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LE Pr
Aimé Tchabouré Gogué
Prdt de de l'ADDI |
Succès de la table ronde des bailleurs de fonds de Bruxelles ?
La reprise de la coopération du Togo
avec ses principaux partenaires au développement a été confirmée la semaine
dernière avec les résultats de la table ronde des bailleurs de fonds tenue à
Bruxelles : les bailleurs de fonds ont annoncé des promesses de mobilisation
de ressources d’environ 600 milliards de FCFA pour le financement des
programmes de développement du pays. En outre, le Conseil d’administration
du Fonds Monétaire International a approuvé le prêt pour
la Facilité pour
la Réduction de la Pauvreté et la Croissance. Il
n’en fallait pas plus pour que le Gouvernement et les partisans du régime en
place claironnent sur tous les toits leur victoire. Selon ces analystes, en
réussissant à mobiliser dès le premier « essai » autant de bailleurs et
d’institutions financières internationales pour les intéresser à « revenir »
soutenir les efforts de développement du pays après plus d’une décennie de
suspension de la coopération, le Togo a remporté un grand défi. Dans cet
enthousiasme débordant certains sont allés jusqu’à qualifier le Togo de « success
story » ! Il n’y a pourtant pas de quoi pavoiser.
D’abord, le Gouvernement HOUNGBO ayant
été formé environ une semaine avant la table ronde et les principaux
ministères impliqués dans le processus de mobilisation de ressources n’ayant
pas changé de titulaire, l’effet attendu du changement du premier ministre
n’a pas joué. Il est naïf de croire que les partenaires au développement
aient pris la décision de nous accorder 600 milliards seulement après la
nomination de Mr Gilbert Houngbo. En effet, les partenaires au développement
préparent leur annonce de dons plusieurs semaines avant la table ronde. S’il
y a donc eu succès, il faut être honnête et l’attribuer au Gouvernement
Komlan Mally. « L’effet HOUNGBO » pourra jouer et se faire sentir dans
l’avenir : toutes ressources supplémentaires par rapport aux promesses
seront à attribuer à sa présence comme chef de gouvernement : « Wait and see ».
Le gouvernement togolais ne voulait plus reporter une fois de plus la date
de la table ronde après l’avoir fait au préalable à plusieurs reprises parce
que les documents qu’il devait présenter à ses partenaires n’étaient pas
prêts. Le gouvernement a donc préféré ne pas perdre de crédibilité et a
ainsi choisi ne pas bénéficier du probable « effet Houngbo ».
Ensuite, avec un produit intérieur
brut (PIB) estimé à plus de 1200 milliards de FCFA, le montant des promesses
d’aide de nos partenaires pour la période de trois ans qui vient, représente
moins de 50% du PIB annuel du pays ! Et de cela il faut retrancher ce qui
servira à rembourser la dette et le service de la dette soit 300 milliards ;
sur trois ans, les ressources nouvelles promises représentent moins de 25%
du PIB, alors que des pays arrivent à mobiliser pour la même période, dans
ce type d’exercice, près de 100% de leur PIB ! On voit par ces chiffres
qu’il n’y a donc pas de quoi pavoiser.
En supposant que toute cette somme
sera versée, et que cette aide soit entièrement consacrée au financement des
investissements, les investissements feront un bond de 8% environ du PIB par
an (PIB nominal supposé constant). Ceci amènerait le taux d’investissement à
un maximum de 25% PIB alors que cet indicateur se situe à plus de 30% sur
une longue période dans le cas de certains pays en développement : et dire
que nous voulons lutter contre la pauvreté !
Conséquences de la suspension de la coopération internationale
A quoi a servi la suspension ? En
effet, après avoir subi plus d’une décennie de suspension de la coopération
avec l’Union Européenne notamment, nous devons nous poser des questions.
D’abord, pour quelles raisons en est
on arrivé là. Selon l’Union Européenne, le déficit démocratique dans le pays
à la suite du scrutin présidentiel de 1998 serait la justification de la
suspension de la coopération avec le Togo. En se basant sur la Convention
de Cotonou qui lie, d’une part, les pays ACP, dont le Togo et, d’autre part,
l’Union européenne, le respect des droits de l’homme et des principes
fondamentaux de la démocratie pluraliste devrait être la condition à remplir
pour la reprise de la coopération. Plus tard, notre principal partenaire au
développement a trouvé comme parfait substitut à cette condition, le respect
des 22 engagements pris par le Gouvernement du Togo. La première question à
se poser donc est de savoir si cette clause a été respectée. Il se trouve
malheureusement que le scrutin présidentiel de 2005, qui en plus de ne pas
avoir été inclusif, a été entaché de fraudes plus rocambolesques les unes
que les autres et a été soldé par plusieurs centaines de morts ! Ce qui
s’est passé au Togo en 2005 était pire que ce dont la communauté
internationale a été témoin suites aux élections présidentielles du Kenya et
du Zimbabwe. Si les élections de ces deux derniers pays n’ont pas été
qualifiées de transparentes et démocratiques, alors par quelle gymnastique
intellectuelle doit on qualifier celles du Togo de démocratiques ! Et
pourtant, l’Union Européenne a reconnu le scrutin présidentiel d’avril 2005
de transparent et de démocratique !
Et que dire des élections législatives d’octobre 2007 ?
Nous relevons pèle mêle dans le rapport de la mission d’observations de
l’UE : « La période dévolue à l’exposition et à l’apurement des listes
électorales s’est avérée trop réduite pour permettre de prendre en compte
les erreurs constatées ; la finalisation des listes s’est déroulée dans une
confusion certaine. Le Code électoral ne comporte, en matière de financement
des campagnes électorales, que des dispositions limitées ; les instruments
de contrôle prévus sont rendus inopérants du fait de l’inexistence d’une
Cour des Comptes ; il n’existe… ni contraintes ni contrôles tant des sources
de financement que du type et du montant des dépenses. Les médias publics
ont assuré un pluralisme de voix. Cependant, le temps d’antenne accordé ou
l’espace consacré au RPT, au CAR et à l’UFC ont été souvent supérieurs à
ceux accordés aux autres partis. De manière générale, l’interruption des
projets d’éducation civique à plusieurs semaines des élections est
regrettable. Divers abus ont cependant été constatés, au niveau du vote des
agents des forces armées et en particulier par rapport à l’usage des
procurations.
La Cour
Constitutionnelle n’a pas redressé les erreurs arithmétiques insérées dans
le calcul des totaux d’électeurs inscrits, votants, de bulletins nuls et de
suffrages exprimés, de sorte que ceux-ci ne coïncident pas avec la
ventilation par circonscription. » Et nous aurons pu continuer. Quelle est
la conclusion de l’UE : élection transparente et respectant les principes
démocratiques !
Et que dire des causes du décès de
Atsutsé Agbobli, président du parti politique MODENA, qui ne sont pas encore
élucidées. Il faut également rappeler que Mr Eloi Koussawo, responsable du
mouvement MO5, à la base du mouvement du 5 octobre 1990 qui avait intensifié
la lutte pour plus de démocratisation, a été victime d’une tentative
d’assassinat à Lomé !
Il aurait été plus simple que l’Union Européenne dise que
les raisons avancées pour la suspension de sa coopération avec le Togo
n’étaient pas justifiées. Quel a été dans ces conditions le coût que les
Togolais ont supporté !
Pour justifier la reprise de la coopération, nos partenaires auraient pu
également se prévaloir du fait que la faible responsabilisation des
bénéficiaires et le non respect de leur souveraineté dans la politique
d’aide expliqueraient en partie les faibles contributions de l’aide publique
au développement économique des pays en développement.
Conditions pour la reprise de la coopération
Ce
constat a d’ailleurs été à la base de la Déclaration de Paris prise en 2005
par les parties prenantes de la politique d’aide au développement dans le
souci d’améliorer l’efficacité de l’aide. La Déclaration de Paris édictait
de cinq nouveaux principes devant gouverner la politique de l’APD. Parmi ces
principes, il y a lieu de noter : (i) l’adhésion des populations et de leur
participation aux stratégies/politiques/programmes de développement de leur
pays ; et (ii) l’engagement à prendre en main le processus de réforme de la
passation des marchés.
Ainsi, comme le commande la
« Déclaration de Paris » pour une meilleure efficacité de l’aide, les
stratégies/politiques/programmes de développement du pays bénéficiaire
devraient être élaborées avec la participation et l’adhésion de la
population aux options choisies. Or ceci n’a pas été malheureusement le cas
pour l’élaboration de documents présentés à
la Table ronde des bailleurs de fonds à Bruxelles. Il était
d’ailleurs surprenant de constater la présence de représentants
d’organisations de la société civile au côté des délégués du gouvernement
alors que des partis politiques, même ceux qui sont représentés à
l’assemblée nationale n’aient ni participé à l’élaboration de ces documents
ni pris connaissance de leur contenu ! Heureusement que le communiqué final
de la table ronde précise qu’il devrait être créé dans l'immédiat « un
Groupe d'Accompagnement des partenaires vers la finalisation du Document
stratégique de réduction de la pauvreté au Togo (DSRP) ». Nous espérons que
ce groupe d’accompagnement s’assurera de la participation de la population à
la finalisation de ce document.
Qu’en est-il du système de passation
des marchés publics au Togo ? Une évaluation du système en 2003 révélait
que : « La législation en vigueur ne répond pas aux exigences de forme
généralement requises en matière de réglementation des marchés publics.
Elle ne permet pas non plus un strict respect des principes fondamentaux de
transparence, d’équité de traitement, et d’économie, applicables aux marchés
publics. Le cadre institutionnel prévu par le Code ne permet pas d’assurer
une gestion efficace transparente et équitable des marchés publics dans le
cadre de la passation des marchés. Le processus actuel de contrôle de la
passation et d’exécution des marchés publics permet de nombreuses formes de
corruption. Le principe de l'indépendance du système n'est assuré à aucun
niveau. Etc. »
Des partenaires au développement qui acceptent financer des
programmes/projets dans des conditions d’opacité de gestion des deniers
publics sont complices de la corruption et que consciemment ils ne visent
pas le bien être du peuple togolais. Lors de la table ronde, les bailleurs
de fonds avaient décidé de
la
mise en place rapide, dans les secteurs prioritaires, de comités sectoriels
regroupant les différents acteurs nationaux et internationaux et les
partenaires au développement. Suivant les termes de références de ces
comités, ils pourront permettre un meilleur encadrement de l’utilisation des
ressources qui seront mises à la disposition du pays.
Nécessite d’une bonne gestion des ressources
publiques
En tant que Togolais et leader de
parti politique, comme tout Togolais, je ne peux que me réjouir de la
disponibilité de ressources supplémentaires pour les actions de
développement du pays. Nous devons tous veiller à ce que les ressources dont
bénéficiera le pays à la suite de cette reprise de la coopération serve
effectivement à nous aider à réduire la pauvreté dans laquelle croupissent
les deux tiers de la population.
Cependant, il est important de rappeler que ce n’est pas le montant des
ressources reçues de la communauté internationale qui entraîne le
développement économique d’un pays. Le Togo a bénéficié de soutien important
de ses partenaires au développement au cours des années 80. Mais allez
examiner les performances économiques du pays au cours de cette période :
médiocres. A la suite de l’accroissement des cours mondiaux des phosphates
et ensuite du café et du cacao, le Togo a eu beaucoup de ressources
financières au cours de la deuxième moitié des années 70 : performances
économiques : médiocres. Au cours des années 60 le pays n’avait pas
bénéficié d’un volume important d’aide publique au développement :
performances économiques : les meilleures depuis l’accession du pays à la
souveraineté internationale. Ainsi, le volume de l’assistance internationale
n’explique pas nécessairement les performances économiques. L’aide
internationale n’est pas une condition ni nécessaire ni suffisante pour le
développement économique. Elle contribuera positivement au développement du
pays à la seule condition que les ressources soient bien gérées. La qualité
de gestion économique est beaucoup plus importante. Et c’est ce que nous
sommes en droit de réclamer de notre gouvernement. Et c’est ce que nous
sommes dans l’obligation d’aider notre gouvernement à faire. C’est une honte
pour un peuple que son gouvernement parcourt le monde pour quémander l’aide
internationale alors qu’avec des efforts de meilleure gestion, il aurait pu
réaliser beaucoup plus de choses pour l’amélioration du bien être de nos
concitoyens. |