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Monsieur
Tchodiyè, distributeur ambulant de Sida ? L’affaire qui fait grand bruit à
Kara |
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AgoraPress - Par
Mathias Akoulansa |
Kara - Le 21 Nov. 2008
- Jamais,
nouvelle n’a connu autant de spéculations et d’altérations grâce au génie de
la rumeur à Kara. Depuis plus de quatre semaines maintenant, il y a à Kara
une histoire qui fait grand bruit. Monsieur Tchodiyè, distribuerait
volontairement le sida à toutes ses partenaires sexuelles. Déféré depuis la
fin du mois d’octobre 2008, les habitants de Kara ont trouvé sujet à
commérages. De quoi s’agit-il en fait ?
Monsieur
Tchodiyè est charcutier. Pour ceux qui ont séjourné à Kara, il s’agit de ces
messieurs qu’on voit généralement au bord des rues revendre de la viande
préparée et fumée de porc. C’est une viande appréciée à Kara surtout
lorsqu’elle s’accompagne de la boisson locale, le tchoucoutou,
préparée à base du sorgho. Monsieur Tchodiyè exerce juste en face du terrain
municipal de la ville non loin du commissariat central. Il est aussi
tenancier de deux bars.
Depuis donc
plusieurs semaines, il est déféré à la prison civile pour transmission
délibérée et volontaire du VIH Sida à plusieurs de ses partenaires
sexuelles. Les rumeurs qui se tissent et s’enflent autour de cette histoire
sont des plus invraisemblables, variant d’une personne à une autre. On
raconte que monsieur Tchodiyè, sachant qu’il est séropositif, a décidé de
coucher avec le plus de filles possibles pour les contaminer à son tour,
histoire de ne pas "mourir seul". Les chiffres sont tout simplement
impressionnants : plus de 40 filles du lycée Kara I, 17 femmes au foyer,
plus de 60 filles en ville et la moitié des étudiantes de l’Université de
Kara. Il faut dire que tous ces chiffres varient d’un reporter à un
autre. Il semblerait qu’il ait dressé une longue liste de toutes ses
conquêtes. Une autre version raconte que monsieur Tchodiyè
s’approvisionnerait en ARV depuis Lomé plutôt qu’à l’AED, (Association
Espoir Demain) association de prise en charge des personnes vivants avec le
VIH à Kara, pour que personne ne le sache.
Comment cette histoire a-t-elle éclaté ?
Monsieur
Tchodiyè est passé champion dans l’art de répudier ses épouses. Il en a déjà
répudié trois. Et à tous les coups, la gendarmerie a été mêlée. Cette
fois-ci il tentait de répudier sa dernière épouse qui ne voulait pas quitter
le domicile conjugal. Il aurait dégondé la porte et la fenêtre de la chambre
à coucher de son épouse. Cela n’est pas venue à bout de la ténacité de son
épouse qui pour se faire justice est allée se plaindre à la gendarmerie.
Celle-ci voulant comprendre pourquoi monsieur Tchodiyè répudiait toujours
ses femmes, a fini par découvrir aux dires du monsieur qu’il est
séropositif. En fait s’il couche avec les femmes sans préservatif, c’est
qu’il désire avoir des enfants. Il sait que la médecine peut éviter qu’à la
naissance les enfants soient contaminés. Son seul désir c’est d’avoir les
enfants. La rumeur continue en disant que monsieur Tchodiyè a été jugé et
condamné à 28 ans de prison ferme. D’autres vont jusqu’à trente ans.
L’épouse qu’il
tentait de répudier a fait grands bruits autour de cette histoire. Résultat,
celles avec lesquelles monsieur Tchodiyè a couché depuis plusieurs années,
ont débarqué chez lui pour lui faire sa fête.
Voici en
quelque sorte la version selon les rumeurs de l’affaire Tchodiyè.
Mais le
procureur près le tribunal de la cour de première instance de Kara, approché
a reconnu qu’il est vrai que le sieur Tchodiyè est séropositif ; il est
aussi vrai qu’il a couché avec plusieurs filles sans préservatif. Il s’agit
de voir s’il l’a fait dans une intention criminelle ou comme il le dit il
voulait à tout prix avoir un enfant.
Le dossier est
en pleine instruction et le procès ne s’ouvrira peut-être qu’en janvier ou
février de l’an 2009. S’agissant du verdict qui condamnerait le sieur
Tchodiyè à 30 ans de prison ferme, tout est faux. Le procès de monsieur
Tchodiyè n’a pas encore eu lieu et la population fait confusion entre déféré
et condamné. Après une garde à vue de 36 heures, monsieur Tchodiyè a été
plutôt déféré à la prison civile où il attend son procès. Quant à la
prétendue liste des partenaires victimes de monsieur Tchodiyè, le procureur
a déclaré n’avoir connaissance d’aucune liste. Il a ajouté que le sieur
Tchodiyè serait souffrant actuellement en prison et il ignore s’il tiendra
le coup avant son procès.
L’autre vérité,
a dit le procureur, c’est que monsieur Tchodiyè n’a su qu’il a la maladie
que depuis janvier 2008 à la suite d’une longue maladie. Or ses partenaires
sexuelles de depuis cinq ans l’accusent de les avoir contaminés. Le
procureur précise que les médecins affirment être capables de déterminer
approximativement, la date d’infection de monsieur Tchodiyè. Cela
probablement aidera lors du procès.
L’affaire
Tchodiyè pose là deux grands problèmes : la question de sensibilisation et
la prise en charge des incarcérés vivant avec le VIH Sida.
La
sensibilisation n’aborde souvent pas la notion de la procréation des
personnes vivant avec le VIH Sida. Peuvent-elles malgré leur état procréer
sans infecter leur partenaire ? Les campagnes de sensibilisation et les
spots publicitaires à travers les médias n’abordent pas la question.
Pourtant ce serait salutaire d’informer les personnes vivant avec la maladie
sur les chances qu’elles sont de procréer. On sait déjà qu’une mère
séropositive enceinte, à la naissance, si l’accouchement est fait par des
professionnels, ne risque pas de contaminer son enfant. Mais qu’en est-il
des personnes sans enfants vivant avec la maladie qui désirent avoir un
enfant ?
Le second
problème est celui de la situation des prisonniers vivant avec le VIH Sida.
Qu’est-ce qui est fait en faveur d’eux ? Existe-t-il des structures
particulières pour eux ou sont-ils laissés à eux-mêmes ?
Il est temps
que les programmes de prise en charge des personnes vivant avec le VIH Sida,
se penchent sur les questions. |
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