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Dans le microcosme politique togolais, il existe des leaders qui ont pensé
ces trois dernières années, à tort ou à raison, qu’en « s’alliant » au
système RPT, ils pourront œuvrer plus facilement pour le changement
démocratique. Mais, au file des expériences, le constat qui se dégage est
qu’en plus de ce qu’on a l’impression qu’ils ont échoué, ils sont presque
grillés, remerciés en monnaie de singe et se retrouvent sur le carreau. En
procédant ainsi, le régime en place clarifie par ailleurs, le paysage
politique national.
De l’avis de plusieurs analystes, les partis politiques de l’opposition
togolaise tels que
la CDPA
(Convention Démocratique des Peuples Africains) du professeur Léopold Messan
Gnininvi, le NID de Gabriel Dosseh-Anyron, la CPP (Convergence Patriotique
Panafricaine) d’Edem Kodjo, le PDR (Parti pour
la Démocratie
et le Renouveau) de Zarifou Ayéva, le PSR (Pacte Socialiste pour le
Renouveau) de Me Abi Tchessa ou encore le NDP (Nouvelle Dynamique Populaire)
de Gilbert Atsu ainsi que certains responsables d’organisations de la
société civiles qui ont, à un moment donné, cru qu’en participant au
gouvernement sous la coupole du RPT (Rassemblement du Peuple Togolais), ils
pourraient introduire dans le système, les germes du changement, sont
devenus aujourd’hui, des «forces négligeables» sur l’échiquier politique
national. D’après ces analystes, en «participant» aux «délices» du pouvoir
avec le régime quarantenaire, les dirigeants de ces formations politiques ou
organisations se retrouvent fragiliser à deux niveaux.
Premièrement, ils sont en manque d’arguments par rapport aux dérives du
pouvoir et sont condamnés à cet effet, malgré eux (peut-être), à servir de
béquilles à un régime chancelant et en quête de l’onction d’une frange non
négligeable de la classe politique.
Deuxièmement, les responsables de ces partis et regroupements précités
deviennent à tort ou à raison, aux yeux des populations, des traîtres ou des
«lâches» pour avoir choisi, au cours du combat démocratique, de collaborer
avec ceux que d’aucuns désignent au mépris des principes démocratiques comme
«ennemis du peuple».
Par ailleurs, leurs rendements durant leur passage au gouvernement n’ont pas
été toujours reluisants. Et pour cause : les portefeuilles qu’ils occupent
sont pour la plupart, des strapontins d’une part et d’autre part, ils ne
disposent pas autant que certains de leurs collègues du RPT de tous les
pouvoirs pour véritablement accomplir la mission qui lui sont confiée. Les
vrais décideurs étant ailleurs ! A titre d’exemple, on citera le cas du
professeur Léopold Messan Gnininvi dans le gouvernement de Me Yawovi
Agboyibo au lendemain de la signature de l’Accord Politique Global du 20
août 2006.
En effet, d’après plusieurs sources, des proches du chef de l’Etat auraient
bloqué vers fin 2007, alors que le pays faisait encore face à une grave
crise énergétique, une solution proposée par le ministère des Mines et de
l’Energie dirigé alors par le numéro 1 de la CDPA. D’après plusieurs
indiscrétions, l’ancien Premier ministre Me Yawovi Agboyibo aurait été lui
aussi confronté à l’ « insolence » de certains proches collaborateurs du
chef de l’Etat durant les 14 mois qu’a duré la transition ayant débouché sur
les élections du 14 octobre 2007. Ces genres de pratiques ont en partie,
empiété sur ses activités au point où, à un moment donné, le « bélier
noir de Kouvé» a voulu rendre le tablier. Ses propos sur les «activistes de
tout bord» en janvier 2007 dans les locaux de la présidence à l’occasion de
la cérémonie de présentation de voeux au maître des lieux en dit long sur sa
situation.
…Et de bipolariser le débat politique
«Monsieur Edem Kodjo, nous l’avons pratiqué et nous allons encore
l’essayer». Ainsi s’exprimait sur les antennes de TV7, le «bouillant»
Natchaba Ouattara Fambara quelques mois après la nomination de M. Kodjo en
2005 à la tête du premier gouvernement du «fils de la nation». Ces
déclarations venant de cette «personnalité» grise du RPT traduit à
suffisance, l’idée que se fait le parti au pouvoir en faisant la cour aux
personnalités de l’opposition.
En tombant dans le piège du RPT en acceptant les «strapontins», ces
responsables finissent par donner malgré eux, le sens que le régime veut
qu’ils donnent au combat démocratique: «la mangeoire» Par ailleurs, c’est le
parti au pouvoir qui semble, en procédant de cette manière, contribuer à la
bipolarisation de la classe politique nationale. Ce, d’autant plus qu’il
serait d’après certains observateurs, difficile aux partis politiques
susmentionnés de se réclamer encore de l’Opposition. En somme, ces
responsables politiques se sont drapés, déclare un professeur de droit
constitutionnel de l’Université de Lomé, dans le moule du RPT et de ce fait,
ont perdu toute crédibilité auprès des populations. Dès lors, le paysage
politique togolais semble se scinder en deux : le RPT au pouvoir et à
l’inverse, le CAR (Comité d’Action pour le Renouveau) de Me Yawovi Agboyibo
et l’UFC (Union des Forces de Changement) de Gilchrist Olympio dans
l’opposition. Il s’agit là de l’opposition parlementaire à laquelle il faut
ajouter les partis extraparlementaires qui n’ont pas encore but le calumet
du «participationnisme » avec le régime des Gnassingbé. Face à ce constat,
fait remarquer un historien, les concepts tels que « opposition modérée,
opposition lucide, opposition constructive etc. » devront disparaître du
langage politique national. Car, pour les Togolais, il n’y a pas de
troisième voix possible. On est de l’opposition ou on ne l’est pas. De même,
au RPT, il se dit que « tous ceux qui sont contre nous, sont des
opposants ». Ainsi, l’ouverture politique que le parti de Faure Gnassingbé
prône revêt des aspects énigmatiques pour certains responsables de
l’opposition togolaise. Faute de mieux décrypter les codes d’accès, des
porte-flambeaux de la lutte pour l’instauration d’un Etat moderne ont fini
par se faire «mâter» par le parti quarantenaire au point de disparaître de
la scène. Pendant qu’on y est, où sont passés les Zarifou Ayéva, Abi
Tchessa, Dosseh Anyron, Gilbert Atsu, Loretta Acouetey et autre Amah
Gnassingbé qui ont choisi à un moment donné de la lutte politique d’aller
changer le système de l’intérieur ? Seule l’histoire saura les juger. Car,
il se peut que le peuple ait eu tort de les condamner.
Noël Y. A. Glissou |