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Politique d’apaisement au Togo : Me Jean Yaovi Dégli est
rentré au bercail après 16 ans d’exil |
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AgoraPress - Par Alain Nococo |
Lomé le 16 Nov. 2008 - Maître Dégli, le jeune opposant au régime de dictature de feu président
Eyadema des années 90 a retrouvé sa terre natale le mardi 11 novembre dernier après 16 ans
3 mois et 24 jours passés hors de son pays.
Au lendemain de son retour, il a
animé une conférence de presse à l’hôtel Excellence à Lomé. Devant la
presse nationale, il a tenu à remercier les autorités togolaises pour avoir
facilité son retour, ce qui, selon lui, n’était pas possible il y a quelques
années.
Revenu pour des raisons familiales et professionnelles, sa maman prenant de
l’âge, Me Jean Dégli a déclaré qu’il ne s’engagerait pas dans la politique
ou ne militerait pas dans un parti politique à cause de Sa casquette de défenseur des
droits de l’hommes.
Les propos de l'ancien president de l'association togolaise de lutte contre
la torture, ancien ministre et
porte-parole du gouvernement de transition dirigé par Kokou Koffigoh
viennent contredire les rumeurs qui avaient circulé quelques jours
auparavant à Lomé faisant état de ce que ce dernier revenait pour apporter son
soutien à l’ancien premier ministre Agbéyomé Kodjo qui a déjà annoncé sa
candidature à l’élection présidentielle de 2010.
Après avoir pris le pouls de la situation qui prévaut au Togo, Me Jean Dégli serait reparti
pour la France où il est actuellement avocat. Va-t-il préparer son retour définitif?
Déjà les propos élogieux qu’il a
tenus à l’endroit des autorités togolaises actuelles suscitent toutes sortes
de commentaires à Lomé;
En 2004 Maître Dégli a fait beaucoup parlé de lui dans un conflit resté non
élucidé qui l'a opposé au Sénégalais Adama Dieng, Président du Tribunal
Pénal International pour le Rwanda, qui amènera ce dernier à exclure
l'avocat togolais du TPIR.
Togoforum.com à l'époque avait accordé une interview en audio à Maître Dégli

Nous vous proposons la déclaration qui a faite lors de cette conférence de
presse. |
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« Sentinelle ! Que dis tu de la nuit ? La nuit est longue mais le jours vient »
Togolaises, Togolais ; Mes Chers Compatriotes, c’est par ces mots que le 27
Avril 1960, le premier Président et père de l’Indépendance du Togo, Sylvanus
OLYMPIO, ouvrait à notre pays la voie d’un Etat libre. Cet homme dont mon père
feu Gabriel Anani DEGLI a été un des collaborateurs puisqu’il fut l’un des
dirigeants du Comité de l’Unité Togolaise (CUT) à Kpalimé et fut même parmi les
12 jeunes appréhendés et incarcérés parce qu’ils auraient voulu venger la mort
du père de l’indépendance.
C’est également par ces mots que je voudrais proclamer la fin de ces 16 ans 3
mois et 24 jours d’exil. En effet, c’était le 19 Juillet 1992 que j’ai quitté la
Terre de nos Aïeux pour une mission de 21 jours qui devait me mener aux
Etats-Unis et en Europe. J’espérais à l’époque que la persécution dont j’étais
l’objet prendrait fin rapidement et que je pourrai revenir au pays. J’en étais
tellement persuadé que lorsqu’au Département d’Etat américain, Monsieur John
Lewis le Directeur de Cabinet de Herman Cohen (alors chargé aux affaires
africaines) m’avait demandé si j’entendais solliciter le statut de réfugié, je
lui avais dit un non catégorique. Hélas, je n’en reviendrai jamais pendant plus
de 16 ans, les différentes tentatives de revenir au bercail ayant été toujours
découragées par les actes de persécution et d’intimidation à répétition dont ma
famille et/ou moi-même étions l’objet.
C’est aussi avec ces mots pleins d’espoir que je voudrais renouveler à mes
compatriotes Togolais que quelle que soit la longueur de la nuit et des
ténèbres, le jour et la lumière ne sont jamais loin si nous restons fermes dans
notre volonté de travailler pour ce faire.
D’abord et avant tout, qu’il me soit permis de remercier Dieu sans qui ni ce
voyage, ni cette présence ici n’auront été possibles.
Aujourd’hui, le nouveau vent politique qui souffle sur le pays et qui consiste à
intégrer l’idée possible d’une contradiction politique de même qu’un plus grand
respect pour les droits de l’homme a permis que moi aussi, hier paria dans mon
pays, je puisse revenir sur la Terre de nos Aïeux qui appartient à tous les
Togolais du Nord du Sud, de l’Est comme de l’Ouest.
A ce sujet, qu’il me soit permis de donner à César ce qui est à César en
remerciant les autorités togolaises d’avoir imprimé à la vie politique togolaise
cette initiative de dégel et ces actions en faveur des droits de l’homme qui
permettent aujourd’hui au Togolais que je suis et à d’autres dans la même
situation que moi de pouvoir revenir sur la cette Terre de nos Aïeux.
Ensuite, permettez moi de m’incliner devant les nombreux morts dont le processus
démocratique à la togolaise a été marqué. Depuis les morts de la Lagune de Bè et
Marc ATTIDEPE à Atsusté AGBOBLI dont la mort fait encore
x couler de l’encre en
passant par Tavio AMORIN, Gaston EDEH, Bertin FOLI, Bernard Kossi DEGLI, le
Colonel TEPE, le lieutenant Vincent Djemba TOKOFAÏ et tous ceux qui sont aussi
importants pour cette lutte mais que l’espace et le temps ne me permettent pas
d’énumérer ici d façon exhaustive, tant ils sont nombreux.
A tous ceux-ci, comme je l’ai déjà affirmé à plusieurs reprises et transcrit de
façon indélébile dans le premier livre que j’ai écrit sur notre pays et intitulé
« Togo : les Espoirs Déçus d’un Peuple », il faudra, le moment
venu, ériger un monument sur lequel nous inscrirons «Passant! Vas dire au
Togo que nous sommes morts pour que naisse la démocratie ». A tous ceux
qui se sont ainsi sacrifiés, nous devons jurer que leur mort n’est pas vaine et
que la lutte pour la DIGNITE de l’Être togolais pour laquelle ils sont tombés
devra nécessairement aboutir.
A toutes les familles éplorées, à toutes ces femmes, enfants, parents qui ont
payé un si lourd tribut pour que Liberté et Démocratie deviennent des réalités
palpables au Togo, je voudrais présenter mes condoléances les plus sincères.
Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour faire état de la nécessité du pardon le
moment venu. Certes, le pardon et la réconciliation semblent souvent difficiles
avec ceux qui ont été les auteurs de ces violations des droits de l’homme. Mais,
puisqu’il ne peut y avoir de paix dans une société si les membres de celle-ci ne
peuvent pas un jour vivre ensemble et se côtoyer, je voudrais aussi exhorter
humblement toutes les victimes et les proches des victimes au pardon si un jour,
dans un REPENTIR empreint de franchise et d’honnêteté faisant suite à
réclusion de l’entière VERITE et à la mise en œuvre d’une véritable
JUSTICE, les auteurs de ces abus des droits de l’homme acceptaient de faire
un acte sincère de contrition. La Paix et la Réconciliation passent par ce
chemin difficile mais indispensable.
Personnellement, je voudrais ici présenter mes excuses à tous ceux que mes
actes, écrits et propos, ont pu blesser ou heurter de quelque manière que ce
soit. Qu’ils trouvent tous ici la demande de pardon d’un citoyen qui, loin
d’avoir une volonté de nuire à qui que ce soit, a simplement trop cru en la
cause qu’il défend-la DIGNITE de l’homme- au point d’oublier quelques fois qu’un
acte qui défend un être peut en heurter un autre. Et comme il peut arriver
souvent qu’une Œuvre aussi belle soit-elle, conçue avec la Force et la Volonté
les meilleures, ne fasse pas nécessairement régner la Paix parmi les Humains,
certains de mes actes n’ont pas mis que la Joie dans les coeurs. J’espère que
cette demande de pardon offerte solennellement et avec sincérité sera acceptée
et que la réconciliation à mon modeste niveau sera possible avec tous sans
exception. Pour ma part, j’ai décidé de faire mien cette philosophie : « si
quelqu’un te parle par le feu, réponds lui par l’eau » et j’essaye autant
que faire se peut de l’observer afin d’être en mesure de pardonner aux autres
leurs offenses comme je demande à Dieu de me pardonner les miennes.
J’ose aussi espérer que le processus de Justice, Vérité et Réconciliation qui a
été amorcé en application de l’Accord Politique Global de Ouagadougou et qui
devrait se traduire bientôt par la mise en place d’une Commission dont je
formule le vœu qu’elle respecte les règles immuables de la justice
transitionnelle et plus particulièrement de toute Commission Justice, Vérité et
Réconciliation, permettra enfin non seulement de faire les nécessaires lumières
sur les diverses violations graves des Droits de l’Homme mais aussi et surtout
de faire justice aux victimes et à leurs proches. La Réconciliation prônée par
le pouvoir passe nécessairement par là si nous voulons qu’elle aboutisse à la
Paix et à la Concorde indispensables à la vie de notre pays. Sur ce point j’en
appelle à la capacité du Chef de l’Etat à surmonter tous les derniers
obstacles qui ne manqueront pas se dresser sur le chemin de ce processus pour
poser cet acte historique pour le futur du Togo et dont il ne peut que sortir
grandi.
Je voudrais maintenant remercier, aux côtés des membres de ma famille et mes
proches dont le soutien ne m’a jamais fait défaut, tous ceux qui m’ont porté
leur concours, aussi infime soit-il, durant cette longue épreuve. Que ce soit un
concours matériel, spirituel, moral ou psychologique, que tous ceux-ci trouvent
ici l’expression de ma profonde gratitude. Grâce à vous tous, j’ai survécu à
cette longue traversée du désert et à toutes les difficultés et suis ici
aujourd’hui.
Au peuple togolais tout entier, je voudrais ici rendre un vibrant hommage pour
sa détermination et sa lutte acharnée pour la liberté et l’Etat de droit depuis
le début des années 1990. Malgré toutes les embûches, et les difficultés, Frères
et Soeurs Togolais, vous êtes restés constants dans votre ferme volonté de voir
notre pays sortir de l’obscurantisme dictatorial. Peuple Togolais ! La lutte que
tu as menée encore en 2005 montre combien tu es déterminé à voir s’instaurer une
véritable alternance politique dans un Etat de droit sur la Terre de nos Aïeux.
Je voudrais enfin rendre hommage à tous ceux qui ont maintenu le flambeau de
cette lutte allumée : Premièrement, la vaillante jeunesse togolaise qui a
démontré sa bravoure et sa détermination à se battre pour une cause juste.
Deuxièmement, les hommes politiques parmi lesquels Yawovi AGBOYIBOR (à qui vient
de succéder Dodji APEVON) et le CAR, Léopold GNININVI et la CDPA, Emmanuel GU
KONOU et la CDPA-BT, Aimé GOGUE et l’ADDI, Dahuku PERE et l’Alliance des
Démocrates pour la Patrie, Gilchrist OLYMPIO et l’UFC avec une attention
particulière à Emmanuel Bob AKITANI. Plus proche de nous, il y a Monsieur
Agbéyomé KODJO et son OBUTS, etc. Du côté des ONG, Monsieur Victor ALIPUI et le
GRAD, le GF2D, la Ligue Togolaises des Droits de l’Homme (LTDH) et l’Association
Togolaise des Droits de l’Homme et Devoirs de l’Homme (ATDH) ainsi que les
diverses organisations de la société civile. Les journalistes qui méritent une
mention spéciale et toutes les personnalités qui agissent individuellement en ce
sens sont aussi à citer. Je n’oublie pas non plus le rôle combien éloquent de la
diaspora togolaise qui pense toujours à notre chère patrie. Plusieurs autres
n’ont pas été cités ici. Leur rôle n’est cependant pas à minimiser. A tous,
acteurs visibles comme anonymes, je voudrais rendre un hommage mérité pour le
travail qu’ils ont accompli et continuent d’abattre pour que le feu de la lutte
pour un Etat de droit ne soit pas éteint.
A tous mes compatriotes, au Peuple Togolais, à Mon Peuple, je dis que dans ma
position de Défenseur des Droits de l’Homme, j’ai entendu leur cri pour les
souffrances diverses, économiques, culturelles, sociales, politiques, etc.
qu’ils ont connues et continuent de connaître. J’ai été parfaitement au fait de
tous les SOS ou signal de détresse qui ont été lancés et en tant que fils de
cette Terre hospitalière qu’est la nôtre, je me battrai toujours pour que la
DIGNITE de tous soit prise en considération et respectée. C’est ma petite pierre
à la construction de l’édifice Togo.
Enfin, je voudrais rappeler à mes compatriotes, responsables politiques comme
simples citoyens, qu’aucune avancée notable ne pourra se faire dans notre pays
sans un minimum de sacrifice de soi-même.
Notre pays a connu des événements graves par le passé, raté sa transition vers
démocratique et reste à ce jour dans des difficultés de pouvoir mettre en place
toutes les institutions nécessaires pour un Etat de droit respectueux de la
DIGNITE humaine et de l’alternance politique.
Il me semble toutefois que le Peuple togolais que j’ai connu combatif et attaché
à sa liberté ; ce peuple qui a arraché de haute lutte son indépendance au
colonisateur, ne doit en aucun cas perdre espoir. L’espoir est permis.
Outre Atlantique, les Noirs jadis esclaves ont fini par accéder au pouvoir.
Barack OBAMA et l’Amérique écrivent une histoire qui doit nous réconforter et à
laquelle le Togolais ne saurait demeurer indifférent. Les esclaves d’hier sont
devenus les dirigeants d’aujourd’hui. Les derniers sont appelés les premiers.
Mais il ne suffit pas d’espérer car rien ne tombera du Ciel. Il faut donc que
l’espoir bien nourri soit accompagné d’un travail quotidien et d’une lutte
acharnée et renouvelée qui doivent permettre à notre pays de quitter les voies
de la misère et de l’obscurantisme pour entrer dans la catégorie des Nations,
des pays sortis des sentiers battus aussi bien sur les plans socioéconomiques
que politiques. Aucun peuple ne s’est développé les bras croisés. La démocratie
et le développement ne sont pas un état statique mais un processus qui doit être
amélioré au fil du temps grâce à un dur labeur. Nous devons le comprendre et
travailler pour que le rêve que nous avons caressé et l’espoir que nous
nourrissons tous deviennent réalité. Une réalité que, sans discrimination mais
dans l’unité enfin retrouvée, les Togolais du Sud, du Nord, de l’Est et de
l’Ouest doivent pouvoir toucher du doigt et dont ils doivent tous jouir comme un
patrimoine commun.
Chers compatriotes, il est temps que nous cessions de saigner notre pays et que
nous nous engagions sur les chemins ensoleillés du Développement, de l’Etat de
droit, de la Justice, de la Paix et de la vraie Réconciliation qui doivent
devenir nos biens communs. Personne ne fera cela à notre place. Le temps est
venu pour nous de nous engager résolument sur les sentiers illuminés de la
construction d’une véritable Nation où, au-delà de l’Adja et du Moba, de l’Ewé
et du Kabyè, du Mina et du Kotokoli, de l’Ana et du Losso, de l’Akposso ;
au-delà du Tchokossi, du Watchi, du Lamba, du Bassar, du Gourma et tous les
autres des 37 groupes ethniques qui peuplent notre pays, il y aura uniquement et
simplement le TOGOLAIS. L’heure est venue de nous engager dans la voie
d’une société où le loup et l’agneau pourront habiter ensemble. Une société où
le civil ne se sentira pas menacé par l’homme en uniforme mais se sentira
protégé par le soldat qui, à son tour, ne se sentira plus jamais haï et détesté
mais accepté et aimé comme un véritable protecteur qui se sacrifie pour ses
concitoyens. Le métier des armes qui est une noble fonction doit redorer tout
son blason. Une société où les plus modestes et les pus humbles aussi auront
voix au chapitre et où le bonheur et le bien être ne seront plus redevables
exclusivement à la naissance, à l’appartenance à une ethnie ou à un parti mais
plutôt au mérite. Une telle société est largement à la portée du génie togolais.
Je voudrais à cet effet nous inviter à ne pas oublier les termes d’une de nos
chansons chéries de la période d’indépendance- Denyigba- qui nous dit : Deynigba
wo Nyonyo, Denyigba wo Gbebie. Alessi miediwoe nenema ko nano.
Oui, Cher Frère et Sœur togolais, le bonheur ou le malheur de notre mère patrie
dépendra de toi ; il dépendra de moi ; il dépendra de nous tous. Le Togo sera ce
que nous ses enfants voudrions qu’il soit.
Que l’Etemel Bénisse le Togo
Jean Yaovi DEGLI |
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