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La cause du
statu quo togolais c’est le manque de volonté politique. Les autorités
politiques n’ont jamais voulu respecter les lois et textes qu’ils ont
eux-mêmes promulgués. Feu Gnassingbé Eyadema avait donné corps à la Cour des
Comptes prévue par le Titre VII de la Constitution mais n’avait pas procédé
à sa mise en place officielle. Une institution qui ne fait pas aussi partie
des priorités de son successeur Faure Gnassingbé. Il a fallu des réactions
de certains acteurs politiques et économiques avant que son pouvoir n’y
pense timidement.
Ce que dit
la Constitution
Selon l’article 107 de la Constitution togolaise,
la Cour des Comptes juge les comptes des
comptables publics. Elle assure la vérification des comptes et de la gestion
des établissements publics et des entreprises publiques. Elle assiste le
Parlement et le Gouvernement dans le contrôle de l’exécution des lois de
finances. Elle procède à toutes études de finances et de comptabilité
publique qui lui sont demandées par le Gouvernement, l’Assemblée nationale
ou le Sénat. En plus, elle établit un rapport annuel adressé au Président de
la République,
au Gouvernement et à l’Assemblée nationale et dans lequel elle fait état,
s’il y a lieu, des infractions commises, et des responsabilités encourues.
La Cour des Comptes est composée du Premier
président, des présidents de chambre, des conseillers-maîtres, des
conseillers référendaires et d’auditeurs. Seuls des juristes de haut niveau,
des inspecteurs de Finances, du Trésor et des impôts, des
économistes-gestionnaires et des experts comptables ayant une expérience de
quinze (15) ans au moins, peuvent être élus ou nommés à
la
Cour des Comptes (Article 109).
La Constitution
prévoit en outre qu’une loi organique devra déterminer l’organisation et le
fonctionnement de
la Cour des Comptes.
C’est ce qui a été fait par la
loi organique N°98-014 du 10 juillet 1998 portant organisation et
fonctionnement de
la
Cour des Comptes (Confère Journal officiel de la République togolaise N°20
bis du 13 juillet 1998). Cette loi a été délibérée et adoptée par la
première législature de l’ère démocratique avant que le chef de l’Etat
d’alors, le Général Gnassingbé Eyadema, ne la promulgue.
Ce que dit la loi organique
En
ce qui concerne l’organisation de la Cour des Comptes (article 2), il faut
retenir qu’en dehors des dispositions constitutionnelles, les présidents de
chambre au nombre de trois (3), sont désignés parmi les conseillers-maîtres
par le président de
la République. Les
conseillers-maîtres au nombre de dix (10) sont ainsi choisis : quatre (4)
personnalités élues par l’Assemblée nationale ; trois (3) inspecteurs des
services financiers proposés par le Premier ministre ; trois (3)
fonctionnaires du ministère des Finances proposé par le ministre des
Finances. Le procureur général et les avocats généraux au nombre de (3),
sont proposés par le ministre de la Justice. Le premier président, le
procureur général, les avocats généraux, les présidents de chambre et les
conseillers-maîtres sont nommés par décret en conseil des ministres. Les
conseillers référendaires au nombre de quatre (4) et les auditeurs au nombre
de neuf (9) au moins, sont nommés par le président de
la République
sur proposition du Premier ministre après avis du ministre des Finances et
avis favorable de l’Assemblée nationale.
Les attributions de
la
Cour des Comptes sont multiples. Selon l’article 11, elle assure la
vérification des comptes et la vérification de la gestion des collectivités
publiques, établissements publics, entreprises publiques ainsi que des
institutions de sécurité sociale et de tous les organismes à caractère
public ou semi-public quel que soit leur statut juridique ou leur
dénomination. Elle contrôle tous les organismes recevant sous quelque forme
que ce soit une aide de l’Etat, des collectivités territoriales ou des
organismes mentionnés à l’article 11 de la présente loi ainsi que ceux dans
lesquels l’Etat, une collectivité territoriale ou l’un des organismes
mentionnés à l’article 11 ci-dessus ont pris une participation. En outre,
elle peut exercer un contrôle du compte d’emploi des ressources collectées
auprès du public par les organismes faisant appel à la générosité publique
nationale ou étrangère afin de vérifier la légalité, la régularité et la
conformité des dépenses engagées aux objectifs poursuivis par l’appel à la
générosité publique.
Dans le cas des fautes de
gestion,
la
Cour statue soit d’office, soit à la preuve du ministre ou de l’autorité
compétente sur les faits relevés à la charge des personnes mises en cause.
Le Président de
la Cour peut, dans tous les cas, prescrire une
enquête administrative préalable. Dans chaque cas, le président de
la Cour désigne un magistrat chargé de
l’instruction. Dès l’ouverture de l’instruction, la personne mise en cause,
avisée par lettre recommandée avec accusé de réception, peut se faire
assister du mandataire de son choix.
De plus,
la
Cour examine les opérations effectuées en deniers et en valeurs ainsi que
les documents justificatifs des recettes et des dépenses portant sur le
budget général, les budgets annexes et les comptes spéciaux du Trésor. Elle
procède à l’examen des comptes, bilans et documents, en tire toutes
conclusions sur les résultats financiers et la qualité de la gestion.
Manque de volonté
Il
y aurait eu l’amélioration de la gouvernance économique au Togo, si feu
Gnassingbé Eyadèma et son Premier ministre d’alors, Kwassi Klutsè étaient
allés jusqu’au bout. A cause du manque de volonté, ils n’avaient pas mis sur
pied cette Cour des Comptes qui était ébauchée par la loi organique.
Pourtant, à chaque occasion, le Général Président n’hésitait pas à épiloguer
sur les concepts de bonne gouvernance, de lutte contre la corruption.
«
Persuadé que la corruption vieille comme le monde peut être combattue
pour en réduire l’impact, le Président de
la
République s’adressant aux membres du gouvernement, le 8 janvier
2001, a
indiqué les principaux axes dans lesquels l’équipe gouvernementale et la
nation tout entière devront orienter leurs actions en vue de permettre à
notre pays de retrouver le chemin de la croissance économique et de
poursuivre l’œuvre de reconstruction nationale. Au nombre de ces axes
prioritaires figure au premier plan, la lutte contre la corruption, ce fléau
qui gangrène l’administration, les entreprises publiques et l’économie.
C’est ainsi que le 14 janvier 2001, dans son message à la nation, le
président de
la République,
avant de décréter 2001, année de lutte contre la corruption, a vivement
déploré la mauvaise gestion qui règne au Trésor Public, devenu un gouffre où
se volatilisent les recettes de l’Etat, rendant impossible le paiement des
salaires des agents de l’Etat », lit-on dans le rapport 2001 de
la Commission
anticorruption d’Assiongbo Folivi. Au lieu de donner suite à la loi qu’il
avait lui-même promulguée, il avait préféré mettre en place par, décret
N°95/PR du 09 mars 2001, la Commission nationale de lutte contre la
corruption et le sabotage économique (CNLCSE). Un véritable instrument de
règlement de compte. Cette commission ne s’était attelée qu’à traquer les
menus fretins alors que les gros pontes et les protégés du régime courraient
fièrement la rue. Il y a même des personnalités qui, bien que mises en cause
dans les différents rapports, ne sont jamais inquiétées et sont toujours aux
affaires.
Même sous Faure Gnassingbé, celui qui a promis faire les choses autrement,
l’institution de
la Cour des Comptes n’est qu’à l’étape des
discours. Les différents Premiers ministres qui se sont déjà succédé l’ont
souvent annoncée dans leur discours-programme. Mais ils ne se sont jamais
exécutés. Sur la question de la lutte contre la corruption, Faure et son
gouvernement incarnent seulement le paraître. Des effets d’annonce pour
mystifier les partenaires au développement. La semaine dernière, le sieur
Foilivi a fait lire sur les médias publics un long communiqué, faisant le
bilan de sa participation à
la
Conférence d’Athènes sur la lutte contre la corruption Et puis après ? C’est
le manque de volonté.
R. Kédjagni
Reprise de la coopération de l’UE avec le Togo : Leçon apprise : les Blancs
n’ont que faire du bonheur des Africains
Louis Michel, commissaire européen au développement et à l’action
humanitaire est passé au Togo tout récemment « faire son faro »,
comme disent les Ivoiriens. Comme il l’avait toujours fait sans ménagement
depuis 2005, et sur un air de provocation à l’égard de l’Opposition et du
peuple, il a vertement affiché lors de son dernier voyage au Togo et à
l’occasion de la table ronde de Bruxelles, son penchant pour le pouvoir
togolais, au mépris de la neutralité qu’un diplomate de son rang se devait
d’observer vis-à-vis des protagonistes d’une crise.
Ceci est d’autant plus manifeste, que Louis Michel n’a laissé personne
indifférent. Ses prises de position tranchées ont même poussé entre-temps,
le leader de l’UFC, le principal parti de l’Opposition, à adresser une
correspondance à
la Présidence
de l’institution européenne, pour lui exprimer sa surprise et son
indignation. De mauvaises langues ont parlé de commission perçue du pouvoir
en place, par le commissaire. D’autres encore soutiennent que l’UE était
pressée de liquider le cas togolais qui n’en finissait pas de lui coûter des
sous, du temps et des efforts non récompensés. Le Togo n’étant pas le seul
pays dont il fallait s’occuper, il fallait en finir le plus vite possible
sur la base des prétendus 22 engagements.
Pour notre part, nous sommes beaucoup plus porté à croire à la dernière
hypothèse qu’à la première. Car l’Union Européenne est une institution trop
importante aujourd’hui avec près d’une trentaine d’Etats pour croire que,
Louis Michel, agissant pour le compte de l’UE, sans le quitus de celle-ci,
puisse se laisser guider par ses propres humeurs et pulsions sans être
désavoué sèchement, ni par des Etats membres à titre individuel, ni par
la Présidence
elle-même.
Saluer la fin de l’illusion
Faire contre mauvaise fortune,
bon cœur. Telle doit être la formule que les Togolais ou les Africains en
général qui ont suivi de très près le chemin parcouru par le Togo (et dans
une certaine mesure,
la
RDC) sous la sanction de l’UE, du temps de Gnassingbé père à la période
Gnassingbé fils (1993 à 2008). Les Togolais ont été floués, bernés
d’illusions, poussés à focaliser toute leur attention sur un hypothétique
futur proche reluisant et prometteur, grâce à de fictives bienveillance et
humanisme dont serait porteur l’Homme blanc, futur reluisant qui ne viendra
d’ailleurs jamais.
C’était Mitterrand qui avait donné le ton avec son fameux discours de
la Baule pour le compte de
la France. Mais
là, les Africains avaient vite fait de comprendre qu’il n’y avait rien à en
attendre. Cet espoir déçu sera reporté sur toute la Communauté européenne
(UE). Mais là encore, il faudra beaucoup de patience et de persévérance pour
voir le vrai bout du tunnel qui permet aux Togolais et aux Africains de se
désillusionner.
Le
peuple togolais, les leaders et les militants de l’Opposition de 2008 ne
seront heureusement plus jamais ce qu’ils avaient été jusqu’au début des
années 90 et un peu au-delà. C’est-à-dire des gens qui par le passé et avec
raison, croyaient aux « discours salvateurs » dont l’Occident était
porteur, ne le feraient plus pour rien au monde aujourd’hui, ni demain. Ce
n’est pas rien. Un proverbe togolais illustre si bien cette situation : «
Dekpo ye nyi assia ». Cela signifie qu’il faut être allé au marché pour
savoir si les affaires y marchent bien ou non. En d’autres termes,
l’expérience fait la différence.
Aujourd’hui, amusez-vous à parler d’espoir fondé sur le Blanc, à un paysan
togolais ou à votre grand-mère ou grand père illettrés. Ils vous répondront
sans bégayer : « Oubliez ces chiens rusés et occupez-vous de
vous-mêmes ! ». Une chose est sûre de nos jours, les Togolais ont
compris qu’ils ont fait un long chemin de croix de 15 ans qui ne leur a
concrètement rien rapporté du point de vue matériel et de bien-être en
général. Mais au moins sur le plan métaphysique, ils auront beaucoup appris
pour l’avenir. Ils se sont sans nul doute au moins fortifiés mentalement.
Fini donc l’illusion ! Vive la désillusion !
Les 22 engagements de l’UE
Au
regard de toutes les comédies et provocations de Louis Michel et de son
Union Européenne, on est en droit d’émettre des doutes par rapport au
sérieux de la signature des 22 engagements du 14 avril 2004 par le
Gouvernement de Koffi Sama. S’il faut prendre en compte l’analyse de
certains compatriotes qui avaient fini par comprendre que l’UE était décidée
à en finir à tout prix rapidement avec le Togo et son interminable crise,
pour pouvoir s’occuper d’autres choses, nous sommes fondé croire que ces
fameux 22 engagements seraient un arrangement entre les autorités togolaises
et l’UE.
Ce
raisonnement pour nous se fonde sur la facilité avec laquelle le contenu
somme toute, coercitif des engagements a été accepté par le pouvoir du Gal
Eyadèma qui était réputé, en « bon Général », ne jamais céder devant
des impositions à allure d’humiliation. Et les 22 engagements en étaient
une.
Ces
raisons sont également à trouver dans le respect approximatif dont a fait
preuve chemin faisant, le pouvoir en place dans la mise en œuvre de cet
accord d’avril
2004. A
plusieurs reprises, il y a eu des déviations dans le respect strict des
textes, mais on a eu l’impression que le partenaire qu’était l’UE, semblait
volontairement fermer les yeux sur quelques aspects. Et pourtant, c’était
écrit noir sur blanc. Le pouvoir se permettait de faire l’interprétation
qu’il voulait. Et l’Opposition togolaise aura beau protester.
A
titre illustratif, nous citons : l’engagement 1.2, l’engagement
1.6, l’engagement 3.3, l’engagement 3.4. Signalons que
déjà avec l’engagement 1.1, avaient commencé les problèmes. Il y
avait eu mésentente entre l’Opposition et le pouvoir, quant à ce qui
concerne l’expression « dans un cadre structuré et transparent
».
Le
processus par lequel l’annonce de la reprise de la coopération a eu lieu,
c’était comme si l’UE avait évité tout juste en 2004, de dire aux Togolais :
« Eh, nous sommes fatigués de vous, allez-y faire comme vous voulez !
Battez-vous, si vous le voulez ! Le peuple peut crever de faim ». A
notre humble avis, c’est cela les 22 engagements que Louis Michel a fait
avancer et liquider rapidement avec sa position de grand défenseur de la
cause du Togo et dont il semble se réclamer. Car pas grand’chose n’a changé
dans le pays.
Les problèmes togolais préoccupent-ils vraiment l’UE ?
Nous ne le croyons p as vraiment. Si les autorités togolaises étaient
certaines que nos problèmes préoccupaient réellement l’Union Européenne,
nous parions que le pouvoir de Faure n’aurait pas brandi aux Togolais en
septembre
2008 M.
Houngbo, ce cadre des Nations Unies comme Premier Ministre, et tel un oiseau
rare déniché de justesse et laborieusement pour rassurer les bailleurs de
fonds, puis, le temps d’un folklore, donner l’impression qu’il n’y a rien à
attendre de celui-ci et qu’il n’a rien de plus que ses prédécesseurs à
apporter au Togo, puis, le faire descendre en douceur dans les oubliettes.
Les
problèmes togolais ne préoccupent pas l’UE, sinon comment comprendre que le
Président de
la République
puisse, à un moment où la population souffre avec un niveau de vie très bas
et où difficilement, certains ont accès à trois repas par jour, injecter
plus d’un milliard de francs CFA dans l’achat d’une voiture présidentielle ?
Ce que l’un des ministres du Gouvernement Houngbo justifie comme étant
normal, car il en va de la sécurité du Président . C’est dire que ces gens
n’ont rien compris et ne changeront pas.
Et
puis des ponts attendent d’être reconstruits. Le pouvoir togolais doit-il
montrer qu’il faut toujours se rabattre sur les aides extérieures pour
développer le pays, au lieu d’adopter une politique de rigueur et
d’austérité ? On a l’impression que le pouvoir n’attend tout que de
l’extérieur, au lieu de remettre tout le monde au travail par le sérieux
dans le travail et la gestion du bien commun. Il n’y a qu’à se rappeler les
100 millions détournés par un ministre de l’actuel gouvernement et son DG,
alors que l’on fait appel à la confiance des bailleurs de fonds,
détournement face auquel aucune initiative du gouvernement, ni du chef de
l’Etat pour une clarification. N’est-ce pas suffisamment clair que nos
problèmes ne préoccupent pas vraiment l’UE et que cette institution ne fait
que semblant de s’occuper du bien des Togolais ?
Si
les problèmes togolais préoccupaient l’UE, on ne retrouverait pas sur la
plage de Lomé, le corps d’Atsutsè Agbobli, dans des conditions si
rocambolesques, et à un moment où l’on parle de réconciliation nationale et
de fin de l’impunité. Et puis, dire que des autorités ont eu des réactions
complètement déplacées qui ne sauraient les disculper dans cette affaire, si
jamais demain elle devra être portée devant un tribunal international comme
par exemple celui de
la Haye.
En
tout état de cause, il faut se réjouir que les Togolais à travers leurs
longues années d’illusions, ont fini par comprendre aujourd’hui qu’ils ont
beau se dire civilisés, les Blancs ne sont pas en mesure de rechercher le
bonheur de l’Africain. Mais, comment réussir un jour à faire en sorte que la
peur change de camp et que l’Opposition mérite respect de la part du pouvoir
par le biais de l’équilibre des forces ? C’est une grande interrogation dont
la réflexion mérite d’être poursuivie pour mettre fin à la grande pagaille
des pouvoirs publics que l’Occident ne cesse d’encourager dans ses
dérives.
Alain Simouba |