bien de ces Togolais, ils ne pouvaient pas mieux souhaiter et pour cause, la part belle faite aux dirigeants togolais et le soutien à eux apporté par l’Elysée, ont toujours été interprétés par les dirigeants togolais eux-mêmes comme un feu vert de l’ancienne métropole pour tenir d’une main de fer et brimer comme bon leur semblait, le peuple dont ils ont la destinée.

Sans doute, c’était cela, le traitement voulu pour ces pauvres Togolais qui n’avaient besoin d’aucun égard ni de la part de Mitterrand, ni de la part de Chirac. Ce qu’ils ne se faisaient d’ailleurs pas prier pour faire et d’ailleurs « trop bien ». Naturellement, Eyadèma n’en avait pas mieux demandé pour opprimer avec une rare cruauté ce petit peuple aux immenses potentialités de développement et d’épanouissement. En matière de dilapidation des ressources du Togo, tout y passait, à telle enseigne que, le pays se retrouve aujourd’hui dans l’état de délabrement avancé, d’opacité de gestion, de mauvaise gouvernance, d’absence de démocratie et de violation des droits de l’homme qui sont ses marques distinctives léguées comme héritage.

Pour rappel, c’est particulièrement sous les régimes Mitterrandien et Chiraquien que le peuple togolais aura le plus subi les pires injustices, les pires exactions et les pires atrocités du régime Eyadèma avec des modifications unilatérales de constitution, etc sans jamais se voir reprocher quoi que ce soit. Signalons que Chirac avait été en 1999, la caution pour garantir le départ de son « mentor » Eyadèma du pouvoir en 2003, mais curieusement c’était le même Chirac, sans pudeur qui félicitera le premier son « ami personnel » Togolais «réélu » en 2003 après des élections auxquelles il était censé ne pas se présenter.

Echos d’une visite d’amitié et de travail

          Pour la première fois, le régime RPT aura subi une véritable douche écossaise à Paris. Plusieurs médias tout comme LIBERTE, en avaient fait échos la semaine dernière dès le retour de la délégation togolaise. Même à l’aéroport, malgré l’absence de Nicolas Sarkozy pour l’accueil, il n’y avait pas eu d’officiels français pour recevoir le PR togolais à sa descente d’avion.

          Par ailleurs, la rencontre entre le Président Nicolas Sarkozy et Faure Gnassingbé que nous avions évaluée à une vingtaine de minutes dans notre parution de lundi dernier, n’aurait d’ailleurs même pas eu lieu et en lieu et place de Sarkozy, c’était un autre collaborateur du Président français qui aurait reçu le PR togolais et qui se serait chargé de transmettre à ce dernier les desiderata de la Présidence française, se résumant principalement en : BONNE GOUVERNANCE, RESPECT ET SECURITE DES OPPOSANTS, RESPECT DES DENIERS PUBLICS ET TRANSPARENCE DES PROCHAINES ELECTIONS PRESIDENTIELLES A VENIR.

          La déception du Président togolais aurait été si grande que les rencontres prévues avec les opérateurs économiques français et avec la colonie togolaise en France ont été annulées. Il était prévu que Faure participât au sommet de Strasbourg, sommet auquel Blaise Compaoré, le PR du Faso avait aussi pris part à l’occasion de son séjour français où il fut reçu longuement par le maître de l’Elysée en personne. Ce rendez-vous également fut annulé in extremis. Selon les informations que nous avons reçues, le week-end dernier, la seule rencontre de N. Sarkozy et de F. Gnassingbé se limite à la photo prise sur le perron de l’Elysée. Autre chose, le Président togolais aurait sollicité une rencontre avec le Secrétaire Général de l’Elysée, Monsieur Claude Gueant, qui aurait décliné la demande.

          Selon un observateur avisé de la vie politique togolaise, le Président Faure Gnassingbé pensait sûrement que « les réformes démocratiques cosmétiques », c’est son expression, qu’il avait engagées, suffisaient pour lui ouvrir le salon doré de l’Elysée; mal lui en a pris. Tous les Togolais doivent se poser la question de savoir pourquoi, ni TOGO-PRESSE, ni la TVT n’ont pas eu à présenter l’image d’un tête-à-tête Faure Gnassingbé-Nicolas Sarkozy.

Sarkozy, pour polir un peu l’image de la France ?

          Tout porte à croire que le Président Nicolas Sarkozy est décidé à soigner un peu l’image de la France suffisamment écornée par les relations assez douteuses que son pays entretient depuis des décennies avec les dictatures africaines oppressantes qui comptent toujours sur le louche appui offert jusque-là par la France des Mitterrand et Chirac pour ne jamais avoir des visages humains dans la gestion de leurs peuples respectifs. La France sous Nicolas Sarkozy est-elle décidée à désillusionner les régimes irrespectueux de la démocratie, des droits de l’homme, de la bonne gouvernance ? On peut s’aventurer à le croire.

Tout porte à croire que Sarkozy est un homme de convictions et de principes. Déjà au lendemain de son accession à la magistrature suprême, il avait fait quelques promesses dans le cadre de l’amélioration des relations France-Afrique. N’est-ce pas cela qu’il est en train d’amorcer via le Togo, pays qui a toujours donné les mauvais exemples en Afrique ?

Nous pensons que la fermeté avec laquelle Sarko observe le régime en place au Togo et la vigilance avec laquelle il suit ses faits et gestes, ne peuvent constituer rien d’autre que du baume au cœur des millions de Togolais affamés et essoufflés par des gens qui n’ont aucune réelle volonté de servir leur peuple et d’oeuvrer à son mieux-être. Leur unique prière quotidienne semble se résumer à : « France, notre unique déesse, nous faisons en sorte que tu ne te fâches jamais avec nous, afin que nous puissions toujours avoir ton soutien, dans les mauvais actes que nous posons tous les jours contre ce peuple, le seul soutien qui vaille la peine. L’Amérique, cette première puissance mondiale ou l’Allemagne, l’ancienne puissance colonisatrice, peuvent nous détester, nous haïr, pourvu que toi seule, France, tu sois toujours notre soutien,  amen ! ».

Pourquoi cela doit-il bouger au Bénin à côté, au Mali, et même au Burkina-Faso qui sont eux aussi, des pays issus de la colonisation française, mais que ce petit pays nommé Togo, doit être maintenu constamment dans cet état morbide et presque en esclavage par une petite minorité qui ruine le pays au quotidien et n’arrête pas de s’en mettre plein les poches ? Les ressources du pays ne doivent-elles pas profiter à tous ses fils ?

Si les Togolais et les Africains en général sont désespérés et ne nourrissent plus le moindre espoir aujourd’hui, de sortir de leur désespoir, et vivent presque dans la résignation, c’est par la faute de la France de ces quarante dernières années, une France dont tout le monde parle en mal en Afrique, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. Une France qui s’est mise à dos tout un continent, rien qu’à cause des forfaitures de quelques-uns de ses Chefs d’Etat véreux.

En attendant, les Togolais disent merci à Nicolas Sarkozy et à son équipe, si leur libération doit venir de lui et si c’est réellement le début de la libération du peuple togolais.  L’heure d’espérer et la fin de la récréation semblent-elles  sonner enfin pour le peuple togolais et pour le camp des prédateurs ? Les Togolais veulent y croire.

Pour l’heure, après avoir pris la température des nouvelles relations France-Togo cette fin d’automne à Paris, Faure Gnassingbé et son équipe auront intérêt à se mettre à la tâche  pour atteindre les résultats attendus.

A. S.

 

 
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