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Première sortie médiatique du nouveau premier ministre togolais Gilbert Houngbo rêve de faire du Togo un pays émergent !
Golfe Info #455 du 6 Oct. 2008

« Mon rêve, c’est de faire du Togo dans les cinq ou dix prochaines années, un pays émergent ». Cette phrase vient de l’ex-Monsieur Afrique du PNUD (Programme des nations unies pour le développement), nommé depuis le 07 septembre 2008 premier ministre de la République Togolaise. C’était lors de sa première sortie médiatique le 1er octobre dernier. En s’exprimant ainsi, Gilbert Fossoun Houngbo vient de se lancer un défi de taille. Aura-t-il les moyens de le relever ? La question reste posée. Toujours est-il que de par le monde, en Asie notamment, c’est à travers de tel  rêve que certains grands hommes ont pu faire de leur pays de véritable puissance industrielle de premier ordre aujourd’hui.

Pays émergent, tentative de définition

Dans un article de la «Libre Belgique», l’auteur écrit que les pays émergents sont ceux dont la croissance économique est sérieusement amorcée (croissance du PIB et des exportations de produits manufacturés, augmentation des flux internationaux de capitaux) et qui ont une infrastructure financière présentant des risques. Ce sont en fait des pays qui connaissent plusieurs années de croissance positive. Ils ont aujourd’hui pour noms : le Brésil, la Chine, le Taïwan, la Turquie, le Maroc, la Tunisie, le Vénézuéla, l’Argentine, etc.

Pour Arnaud Millien, statisticien-économiste auprès de la revue française «Variances», « un pays émergent est en réalité un pays dont l’économie est en transition ». La croissance d’un tel pays poursuit-il «n’est plus basée sur l’exploitation agricole, mais sur une industrie en pleine croissance». «Un pays émergent d’aujourd’hui conclut-il, c’est un pays développé de demain».

Au vu de cette approche analytique du concept de pays émergent, tout porte à croire que le Togo dont l’agriculture est en convalescence et dont le tissu industriel se résume à quelques unités de production ne saurait en espace d’une dizaine d’années s’élever au rang des pays comme le Brésil ou la Chine. En effet avec leur niveau de développement, parfois enviable quand on se retrouve du côté de Lomé ; le Sénégal, le Nigéria, le Kenya, l’Inde ou encore le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso sont autant que le Togo classés par la Banque mondiale comme des «pays à revenu faible». C’est dire qu’avec des taux de croissance largement supérieurs (+8% en 2004 pour le Burkina ; +6% pour le Sénégal ; +6.1% pour le Mali) à ceux du Togo qui, selon Komlan Mally, n’a guère dépassé 1% ces dix dernières années, ces pays ne sont pas classés parmi les nations émergentes. En clair, pour que le rêve de l’ex-Monsieur Afrique du PNUD devienne réalité sur la Terre de nos aïeux, il va falloir que toute une batterie de mesures pragmatiques et réalistes (ce qui est différent des mesures opportunistes et électoralistes) soit prise. Faure Gnassingbé et dans une moindre mesure, le technocrate et adepte Keynésien Gilbert Fossoun Houngbo auront-ils les moyens financiers, politiques et géopolitiques nécessaires pour faire du Togo un pays émergent à l’horizon 2030 ? la question reste posée. Vivra verra, sera-t-on tenté de conclure.

Gilbert Fossoun Houngbo, du rêve à la réalité ?

Loin d’être une utopie, le rêve de Gilbert Fossoun Houngbo pour le Togo, dit un professeur d’économie à l’Université de Lomé, est réalisable, peut être pas dans 10 ans, mais un peu plus. Pour y parvenir, il faut, poursuit l’universitaire, une vision et des hommes pour la réaliser. Or fait-il observer, au Togo, les autorités semblent plus préoccupées par les élections que par la construction d’une nation forte prospère et moderne.

En effet, fait remarquer l’économiste en question, les récentes mesures annoncées par les autorités paraissent plus électoralistes que pragmatiques. D’après ce dernier, construire une nation prospère, demande des préalables sans lesquels tout effort de prospérité sera voué à l’échec. Au nombre de ces préalables, il cite la volonté politique et le pragmatisme économique. La volonté politique dit-il, pour prendre des mesures courageuses et parfois impopulaires, quitte à heurter certaines sensibilités. Le pragmatisme économique pour allier les exigences d’une certaine mondialisation et les impératifs nationaux. Ce langage un peu codé parait pour l’instant dénué de sens du côté de Lomé.

A quelques 15 mois du prochain scrutin présidentiel, la course est plutôt aux actions d’éclats et aux mesures populistes. L’objectif est de montrer à l’électorat qu’on pense à lui et qu’on tient ses promesses. Pourra-t-on ainsi construire une nation prospère ou un pays émergent, seule l’élite dirigeante saura y répondre. Les gesticulations des théoriciens des modèles économiques sont trop littéraires et méconnaissent trop les réalités géopolitiques du pays pour être « vraies ».

Qu’à cela ne tienne, le 16 septembre dernier, le nouveau premier ministre togolais présentait devant les députés de l’Assemblée tricolore un ambitieux programme dit d’urgence, axé sur le document de stratégie intérimaire de réduction de la pauvreté (DSRP-I). Dans ce programme, l’ex-Monsieur Afrique du PNUD entend faire du Togo « une nation moderne et forte ». Ce qu’il explicitera 15 jours plus tard en ces termes : « mon rêve est de faire du Togo, un pays émergent » dans les 5 ou 10 prochaines années. En sa qualité de président du groupe parlementaire UFC (Union des forces de changement), premier parti de l’opposition parlementaire togolaise, Jean-Pierre Fabre ne se fera pas prier. Pour lui, les promesses de M. Houngbo ne sont «qu’un catalogue de bonnes intentions». Son collègue du CAR (Comité d’action pour le renouveau), Kossi Amégnona fera observer que le diagnostic du mal togolais fait par le technocrate Houngbo est «incomplet».

En effet, d’après le professeur Aimé Gogué de l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI), le problème togolais est d’origine politique. Cette vision est partagée par son collègue Comi Touléabor qui estime qu’aussi longtemps qu’on ne trouvera pas une solution à cette crise qui, depuis le premier coup d’Etat de 1963, pollue la vie politique nationale, on tournera en rond. Au-delà de ces observations politiciennes, les togolais peuvent analyser les exemples venus d’ailleurs.

Asie, miracle ou vision ?

Dans leur livre «La grande bataille, les marchés à l’assaut du pouvoir», publié en janvier 2000 aux éditions Odile Jacob, Daniel Yergin et Joseph Stanislaw, racontent l’histoire épique des pays asiatiques qui, après le désastre de la première et de la deuxième guerre mondiales, talonnent aujourd’hui les supers puissances occidentales.

Après la crise économique et financière de 1997, racontent-ils, un fait exceptionnel allait marquer le monde entier. Alors qu’on ne les voyait pas venir, les pays asiatiques ont pris la parole pour dire aux puissances occidentales qu’il faut désormais compter avec eux. «Comment tant de pays étaient-ils parvenus simultanément à s’élever si haut, et si vite ?» se demandent-ils. Mahathir Mohamad alors premier ministre malaisien croit le savoir : son pays (comme tous les autres de l’Asie de l’Est et du Centre) n’a connu que la croissance généralement supérieure à 6% par an.

A ceux qui parlent de «miracle asiatique», l’ex-premier ministre de la Malaisie répond : «Il n’y a pas de miracle asiatique. Ce qui nous a conduits là, c’est une certaine conception de l’économie. Et le fait d’avoir su le traduire en actes». D’après M. Mahathir, leurs pays ont fait des choix politiques et économiques qui se sont révélé les meilleurs. En quoi consiste alors la formule asiatique, se demandent les auteurs de l’ouvrage sus mentionné. A travers les variantes, répondent-ils, une constante apparaît : un compromis entre le nouveau libéralisme (celui des années 1970-1990) et le planisme. Pour le reste, constatent-ils, les interprétations divergent. Certains notent l’omniprésence discrète du gouvernement. Dans tous ces pays, écrivent-ils plus loin, une élite bureaucratique avait pour mission de détecter les entreprises prometteuses, de les conseiller dans leurs orientations stratégiques et de les protéger par des mesures tarifaires, de crédit ou d’investissement. En somme, ici, gouvernement et entreprise marchaient main dans la main.

Japon, le complexe de la défaite

Le cas japonais paraît plus étonnant et plus épique.

«En 1945, ce pays offrait le spectacle d’un pays dévasté. Humilié par la défaite, ses dirigeants arrêtés, discrédités, sans toit, la nation nipponne se trouvait réduite à la survie, démoralisée, à la dérive. Les premières années de l’après guerre allaient être marquées par la désorganisation, la pénurie et l’inflation. A la fin des années 40, l’occupation américaine, financièrement couteuse et politiquement reléguée au second plan par l’émergence de la guerre froide, adoptait un cours inversé. : La priorité était désormais au redressement économique du japon», dixit Daniel Yergin. Un plan sera mis en place à cet effet. En 1952, la guerre de Corée transformait le Japon en base d’approvisionnement aux troupes américaines, provoquant un boom sur les exportations. A partir de cet instant le royaume nippon va passer du redressement économique à la croissance soutenue.

Résultat de tous ces efforts, aujourd’hui, le Japon est la deuxième puissance économique mondiale, alors que nombre de pays asiatiques qui, en 1960 avaient un PIB (Produit intérieur brut) à peine égale à celui du Ghana ou encore du Togo, sont passés au stade de pays émergents. D’aucuns parlent même de «puissances de demain». Le secret de toutes ces réussites se résume en un seul mot : la foi. La foi dans le travail, la foi dans l’homme. Les japonais, les chinois, les coréens du sud, les philippins, les Thaï et autres ont cru en leurs capacités et en leurs ressources (qu’elles soient humaines ou minières) et ils sont là où on les voit aujourd’hui. Loin, très loin de l’Afrique et très proche de l’Occident. En l’espace de 40 ans, les pays asiatiques ont réussi à renverser la vapeur et s’imposent aujourd’hui, non pas comme des forces négligeables, mais comme de véritables puissances intermédiaires.

En un mot, l’Asie a bataillé dur. Elle a moins pensé aux élections. Son souci premier, c’était de se faire respecter et de damer le pion à l’Europe. L’Afrique ou encore le Togo peut-il y parvenir, Gilbert Houngbo y croit. A lui d’en faire donc la démonstration.

Marc d. Kouakani-Assi


Visite du commissaire européen à Lomé : Louis Michel au contact des réalités des populations

De passage à Lomé cette fin de semaine et en provenance d’Accra (au Ghana) où il a pris part au sommet des pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique), le commissaire européen au Développement Louis Michel a rencontré les différents acteurs de la vie sociopolitique du Togo. Le but de cette rencontre était de mesurer les avancées et progrès réalisés par le pays et qui ont été vantés à Bruxelles (Belgique) en septembre dernier, lors de la table ronde des bailleurs organisée par les autorités togolaises.

Arrivé dans la capitale togolaise en fin d’après-midi du vendredi 03 septembre, le commissaire européen au Développement et à l’Action humanitaire, Louis Michel a eu plusieurs rencontres avec différentes autorités du Togo. Pendant les 48 heures qu’a duré son séjour, le diplomate européen a rencontré successivement le chef de l’Etat Faure Gnassingbé, le Premier ministre Gilbert Houngbo et certains membres de son cabinet, le président de l’Assemblée nationale Abbas Bonfoh puis les présidents des groupes parlementaires. L’ex-chef de la diplomatie belge s’est aussi entretenu avec la communauté des ambassadeurs des Etats membres de l’UE au Togo. M. Michel a également échangé avec les acteurs locaux de la société civile et a visité certains projets en cours de réalisation et financés par l’Union européenne. Sa rencontre avec la presse prévue dans la soirée du samedi dernier s’est plutôt déroulée avec ses lieutenants Séréani Sébregondi, représentant résident à Accra de la Commission européenne et Joao Mélo de Sampaïo, chargé d’Affaires de la commission résident à Lomé.

Au cours de ces différentes rencontres, le commissaire européen a rappelé la confiance que la communauté internationale accorde désormais au Togo d’aujourd’hui au regard des avancées que le pays a fait sur le plan politique (référence aux législatives d’octobre 2007dont le déroulement a été qualifié de « globalement satisfaisants » par la communauté internationale) et sur le plan de la gouvernance économique. D’après M. Michel, la communauté internationale mise désormais sur le Togo comme un pays fréquentable qui a besoin d’être accompagné surtout au regard du PIAP (Programme intérimaire d’actions prioritaires) présenté par le Premier ministre à Bruxelles. Conférence à la suite de laquelle les partenaires au développement de Lomé et les bailleurs de fonds ont confirmé la reprise de la coopération avec le Togo et le déblocage en sa  faveur de financements ainsi que l’ouverture prochaine de leurs représentations à Lomé, y compris celle de la délégation de la commission de l’UE.

En rencontrant les députés togolais, Louis Michel a écouté les présidents des différents groupes qui lui ont exposé leurs préoccupations. Pour Kossi Amegnona (président du groupe parlementaire du CAR (Comité d’action pour le renouveau), « le Togo ne peut pas avancer en comptant seulement sur les aides en espèce. Il nous faut aussi des institutions fiables et de la bonne gouvernance ». Son souhait aujourd’hui est que toutes les promesses faites par les bailleurs de fonds puissent se sentir dans les jours à venir dans le panier de la ménagère. L’UFC (Union des forces de changements), représenté par Patrick Lawson, a pour sa part demandé au commissaire européen d’aider le Togo a évolué dans la mise en œuvre des réformes institutionnelles et constitutionnelles prévues par l’APG (Accord politique global). L’autre question qui a préoccupé le président de la commission du développement est celle du financement des partis politiques. Selon M. Lawson, cette disposition devra permettre d’éviter à l’avenir l’achat des consciences et d’offrir une formation aux cadres électoraux pour que les prochaines élections « soient meilleures » par rapport aux législatives du 14 octobre 2007. Pour Dama Dramani, président du groupe parlementaire RPT, le commissaire européen a donné son point de vue sur les avancées réalisées par le Togo. Des progrès qui sont « nets, clairs, sans ambiguïté », ce qui donne du crédit au Togo, a-t-il dit. D’après M. Dramani, Louis Michel a également souhaité qu’au niveau de l’Assemblée nationale, un travail parlementaire soit fait pour accompagner la volonté politique des autorités à s’investir dans les réformes.

L’ex-chef de la diplomatie belge a par ailleurs, au cours de sa visite, rencontré de simples citoyens togolais auprès de qui il a déclaré avoir  noté une certaine impatience et une attente pour l’amélioration de leurs conditions de vie. C’est en ce sens qu’il a exhorté les gouvernants à respecter le programme de politique générale présenté par le cabinet Houngbo pour sortir définitivement le pays de la crise.

Louis Michel poursuit sa tournée africaine aujourd’hui au Bénin avant de se rendre au Mali demain.

Sedjrawodo A. Adry


Suppression des frais de scolarité au préscolaire et au primaire au Togo : Une décision à double facettes !

L’annonce mercredi 03 septembre dernier par le gouvernement de la suppression des frais de scolarité dans le préscolaire et dans le scolaire suscite des inquiétudes chez les chefs d’établissements concernés par cette mesure. Et pour cause, ces derniers se voient dépouillés des fonds qui, avant la présente décision, leur permettaient de faire face aux besoins courants des établissements dont ils ont la charge. «Comment allons-nous nous prendre pour assurer le fonctionnement quotidien de nos établissements ?», voici la question que se posent certains de ces directeurs d’écoles.

En effet, d’après nos sources, une partie de l’écolage revient sous forme de ristourne aux établissements. Ils y servent de budget de fonctionnement. Ce fonds permet dans certains cas le payement d’une partie des salaires des enseignants volontaires (ils sont en faite payés par les parents d’élèves à l’aide des cotisations parallèles), les gardiens d’écoles, les femmes de ménages, etc… «Je me demande si l’Etat togolais, en supprimant les frais d’écolage, va en même temps allouer des subventions aux écoles pour leurs besoins internes», s’est interrogé un directeur d’une école de base à Lomé.

Affirmatif, répond le ministre des Enseignements Primaire et Secondaire. D’après ce dernier, une subvention de 200 millions de francs CFA sera allouée aux établissements pour leur permettre de faire face à leurs besoins courants. Tout en saluant cette initiative des autorités togolaises, un responsable d’une association de parents d’élèves fera remarquer que le montant prévu pour venir en aide aux établissements est assez modeste et ne concerne en réalité que les EDIL. Et d’ajouter que la suppression brusque de l’écolage va poser problème.

Par ailleurs, le gouvernement a promis mettre à la disposition des écoles, le matériel pédagogique nécessaire. Mais, au-delà du matériel de travail, soutiennent certains chefs d’établissements, les écoles doivent nécessairement disposer d’un fonds de roulement pour faire face aux éventuels imprévus. Où les trouveront-ils ? La question reste sans réponse.

Véritable gratuité de l’école ?

A l’analyse de la décision du gouvernement relative aux frais scolaires dans le préscolaire et dans le scolaire, il est clair que parler de gratuité de l’école est un abus de langage. Pour certains analystes, la décision gouvernementale, contrairement aux interprétations des uns et des autres, ne s’apparente pas à une gratuité de l’école, mais constitue une simple suppression pure et simple des frais de scolarité. Dans le communiqué du conseil des ministres, il est écrit que «les frais d’écolage seront pris en charge par l’Etat pour tous les élèves des écoles préscolaires et primaires publiques».

La gratuité de l’école, selon ces sources, signifie que l’Etat prend en charge l’écolage, les frais de fournitures scolaires, etc.…

De toute évidence, il apparaît que la suppression de l’écolage dans le préscolaire et dans le scolaire, quoi qu’étant salutaire pour les parents d’élèves, revêt au même moment la casquette d’une décision à double facettes.

«Exonérer» de payer les frais de scolarité, les parents seront de toute évidence plus sollicités dans le cadre des cotisations parallèles pour permettre aux établissements de faire face à certaines charges courantes.

Grégoire Awesso

 
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