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Malgré les discours sur la lutte contre la corruption, les
sectateurs de la mauvaise gouvernance ne veulent guère changer de
comportement. En plein remaniement ministériel, ces individus s’activent à
opérer un détournement de marché du Projet BID Education phase II dans le
cadre du « Développement de l’enseignement de base au Togo ».
Le gouvernement togolais a obtenu un prêt de la Banque islamique de
développement (BID) en différentes monnaies pour financer le coût du Projet
BID Education II dans le cadre du « Développement de l’enseignement de
base au Togo ». Une partie des fonds accordés au titre de ce prêt devait
être utilisée pour effectuer les paiements prévus dans le cadre des travaux
de construction de salles de classe, de blocs pédagogiques, de blocs
sanitaires ; la zone du projet étant localisée dans les régions des Savanes,
de la Kara, centrale, des
Plateaux et maritime du Togo.
Ainsi, un premier appel d’offre a été lancé le 2 février 2007. Les dossiers
envoyés sous plis fermés avaient été dépouillés par une commission technique
et les résultats portés à la connaissance des dix soumissionnaires. Cinq
sociétés avaient été retenues pour exécuter les travaux. Mais contre toute
attente, des entrepreneurs véreux, fort de leurs soutiens dans les sphères
de décision, ont exercé des pressions sur la commission pour qu’elle
reprenne le travail à leur profit. A l’époque, c’était M. Sélom Komi Klassou
qui était le ministre des Enseignements primaire et secondaire. Face à ce
désordre, la BID aurait annulé le projet avant
d’autoriser sa reprise tout récemment, lors du dernier voyage de l’ancien
Premier ministre Komlan Mally à Djedda en Arabie Saoudite où se trouve le
siège de la banque.
C’est dans ce contexte que le 4 août 2008, une consultation
restreinte N°1856/MEPSETFPA/CAB/BID II entre les cinq sociétés retenues par
la BID a été organisée par le ministère des Enseignements primaire et
secondaire, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle.
Les résultats de cette consultation ont été rendus publics par la commission
technique le 8 septembre dernier à la Salle Entente du CASEF. Et dans le
domaine, la tradition veut que ce soient les moins disants qui emportent le
marché.
Pour le premier lot, IMS (642 284 050 FCFA) – ce sont des Prix
toutes taxes comprises (PTTH) -, GER (656 432 206), NECTO (821 581 530),
ECETI (829 306 385 FCFA) sont respectivement classés 1er,
2ème, 3ème et
4ème, la société KIM
n’ayant pas soumissionné.
Viennent dans l’ordre pour le deuxième lot : KIM (691 861 229),
IMS (737 126 685), GER (754 897 037), NECTO (944 818 760) et ECETI
(951 967 743).
En ce qui concerne le troisième lot, la situation se présente
comme suit : IMS (990 040 278), GER (1 017 469 920), NECTO (1 273 451 372)
et ECETI (1 857 264 698) ; KIM n’ayant pas fait acte de candidature.
Enfin, on a pour le quatrième lot les résultats suivants : KIM
(792 103 996), IMS (831 969 265), GER (853 361 868), NECTO (1 068 055 989)
et ECETI (1 074 629 101).
Bien que tous ces résultats soient connus de tous, les
magouilleurs veulent profiter des mouvements liés au changement de
gouvernement pour assouvir leur gloutonnerie. Des manœuvres sont en cours,
et ce avant le retour de la délégation togolaise à la table ronde de
Bruxelles, pour tronquer les résultats et confier les travaux aux
entreprises qui ont occupé les derniers rangs et dont les prix proposés sont
extrêmement élevés.
Mais selon des indiscrétions, un rapport aurait été envoyé à la
BID à Djedda dans le but de la préparer psychologiquement à son insu à un
détournement. On tenterait de faire croire à la banque que le coût de
revient hors taxes (HT) d’un
(1) bâtiment de trois (3) salles de classe et d’un bloc sanitaire de sept
(7) cabines serait de 35 000 000 de FCFA (HT). La BID
étant déjà conditionnée, il suffirait de trouver des entreprises disposées à
participer au hold-up financier. Le rapport relatif à l’analyse des offres
sera tendancieux de manière à attribuer les lots aux entreprises les plus
offrants sous le prétexte fallacieux que les entreprises les moins offrants
ne peuvent pas mener à terme le projet si on leur attribuait le marché.
Comme cela, les organisateurs vont se mettre plein la poche 1 006 491 936
FCFA des contribuables togolais.
Si l’on fait la différence entre les offres les moins disants et
celles plus chères à qui ils ont projeté d’attribuer les marchés, on a :
Lot N° 1 Région des Savanes
- 20 blocs pédagogiques de 3 salles de classe + véranda tout autour
- 20 Blocs Sanitaires de 7 cabines
- plus offrant: 1 bâtiment + sanitaire = 41 465 319 Fcfa TTC = 829 306 385
Fcfa TTC
- moins offrant: 1 bâtiment + sanitaire = 32 114 202 Fcfa TTC = 642 284 050
FCFA TTC
- Différence = 187 022 335 Fcfa TTC
Lot N° 2 Région Centrale et des Plateaux
- 23 Blocs Pédagogiques
- 23 Blocs Sanitaires
- plus offrant: 41 389 902 Fcfa TTC = 951 967 743 Fcfa TTC
- moins offrant: 30 080 923 FCFA TTC = 691 861 229 FCFA TTC
- Différence = 260 106 514 FCFA TTC
Lot N° 3 Région des Plateaux
- 31 Blocs Pédagogiques
- 31 Blocs sanitaires
- plus offrant. 41 079 077 FCFA TTC = 1 273 451 372 Fcfa TTC
- moins offrant: 31 936 783 FCFA TTC = 990 040 278 FCFA TTC
- Différence = 283 411 094 FCFA TTC
Lot N°4 Région Maritime
- 26 Blocs Pédagogiques
- 26 Blocs Sanitaires
- plus offrant: 41 079 077 FCFA TTC = 1 068 055 989 FCFA TTC
- moins offrant: 31 998 818 Fcfa TTC = 831 969 265 Fcfa TTC
- Différence = 275 951 993 Fcfa TTC
La somme de ces surévaluations s’élève à 1 006 491 936 FCFA TTC que
l’on veut prendre en attribuant les 4 lots aux plus offrants.
Selon les informations en notre possession, tous ceux qui ont l’habitude de
construire des bâtiments scolaires de même type peuvent prouver que 41 000
000 de FCFA sont exagérés pour un tel bâtiment.
Comme on le constate, pendant qu’une forte délégation togolaise est à
Bruxelles pour plaider le sort du pays, certains s’entichent à siphonner ce
projet. Le chef de l’Etat doit prendre des mesures hardies pour étouffer ces
velléités de détournement et remettre le marché à ceux qui l’ont remporté.
Une fois cette étape franchie, il faut qu’il y ait aussi un suivi pour que
les travaux soient bien exécutés. C’est un passage obligé pour gagner la
confiance des partenaires.
R. Kédjagni |