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Résultats de la contre-autopsie : M Atsutsè Agbobli serait mort par noyade

AgoraPress - Par Alain Nococo

Koffi Kounté President de la CNDH

Les résultats de la contre-autopsie demandée par la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) du corps de l’opposant Atsutsè Agbobli, retrouvé mort le 15 août 2008 à la plage aux hauteurs du restaurant Foyer des Marins sont désormais connus.

Le président de la CNDH, le juge Koffi Kounté a animé le mercredi 12 novembre dernier au siège de son institution un point de presse pour informer la presse des résultats de cette contre-autopsie
contenus dans un document de dix sept (17) pages rédigé par le Dr Nizam Peerwani, le médecin légiste commis par le bureau du commissariat des Nations Unies aux Droits de l’homme, bureau du Togo.

Les conclusions de ce rapport révèlent que M. Atsutsè Agbobli est mort par noyade après avoir fait un infractus, écartant du coup les résultats du médecin légiste Napo-Koura commis par le procureur de la République.

Au regard du rapport du médecin américain qui accrédite l’hypothèse d’une mort par noyade, la CNDH conclut que l’examen scientifique n’est pas formel sur la cause de la mort, la cause probable de la mort par noyade n’ayant
été  retenue que par une démarche excluant les autres hypothèses.

Aussi voudrait-elle transmettre aux autorités judiciaires, le résultat de toutes les investigations par elle menées afin d’être exploitées, en cas de besoin, dans le cadre de l’information judiciaire ouverte par M. le Procureur de la République, près le Tribunal de première instance de Lomé.

Monsieur Atsutsè Agbobli était président du mouvement national de développement (MODENA)

Voici le rapport de la CNDH

 

Le 15 août 2008, un communiqué du Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile annonçait la mort de Monsieur Atsutsè AGBOBLI dont le corps a été retrouvé à la plage.

Suite à ce communiqué, le Bureau Exécutif de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), conformément aux dispositions de l’article 17, al. 4 de la loi n° 2005-004 du 09 février 2005 portant composition et organisation de la Commission Nationale des Droits de l’Homme a, par décision n° 001/08/CNDH/BE en date du 16 août 2008, mis en place une commission de vérification des faits composée de :

- M. Koffi KOUNTE, Président ;
- Dr TCHANGAI Tchatcha, Vice-président ;
- Me Koffi Sylvain MENSAH-ATTOH, Rapporteur ;

En exécution de son mandat, la Commission a opté pour une démarche qui s’articule autour de deux pôles des conclusions desquelles il pourra résulter une troisième piste. Le premier pôle concerne la collecte des données factuelles et la seconde, les éléments scientifiques de la cause de la mort.

I-  Les données factuelles
Afin de déterminer les circonstances de la mort de M. Atsutsè AGBOBLI, la commission d’établissement des faits a procédé à l’audition de toutes les personnes qui ont pu rencontrer la victime dans les 24 heures qui ont précédé sa mort.

C’est ainsi que tour à tour, la Commission a écouté les nommés Docteur Kwassivi Moïse FIADJOE, Messieurs Ayaovi HEMES, Yao Anani Guy GEMEGAH, respectivement médecin chef de la Clinique FIADJOE, chauffeur au service de feu Atsutsè AGBOBLI et réceptionniste à l’Hôtel PALM BEACH,

Des déclarations des différentes personnes sus-mentionnées, il ressort :

Que le 13 août 2008, feu Atsutsè AGBOBLI, après avoir rencontré l’ancien ministre DJONDO, s’est rendu à la Clinique BIASSA où, sur son insistance, il a été reçu par le Docteur FIADJOE à qui il s’est confié avoir tenté de mettre fin à ses jours parce qu’il n’en pouvait plus et aussi parce qu’il aurait accordé une interview à un journal de la place sur la dissolution du Fonds d’Entretien Routier (FER) et il estime que la publication de cette interview pourrait lui créer des ennuis ;

Que pour parvenir à son suicide, il a avalé un certain nombre de produits ;

Que suite à cette confession, le Docteur FIADJOE a procédé au lavage de l’estomac de feu AGBOBLI par deux fois de suite et l’a admis en surveillance dans sa clinique après l’avoir présenté à un médecin neurologue et conclu que la vie du patient n’était pas en danger ;

Qu’aux environs de 19 heures, Monsieur AGBOBLI envoya son chauffeur lui chercher ses produits de toilette ainsi que des comprimés auprès de sa fille Murielle qui vivait avec lui à la maison ;

Que le jeudi 14 août 2008 aux environs de 4 heures, il appela son chauffeur de le rejoindre à la Clinique BIASSA ;

Qu’aux environs de 4 heures 10 ou 4 heures 15 minutes, feu AGBOBLI quitta clandestinement l’hôpital pour d’abord l’Hôtel PALM BEACH où après s’être renseigné à la réception sur un rendez-vous qu’il avait avec une personne non dénommée, il est aussitôt reparti de l’Hôtel où il avait à peine fait 05 minutes ;

Que de l’Hôtel PALM BEACH, feu AGBOBLI avait demandé à son chauffeur de le conduire à ‘Hôtel SARAKAWA ;

Que chemin faisant et à la hauteur des établissements FALKEN et de l’Hôtel «GUEST HOUSE», Monsieur AGBOBLI a demandé à son chauffeur de le descendre pour qu’il continue le reste du trajet à pied, argument pris selon le chauffeur de ce que son rendez-vous à l’Hôtel SARAKAWA était pour 05 heures alors qu’il sonnait à sa montre 4 heures 45 minutes environs ;

Que pris de peur, le chauffeur, contrairement aux injonctions de son employeur qui lui avait demandé d’aller l’attendre à son domicile où il le rappellerait dès que possible, le chauffeur s’est donc rendu au domicile du sieur AGBOBLI Daniel, chef de la famille AGBOBLI a qui il a rendu compte du comportement quelque peu bizarre de son patron ; Que malgré les recherches qui ont été effectuées aussitôt, feu AGBOBLI est resté introuvable jusqu’à la découverte de son corps le vendredi 15 août aux environs de 10 heures à la plage à la hauteur du Restaurant «FOYER DES MARINS».

Dans la poursuite de ses investigations, la Commission a, par courrier en date du 25 août 2008 sollicité le consentement de la famille AGBOBLI en vue de réexaminer le corps du défunt.

II- Les données scientifiques
Afin de déterminer la cause du décès de M. AGBOBLI, la CNDH a par courrier en date du 28 août 2008, sollicité du Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme au Togo, un appui à l’effet de dépêcher à Lomé, un Médecin Légiste afin de réexaminer le corps de la victime qui avait déjà fait l’objet d’une autopsie par le Professeur NAPO-KOURA, Médecin Légiste, commis par M. le Procureur de la République près le Tribunal de première instance de Lomé.

Donnant suite à la demande de la CNDH, le Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme à Lomé a fait venir le Docteur Nizam Peerwani, Médecin Légiste en Chef de nationalité américaine qui a séjourné à Lomé du 07 au 09 septembre 2008.

En exécution de sa mission, le Médecin Légiste a procédé à l’autopsie du corps en présence du Dr Ayikoé AYITE, représentant la famille AGBOBLI.

Après examen et analyse, le médecin légiste a produit un rapport dont les conclusions se résument en quatre (04) points,

D’après le rapport :
1)    M. Atsutsè Kokouvi AGBOBLI souffrait d’une myocardiopathie due à un infarctus avant la mort. Cela a été détecté juste sur une lame et était une lésion localisée. Une sténose significative des coronaires par athérosclérose avait été retrouvée et cette ischémie myocardique était très relative. Il est peu probable que cela ait pu provoquer la mort.

2) La mort de M. Atsutsè Kokouvi AGBOBLI n’était pas due à une intoxication médicamenteuse ou à des plaies traumatiques ou à une strangulation, à une suffocation, à des contusions par objets contendants ou tranchants ou à une électrocution.

3) Finalement, il y a suffisamment de signes qui indiquent que M, Atsutsè Kokouvi AGBOBLI est mort par noyade, La présence de plicatures au niveau des paumes de la main et des talons, les poumons globuleux et oedémateux et la mise en évidence macroscopique et microscopique de spume constituent la base de ces allégations.

Il est encore important de souligner que le diagnostic de noyade en l’absence de toutes preuves fiables à prendre en compte ne peut se faire seulement que par exclusion.

4) Suffisamment de preuves indiquent que le Ministre AGBOBLI était déprimé et avait au moins une fois tenté un suicide. Toutefois cette investigation ne peut pas expliquer pourquoi le corps était découvert nu sur la plage. Cela reste une énigme.

Au regard de ces conclusions, la CNDH relève que l’examen scientifique n’est pas formel sur la cause de la mort ; la cause probable de la mort par noyade n’a été retenue que par une démarche basée sur l’exclusion des hypothèses.

La Commission Nationale des Droits de l’Homme transmettra aux autorités judiciaires, le résultat de toutes les investigations par elle menées afin d’être exploitées, en cas de besoin, dans le cadre de l’information judiciaire ouverte par M. le Procureur de la République, près le Tribunal de première instance de Lomé.

Fait à Lomé, le 12 novembre 2008
Pour la Commission,
Le Président Koffi KOUNTE

 

 
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